Chapitre 4 : Hésitation
Eléa POV :
3 Octobre 2010
Les semaines puis les mois passèrent à une vitesse folle. J'avais tout d'abord pensé que ma vie ne changeait pas, que je restais la même. Mais le secret des Cullen et des Quileutes m'obligeait à mentir, m'emmêler les pinceaux quand à mes activités. Je prétendais que c'était la fatigue des cours et du travail en plus qui occasionnait ces erreurs. Maman et papa semblaient s'en accommoder. Ou sinon, ils étaient heureux que je mène ma vie, comme je l'entendais. J'avais de la chance sur ce point : ils étaient ouverts et compréhensifs. Mes frères et sœurs se moquaient de moi et de ma cervelle de moineau. Mais Raphael lui, avait bien compris qu'il se tramait quelque chose ici. Quelque chose dont je ne pouvais pas lui parler. Et il angoissait. Malgré toutes mes promesses, il devenait furieux dès que je ne répondais pas à ses appels. La jalousie planait sur notre couple. J'en étais malheureuse parce que j'adorais mon petit ami sans pour autant pouvoir le rassurer tout à fait. J'aurais pu craquer, mais j'avais fait une promesse. Et je la tiendrais. Coûte que coûte.
J'avais fêté mon anniversaire là bas. Mes vingt ans véritables. Le trois Octobre n'avait pas été ce que j'avais craint : une journée pluvieuse et morne ou j'aurais acheté un gâteau et soufflé toute seule mes bougies. A la place, j'avais trouvé devant mon studio un immense loup garou, un peu mal à l'aise, tripotant les clés de sa voiture.
« Hey Eléa.
-Salut le monstre ! Avais-je répondu simplement. Tu fais le piquet de grue depuis quand ? »
Un peu d'angoisse quand même. Quand on vit avec le secret de vampires sur la conscience, on s'attend toujours à avoir une tuile. Et là, la tuile pourrait s'avérer être ma tête mise à prix. Aujourd'hui, franchement, je n'en avais aucune envie.
Il haussa les épaules et avoua, penaud :
« En fait je suis ici depuis ce matin. J'avais oublié que tu allais sur Seattle. Et comme on était dimanche bah je pensais te voir et… »
Il devenait de plus en plus rouge. J'éclatai de rire, franchement.
« Hey hey hey Jake, respire, je suis pas la Gestapo ! Dis-je en posant ma main sur son épaule. Il sourit à son tour et reprit :
- Je suis désolé. C'est bête hein. Enfin… Je me suis dis…
-Quoi ?
-Bah que c'était ton anniversaire et qu'il fallait fêter ça ! Annonça-t-il un peu plus jovial. »
J'éclatai une nouvelle fois de rire. Il sembla inquiet :
« Ca ne te fait pas plaisir ?
-Si. C'est juste que je m'attendais à ce que tu m'annonces une catastrophe d'ordre mondial alors…
-Erf, désolé de te décevoir ! Ricana-t-il. »
Jacob m'indiqua sa Golf. Okay, pigé, on y va. Je lui emboîtai le pas avant de m'arrêter, soupçonneuse tout d'un coup.
« Jake… Mais… je ne t'ai jamais dit ma date d'anniversaire ! »
Le loup garou mordit ses lèvres et souffla :
« Okay, je suis découvert… et bien…
-Alice c'est ça ?
-Ouais. Elle t'as vue toute seule avec un immense gâteau à la crème que tu mangeais toute seule avec tes parents en ligne sur skype. Et tu avais l'air… triste. Alors bon, quand même, les anniversaires c'est joyeux !
-Je ne vois pas ce qui est réjouissant au fait de vieillir. Répondis-je platement. Il sembla éberlué par mon propos :
-Non tu ne vas pas faire ta Bella ! Vingt ans c'est un peu jeune pour se sentir grabataire ! »
Je pouffais, m'imaginant déjà avec un déambulateur. Je rentrais dans la voiture. Il mit le contact et nous démarrâmes dans un vrombissement tonitruant. Pendant quelques minutes un silence lourd nous enveloppa. Je le brisai, tentant d'expliquer ma « non joie » d'avoir vingt ans.
« Tu sais Jake c'est pas ça. C'est juste que… ça a passé si vite. J'ai vingt ans Jake. Je rentre dans la décennie décisive de ma vie. Je vais trouver un boulot, quitter la maison de mes parents. Avec un peu de chance, c'est aussi dans cette décennie que je vais me marier, avoir des enfants… et peut être aussi divorcer ! »
Il m'écoutait attentivement, sourire aux lèvres :
« Tu es toujours aussi optimiste ou c'est aujourd'hui ?
-Erf, désolée. Souvent sous un air jovial se cache l'être complexe et torturé. Je suis un peu comme ça en fait…
-J'ai envie de te connaître Eléa. Dans toute ta complexité. C'est ce que font les amis, non ? »
Dit-il en amorçant un virage un peu serré. Je m'agrippai au siège, livide puis répondis :
« Si tu veux qu'on reste amis Jacob, évite de me tuer. Ca serait déjà un bon point. »
Le loup garou éclata de rire et ralentit l'allure. Nous arrivâmes quelques minutes plus tard devant la maison des Cullen. La petite Nessie se jeta dans les bras de Jacob et s'y pelotonna. Puis, elle déposa un bisou sonore sur ma joue avant d'y coller sa main. J'entendis alors sa petite voix d'enfant claironner grâce à son don « Bon anniversaire ».
Je lui rendis son sourire et emboîtai le pas de Jacob, nerveuse. Je ne pus m'empêcher de penser Pourvu que cet anniversaire se passe bien.
Ils étaient tous là, alignés et m'attendaient. Alice comme à son habitude avait tout fait en grand –bougies, ambiance tamisée, parfum, tout le monde sur son trente et un. Avec mon jean délavé et ma chemise de cow boy je faisais un peu tache. Mais bon, pas grave. C'est Bella qui m'accueillit la première. Elle me comprenait parce qu'elle aussi avait vécu ces moments intimidants. Bon, moi ça allait, ce n'était pas ma belle-famille mais quand même. Elle me fit la bise et murmura :
« Très bon anniversaire Eléa. »
Je la remerciai simplement. Edward se contenta d'hocher sèchement la tête, imité par Rosalie. Jasper quand à lui m'adressa un sourire compatissant mais ne dit pas un mot. Alice déboula dans la pièce comme une tornade, Emmett et Esmée sur ses talons. J'étais très anxieuse. Je pris la parole et balbutiais :
« C'est trop. Il ne fallait pas. Je… Ca n'est pas très important… Après tout…
-Taratata ! Me coupa Alice. On n'a pas tous les jours vingt ans. Et puis, remercie Jacob, lui a eu droit à une plus grande fête encore. Mais il a pensé que tu ne serais pas très à l'aise. »
Et c'était vrai. J'adorais les fêtes mais quand je n'étais pas le centre principal d'intérêt. Ma meilleure amie faisait une « party » ? J'allais l'aider avant, je rangeais ensuite et je m'éclatais sur le dancefloor pendant. Mais ça n'était pas moi qui organisais, pas pour moi que les gens venaient. Oui, courageuse mais pas téméraire. J'osai répondre :
« Bah… euh… C'est gentil. »
Nessie s'approcha de moi et me tendit un petit paquet multicolore. Elle me dit :
« Tiens, un de tes cadeaux. »
Je m'en saisis, émue. Je commençais à déchirer le papier quand une sourde angoisse m'envahit. Je n'étais pas malhabile mais quand même, on ne savait jamais, avec ma propension à la poisse…
« Ne t'inquiètes pas, je ne refais jamais les mêmes erreurs… Prononça une voix grave au fort accent du Sud. »
Je sursautai et vis Jasper adossé tranquillement à l'autre bout de la pièce. Il m'envoya une salve de calme dont je lui serai à jamais reconnaissante et je terminais d'extirper l'objet : un petit boitier rectangulaire. Je jetai un coup d'œil étonné à la famille et Carlisle me dit :
« Nous avions remarqué que tu n'avais pas de montre. Et comme Jacob se plaignait sans arrêt que tu n'étais jamais à l'heure »
Je me tournai vers le loup, furibonde et lui donnai un coup dans l'épaule, comme toujours. C'était devenu notre petit rituel quand j'étais en colère contre lui. Cependant j'étais touchée par le geste et gratifiai la famille d'un sourire que je voulu éblouissant. Emmett se moqua :
« Oh, on dirait la fille pour la pub freedent white ! »
Je grognai mais ne relevai pas. Je ne faisais définitivement pas le poids contre ce colosse. Renesmée ensuite me donna un dessin qu'elle m'avait fait. Vint alors le tour de Jacob qui s'avança avec une enveloppe de papier kraft. Soupçonneuse je soupesai l'objet sous l'hilarité de tous les convives. L'indien me dit simplement :
« Relax Eléa, ce n'est pas un colis piégé !
-On ne sait jamais avec toi. »
Il haussa les épaules et je poussai un piaillement dès que j'ouvris mon cadeau. Deux places pour le concert de Lady Gaga. Je sautillai dans tous les sens, ravie. Jacob se contenta de dire :
« Alice avait vu que tu allais adorer. »
J'embrassais tous les vampires présents, -sauf Jasper évidemment- qui reçurent mes remerciements avec plus ou moins d'entrain. Puis, ils me firent souffler mes bougies, dispersées sur un immense gâteau. Même s'ils étaient mitigés quand à ma personne –tout du moins Rosalie et Edward… voire Emmett mais lui, ça n'était pas certain, peut être qu'il tentait seulement de préserver la paix dans son ménage- ils semblaient mettre un poing d'honneur à m'offrir un merveilleux moment. Ils y eu des flashs, des rires, de la musique. Finalement, j'avais eu un vrai anniversaire. Des larmes de reconnaissance perlèrent à mes yeux et Bella me dit :
« Allons, tu ne vas pleurer !Et Nessie de renchérir :
-Ca ne te plaît pas ? Tu es triste ? »
Je pris la petite fille dans mes bras, la câlinai et murmurai à son oreille :
« Non. Ne t'inquiète pas. C'est parfait. C'est juste que… je suis heureuse finalement. »
Le temps passa à une vitesse folle. Quand vingt trois heures sonnèrent, je demandai à Jacob de me raccompagner chez moi.
« Il est quinze heures en France, je pense que mes proches vont tenter de me joindre ».
Le loup opina du chef et c'est dans une douce euphorie que j'avais reçu via msn et skype les « joyeux anniversaire » de tous ces gens que j'aimais et que j'avais laissés derrière moi.
Décembre 2010.
Ma famille me manquait en cette veille des vacances de fin d'année. Raph' aussi, évidemment. Mais, face à cet éloignement je me sentais de moins en moins affectée. J'avais une nouvelle vie désormais à Port Angeles. Une vie que je trouvais certes dingue mais qui me convenait parfaitement. Même si elle m'angoissait. Parce que je savais que bientôt, trop vite, je partirais. Tant pis. J'étais attachée désormais à cet endroit. Je m'y amusais trop. Je n'avais jamais été une fille pantouflarde. Plutôt toujours active, toujours sur le départ. En transit. Toujours prête pour faire une bêtise aussi. Renesmée jouait tranquillement à mes pieds. Moi, je m'étais calée sur le canapé impeccable du salon de la villa des Cullen. Oui, oui. Des Cullen. Là où vivaient les trois personnes avec lesquelles je m'étais liée le plus ici : Alice, Bella et Jacob. J'avais aussi des amis humains mais ici c'était spacieux et calme, idéal pour travailler. D'ailleurs, je lisais Macbeth pour mon cours de littérature. Néanmoins, je restais extrêmement nerveuse à la villa. Le côté nid de vampire sans doute. Même s'il n'y avait pas de cercueils ou de douves à l'horizon, il y avait de quoi mettre à mal les nerfs des individus les plus placides. Parce qu'une seule morsure et hop, bonjour le vampirisme. Et ça, c'était au mieux. Bella couvait sa petite fille des yeux. Paradoxalement, je l'aimais bien.
Déjà, elle ne prenait jamais parti contre Jacob. Ni pour Edward. Elle demeurait la Suisse dans toutes leurs histoires. Elle me comprenait et ne me jugeais pas. Elle aussi avait été une humaine parmi les vampires et les loups. Dès le départ, cette analogie m'avait valu sa sympathie. Et puis elle était moins gourde que dans les livres. Mais sa passion ridicule pour Edward était la seule chose qui pouvait nous éloigner l'une de l'autre. Ca me donnait envie de vomir toute cette guimauve. Après tout, les grands élans romantique c'est « mignon » (YEARK) au début d'une relation mais là… Passez moi un seau s'il vous plait ! Ah et elle n'avait toujours pas confiance en elle. Ça aussi ça avait le don de me taper sur le système. Alice était partie faire du shopping avec Rosalie et Esmée. Bella m'avait utilisée pour ne pas y aller elle-même. J'avais bon dos mais ça me rassurait aussi. Parce que rester seule avec Edward-le-vampire-qui-me-déteste et Jasper-le-vampire-qui-boit-à-la-jugulaire-des-filles ça n'aurait pas été très top. Là, j'aurais cherché une excuse pour m'enfuir.
Tiens, quand on parle du loup songeais-je. Le rouquin me jeta un regard ineffable au possible. Okay, okay, quand on parle du VAMPIRE Eddie, si y'a que ça pour te faire plaisir !
Edward toussota, mécontent. Il apprenait peu à peu le français, inquiet que je puisse lui cacher mes pensées. Oui, Edward me tape sur le système. Et c'est réciproque. Bref, on ne s'aime pas et ça ne risque pas de bouger. Primo parce que j'étais bornée et lui aussi. Secondo parce que c'était lui qui avait commencé. Et tercio… Okay, y'a pas de tercio mais c'est pas grave. On ne pouvait pas s'encadrer, c'était comme ça.
/FLASHBACK/
Bella et Jacob papotaient des livres de Meyer lorsque je rentrai de la fac. Je m'étais écroulée à côté de mon amie et avait pioché machinalement dans la corbeille à viennoiseries. J'étais claquée après un devoir de quatre heures. C'est Jacob qui m'avait tiré de ma torpeur :
« Eléa, toi, t'es de quelle TEAM ?
-Heiin ? Quoi ?
-Jake a lu les bouquins. Moi aussi. M'indiqua Bella en me montrant les livres noirs. »
Je haussai les épaules et répondis :
« Qu'est ce que ça peut te faire ?
-Jake semble prendre cette compétition entre « Edward » et « Jacob » très au sérieux. Et comme je ne veux pas trancher…
-Oui, t'es toujours la Suisse… Me moquai-je gentiment. »
Bella me sourit et souffla :
« Exactement. Donc il veut savoir pour qui tu es. Moi je pense me douter mais…
-Allez dis dis dis dis dis dis dis dis… Scanda Jacob. Epuisée, je lâchais, rouge pivoine –de gène et d'énervement-
-Okay okay, Jake, ferme là et je te dis…
-Ahhh…
-Team Jacob baby, tu crois quoi ! Dis-je en riant. »
Bella me tapa dans la main et Jacob s'empressa de me serrer dans ses bras.
« Je savais que t'étais une fille bien. Annonça-t-il, tout joyeux.
-Parce que si j'avais été pro Edward ça n'aurais pas été le cas ?
-Ca aurait fait de toi une nécrophile. C'est dégueu.
-Et la zoophilie ça l'est moins ?M'enquis-je, toujours morte de rire. »
Bella se joignit à ma bonne humeur tandis que Jacob semblait bouder. Puis mon amie me demanda les raisons qui me poussaient à préférer le loup au vampire. Ennuyée je lui répondis :
« Et bien… je trouve qu'Edward a un petit côté old school qui me déplait. Franchement je ne vois pas ce qu'il y a de mal à faire l'amour avec quelqu'un qu'on aime, même si l'on est pas marié. Y'a aussi son comportement envers Jacob, quand il sait que ce dernier écoute et qu'il passe outre la demande de Bella de cacher qu'ils sont fiancés parce que Jake pourrait faire une bêtise. Il est égoïste. Ce qui est pathétique et cruel. Il pense être le seul à détenir la vérité. Et puis, il est aussi assez misogyne. Il pense que Bella ne peut rien faire toute seule, qu'il doit toujours la protéger… enfin trop chevalier servant quoi. C'était bien pour le moyen-âge toutes ces fadaises… »
Ma démonstration sur le côté arriéré d'Edward-le-vampire-de-Twilight fut stoppée nette par l'arrivée d'Edward Cullen, qui cassa l'ambiance –un peu comme d'habitude d'ailleurs- Cependant je terminai par un :
« Je n'aime pas les mister prise de tête… sans vouloir t'offenser, Edward. Ni mauvais jeu de mots.
-Evidemment, Eléa. Murmura-t-il de sa voix glaciale. »
Jacob rompit l'atmosphère pesante par un « Comme c'est intéressant » Le vampire répondit :
« Tu es mal placée pour juger sur ce que tu ne connais pas. Tu n'as aucune conscience de ce qu'est l'amour véritable. »
Pendant une seconde je fus décontenancée et soufflée. Le visage solaire de Jacob m'apparut puis celui de Raphael, tellement doux et tendre. Je défaillis, mon cœur se brisant dans ma poitrine. Des larmes nimbèrent mes yeux. Mon amoureux… Ces mots me paraissaient creux. Pourquoi donc ? Pourquoi ça me faisait si mal ? Et pourquoi cela m'indifférait-il de repenser à lui, tout à la fois ? Je ravalai mes pleurs, décidée à ne pas lui montrer qu'il avait touché la corde sensible. Bella semblait très ennuyée. Je n'étais pas romantique. En tout cas je m'en défendais. Mais tout de même… Une main glacée se posa alors sur mon épaule. Instantanément ma peine s'effaça, comme pompée.
« Tu te trompes Edward. Eléa aime. Profondément. » Annonça Jasper, calmement.
Je le gratifiai d'un faible sourire. Ce jour là le blond, s'il n'était pas devenu mon ami n'avait tout de même pas pris parti contre moi.
/FIN DU FLASHBACK/
Edward donc était entré dans la pièce pour embrasser tendrement Bella. Cette dernière ronronna comme une chatte. Cet amour et cette harmonie dans leur couple me torturait. En effet, moi, j'étais désespérément seule. Raph' était à des milliers de kilomètres de là. La solitude me pesait. Et puis il y avait Jacob… Je m'étais rapprochée dangereusement de lui. C'était un ami, un confident, une épaule pour mes coups de blues et aussi ma folie. Nous étions nous-mêmes, à 100%. Je n'avais pas besoin de jouer ou de tricher avec lui. Pas de comédie sociale. On était cash et c'était ce qui nous plaisait chez l'autre. On était libres. Comme jamais je ne l'avais été auparavant. On cherche toujours à cacher ses erreurs, à masquer ses plus grandes humiliations. Mais avec Jacob, je laissais un peu tomber ma carapace. Oui j'étais une fille qui avait du mordant (ah ah ah que je suis drôle) mais si je donnais un coup de patte c'était pour prévenir plutôt que guérir. J'avais été trop abîmée par la vie pour ne pas m'en méfier. Bref ça n'allait pas. La jalousie de Raph, l'éloignement, les conseils de mes amies, les Cullen. J'étais complètement perdue. Et pourtant j'avais pour certitude d'aimer mon amoureux encore tendrement. Avec Jacob c'était autre chose. Quelque chose que je ne connaissais pas avant. Mais ça ne pouvait pas être de l'amour. Je ne crois pas à la thèse des gens qui pensent qu'on peut aimer deux personnes à la fois. Bref, j'étais aux prises avec mes pensées larmoyantes au possible ce qui eut pour but de m'énerver. Oui, je n'aime pas ces incertitudes, ça me tape sur le système et me donne la migraine. Je décidais donc de mettre le plus de distance possible entre le couple charmant et épanoui et ma petite personne. Je ne suis pas maso quand même. La brunette me demanda :
« Où vas-tu Eléa ? Jake ne devrait plus tarder désormais. Il avait dit qu'il arrêterait de patrouiller avant la nuit. »
J'adressai un petit sourire à Bell's et répondis :
« T'inquiètes je ne vais pas m'envoler. A moins que le contact des êtres surnaturels aie pour conséquence de faire muter et que je sois devenue un griffon. Ce qui me déplairait fortement soit dit en passant.
-Et pourquoi pas un ange ? Supposa naïvement Nessie. »
Edward failli s'étrangler. Voilà pourquoi finalement j'adorais cette gosse ! Bella pouffa en observant la réaction de son mari. Je me contentai d'un :
« Erf les ailes c'est un peu trop encombrant. Bien. Je monte. La compagnie depuis quelques instants c'est nettement détériorée… »
Je soutins le regard furibond du rouquin. Il était sur le point de sortir de ses gonds. J'avais peur mais je m'obligeais au calme. Histoire de le faire encore un peu plus bisquer. Cruelle moi ? Oh si peuuu !
Sans un mot de plus, je gravis les escaliers qui menaient aux chambres. De la mezzanine on pouvait rejoindre celles d'Emmet et Rosalie et de Jasper et Alice. Il fallait grimper à une échelle de bois pour poser le pied sur un troisième espace, sous les toits, tout en bois, qui servait de tanière à Jacob. J'allais me saisir de l'échelle et en me retournant je tombais nez à nez avec Jasper Hale. Il souriait tranquillement, me voyant me démener avec un objet trois fois plus haut de moi. Oui, oui, Jazz est un sadique ! Néanmoins je pouvais apprécier qu'il se tenait à nette distance de ma petite –et humaine- personne. Et oui, l'inconvénient de vivre dans cette maison c'est qu'on est toujours perçu comme une outre de sang bien frais.
AIE !
Mince. Une écharde. C'est bien ma veine… Non pas penser à tout ce qui a un rapport avec le sang… Merde. Je saigne. Je saigne et j'ai un vampire difficilement sevrable devant moi. Okay, j'aurais pas du penser ça… Maintenant je suis complètement flippée. Il va me manger. Maman… j'ai pas envie de finir en casse croute ! Cependant, il souriait toujours. Je vous ai déjà dit que Jasper est un grand malade ou pas ?
« Ne sois pas si nerveuse. C'est flatteur et affligeant tout à la fois.
-Désolée. J'ai un peu de mal à me faire à tout ça… M'excusais-je en enfournant mon doigt dans la bouche, suçant les quelques gouttes de sang qui s'en échappaient –erf je virais au vampirisme moi aussi, autre tare quand on fréquente trop des vampires.
-Tu es humaine. Et normale. C'est assez agréable un peu de normalité dans cette maison. Et puis tu fais tellement d'efforts pour ne pas nous craindre. »
Je m'esclaffais. Oui mais une fille normale ne ferais pas causette avec un vampire. Elle se tirerait vite fait de là.
« Je prends ça comme un compliment n'est ce pas ?
-Yep ! Personne n'a envie de te tuer. Ton sang ne chante pour personne. Tu n'es pas une imprégnée. Avec toi, la vraie vie est entrée, avec ses joies infimes, ses peurs futiles pour nous autres immortels, ses angoisses. C'est agréable de vivre ça. Bella était faite pour le vampirisme, elle comprenait et pardonnait tout. Toi tu es différente. Profondément humaine. C'est pour ça que je t'aime bien. »
Une nouvelle salve de rire de ma part. Jasper ne semblait pas affecté que je me moque de lui. Au contraire on dirait que ma joie et mon euphorie déteignaient sur lui. Oups, c'est vrai, j'allais presque oublier. Empathe ! Entre deux fous rires j'osai :
« Tu… tu m'aimes bien ?
-Ouais. J'avoue que moi aussi ça me semble étrange.
-Et tu.. voudrais être mon ami ? Poursuivis-je toujours plus hilare devant l'énormité de la révélation. »
J'en serais tombée à la renverse.
« En fait je pensais qu'on l'était déjà, petite humaine insupportable ! Ricana t'il.
-Aoutch, not fair
-Bon j'avoue aussi qu'Alice me tanne depuis des semaines pour qu'on devienne amis « officiellement ». Ca lui tient à cœur…
-Et quand Alice veut quelque chose, elle l'obtient toujours.
-C'est l'inconvénient de l'était vampirique. Elle ne se lasse ni n'abandonne jamais ! »
Il baissa la tête doucement, comme un gamin pris en faute. C'était ça tout le charme de Jasper. Je le savais plus fort psychologiquement qu'aucun autre vampire. Physiquement, il avait survécu à l'horreur. Il m'inspirait beaucoup de respect. Et qu'il me porte de l'intérêt, qu'il m'apprécie même, ça me faisait quelque chose. J'étais moins… insignifiante. Nous nous étions rapprochés durant notre échange au point de nous toucher. Je pouvais entrevoir des petites cicatrices.
« Incroyable ! M'extasiai-je en posant le bout de mes doigts sur son avant bras droit. »
Instantanément, il bondit et s'encastra dans le mur derrière lui. Je grimaçai. Carlisle et Esmée n'allaient pas être contents. Ni Emmett, il faudrait qu'il refasse les plâtres.
« Désolée.
-Tu n'as pas peur ?S'étonna Jasper. »
Je me reculai, ne comprenant pas ce qui m'arrivait :
« Je croyais… ton pouvoir…
-Tu n'as pas peur de moi ?
-Bah euh… si un peu. Mais pas trop. Tu as réagi comme ça pour me protéger non ? »
Un silence gêné de sa part. Okay, il a failli me mordre. Chouette, je suis carrément en confiance là. Super ! Jake, tu as intérêt à te pointer rapidos !
« Je ne m'attendais pas à cette réaction. Quand tu verrais mes cicatrices. Me dit il en rabaissant les manches de son pull noir sur sa peau ivoire. Humm… Etrange…
-Quoi ? M'inquiétai-je.
-Tu ne remarques pas une absence surprenante ?
-Euh…
-Allons Eléa, Jacob te dit brillante. Fais fonctionner ton petit cerveau humain. »
Je trépignai littéralement. Il jouait avec mes nerfs cet… Et là le déclic :
« Personne n'est venu alors qu'on a du faire un boucan d'enfer.
- Ouais. Ca sent pas bon tout ça. Dit Jasper en plongeant ses yeux topaze dans les miens. »
J'approuvai ses propos pas un :
« Non, pas bon du tout. »
J'observais le vampire blond, sans rien comprendre. Qu'est ce qui pouvait retenir des vampires ? Mon cœur fit un bond dans ma poitrine quand mon esprit déclencha les engrenages de la réflexion. Les Volturi. Pas d'autre explication. Mon corps alors commença a réagir indépendamment de ma volonté. J'eus un haut le cœur, la nausée, mes jambes devinrent du coton. J'allais tomber dans les pommes. Alors que le noir m'enveloppait de plus belle afin de me protéger, Jasper s'approcha de moi et me soutint. Il referma ses bras puissant autour de mon frêle corps d'humaine. Je tremblais de tous mes membres, au bord de la crise de nerfs. Je voulais rester humaine, avoir une vie banale d'humaine. J'éclatai en sanglots, craignant que ma vie s'arrête ici. Il siffla doucement à mon oreille :
« Chuuuut Eléa. Ca va aller. Tout va bien se passer…. Jasper me berçait dans ses bras, m'envoyant des salves de sérénité. Calme-toi. Je vais t'emmener loin d'ici. Reprends-toi Eléa, s'il te plait. Ca va aller. Promis… »
J'arrêtai net de pleurnicher. Après tout je n'étais pas une poule mouillée. Et puis s'il fallait que je défende ma peau, je le ferais chèrement. Quitte à ce que Jasper me transforme.
« Monte sur mon dos. Ferme les yeux, je ne veux pas que tu taches mes fringues avec ce que tu as ingurgité.
-Charmant. Notai-je dégoûtée.
-Tu as confiance en moi ?
-Est-ce que j'ai le choix ?
-Eléa… Soupira-t-il. »
Je grimaçai simplement.
« Pour le moment ? »
Il s'esclaffa. C'est alors qu'une porte s'ouvrit à la volée en bas. Jasper s'apprêtait à bondir à travers la baie vitrée. Je poussai un hurlement de frayeur. Une voix sourde tonna :
« Eléa, tu vas nous expliquer ce qui se passe ici. »
Edward se trouvait face à moi, ses yeux topaze lançant des éclairs. Je me fis toute petite (enfin je devrais dire encore plus petite) derrière Jasper qui continuait de faire rempart de son corps. Okay, il est furieux. J'ai fait quoi encore ?
« Ne fais pas l'innocente ! Gronda-t-il.
-Et toi sors de ma tête, je ne t'y ai pas invité.
-Pas ma faute si parfois tu penses en anglais, Froggie.
-Tu sais ce qu'elle te dit la grenouille? M'insurgeais-je, quittant la protection du vampire blond, poing dressé. »
Jacob arrêta mon geste d'un coup sec. Je ne l'avais pas vu venir lui.
« Arrêtez de vous disputer. Eléa, il y a un problème.
-En même temps vous en avez toujours… Commentais-je, blasée.
-Non. Le problème, il vient de toi. Répondit-il en me dévisageant. »
C'était la meilleure ! Ils allaient me sortir quoi ? Que j'étais devenue une sorcière ?
« Un type te cherche partout à Port Angeles, désespéré. Il pose des questions. Montre ta photo. Il te cherche. »
Je tombais des nues. Jasper m'offrit son bras et je lui en fus reconnaissante. Qui donc pouvait être assez stupide pour… ? Oh ! Flash. Evidemment. Je souris et avec peine je masquais mon enthousiasme :
« Le type… Le mètre soixante quinze, la vingtaine, un sourire de star, un petit dimant à l'oreille, musclé ? »
Jacob opina du chef. Je me jetais à son cou et déposais un baiser sur la joue.
« C'est Raph ! Il est venu ! Pour Noel ! Oh mon dieu ! Raphael ! »
J'étais tellement sous le choc que je riais bêtement. Jake informa les deux autres vampires :
« Son petit ami. Français. »
Je virevoltai et dis rapidement :
« Désolée Jacob, je dois y aller. Il est ici. Il a traversé la moitié du globe pour me voir. C'est dingue. Pardon pardon. Embrassez Esmée et Carlisle pour moi. Dites au revoir à Bella et Nessie de ma part. »
Comme un coup de vent je quittai la maison blanche des Cullen. Je repris mes esprits en mettant ma clé de voiture sur le contact. Raphael était là. J'étais folle de joie. Et en même temps, je sentais la peine m'envahir peu à peu et gâter ces instants de bonheur. Sa venue impliquait que je ne reverrais pas mes amis vampiriques avant longtemps. Ni Jacob. C'était ce qui me faisait le plus souffrir d'ailleurs. Pourquoi est ce que je réagissais comme ça moi ? Je me serais donnée des baffes. Il me gâchait ce moment. Pourquoi avais-je finalement envie de le rejoindre à la villa ? Le consoler car j'avais vu que mon bonheur trop éclatant l'avait blessé. Pourquoi est-ce qu'il était lui. Pourquoi étais-je moi ?
*o*o*o*o*o*o*o*
Jacob POV
Je la regardai partir, loin de moi, sans un seul regret. Elle paraissait si heureuse. Ses yeux brillaient de joie. Il n'y avait plus rien sur terre que cette nouvelle. Que sa venue. A lui. Raphael. Sans le connaitre, je le détestais déjà. J'avais vu la tendresse frémir sur ses lèvres lorsqu'elle avait prononcé son nom. Je l'avais observé tout l'après midi. Il était parfait pour elle. Aussi fou, aussi impulsif. Aussi différent. Il avait traversé la moitié du monde pour la rejoindre. Si ça n'était pas une preuve d'amour ça ? J'étais furieux de la voir si pimpante et qu'elle me plante là. Edward me tira de mes pensées :
« Jacob, la table ne t'a rien fait. »
Je remarquai à cet instant que la petite coiffeuse en ébène craquait sous mes doigts. Oui, j'étais furieux. La sangsue ne commenta pas plus avant et redescendit auprès de sa petite famille. Jasper quant à lui n'avait pas bougé d'un pouce. Je grognai :
« Qu'est ce que tu as Hale ?J'ai une puce sur le nez ?
-C'est dommage. Tu te dis que si tu avais agi plus tôt, tout pourrait être différent. »
Je le toisai, éberlué. Qu'est ce qu'il voulait dire ? Il s'était pris un coup sur le carafon ou quoi le cadavre ?
« Gné ?
-Jacob, ne nie pas ce qui crève les yeux. Tu l'aimes bien, Eléa.
-On est ami et…
-On me la fait pas à moi. Empathe, tu te souviens ? Se moqua-t-il en me donnant un petit coup dans l'épaule. »
Comme Eléa… Rahhh de nouveau je pensais à elle, de nouveau mon cœur battait à tout rompre et faisait des montagnes russes. Jazz éclata d'un rire clair et franc, pas du tout sarcastique mais ne commenta pas. Au contraire, il s'effaça. Alors je donnais un coup dans le panier de linge sale en grommelant :
« Pourquoi est ce qu'ils se mettent tous toujours en travers de mon chemin ? »
*o*o*o*o*o*o*o*
Eléa POV
Il attendait sur le pas de ma porte, un bouquet de lys à la main. Je claquai la porte de ma voiture et me précipitai dans ses bras en riant. Il m'y reçut et de nouveau j'étais chez moi. Il me fit tournoyer et je répétais à l'infini, comme pour me convaincre que c'était bien lui. Qu'il était bien là.
« Raphael ! Raph' ! »
Il me serra encore plus fort et me tendit les fleurs. Je minaudai :
« Il ne fallait pas.
-Arrête, tu les adores.
-Je sais. Mais arrête de briser les convenances.
-Tu n'as jamais aimé ça. Répondit-il du tac au tac. »
Je lui souris tendrement et lui tendis mes lèvres. Il y déposa un long baiser mouillé et fiévreux qui me fit sourire. Il m'adossa au mur et instinctivement je me cambrais pour mieux épouser son corps. C'était bien. Mais différent d'avant. Ca n'avait plus la même saveur. Je n'avais plus la même passion. Plus me même feu qui m'habitait. Sans doute parce que j'étais toute chamboulée de le retrouver. Après de longues embrassades, je soufflais :
« Tu es fou d'avoir fait tout ce chemin.
-Tu me manquais.
-Toi aussi. Me forçais-je à dire. »
Pourquoi est ce que j'avais l'impression que ça sonnait faux ? Il resplendissait. Raphael était heureux. C'était tout ce qui m'importait. J'ouvris ma porte et l'invitai à entrer.
« Tu t'en es sorti à la douane ?
-Ouais. Ce fut… épique !
- Surtout quand on ne parle presque pas l'anglais.
-Je te raconte ? Demanda-t-il. »
Je me calai sur ses genoux comme autrefois. Je posai ma tête au creux de son épaule. Comme autrefois. Il jouait avec mes cheveux. Comme autrefois. Mais cette fois, je ne m'émus pas.
Après le récit de son Odyssée, nous avions scellé nos retrouvailles comme tous les couples, sur l'oreiller. Là aussi ça avait été… étrange. Pas que ça n'avait pas été bon. Seulement… Il y avait quelque chose. Quelque chose que je connaissais trop bien désormais. La nuit était tombée. Raphael dormait paisiblement. Mais moi… moi j'étais perdue, déboussolée. Et je me sentais mal. Terriblement mal. Et sale aussi. Pourquoi ?
Je quittai mon lit, prenant garde de ne pas réveiller mon amant. J'enfilai la chemise de Raph', pris mon portable et sortis dehors. C'est alors qu'à mon plus grand étonnement, je fondis en larmes. De joie ? De malheur ? De fatigue ? De tout ça réuni ? Aucune idée. Machinalement, je pianotai le numéro de Jacob.
TUT TUT TUT TUT…
J'allais raccrocher quand j'entendis sa voix ensommeillée :
« Moui ?
-Jacob ? Je te réveille ? »
Un temps au téléphone. Des bruits de draps qui se froissent. Un raclement de gorge. Okay, il est opérationnel.
« T'as vu l'heure ? Bougonna-t-il. »
Autant pour moi. A noter, les loups aussi peuvent se lever de la patte gauche !
« Désolée… snif…
-Tu… tu pleures ? S'écria-t-il. Il t'a fait quelque chose ? Eléa, s'il t'a blessé, s'il…
-Relax Jacob. Je ne sais même pas pourquoi je t'appelle en fait si c'est pour que tu piques une crise. Va, rendors-toi. Crachai-je et je lui raccrochai au nez. »
J'étais furieuse contre lui. Et encore plus contre moi. Pourquoi avais-je fait ça ?
Le lendemain passa paisiblement. Lentement. Monotone. Tellement humain. Tout me paraissait fade et sans saveur. Ma vie humaine m'insupportait. Désormais, je me moquais de savoir quelle voiture Raph' voulait acheter, je me foutais de ses problèmes au boulot. J'étais à des années lumières de ces soucis.
« Tu rentres quand ? »
J'avais posé cette question sans m'en rendre compte. Raphael éclata de rire et me demanda, pas du tout sérieux :
« Pourquoi, tu en as déjà marre de moi ? »
Je me mordis les lèvres pour ne pas lui répondre. Trop de franchise tue la franchise. Il reprit son sérieux et répondit :
« Demain en fait. Je n'ai pas pu avoir plus que quatre jours de congés.
-Si je compte bien, ça n'en fait que 3. Hier, aujourd'hui, demain. Passé, présent, future…
-Les WC changeront la face du monde… »
J'éclatais de rire face à cette référence d'un de mes Disney préféré, Hercules. Puis nous avions refait l'amour. Cette fois-ci ce fut simple. Evident. Tendre. On avait plus d'urgence. Seulement le plaisir d'être l'un avec l'autre, l'un dans l'autre. De ne faire plus qu'un. Après l'amour, je posais ma tête sur le torse d'Apollon de mon amoureux, écoutant la douce mélopée de son cœur. Il enlaça mes épaules et demanda simplement :
« Tu avais quelque chose de prévu ce soir, pour le réveillon ? »
J'allais lui répondre que non quand mon téléphone sonna. J'hésitais à prendre la communication. Raph' nota simplement :
« Ton portable est encore plus chiant que mon banquier. Si tu ne décroches pas, c'est ton répondeur qui va t'appeler toutes les 5 minutes et on va devenir barje. »
Je ricanais et répondis :
« Allo, j'écoute ?
-Ah, Eléa !
-Non le pape !
-Très drôle.
-Okay okay… Salut Alice.
-Toi. Ton chéri. Chez nous. Pour Noel. On s'offrira les cadeaux et tout et tout.
-Alice, je…
-Taratata. Pas de discussion possible. A ce soir ! »
La tonalité résonna à mes oreilles. Okayy… Je me tournais vers Raphael et murmurai après avoir déposé un baiser fleur sur ses lèvres:
« Oui, on a quelque chose de prévu ce soir, chéri. »
*o*o*o*o*o*o*o*
Lorsque Bella ouvrit la porte j'étais extrêmement nerveuse. Raph par contre était comme à son habitude, placide. Mon amie l'accueillit avec chaleur :
« Je suis ravie de te rencontrer. Eléa parle souvent de toi.
-Merci, c'est gentil. Vous avez une maison splendide. Eléa aussi m'a parlée de toi.
-C'est une moqua la brune.
-Seulement quand elle le décide. Mais si elle veut, elle peut être une tombe. »
Je frissonnais et pénétrais dans la villa. Jasper m'embrassa et évacua mon stress. Emmett me sourit amicalement. Rosalie… resta Rosalie. Edward lui aussi ne se montra pas des plus affables. Alice virevolta :
« Ah, te voilà. Bon, tu es en retard, mais ça n'est pas grave !
-Ou sont Carlisle et Esmée ?
-Partis sur l'île d'Esmée. Lâcha Edward avec morgue. J'étais pour l'idée de partir avec eux, mais Bella a insisté pour rester et rencontrer ton cher et tendre. »
Raphael se tendit immédiatement et s'apprêtait à prendre ma défense. Je posais ma main sur son torse et murmurai :
« Laisse-le, c'est un con.
-Je n'aurais pas été aussi gentil avec lui. S'il savait ce que je pense de… »
Je m'esclaffai et Edward semblait lui aussi hilare. C'était ce qu'on appelle l'ironie du sort.
Enfin, je présentai Raphael à Jacob.
« Ravi de te connaitre » fut tout ce dont Jake le gratifia. Quand à moi je n'eus pas droit à une seule remarque. Mon amoureux s'effaça, comprenant que j'avais des choses à régler avec l'indien et rejoignit Alice et Bella. Ainsi que la petite Nessie.
« Tu m'expliques ?
-Quoi ? Dit-il avec la plus grande indifférence.
-Pourquoi tu ne me parles plus ?
-Je te parle là ! S'énerva-t-il.
-Qu'est ce qui ne va pas Jacob ? On dirait qu'on t'amène chez le véto ! Ca n'est pas comme si ce qui arrivait n'était pas normal !
-Rien ici n'est normal ! T'es au bal des morts vivants et autres bestioles monstrueuses !
-Arrête Jake. Tu ne vas pas nous pourrir la soirée. Pense à Nessie ! Elle adore Noël ! Après tout, c'est ton imprégnée, alors gâte-la. C'est ton job. »
Je le laissai planté là et rejoignis mon amoureux, furibonde.
Le restant de a soirée se passa sans heurs. Alice expliqua à Raph' qu'elle avait fait un apéritif dinatoire. Bref, ça expliquait pourquoi ils picoraient. Au moins, on ne voyait pas qu'ils ne se sustentaient pas. Puis les douze coups de minuit sonnèrent. Nessie alla placer le petit Jésus dans la crèche et se dépêcha d'aller ouvrir ses cadeaux. Des poupées, des dinettes, une tenue de princesse, et, de ma part, un petit livre de contes. Ce fut terriblement festif, et tout le monde semblait réconcilié, autour des papiers multicolores déchirés. J'éclatai de rire devant le présent d'Alice –un minuteur pour que je n'oublie plus mes petits plats sur le feu, ma spécialité culinaire- quand j'aperçus Raphael s'approcher de moi.
« Tu es heureuse ?
-Pas toi ?
-Tu les aimes beaucoup.
-Ce sont mes amis. Dis-je simplement. »
C'est alors que mon monde changea du tout au tout. Je vis mon amoureux sortir de sa poche intérieure un écrin de velours noir. Le silence se fit dans la pièce. J'étais tétanisée. Paniquée. J'avais envie de prendre mes jambes à mon cou. Raphael mit pied à terre. J'étais au bord de la catalepsie.
« Je pensais le faire autrement. Mais voilà. Eléa… Tu sais que je t'aime. Depuis que tu n'es plus là, tout le temps à mes côtés, j'ai l'impression qu'on m'a arraché une partie de moi. Aujourd'hui, avec toi, je respire de nouveau, après presque quatre mois sous intubation. Je ne veux pas continuer sans toi. Me ferais tu donc l'honneur de devenir ma femme. »
J'avais envie de vomir. Je détestais ce genre de déclaration, avec de grandes envolées lyriques. Il ouvrit l'écrin et je vis un petit truc brillant scintiller de mille feux. Il était monté à l'ancienne, selon mes gouts. Un solitaire taillé en marquise. Okay, la pierre est superbe. Je restai immobile pendant quelques instants. Je dévisageai mes compagnons. Les filles observaient avides l'objet. Elles, elles aimaient les trucs comme ça, théâtralisés. Edward restait indifférent. Jasper un peu inquiet. Jacob… Jacob avait un regard qui me jetait des éclairs. Il me détestait désormais. Et je ne savais pas pour quoi ? Peut être à cause du coup de fil nocturne ? Enfin, il s'en remettrait.
« Eléa. Dis quelque chose, ça devient gênant. Souffla Raphael. »
J'avais refusé une fois de me fiancer. Mais Raph. Oui avec lui ça serait différent. Je devais m'en convaincre, même si franchement, l'idée de me marier ne me bottait pas plus que ça. Quand il faudrait annoncer la nouvelle à mes parents… Mon père en ferait une crise. Il serait capable de prendre la batte de baseball sous le lit parental. Néanmoins, je me vis effectuer ce geste au combien stupide que je regrettai aussitôt : je tendis ma main gauche. Raph y passa l'anneau en or blanc, se releva et m'embrassa goulûment.
« Je n'ai jamais été aussi heureux de ma vie.
-Moi aussi. Mentis-je. »
Mais qu'est ce que j'avais fait ?
*o*o*o*o*o*o*o*
Raphael avait pris quelques jours de plus finalement. Trois jours. Ça faisait trois jours que j'étais… fiancée. BEARK ! Ma sœur et mes frères m'avaient traitée de folle. Et ils avaient raison. Mais pourquoi j'avais fait ça ? Dans quelle galère je m'embarquais encore ?
Mais, si ça faisait une semaine que j'étais engagée à un autre, ça faisait aussi une semaine que Jacob refusait de me parler. Il filtrait mes appels, ne répondait ni à mes mails ni à mes SMS. Et ce silence me blessait, terriblement. J'aurais voulu pouvoir lui faire part de mes doutes. De mes craintes. C'est mon amoureux qui me sortit de mes pensées :
« Eléa, il faut qu'on aille à l'aéroport. »
Je lui offris un pâle sourire, qu'il prit pour de la peine à son endroit. C'est d'ailleurs ce qui aurait dû être. Mais non. Je n'étais pas ennuyée qu'il s'en aille. Au contraire, ça me relevait d'un poids. Nous fîmes le trajet en silence. Je détestais cette vie dans laquelle je m'embarquais malgré moi.
Raphael voulait des enfants. Vite. Moi je voulais vivre. Voyager. Me tromper. Recommencer. Avoir un vrai foutoir à démêler un jour avant de commencer une vie bien rangée. On était trop jeune pour se la jouer petit couple pépère. Le garçon que j'aimais, que j'avais connu n'avait pas ces espoirs-là. Peut être que si on était resté ensemble, dans notre petit train train j'aurais été comme lui. Mais j'avais rencontré les Cullen et commencé à vivre au jour le jour des aventures qui faisaient d'une simple journée quelque chose d'extraordinaire. Raphael stoppa la voiture. Se pencha vers moi. M'embrassa passionnément, comme sa vie en dépendait. Puis il baisa ma main où brillaient les diamants qui montraient que j'étais sienne. Que j'avais lié mon destin au sien. Que j'avais perdu ma liberté. Mais même si les chaînes sont somptueuses, elles n'en demeurent pas moins des chaînes.
« Je t'aime.
-Je sais. Me contentais-je de dire, les larmes aux yeux. »
Je ne pouvais pas faire mieux. Ou plutôt… plus. Cette vérité me torturait.
« On sera de nouveau réunis. Bientôt. M'assura-t-il, pensant ainsi calmer mes pleurs.
-Je sais. Répétais-je en posant ma main sur la sienne qui effleurait ma joue. Maintenant vas y. Tu vas rater ton avion sinon.
-Tu ne viens pas ?
-Tu sais que je déteste les aéroports. »
Et ce fut tout. Il sortit. Prit sa valise. Et partit.
Je roulai à vive allure et me barricadai chez moi. Là, je laissai éclater ma tristesse. Raphael était parti. Il me manquait déjà. Je ne l'aimais plus. C'était évident. Plus comme avant. Je n'étais pas capable de passer le restant de mes jours avec lui. J'avais besoin d'une béquille. J'avais besoin d'un ami. Mais Jacob ne m'adressait plus la parole. J'étais seule. Désespérément seule. C'est avec ce poids sur le cœur que je sombrai dans l'inconscience.
*o*o*o*o*o*o*o*
L'eau glacée me réveilla en sursaut. Je poussai un hurlement et donnai un coup de lampe (on a les armes qu'on trouve) à celui qui m'avait aspergée. Le feulement qui retentit m'arrêta nette.
« Jacob ?
-Ce qu'il en reste plutôt. Grogna-t-il.
-Mais qu'est ce que tu fous ici ? En pleine nuit ? M'écriais-je, complètement paniquée. Il devait y avoir un problème. Je…
-t'es malade ! T'as un pète au casque !
-Non pour l'instant j'ai plus de mâchoire mais ma tête fonctionne à merveille. Dit-il, plein de sarcasme.
-Oh, pauvre petit Jacob tout fragile. Ironisais-je.
-Je n'ai aucune faiblesse my dear ! Se pavana-t-il en roulant des mécaniques.
-A d'autres.
-Okay, j'ai un faible pour les brunes aux reflets incendiaires.Confessa-t-il, les yeux brillants. Je m'esclaffais et répondis :
-Sérieux, Jake, pourquoi tu me réveilles au beau milieu de la nuit ? »
Jacob me dévisageait, gauche soudain. Je détestais quand il rentrait dans sa coquille. Souvent il lâchait une bombe dans les secondes qui suivaient. Je posai ma main sur son torse musclé, appréciant sa chaleur. Je souris, bêtement. J'étais bien. Il calmait la douleur. Voilà avec lui c'était simple, évident. Il m'adressa son sourire de garçon solaire, chaleureux, qui veille sur vous quoi qu'il arrive. J'allais reprendre la parole mais il posa son index sur mes lèvres, me condamnant au silence. Intriguée, je me laissai faire.
« Eléa, tu te souviens du jour où je t'ai ramenée, en voiture, chez les Cullen pour la première fois ? »
De plus en plus suspicieuse, je soufflai en fronçant les sourcils :
« Vaguement, pourquoi ?
-Tu te souviens de quoi on a parlé ? »
Là, je devais avouer que j'avais perdu le fil. Je haussai les épaules et bâillai ostensiblement pour lui indiquer que ça n'était ni le lieu ni le moment.
« On a papoté de tout et de rien ce jour là Jake. Qu'est ce que tu veux ?
-J'avais fait ton sac. Et puis tu m'as demandé…
- A quoi tu penses ? Me remémorai-je finalement, attendrie. »
Jacob se tenait désormais face à moi, à genoux. Son front se posa sur le mien et son regard se perdit dans mes prunelles. Il souffla avec beaucoup de tendresse.
« A toi.
-Vraiment ? Me moquai-je, troublée par cette promiscuité qui ne m'étais pas familière. »
J'étais gênée et complètement épanouie face à cette situation. Bizarre, bizarre vous avez dit bizarre ?
« Oui. Tu aurais pu me faire les poches à ton tour. Juste retour des choses après tout… »
Et comme ce jour là, il y avait si longtemps de cela me semblait-il, donc, comme ce jour là, je répondis curieuse :
« Et qu'est ce que j'y aurais trouvé ? »
Jacob huma l'air frais de la nuit comme pour se donner courage.
« Presque rien. Le plus souvent il n'y a que mes deux poings, bien serrés.
-Et si je les ouvrais, ces deux poings bien serrés ? J'y aurais trouvé quoi ? Demandai-je dans un murmure. »
Je l'observais, cherchant à savoir où il voulait en venir.
« Je t'avais dit qu'un jour je te le dirais.
-Oui. Parce que sur le coup tu n'avais pas de réponse à m'offrir. Répondis-je simplement. »
Jacob caressa ma joue du revers de sa main calleuse, m'arrachant mille frissons. Je perdais pied. Qu'est ce qu'il se passait ?
« Maintenant je sais. Eléa, si tu les ouvres, mes deux poings… Y'a tout l'amour que j'ai pour toi depuis toujours qui s'envole. Alors, bah… j'les garde bien fermés, comme ça j'garde aussi les clés de la bagnole. »
Je fermai les yeux pour reprendre mes esprits face à cette déclaration d'amour qui me déchirait le cœur. J'étais sûre désormais. Je ne pouvais plus me voiler la face. Lorsque j'eus le courage de voir la réalité en face, Jacob s'était évanoui dans la nuit.
