Inès ne donne plus signe de vie, mais je remercie Camilla don Molina et Eléa Telmar pour leurs reviews ! Camilla, tout ce que tu attendais se trouve dans ce chapitre... Mais tout n'est pas réglé loin de là !

Une innovation également dans ce chapitre, sous la forme d'un nouveau POV...

Chapitre 5 : Eclipse

POV Eléa

Je restai là un moment, à fixer le vide, après la déclaration de Jacob. Je savais ce que je voulais, à présent. Et je savai ce qu'il me restait à faire. Me moquant pour une fois de l'heure qu'il pouvait être en France, je sortis mon portable et téléphonai à Raphael.

« Allô ? Répondit une voix ensommeillée.

- Raph' ? C'est moi.

- Eléa, tu sais quelle heure il est ? »

Je haussai les épaules, même s'il ne pouvait pas me voir. Je ne voulais pas attendre jusqu'au soir pour lui dire ce que j'avais à lui dire.

« Raph', j'ai changé d'avis. Je ne veux pas me marier.

- Quoi ? S'exclama-t-il, parfaitement réveillé à présent. Mais... tu as accepté la bague, tu...

- J'ai fait une erreur, Raphael. Je ne veux pas de cette vie-là. Je veux rester libre de faire des choix, même si ce sont les mauvais. Et surtout, je... je ne t'aime plus, avouai-je dans un souffle. »

Voilà, c'était dit. J'attendis l'explosion, les larmes, tout sauf ce qu'il me répondit :

« Je crois que je m'en doutais, au fond.

- Tu... mais...

- Je t'ai vue avec Jacob, Eléa. Même toi tu ne t'en rendais pas compte, mais j'ai vu comment tu réagissais à son attitude. Mais j'ai préféré ignorer la petite voix qui me disait de me méfier de lui, qu'il était là et que moi j'étais loin...

- Je suis désolée, Raphael. »

Et je l'étais. Vraiment. Même si je ne l'aimais plus, mon désormais ex-petit-ami était un type bien et il méritait mieux que ça. Je raccrochai et fondis en larmes, sans vraiment savoir pourquoi je pleurais.

Je passai une très mauvaise journée à l'université. Incapable de me concentrer, je ne cessais de rejouer dans ma tête la scène de rupture digne d'un mauvais film pour ados. Lorsque, enfin, le dernier cours se termina, je pris ma voiture et roulai un long moment. Je n'avais pas conscience de la direction que je prenais, jusqu'à ce que j'aperçoive le panneau Bienvenue à Forks. Inconsciemment, j'étais venue voir Jacob. Je me garai devant la villa Cullen, sans pour autant sortir de la voiture. J'avais besoin d'un peu de temps pour faire le point. Je me sentais horrible. Raphael était venu me voir, il m'avait fait la surprise d'un voyage aux Etats-Unis et pour cela, avait certainement cassé sa tirelire – ou plutôt vidé son compte en banque.

Je ne doutais pas que toutes les personnes présentes savaient que j'étais là, mais je préférais rester seule un moment. Je me concentrai pour penser en anglais. Je devais signaler à Edward que je voulais rester seule, et même s'il apprenait le français, je tenais à être parfaitement comprise. Je le suppliai donc mentalement : S'il te plaît, j'ai besoin de faire le point... Je viendrai dans quelques minutes. Un éclair roux à la fenêtre me confirma que mon message avait été reçu, ce pour quoi j'éprouvai de la gratitude. Lui et moi ne serions probablement jamais amis, mais il avait la courtoisie de respecter mon désir de solitude... J'espérai juste qu'il n'avait pas l'intention de surveiller mes pensées.

Récapitulons donc. Raphael avait été adorable en me rendant visite par surprise. Je connaissais le prix d'un billet d'avion France-Etats-Unis, et je me doutais qu'il n'avait plus un sou en poche. Sans compter qu'une partie de ma famille avait sans doute aidé... Ils avaient pensé m'offrir le plus beau cadeau de Noël possible en m'envoyant mon amoureux... Et ça aurait sans doute été le cas s'il n'avait pas sorti cette bague. S'il ne m'avait pas fait sa demande, je me serais sans doute leurrée encore longtemps sur mes sentiments pour lui et pour Jacob. Alors peut-être que c'était pour le mieux, après tout.

Jake, en revanche, s'était beaucoup mieux conduit que la première fois. Bien sûr il ne s'était pas entendu avec Raphael et avait montré de la jalousie – même si sur le coup, je ne l'avais pas identifiée comme telle. Mais il n'avait pas cherché à semer le trouble, pas cherché à me monter contre lui... Sans pour autant me cacher ses sentiments pour moi.

POV Jacob

Dès l'instant où la voiture d'Eléa se gara devant la maison, je sentis mon coeur s'accélérer. Venait-elle me signaler qu'elle ne voulait plus de moi ? L'histoire se répétait-elle, comme avec Bella ? Et si elle ne partageait pas mes sentiments, voudrait-elle encore de moi comme ami, ou avais-je tout perdu ? Je voulus m'élancer dehors, mais un certain vampire s'interposa entre moi et la porte, bougeant avec moi chaque fois que j'essayais de le contourner.

« Va-t-en, Edward ! Il faut que je lui parle, il faut que je sache...

- Elle veut être seule, répondit-il calmement. Elle a besoin de réfléchir pendant quelques minutes et entrera après.

- Et comment tu sais ça ? Tu n'apprends le français que depuis deux mois à peine ! Rétorquai-je, persuadé de l'avoir pris en faute.

- Elle a pensé en anglais, répliqua-t-il en haussant les épaules, à ma grande déception.

- Mouais... grognai-je. »

Je me tournai vers Jasper ; j'avais plus confiance en lui qu'en Edward. Il hocha la tête, confirmant les affirmations de son « frère ».

« Elle est confuse. Elle a besoin de solitude. »

Je déglutis péniblement, nerveux. Elle avait besoin d'être tranquille et je respectais ça, mais moi j'avais besoin de savoir... Si j'allais revoir mon étoile filante ou si son passage dans ma vie touchait à sa fin... Je commençai à faire les cent pas devant la porte, cherchant désespérément à penser à autre chose. Je sentis soudain une vague de calme m'envahir, de calme et aussi d'acceptation... Je me tournai à nouveau vers Jasper, soupçonneux, mais celui-ci fit l'innocent, et je fus incapable de déterminer avec certitude s'il avait quelque chose à voir là-dedans.

POV Jasper

La multitude d'émotions émanant de Jacob et d'Eléa commençait à sérieusement me donner le tournis – enfin, si un vampire pouvait avoir le tournis. Le premier dégageait des vagues d'angoisse et d'impatience mêlées de profonde affection, qui combinées à la confusion et à la culpabilité d'Eléa, provoquaient un tourbillon émotionnel des plus déplaisants. J'avais l'impression d'être revenu des années en arrière, avec le trio Bella-Edward-Jacob... Avec de petites différences, mais tout de même, est-ce que les jeunes femmes du 21ème siècle étaient toujours ainsi, ou est-ce que je n'avais juste pas de chance ?

Je décidai de leur donner un coup de pouce. Je commençai par envoyer une vague de calme à Jacob, qu'il cesse de faire les cent pas ; puis je lançai une vague d'acceptation, afin de lui donner le sentiment que quel que soit le choix d'Eléa, il ne servait à rien de se torturer à ce sujet. Le loup-garou se tourna vers moi, l'air accusateur, aussi me fis-je aussi innocent que possible. Cependant, dès qu'il eut le dos tourné, ce fut au tour de la jeune humaine ; je lui envoyai également une vague de calme afin d'effacer ce sentiment de culpabilité qu'elle éprouvait envers son désormais ex-petit-ami, ainsi que sa confusion. Elle eut de plus droit à une onde de détermination, ceci dans le but de la faire cesser de pleurer – car elle s'était mise à sangloter dans sa voiture – et de venir faire part de sa décision à Jacob.

Eléa POV

Je m'aperçus avec étonnement que des larmes roulaient à nouveau sur mes joues. Je me secouai : j'avais certes mal agi envers Raphael, mais ce n'était pas une raison pour pleurer ! Je n'avais pas choisi d'aimer Jacob, mais je ne regrettais pas cet amour. Je savais, et sans doute le savait-il aussi, que notre amour ne pourrait pas durer ; il était destiné à Nessie, et moi j'en étais déjà à la moitié de mon année scolaire... D'un autre côté, nous avions 20 ans ; si on décidait toutes de faire notre vie avec l'homme qu'on aime à 20 ans... le nombre de divorces exploserait probablement !

Je sentis un grand calme et une soudaine détermination m'envahir, et je soupçonnai Jasper d'être à l'origine de ce revirement d'humeur. Cependant, je ne m'en offusquai pas ; d'abord, parce que mon tourbillon d'émotions devait lui donner la migraine – après tout si Alice avait des migraines en essayant de voir le futur de Nessie, qui me disait que Jasper ne pouvait pas y être sujet quand trop de sentiments différents l'entouraient ? – Ensuite, parce que Jacob devait se morfondre là-dedans à attendre de connaître ma décision. Je descendis finalement de la voiture et me décidai à aller frapper à la porte. Ce fut Emmet qui vint ouvrir.

« Salut, Bella bis ! Me salua-t-il – savait-il pour Raphael et Jacob, ou bien se référait-il à mon statut d'humaine ? Le connaissant, sans doute les deux...

- Salut, la chauve-souris ! Répliquai-je. Je peux entrer ou je dois rester à la porte ? »

Il s'effaça, me laissant apercevoir un Jacob qui tentait tant bien que mal de masquer sa nervosité. Alice me sourit depuis le coin de la pièce : sans doute avait-elle vu la rupture téléphonique avec Raphael dans une vision... Dans tous les cas, ses yeux disaient je suis avec toi. Je lui souris en retour, reconnaissante. Jasper se tenait à ses côtés ; je le regardai droit dans les yeux, déterminée à lui faire comprendre que je savais qu'il avait utilisé son don d'empathe et que je ne lui en voulais pas– mais que ça ne devait pas devenir une habitude. Je tenais à mes émotions. Il sembla me comprendre car il hocha la tête.

Bella me salua avec plus de réserve ; je me doutais qu'étant la meilleure amie de Jake, celui-ci s'était confié à elle, et que de son point de vue, j'aurais dû choisir Raphael. Je ne pouvais pas lui en vouloir ; Jacob était destiné à sa fille après tout... Edward était là également ; je lui adressai un simple « Merci », qui suffit à lui faire comprendre ce que je voulais dire, apparemment, car il répondit d'un hochement de tête. Me tournant vers Jacob, je demandai d'une voix hésitante :

« Je peux te parler ?

- Bien sûr, répondit-il aussitôt. Dehors ? »

J'acquiesçai, et le suivis à l'extérieur.

Une fois suffisamment loin de la maison à mon goût, je pris la parole, sans le regarder.

« J'ai rompu avec Raphael. Et je lui ai renvoyé la bague.

- Je suis désolé.

- Menteur, lançai-je avec légèreté.

- J'admets, répliqua-t-il sérieusement. Je suis content que ce soit fini entre vous... Mais je suis désolé que tu en souffres.

- J'en souffrirais bien plus si c'était toi dans cet avion, Jacob, ou si j'avais continué avec Raph'. »

Je me tournai vers lui, toute légèreté dans ma voix envolée.

« J'ai fait mon choix, lui annonçai-je.

- J'imagine, sinon tu ne serais pas là...

- Jake...

- Eléa, me coupa-t-il, si tu décides que tu ne veux plus jamais avoir affaire à moi...

- Tu es au courant que tu parles comme un personnage d'un mauvais film à l'eau de rose là ? Demandai-je. Jacob, si j'avais choisi Raphael, il aurait prolongé son séjour le temps des vacances de Noël et je ne serais pas là en ce moment. »

L'expression sur le visage de mon loup lorsqu'il comprit que je le choisissais, lui, eût achevé de me convaincre que ma décision était la bonne si cela avait encore été nécessaire. Il s'approcha de moi mais je levai une main pour l'arrêter.

« Je veux être sûre qu'on soit sur la même longueur d'ondes, Jacob.

- Qu'est-ce que tu entends par là ?

- Nous ne sommes pas destinés l'un à l'autre. Tu le sais, n'est-ce pas ? Tu t'es imprégné de Nessie ; et moi, dans quelque temps je repartirai en France. Notre histoire ne durera pas plus de quelques mois. Je veux que tu me promettes quelque chose, Jake. Promets-moi que quand le temps sera venu de nous séparer, tu n'essaieras pas de me retenir. Promets-moi de me laisser partir, de ne pas rendre la séparation plus difficile qu'elle ne le sera. »

Je le regardai ; il avait un sourire mi-amusé, mi-triste.

« Toujours aussi optimiste, mon amour, n'est-ce pas ? Eléa, j'ai toujours su, dès que j'ai commencé à tomber amoureux de toi, que notre relation ne durerait pas. Et alors ? Oui, je me suis imprégnée de Nessie. Mais c'est une enfant et elle le restera encore plusieurs années. Je ne pense pas à elle de la même façon que je pense à toi. C'est peut-être mon âme soeur, mais ça ne veut pas dire que c'est la femme de ma vie ; il y a une grosse différence. Et je sais que, si ça arrive un jour, elle ne me reprochera pas d'avoir vécu des histoires d'amour pendant qu'elle jouait avec ses poupées.

- Jacob...

- Laisse-moi finir, s'il te plaît. Je me souviens de ce que tu as dit, le jour de ton anniversaire. Que tu entrais dans la décennie où tu allais sans doute te marier, avoir des enfants... Mais pourquoi épouser son premier amour, ou même son deuxième, ou son troisième ? On a 20 ans, on devrait pas penser à ça maintenant. Alors je te propose un deal. Je promets de te laisser rentrer chez toi, le moment venu. Mais de ton côté, tu vas me promettre de vivre le moment présent. De ne pas te demander ce qui se passera dans une semaine ou dans six mois. Je t'aime, et c'est tout ce que j'ai besoin de savoir.

- Je te le promets, répondis-je, la voix nouée par l'émotion. Et moi aussi je t'aime. »

J'éclatai de rire face à notre échange. Le genre de truc que je détestais.

« C'est tellement cliché ce truc. Je suis pas ce genre de filles qui fait des serments et qui en attend en retour. Je suis… pas comme ça. Libre.

-Je m'en doutais. Je te connais. Plus que tu ne le crois. Mais j'avais vu ça dans un film et j'avais toujours eu envie de le dire. Tu es la première. Tu es spéciale. Et j'avoue que je ne savais pas trop comment m'y prendre sinon.

-Flemmard ! Me moquais-je, lui donnant ce petit coup dans l'épaule qui était devenu notre rituel. »

Il rit lui aussi de la stupidité de l'action.

« Peut être. Mais ça marche puisque la fille après se jette à son cou.

-Et tu penses que je vais faire ça ? Sérieux ? M'amusai-je, jouant le fille perplexe et passablement dégoutée, le toisant de haut en bas. »

Il haussa les épaules et dit d'un air innoncent –et craquant-

« Y'avait rien de mal à essayer ! »

C'était simple. Evident. Et prise de tête aussi. Je n'aurais jamais dû tomber amoureuse de ce garçon. Mais c'était ma marque de fabrique. Je n'aimais que ceux qui me feraient un jour souffrir. Et au fond, même si c'était débile d'aimer Jake, et bien je prenais le risque de briser une nouvelle fois mon cœur. Tant pis, j'étais prévenue à l'avance, je n'aurais qu'à m'en prendre à moi-même, l'été prochain. Avec un sourire que je devinais niais au possible (je me serais donnée des claques pour ça) je m'entendis lui dire :

-Alors embrasse-moi, Jacob.

Sous la surprise, il écarquilla les yeux. Mais très vite, l'étonnement céda place à la suspicion.

-« Tu n'es pas sérieuse.

-Embrasse-moi imbécile ! Embrasse-moi et promets-moi de m'aimer jusqu'à l'été ! »

Il hésita. Mon cœur me brûlait. Avec effroi, je le vis s'éloigner. Puis il sembla se raviser. Il fit un pas incertain dans ma direction, puis un second. Il posa sur moi un regard interrogateur que je soutins. Je savais ce que je voulais. C'était lui. Tant pis pour moi, je me démerderais avec les bouts de cœur lacérés. Il se balança gauchement d'une jambe à l'autre et soudain, plongea vers moi et me rejoignit en deux enjambées. Ses mains se refermèrent autour de mes joues et ses lèvres trouvèrent les miennes avec une soif proche du désespoir. Je sentis sa colère et sa tension lorsque sa bouche se heurta à ma résistance passive, plus pour la forme que pour le fond. Une de ses paumes se plaqua sur ma nuque, agrippant de toutes ses forces la racine de mes cheveux, tandis que l'autre, posée sur mon omoplate, me rapprochait insidieusement de lui. Elle descendit le long de mon bras, saisit mon poignet qu'elle plaça autour de son cou avec assurance. Ses lèvres, incroyablement douces et chaudes cherchaient à m'arracher une réaction.

Mes sensations en étaient toutes chamboulées. Avec lui j'avais chaud, je me sentais fiévreuse. La main de Jacob tâtonna en direction de ma hanche dès qu'il comprit que je ne le rejetterais pas, glissa sur mes reins et me serra avec une force inouïe contre lui, me cassant en deux. Sa bouche abandonna un instant la mienne, mais je savais qu'il n'en avait pas fini avec moi. Il avait sans doute tellement attendu cet instant qu'il comptait bien en profiter. Et moi aussi. J'avais voulu ce moment, bien avant de le rencontrer pour de vrai. Je frissonnai à cette pensée. Pas de dégoût, non. Plutôt d'excitation. Ses lèvres suivirent les contours de ma mâchoire puis le creux de mon cou. J'étais assez sereine, malgré mon cœur qui s'emballait. Je savais que Jake ne risquait pas de me faire du mal. Qu'il pouvait tout tenter, tout me faire. Il dirigea mon bras libre vers celui qui se tenait sur sa nuque, et mes mains se joignirent. Il emprisonna ma taille, ses lèvres frôlant mon oreille :

« Tu peux faire mieux Eléa. Je le sais. Je le sens.

-Mmmmm…

-Je voudrais que tu me donnes un baiser. Pas que tu me le rendes … » Murmura t'il d'une voix rauque.

Je frissonnai lorsque ses dents agacèrent mon lobe. Comprenant que je répondais à son appel, haletant de désir, il ramena ses lèvres sur les miennes, pendant que ses doigts palpaient mes hanches. Une bouffée de bonheur m'envahit, ravageant le peu de contrôle que je tentais d'exercer encore sur moi-même. Sa réaction fougueuse cloua au pilori toutes mes bonnes résolutions. Son abandon absolu, son ivresse joyeuse me firent perdre toute raison. Je lui offris tout. L'amour, le désir, la peur, la joie. Tout tout tout. J'avais ouvert les vannes. J'étais entière. J'étais moi. Quant à lui, me sentant enfin céder à mes pulsions, il ne fit rien pour me ménager ! Mes doigts raffermirent leur prise sur ses cheveux noirs, pour l'attirer à moi, qu'il ne s'en aille pas. Je voulais qu'il explore ma bouche, qu'il sente que j'étais sienne. Jacob était partout. Derrière mes paupières closes, je devinais le bonheur qu'il éprouvait car je me sentais stupidement mais pleinement heureuse moi-même. Je ne voulais pas que tout cela s'arrête. Mes mains s'agrippaient à ses épaules et appréciaient que ces dernières soient carrées et fortes. J'aimais que ces mains me serrent trop fort, mais pourtant pas assez pour me rassasier de lui. Lentement, je le sentis s'échapper de ma bouche. Il s'écarta de moi et caressa mon visage.

J'observai mon soleil, illuminé par la lune. Une moitié du visage de Jake se trouvait dans l'ombre. L'autre dans la clarté lumineuse de l'astre nocturne. Il souriait de ses dents aussi blanches que des perles.

« Tu es vraiment étonnante Eléa. Différente.

-Euhh…

-T'as pas peur de l'étrange. Tu ne veux pas me changer. Tu es prête à tout accepter. Avoue, t'es pas réelle hein ?

-Tu sais que je déteste te contredire… » lui dis-je en enlaçant mes doigts aux siens. Il ricana :

« ça, c'est un vilain mensonge.

-Rohh, rabat joie » Piaffai-je.

Il se pencha pour m'embrasser de nouveau. A quoi bon résister à ce que mon corps appelait avidement. Cette fois, ce fut différent. Ses mains se firent douces sur ma nuque, ses lèvres tendres sur les miennes, et, étrangement, hésitantes et malhabiles. Ce fut très bref, mais atrocement voluptueux. Enroulant ses bras autour de moi, il me serra contre lui avant de murmurer à mon oreille :

« Je sais qu'on ne devrait pas être ensemble. Mais, Eléa, un monde ou tu n'existerais pas me serait insupportable, désormais. Je suis accro. Ça me tue. Mais tu sais, même si ça fait mal, parfois ça fait encore plus mal de décrocher. »

La lune, cet aveu, lui, moi. C'était juste parfait. Jamais je n'aurais cru qu'un garçon pourrait chambouler mon cœur. Et certainement pas un loup garou. Je me sentais de nouveau vivante, peut-être même tout à fait heureuse, et je lui en étais reconnaissante.

Mes larmes roulèrent sur son torse, là ou il ne pouvait pas les voir.

Nous demeurâmes longtemps ainsi, enlacés. Puis Jacob m'écarta de lui et entrelaça ses doigts aux miens. Tout simplement. Nous rebroussâmes chemin pour revenir à la villa, ainsi. Après tout, les enfants qui s'aiment ne sont là pour personne. Ils sont bien plus loin que la nuit, au-delà du jour, dans l'éblouissante clarté de leur amour.

POV Jasper

C'est un couple souriant qui revint une bonne heure plus tard, à mon grand soulagement. Je n'aurais pas supporté plus de morosité ou de chagrin ce soir-là ! Alice piailla de ravissement en les voyant arriver main dans la main ; elle s'était sincèrement attachée à Eléa et aurait détesté qu'elle s'éloigne de la famille à cause de cette histoire entre elle, Jacob et Raphael. Je vis Bella pincer les lèvres pour ne pas faire de remarque désagréable, et me doutai de ce qu'elle pensait. Ces deux-là n'étaient pas des âmes soeurs, ils n'étaient donc pas destinés l'un à l'autre et par conséquent Eléa aurait dû choisir son petit ami français. Je n'étais pas de son avis ; tout le monde ne pouvait pas faire comme elle et tomber sur l'amour de sa vie du premier coup ! Pourquoi Jacob devrait-il s'interdire d'aimer sous prétexte qu'il était l'âme soeur de Nessie ? Le pauvre garçon n'était pas un esclave, tenu d'attendre que ma nièce soit prête pour une hypothétique relation avec lui ! Emmet, avec sa délicatesse habituelle, lança :

« Et alors les amoureux, est-ce qu'on va tous devoir aller chasser pour vous laisser tranquilles dans une chambre ?

- Tu es jaloux, Emmet ? Demanda Eléa avec un sourire.

- Désolé, Musclor, mais je ne partage pas, renchérit Jacob. Faudra te contenter de Blondie... Je sais que c'est pas aussi bien mais bon... »

Rosalie feula et je sentis la jeune humaine se tendre, instinctivement.

« Sois sage, s'il te plaît, murmura-t-elle à Jacob. J'aimerais assez vivre pour voir l'année 2011...

- Je peux te parler, Eléa ? En privé ? »

Eléa POV

Aie aie aie. Que me voulait Bella qui ne puisse être dit devant les autres ? J'hésitai, puis finalement acquiesçai. Elle m'entraîna à l'étage, dans la chambre de Nessie.

« Il ne t'est pas destiné, déclara-t-elle sans préambule. Il est destiné à Renesmée. »

Ah, elle voulait jouer sur ce terrain-là ? Très bien.

« Je ne te savais pas favorable à la pédophilie, Bella, répondis-je froidement. Dois-je te rappeler que ta fille n'a que deux ans ? Même si elle en paraît huit aux yeux de tout le monde, ça reste l'apparence d'une petite fille.

- Il la voit pas comme ça pour l'instant. Pas comme une amante potentielle, rétorqua-t-elle, mais comme une petite soeur à qui il est dévoué.

- En effet. Mais moi, il me voit comme une femme. Et il m'aime. Il me semble que tu sais ce que c'est, d'aimer quelqu'un qui ne t'est pas destiné...

- C'était une erreur, s'obstina-t-elle. Comme celle que vous commettez maintenant ! Ça ne peut pas durer entre vous ! Ça va forcément se terminer par une rupture !

- Et alors ? Est-ce que je dois m'interdire le bonheur parce que je sais que ça finira par du malheur ? Je préfère les remords aux regrets, Bella. »

Elle sembla désarçonnée : je ne réagissais pas comme elle s'y attendait, manifestement.

« Qu'est-ce que tu croyais, dis-moi ? Que je pensais pouvoir forcer le destin ? Je ne demande pas à ce que ça dure éternellement, Bella. Je veux de bons souvenirs avec l'homme que j'aime. Rien de plus, mais rien de moins. Est-ce que tu peux accepter ça, ou est-ce que Jacob et moi allons devoir affronter ta désapprobation jusqu'à la fin ? »

Elle parut réfléchir, puis hocha la tête.

« Très bien. Mais ne viens pas dire que tu n'étais pas prévenue quand tu pleureras parce qu'il te faut renoncer à lui. »

1er janvier 2011.

« 3... 2... 1... BONNE ANNEE ! »

Je trinquai gaiement avec les jeunes Quileutes. Oui oui vous avez bien lu ! Pour fêter la nouvelle année, Jacob m'avait fait découvrir La Push !

FLASHBACK

« J'ai une surprise pour toi ! »

Je haussai les sourcils, à peine étonnée de le voir devant le drugstore à l'heure où je sortais du travail.

« Bonjour à toi aussi, Jake.

- Excuse-moi, dit-il en venant m'embrasser. Bonjour, amour, j'ai une surprise pour toi.

- Tiens donc, et en quel honneur ?

- Pour fêter le nouvel an... je t'emmène chez moi, annonça-t-il, le visage rayonnant.

- Chez toi, comment ça chez toi ?

- Je t'emmène à La Push ! Leah, Seth, Embry et Quil en ont assez de te voir dans mes pensées tout le temps, alors ils ont insisté pour te rencontrer. »

Je le regardai fixement. Après les vampires, il voulait que je me mêle aux loups-garous ? Un autre détail me frappa.

« Leah Clearwater a dit qu'elle voulait me rencontrer ? Demandai-je. Tu te fiches de moi là ?

- Ah c'est vrai, j'oubliais... Tu dois penser à la Leah que tu as vue dans le bouquin, pas vrai ? Mais elle a changé. Bon pas un changement drastique hein, mais suffisamment pour qu'elle veuille te voir. Elle veut rencontrer celle qui a contourné l'imprégnation. »

Je grimaçai. Je n'avais pas contourné l'imprégnation, justement ! De plus, je voyais très bien où Leah voulait en venir... Elle espérait pouvoir reconquérir Sam ! Je m'apprêtais à refuser quand je croisai le regard de chien battu de mon loup. Avec un soupir – j'étais incapable de dire non à ces yeux-là, et il le savait parfaitement –, je déclarai :

« D'accord. Je sens que je vais le regretter, mais si tu y tiens, je viendrai.

- Génial ! Fit-il avec son sourire solaire. On a prévu un feu de camp entre loups, je sais que tu connais déjà nos légendes mais tu verras c'est mieux de les entendre que de les lire sur papier...

- Respire, Jake ! L'interrompis-je en riant. J'ai déjà accepté de venir, non ? »

Et, en dépit de ce que j'avais prédit, je ne l'avais pas regretté. J'avais tout d'abord eu droit à la présentation officielle à Billy Black. Celui-ci m'avait toisée un long moment depuis sa chaise roulante, et avait finalement déclaré :

« Bienvenue à La Push, jeune fille. Amuse-toi bien ce soir.

- Merci, monsieur Black, avais-je répondu. Je... je suis très heureuse de découvrir enfin la réserve. »

Après Billy, ce fut le tour de Quil et Embry ; j'étais particulièrement nerveuse à l'idée de rencontrer ces deux-là, puisqu'ils étaient les meilleurs amis de Jacob. Cependant rien de terrible ne se produisit. Le premier me regarda longuement, sans doute pour essayer de déterminer ce qui avait pu attirer l'attention de Jacob sur moi, malgré son imprégnation. Après un moment d'hésitation, je lui tendis la main.

« Tu plaisantes, là ? Déclara Embry. La petite amie de Jake, on lui serre pas la main !

- Ah... désolée, marmonnai-je, embarrassée.

- On l'embrasse ! »

Et joignant le geste à la parole, il m'avait serrée dans ses bras avant de claquer une énorme bise sur ma joue. Quil ajouta d'un ton malicieux :

« On commençait à penser que Jacob resterait puceau jusqu'à 30 ans au moins ! Maintenant on est soulagés ! »

Je rougis furieusement, mais j'avais pris de l'entraînement avec Emmet, et répliquai :

« Tu veux dire, comme toi, qui t'es imprégné d'une môme de deux ans ?

- Bien répondu ! Décréta Embry en éclatant de rire. Viens donc rencontrer le reste de la Meute, mangeuse de grenouilles ! »

Contrairement à mes craintes, Leah ne mentionna pas Sam et Emily. Ceux-ci n'étaient d'ailleurs pas présents ; chaque Meute avait décidé de faire la fête de son côté, la plupart de ses membres voulant en effet avoir leur imprégnée à leurs côtés pour le réveillon. Quil et Jacob étant les seuls à être imprégnés de gamines, il y avait donc une fête avec les imprégnées, et une autre avec les loups – et moi.

/ FLASHBACK/

Et je me retrouvais donc sur les falaises de La Push, dans les bras de mon amoureux, à faire le décompte avant la nouvelle année. Evidemment, Jacob attendit que minuit sonne pour me donner un baiser qui me coupa totalement de la réalité. À cet instant, je n'avais qu'une envie, l'emmener chez moi et fêter l'année 2011 dans mon lit. La voix de Seth nous ramena au moment présent :

« Hé, les amoureux, trouvez-vous une chambre !

- Hé, le gamin, répliquai-je en imitant son ton moqueur, trouve-toi une copine et laisse-nous roucouler !

- Je crois qu'on devrait s'éclipser, murmura Jake à mon oreille, me faisant frissonner de désir. Sinon je crois que je suis capable de... Bah de tout en fait. J'ai envie d'être avec toi, en toi, autour de toi… Alors… Pitié. Parce que bientôt je pourrai plus me contrôler et je risque de faire des bêtises, devant tout le monde... »

Je gloussai bêtement, rendue très gaie par l'alcool que j'avais bu, et répondis sur le même ton :

« Tu vas pouvoir attendre d'arriver jusqu'à mon appartement ?

- Billy est parti passer la nuit ailleurs... On a pas besoin d'aller si loin... »

Je frissonnai à nouveau, cette fois d'impatience. Sans prêter attention aux regards moqueurs et aux sifflets, je le pris par la main et courus jusque chez lui...

Février 2011

POV Jacob

Le 14 février 2011, je fêterais ma première Saint Valentin avec la femme que j'aimais. Il me fallait donc un cadeau magnifique pour marquer le coup. Magnifique, mais ni extravagant ni mièvre, sinon ça n'aurait pas l'effet recherché. Et en même temps, il fallait quelque chose de romantique. Je me lançai donc à la recherche du cadeau parfait. En deux mois, nous nous étions fait prendre en photo plus d'une fois ; je collectionnais tous les clichés où nous étions en couple et les chérissais comme un trésor. Mon père s'était d'ailleurs moqué de moi lorsque j'en avais accroché un au-dessus de mon lit.

« Ton Eléa a une influence déplorable sur toi, avait-il fait en secouant la tête, faussement sérieux. Voilà que tu te conduis comme une fille qui a son premier béguin ! »

Je souris en repensant au jour où ce cliché avait été pris...

/FLASH BACK/

C'était à la mi-janvier ; il avait neigé particulièrement fort cette semaine-là, et Eléa avait insisté pour faire une bataille de boules de neige avec les Cullen. Elle commença par suggérer un duel filles contre garçons, avant de changer d'avis ; secouant la tête, elle déclara qu'elle ne faisait pas confiance à Bella et Edward pour se lancer des boules.

« Je vais composer une équipe, et Jacob une autre, décrétat-elle. On choisira nos équipiers à tour de rôle. Je prends Emmet dans la mienne !

- Je prends Edward, déclarai-je, comptant sur son pouvoir de télépathie pour éviter un maximum de boules.

- Jasper, contre-attaqua-t-elle en souriant.

- Alice !

- Bella ! »

Carlisle et Esmée avaient gentiment refusé de se joindre à nous ; quant à Blondie, elle avait déclaré que les batailles de boules de neige étaient un jeu bon pour des enfants, non pour de jeunes adultes. Je me retrouvais donc en minorité et ne manquai pas de le faire savoir.

« Tu sais que vous êtes en surnuméraire, là, amour ?

- Oui mais avec ta force de loup, tu comptes pour deux comparé à moi, répondit-elle avec un sourire angélique. Dès que quelqu'un se fait toucher par une boule de neige, il est éliminé ; pas de vitesse vampirique et par pitié, contrôlez votre force je ne tiens pas à me retrouver à l'hôpital ! »

Eclatant de rire, chacun se mit en position et le combat ne tarda pas à commencer. Je me retrouvai hors jeu au bout de quelques minutes, grâce à un projectile de Bella, et allai m'asseoir sur le côté pour observer le match. Cependant, je ne résistai pas longtemps à la tentation de m'approcher subrepticement de ma petite amie pour lui glisser de la neige dans le cou.

« Hey ! S'exclama-t-elle, tu te prends pour qui là ? »

Distraite, elle ne vit pas arriver le projectile d'Alice qui la mit hors jeu à mes côtés. Elle resta un moment, la tête appuyée sur mon épaule à regarder le match se continuer entre vampires. Se baissant, elle ramassa finalement une poignée de neige, avec manifestement la ferme intention de se venger. Je n'eus aucun mal à bloquer sa main, et à la plaquer au sol avec un grand sourire.

« Tu as l'intention de faire quoi, exactement ?

- Me venger de ton coup en traître qui a provoqué mon élimination !

- Ah, et tu crois vraiment que tu vas pouvoir faire ça ? »

Un sourire machiavélique sur la figure, je me mis à la chatouiller partout, et elle ne tarda pas à se tordre de rire dans tous les sens. À bout de souffle, elle finit par supplier :

« Arrête, Jake, arrête, pitié, j'ai le souffle coupé là ! »

Je cessai de la chatouiller, sans pour autant la laisser aller ; je la regardai, en mettant tout mon amour dans ce regard, et elle fit de même. Je l'aurais embrassée si la magie du moment n'avait pas été interrompue par le clic d'un appareil photo. Tournant la tête en direction du bruit, j'aperçus Esmée, l'objet en question à la main.

« Désolée, s'excusa-t-elle, mais vous étiez si mignons qu'il fallait absolument que je prenne une photo... »

/FLASHBACK/

Elle avait bien fait ; cette photo nous plaisait beaucoup à tous les deux, et nous l'avions beaucoup remerciée quand elle avait offert une copie à chacun. C'est en contemplant le cliché que j'eus l'idée de mon cadeau de Saint Valentin. Je téléphonai immédiatement à Alice, la plus douée de la famille en informatique, pour lui demander de réaliser une copie de la photographie, mais dans une plus grande taille. De mon côté, je passai une dizaine de jours à travailler sur un cadre en bois dès qu'Eléa était à la fac – et elle y était souvent, car c'était une période d'examens.

Et le 14 février, je pus lui offrir notre photo, mais en grandeur tableau, dans un cadre en ébène confectionné par mes soins. Quand elle déballa le papier cadeau, elle en eut le souffle coupé.

« Jacob... C'est magnifique ! Merci, je ne sais pas quoi dire d'autre, je...

- J'ai seulement fait le cadre, et j'ai eu l'idée du tableau, précisai-je. L'agrandissement de la photo, on le doit à Alice.

- C'est magnifique, répéta-t-elle. Vraiment magnifique... »

De son côté, elle m'avait offert un superbe costume.

« Merci... fis-je, perplexe quant à la signification du cadeau.

- C'est pour que tu puisses m'accompagner au bal de fin d'année... Enfin, si tu veux bien y aller avec moi... »

Elle avait marmonné ça en rougissant. Je la pris dans mes bras et lui embrassai le sommet de la tête.

« Bien sûr que je t'accompagnerai au bal, voyons... Il est hors de question que quelqu'un d'autre te fasse danser ce soir-là ! »

Mars 2011

POV Jasper

Le mois de Mars apporta les premiers beaux jours à Forks. Jacob et Eléa nageaient dans un bonheur parfait, même Bella-la-désapprobatrice avait dû le reconnaître. Cependant, elle n'approuvait toujours pas leur couple, bien qu'elle tâche de ne pas le montrer ouvertement. Je savais, car elle me l'avait avoué, qu'elle craignait qu'Eléa ne fasse une bêtise une fois l'année finie, et décide de s'installer définitivement aux Etats-Unis, se coupant ainsi de sa famille. Décidément, ma belle-soeur avait bien mal cerné notre amie... J'étais convaincu pour ma part qu'elle faisait tout pour ne pas penser à l'été qui approchait de plus en plus, et qui leur apporterait une séparation inévitable. L'histoire avec Raphael avait prouvé qu'elle n'était pas prête à s'engager définitivement, que ce soit par le mariage ou en déménageant d'un pays à l'autre. De plus, sa soeur et son neveu lui manquaient trop. Elle nous avait souvent montré des photographies de ce bébé, et chacun avait admis qu'il était adorable.

Non, Eléa n'avait aucune intention de s'installer pour de bon ici, j'en étais certain. En revanche, je n'étais pas sûr que Jacob soit capable d'être aussi raisonnable qu'elle, et je cragnais qu'il ne tente de la convaincre de ne pas repartir. Je gardais cependant mes inquiétudes pour moi, ne voulant pas troubler la paix des tourtereaux.

Le mois de Mars se passa tranquillement ; Eléa reçut ses résultats d'examens, qui étaient excellents. Alice, fidèle à elle-même, décida de fêter ça en organisant une grande réception ; cependant, le jeune couple réussit à la convaincre que ce n'était pas absolument nécessaire, et qu'une petite fête suffirait largement.

Avril 2011

POV Jacob

Le mois d'Avril fut nettement plus mouvementé ; en effet, les Cullen reçurent la visite de Nahuel, l'autre hybride qui avait permis de sauver Nessie, deux ans et demi plus tôt. Eléa, par mesure de sécurité, fut donc priée de rester à Port Angeles le temps qu'il reparte. Nahuel apportait des nouvelles des clans de vampires brésiliens ; comme aucune de ces informations ne me concernait, je ne m'attardai pas à la Villa et passai beaucoup de temps dans l'appartement de ma petite amie. Lorsque j'appris qu'il était reparti chez lui, j'allai attendre Eléa à la sortie de la fac avec ma moto et une paire de casques. Appuyé négligemment contre l'engin, je fis apparemment beaucoup d'effet aux autres filles ; en effet, une blonde à gros seins alla jusqu'à m'aborder.

« Salut, bel indien.

- Bonjour, répondis-je sans donner plus d'encouragement.

- Elle est à toi, cette moto ? »

Je levai les yeux au ciel. Elle n'avait pas plus intellligent, comme question ?

« Non, je l'ai volée en venant ici ! Bien sûr qu'elle est à moi !

- Et tu m'emmènerais faire un tour ? Demanda-t-elle en se collant littéralement à moi.

- Non, s'il emmène quelqu'un sur cette moto ce sera sa petite amie, c'est-à-dire moi. »

La bimbo sans cervelle se retourna pour faire face à une Eléa manifestement en fureur, et commis l'erreur de la toiser de haut en bas.

« Tu veux me faire croire qu'une Froggie dans ton genre a réussi à attraper ce type ? Retourne rêver, petite, celui-là il est pour moi... »

Ouille ! L'insulte suprême. Ne JAMAIS dire à ma copine qu'elle est petite. En effet, quelques secondes plus tard, le poing d'Eléa partait en avant et faisait brutalement connaissance avec le nez de « Barbie », comme je l'avais surnommée intérieurement.

« Tu m'as donné un coup de poing ! S'exclama celle-ci, incrédule, en se tenant l'appendice nasal.

- Estime-toi heureuse que je n'aie pas visé plus bas, répondit ma petite amie d'un ton féroce. On y va, Jake ?

- Tout ce que tu voudras, amour, m'empressai-je d'acquiescer. Enfile ton casque, je te ramène chez les Cullen. »

Sur ses paroles, je démarrai et elle s'installa derrière moi.

« Nahuel est parti, alors ? Demanda-t-elle sur le trajet.

- Oui, il est retourné chez lui. La voie est libre. Et au fait, très beau coup de poing ! »

Elle éclata de rire et se serra plus fort contre moi.

13 Mai 2011

POV Eléa

Le moi de Mai défila à toute vitesse, apportant avec lui de nouveaux examens et une soudaine hausse des températures. Je n'avais presque plus de temps pour Jacob, ce qui nous rendait aussi malheureux l'un que l'autre.

Le 11 mai, je reçus un coup de fil d'Alice.

« Eléaaaaa, tu n'as toujours pas acheté ta robe pour le bal de promo ! S'écria-t-elle dès que je décrochai.

- Je sais, Al', mais là tu vois je suis en train de réviser l'histoire et...

- Et rien du tout, demain on va toutes les deux faire les boutiques, il faut te trouver une robe et une paire de chaussures ! »

Elle raccrocha sans me laisser le temps de répondre, et je reposai le téléphone en soupirant. Je savais que, quand mon amie était comme ça, il était inutile de protester ou d'espérer passer plus de temps à réviser. Elle me traînerait dehors par la force s'il le fallait, mais elle m'emmènerait faire les boutiques.

14 Mai 2011

Le lendemain, je descendis donc de mon appartement, prête pour une virée shopping avec Alice. Elle me fit visiter au moins dix boutiques avant que je trouve LA robe. En l'apercevant dans la vitrine d'un petit magasin, je sus que quoi qu'en dise Alice, j'achèterais cette robe et la porterais pour le bal. Me ruant dans la boutique, je demandai à la vendeuse :

« Excusez-moi mademoiselle, je voudrais essayer la robe bleue dans la vitrine...

- Mais bien sûr, je vais vous la décrocher. »

Elle me l'amena sur un cintre, ce qui me permit de la contempler plus longtemps. Bleue clair, la robe était longuement décolletée sans que ça devienne indécent pour autant. Plus bas, elle devenait bleue-verte, avec des volants. Je constatai en outre qu'elle s'attachait dans la nuque. Je me tournai vers Alice qui m'avait rejointe, la suppliant du regard de me dire si la robe m'irait bien. Avec un grand sourire, mon amie m'assura :

« Tu seras magnifique, dedans. La couleur va bien avec tes yeux. Il faut juste qu'on trouve la paire de chaussures pour aller avec, et je m'occuperai de te montrer la coiffure idéale pour cette robe... »

C'était reparti pour deux heures de shopping... d'où je ressortai avec une tenue complète pour le bal, sous-vêtements inclus.

Le lundi, il me fallut retourner à la fac et continuer les examens de fin d'année ; heureusement, les sms que Jacob m'envoyait toutes les demi-heures m'aidaient à tenir le coup entre deux séances de quatre, six, voire huit heures d'examen non-stop. Le temps fila à une vitesse folle. Si bien qu'un matin, lorsque je descendis pour tenir la caisse du drugstore, je fus surprise lorsque Johanna me déclara :

« Eléa, j'ai parlé avec Anthony, et nous avons décidé de te laisser une journée de congé demain, pour le dernier jour de ton contrat. »

Je la regardai, ébahie.

« Le dernier jour ? Vous êtes sûre ?

- Mais oui, regarde le calendrier ! On est le 30, et il a été convenu que ton contrat se terminerait le 31... Vu que le 1er juin tu as ton bal, on a pensé que tu aimerais passer le plus de temps possible avec ton amoureux avant de repartir chez toi... »

Je déglutis péniblement. J'avais l'impression que le monde tournait autour de moi et s'écroulait en même temps. Ma relation avec Jacob et mes examens avaient totalement éclipsé l'idée que nous étions à la fin du mois de mai.

Je ne voulais pas y croire. Le moment du choix ne pouvait pas être arrivé... J'avais sans doute encore du temps pour profiter de Jacob... Inconsciente de l'effet que sa déclaration avait provoqué chez moi, Johanna s'enquit :

« Eléa ? Tout va bien ?

- Hmm ? Oh, oui, excusez-moi... j'étais dans mes rêves. Tout va très bien, mentis-je. Merci pour le congé. »

Je faisais mine d'être joyeuse, mais j'avais le coeur lourd. Je devais choisir... Repartir, ou rester avec Jacob...