Merci pour vos reviews ! Roxy, ravie de voir que la fic attire de nouvelles lectrices^^ Bonne année à toi aussi

Camilla : Elle va repartir... vraiment ? Réponse au prochain chapitre...

MissMa : Merci !

Eléa : Je tenais à te faire un POV Jasper... Vu que je sais que tu l'adores^^ Et en même temps dès le début j'étais nerveuse quant à ce que tu en penserais^^

BONNE ANNNE TOUT LE MONDE !

Plus que ce chapitre et un épilogue avant la fin de la fic... snif... ça fait bizarre de penser que je vais bientôt dire adieu à Shooting Star, quelques mois après sa création...

Chapitre 6 : Breaking Down

Eléa POV

*J-7.*

L'année avait filé, vite, très vite. Trop vite. Je m'étais gorgée de vie durant cette longue et merveilleuse nuit où j'avais aimé Jacob. Ou Jacob m'avait aimée. Ces mois où il n'y avait eu que nous deux dans notre bulle, observant le monde devenir fou. Nous, on s'en foutait, on avait arrêté le temps. On les regardait, inconscients finalement. Emerveillés d'être ensemble. On avait été seulement tous les deux, contre le monde entier qui continuait de tourner alors qu'on voulait tout arrêter. Oui, ma relation avec Jake c'était comme une folle nuit. Et aujourd'hui, l'aube pointait à l'horizon. Comme tous ceux qui ont fait les quatre cent coups pendant la nuit, je n'avais pas envie d'ouvrir les yeux pour affronter le jour nouveau. J'avais la gueule de bois. Hangover comme on dit ici. Bourrée à la vie et à l'amour.

Plus qu'une semaine. Une semaine et tout serait fini. Lui ici. Moi à Paris. Dans une semaine je serais dans l'avion. Je sortirais de sa vie et lui de la mienne. On avait su, dès le départ. Et on s'était finalement voilé la face. Je devrais oublier. Même si je savais déjà que je n'y arriverais pas. Tout du moins j'essayerais. Pour que ça ne soit pas trop dur pour lui. Parce que si je m'effaçais c'était pour lui. Il ne m'était pas destiné. On le savait. Et on trouvait ça injuste, l'un comme l'autre. Parce qu'on se suffisait l'un l'autre.

Les mois avaient passé, sans l'ombre d'un nuage. Et on n'était plus très sûrs, lui et moi de toute cette histoire de prédestination. D'imprégnation. Jacob s'était renseigné. Il ne comprenait pas ce qui pouvait bien se passer. Parce qu'il me l'avait avoué, entre nous s'était un lien aussi fort que celui qu'il avait avec Bella. Incassable. L'imprégnation ne supposait pas forcément de tomber amoureux de son imprégnée. Jake deviendrait ce qui rendrait heureuse Nessie. Nahuel était passé prendre de ses nouvelles. Il l'aimait beaucoup. Et elle le lui rendait bien. Alors j'avais espéré. Mais Bella m'avait rappelé la phrase fatale :

« Il ne t'est pas destiné. »

Alors, je m'étais enfuie et avait éclaté en sanglots. C'était injuste. Et Jacob m'avait rejointe. Il avait séché mes larmes et avait soufflé à mon oreille :

« Eléa, ne pleure pas. Je n'ai pas choisi pour Nessie. Mais, c'est avec toi que je veux être.

-C'est…

-Mon cœur, elle est mon âme sœur.

-Je sais.

-Néanmoins, toi, horrible petite humaine, tu es la femme de ma vie. » M'avait-il déclaré, les yeux brillants.

Quand il m'observait de cette façon, j'avais l'impression d'être la Huitième Merveille du Monde. Je me sentis stupide et grognai pour me donner contenance :

« Ne fais pas l'idiot. »

Il avait posé sa main sur mon cœur. J'avais eu mal. Tellement mal à l'aimer trop. Trop fort, trop vite. J'aurais dû me protéger de lui. Mais il était entré dans ma vie. Il m'avait fait pénétrer dans son âme, j'y connaissais le moindre recoin et c'était chez moi. Jacob était ma maison. Je l'adorais. J'avais ouvert les vannes. J'avais tout voulu et j'avais tout pris. Je ne voulais pas de regrets. Mais je devrais vivre le restant de mes jours avec mes remords.

Dans les livres, il y a des chapitres pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois on trouve des parties avec des titres chargés de promesses : La rencontre, L'espoir, La chute, Le baiser, L'aveu, comme des tableaux. Mais dans la vie il n'y a pas de titre, pas de pancarte, pas de panneau, rien qui indique « attention danger », « éboulement fréquents » ou « désillusions imminentes ». Dans la vie on est tout seul avec son costume et tant pis s'il est tout déchiré.

Un tendre baiser sur mon omoplate nue termina de me réveiller. Je poussai un soupir. Plus qu'une petite semaine. Il caressa ma joue et je me pelotonnai contre lui, répondant à sa main en frottant tendrement ma frimousse contre elle.

-« Bonjour petite humaine.

-Bonjour chihuahua ! » Murmurais-je, amusée.

Il mordilla doucement mon lobe –rah le traitre, il sait que j'adore ça- avant de couvrir mon cou de petits baisers. Comme tous les jours quand il avait passé la nuit avec moi. Dans mes bras. A moi. Depuis quelques temps, on pouvait dire qu'il vivait ici. Je ne le mettais à la porte que le mardi soir, puisque le mercredi était ma journée de devoirs sur table.

Ses longues mains effleurèrent mes épaues, longèrent sensuellement mes hanches, me procurant mille frissons. Je me mordis les lèvres, laissant néanmoins échapper un petit gémissement. Il pouffa contre mon oreille :

« Insatiable, ma petite catin.

-Insatisfaite plutôt, lui répondis-je, mesquine.

-Vraiment ? Tu n'avais pas l'air de te plaindre tout à l'heure ? » Ricana t'il en me jetant un regard brûlant, plein de sous entendus.

Notre nuit ensemble et toutes les autres me revinrent par flash. Je répondis en jouant les coquettes :

« Simulation mon cher.

-Tu es donc une grande artiste, ma chérie. » Se moqua t'il.

Je lui donnai un petit coup dans le ventre, histoire de lui faire passer son envie de se moquer de moi. Non mais.

« Mauvaise joueuse ! » Riposta-t-il en caressant mon ventre.

Il entama de tracer des arabesques sur mon nombril, puis, descendit, descendit… Mon cœur battait à tout rompre, j'avais chaud, froid, mon dos se cambra et mes muscles abdominaux ne répondaient plus à mes volontés. Je perdais toute contenance. D'une voix rauque qui trahissait l'effet qu'il me faisait, je répondis :

« Tricheur !

-Je sais. Mais tu adores ça chez moi ! » Rit-il tandis qu'il m'obligeait à écarter mes cuisses.

Je luttai pour les convenances, histoire de le faire bisquer. Alors, Jacob, frustré, me renversa sur le dos, emprisonnant mes poings. Je me perdis dans l'océan chocolat de ses prunelles, brûlantes et joyeuses. Il était mon air, mon soleil, mon ciel, mon eau… mon monde.

Jake fondit sur moi, s'empara avidement de ma bouche. Je l'accueillis dans un éclat de rire, heureuse de ses bonheurs futiles qui nous unissaient. Entre nous, paradoxalement tout était simple quand on était que tous les deux. Ça virait au cauchemar quand le monde se mettait dans l'équation. Le monde qui nous éloignerait bientôt. Je chassai ces sombres pensées, refermai mes jambes autour de sa taille et le toisai, maligne. Un peu perverse aussi. Non, pas perverse. Lubrique. Je claironnai :

-« Tu es mon prisonnier.

-J'aime ma prison alors… » Souffla Jacob, parcourant de son regard électrisant ma nudité.

Je rougis et baissai les yeux, un peu gênée. J'avais encore mal à croire que cet Apollon était mien. Corps et âme. Enfin… non. Corps et cœur. Pour le moment.

« Mais j'aime aussi ma liberté, trésor. » S'écria-t-il avant de commencer à me chatouiller.

Je gloussai, me cambrai, me débattis et relâchai la pression de mes jambes. Il arrêta instantanément et se pavana dans la pièce en hurlant « LIIIBREEEE ! »

Coquine, je décidais d'entrer dans son jeu. Il avait quitté le lit ? Il avait voulu prendre la main ? Et bien on allait voir qui allait rire en dernier. Je drapai mon impudeur dans la couette et passai devant lui la tête haute, comme une tragédienne blessée.

Jacob ne compris pas mon revirement d'humeur et m'observait, étonné.

-« 'Léa… Qu'est ce qui ne va pas ? »

Je me retournai et très hautaine je glissai un :

« J'ai cours à Seattle, Braveheart. ».

Jacob ne sembla pas apprécier mon ironie. J'allais ouvrir la porte de la salle de bain quand il plaqua sa paume dessus, violemment.

« J'ai payé une caution, je te signale. Je voudrais la récupérer. » Dis-je platement, avant de me retourner vers lui. Je croisais mes bras et attendis qu'il me cède le passage. Au contraire, son autre bras s'abattit de l'autre côté de mon crâne.

J'étais désormais prisonnière. L'arroseur arrosé. Prise en cage par le corps de mon sculptural amant. Un bras de chaque côté de ma tête. Son visage tendre un peu au dessus du mien. Si je me mettais sur la pointe des pieds, je pouvais l'embrasser. Son torse et… hum… tout le reste face à moi. Le bois contre mon dos. Amusée et compétitrice je ne m'avouai pas vaincue. Je vous ai parlé de ma possibilité de lui donner un baiser ?

-« Tu veux que je t'enseigne comment je peux, moi aussi, la misérable petite fille normale, m'échapper du vilain toutou en amorçant un coup de genou vicieux et bien placé ? »

J'approchai mon visage du sien et avant que je ne puisse parvenir à mes fins, un tendre baiser sur mon front m'arrêta :

« Reste.

- Donnes moi une bonne raison. » Le défiai-je, remontant malicieusement un peu l'édredon, découvrant une jambe nue.

Oui, je ne suis pas fair play ! Ça n'est pas dans les règles. Mais qui a dit qu'on en avait besoin ?

« Parce que je ne veux pas que tu t'en aille.

-Insuffisant ! » Tranchais-je, assurée.

Un baiser sur ma joue. Un murmure :

« Parce que quand tu n'es pas là, je ne suis plus tout à fait moi.

-Insuffisant. » Me braquai-je.

« Parce que… » Il m'embrassa, à la commissure des lèvres, voluptueusement.

Je le gratifiai d'un sourire taquin :

« Insuffisant ! »

Il arbora un sourire solaire et embrassa mes lèvres, tendrement. Puis, le baiser s'approfondit, sa langue caressant la mienne. Il m'attira encore plus à lui, me brisant presque en deux. J'aimais cette force, cette envie de me sceller dans sa chair. Comme une collégienne, je passais mes bras autour de son cou et perdais mes menottes dans sa tignasse sombre et désordonnée. L'étreinte dura un long moment. A bout de souffle –l'inconvénient d'être deux êtres plus ou moins humains- nous nous séparâmes, à regrets cependant. Je voulus reprendre la parole et Jacob déposa son index sur ma bouche.

« Eléa je ne veux pas que tu ailles à Seattle parce que tu me volerais quelque chose. Alors que si tu restes, tu me rendrais mon cœur, que je puisse de nouveau respirer. »

Touchée par sa déclaration, je lâchais la couette qui tomba à mes chevilles dans un léger bruissement. Je haussai les épaules et dis, maligne :

« Oups ! Tu sais Jacob, après tout, ils ne sont pas si important ces cours. »

*J-6.*

Je rentrai lessivée de Seattle. J'avais eu une rude journée. Ce jour là, en effet, j'avais eu mes résultats des examens de fin d'année. J'étais reçue, évidemment. Aucune prétention ici, j'avais toujours été bonne élève, dieu seul savait pourquoi. Il aurait été étonnant que ça change. Parmi les premières, ça par contre ça faisait plaisir. J'avais voulu appeler Jacob. J'aurais dû d'ailleurs. Mais, je n'en avais rien fait. Il fallait que je perde cette habitude. Dans six petits jours on ne serait plus ensemble. Dans six jours. Mon portable sonna et un « Jake 3 » s'alluma sur l'écran. Je raccrochai automatiquement. J'allais me caler devant la télé et me regarder un épisode de Grey's Anatomy –oui oui, c'est la seule série guimauve que j'adoore ! Docteur Glamour et Owen poweeerrr ! Et puis il y avait Christina. C'était mon alter ego cette fille. Un pot de glace à la fraise. Je reniflai. J'avais froid. Oui, parce qu'aujourd'hui, même si on était presque en été, il avait plu comme pas permis et il avait fait froid. Je me cherchai un plaid, m'y emmitouflai et poursuivis mon visionnage. L'épisode relatait les péripéties des chirurgiens internes qui devaient faire un bal de promo pour Camille la nièce du chef de chirurgie. Et ce spectacle pitoyable me rappelait celui qui s'était déroulé deux jours auparavant.

/FLASHBACK/

Alice avait passé la journée à me pomponner. J'aimais bien me faire jolie, mais je ne comprenais pas pourquoi il était primordial de passer sa journée dans la salle de bain. D'abord, elle m'avait lavé les cheveux avec du shampooing à la vanille bourbon. Puis, elle avait tout rincé à l'eau froide –mes hurlements avaient alerté Jasper et Emmett qui avaient accouru, histoire de voir si Alice ne s'était pas jetée sur moi pour me mordre, vous voyez le genre ? Puis, pour les faire briller, elle avait déposé du jus de citron et du vinaigre. Puis ele avait de nouveau rincé avec de l'eau gelée et enfin elle avait appliqué du démêlant. Mes longs cheveux dégoulinants encadraient mon visage ovale, formant des ignobles queues de rat. Yerk, j'étais définitivement affreuse. Mais mon amie semblait convaincue qu'un miracle était possible. Bella me faisait la lecture, ça me permettait de rester calme. Alice se saisit d'un sèche cheveux et commença à les sécher. Puis, quand ils furent simplement humides, elle commença à les ramener en un chignon bohème, dans lequel elle glissa des petits rubans bleu et verts. Les mèches qu'elle laissait libre savamment furent vite bouclées. Je devais en convenir, ça avait son charme. Classe, sobre sans faire trop apprêtée. On aurait dit que les cheveux qui épousaient mes joues s'étaient échappés involontairement de cette coiffure ordonnée. Puis, mes deux amies se chamaillèrent quand à mon maquillage. Je tranchai finalement : mes yeux seraient mis en avant et c'était tout. La petite brune tira la langue à la jeune vampire et entama de travailler un effet « smoky » sur mes paupières. Je souris finalement à mon reflet. Une jeune fille au regard mordoré et pénétrant me dévisageait. Je posais sur ma bouche un peu de brillant à lèvres, sans plus. Puis, j'enfilai mon habit de lumière. Alice noua la robe dans mon dos, faisant pigeonner ma poitrine. Pour terminer mon portrait, je pris mes lourdes boucles d'oreilles fantaisies bleues.

Je fixai l'étrangère dans le miroir. Elle paraissait très grande dans ses hautes chaussures, la longue et svelte ligne de la robe moulante s'ajoutant à l'illusion. Le décolleté – où l'inhabituelle ligne de son buste attira mon œil de nouveau – faisait paraître son cou très long, comme le faisait la colonne de boucles étincelantes descendant dans son dos. Le dégradé de bleu du tissu était parfait, faisant ressortir le côté doré de sa peau, et le rose des rougeurs de ses joues. Elle était très jolie, je devais l'avouer.
« Okay, Alice, souris-je. Je suis jolie.

-Ne l'oublie pas, ordonna-t-elle. »

Bella sembla satisfaite du résultat, elle me gratifia d'un :

« Tu es absolument ravissante. »

Je piquai un fard. Alice me parut elle aussi ravie après que Jasper se soit arrêté net dans le couloir en m'apercevant. Elle m'encouragea à descendre, afin de rejoindre mon amoureux qui patientait en bas.

« Tournes-toi et ferme les yeux ! ordonna-t-elle vers le bas. Et pas de triche hein, ne ruine pas tout.

-Comme si j'étais un tricheur ! répondit la voix suave de Jake. »

Celle d'Esmée lui répliqua :

« C'est bien pour ça qu'elle te met en garde ! »

Alice ouvrit la voie afin de vérifier si Jacob ne mentait pas. Puis elle me fis signe et je lui emboitais le pas. Jacob était debout près de la baie vitrée du salon, dos à nous, très grand et noir – je ne l'avais jamais vu porter ce noir avant ça. Le même que sa tignasse désordonnée. Alice lissa le drapé de ma robe, remis une boucle en place, puis elle me laissa là, allant s'asseoir sur le tabouret du piano pour regarder. Bella la suivit pour s'asseoir avec elle, avec l'audience.

« Maintenant je peux ? » Questionna mon amoureux.

Sa voix était nerveuse mais aussi impatiente, ce qui fit battre mon cœur irrégulièrement. Jacob Black était curieux de me voir parée par des vampires. C'était on ne peut plus flatteur.

« Maintenant... oui, s'enthousiasma Alice. »

Il pivota immédiatement, puis se gela sur place, ses yeux chocolat ouverts largement. Je pouvais sentir la chaleur grimper dans mon cou et gagner mes joues. Il portait un costume, et il s'apparentait plus à une star de cinéma qu'à à un humain. Je le regardais avec incrédulité, intimidée.

Il marcha lentement vers moi, hésitant quelques pas avant de m'atteindre. Puis, il prit mes mains dans les siennes et les pressa fort. Ses yeux étaient brumeux de larmes. De bonheur sans doute. Il semblait bouleversé. Cela acheva de me mettre mal à l'aise.

« Alice, Bella... Merci, souffla-t-il sans détacher son regard de moi. »

J'entendis Alice glousser de plaisir. Il avança d'un pas, plaçant une main brûlante sous ma mâchoire, et s'abaissa pour presser ses lèvres contre ma joue.
« Tu es vraiment superbe, murmura-t-il contre ma peau. »

Il s'écarta, des fleurs blanches dans son autre main.
« Lys, tes préférées, m'informa-t-il tandis qu'il les coinçait dans mes boucles. »

Il s'éloigna, me regardant de nouveau. Il sourit du sourire qui faisait que mon cœur s'arrête.

« Tu es ridiculement magnifique en réalité. Je soupçonne Alice et Bella de t'avoir transformée en vampire… »

Il huma mon odeur et sourit.

« Non, tu es encore toi. »

Il me prit doucement dans ses bras. Il me tint près de son visage, ses yeux brûlants comme il m'attira encore plus près.

« Fais attention au rouge à lèvres ! commanda Alice. Je ne veux pas qu'il ruine ta chemise blanche toute neuve. »

Il rit d'une façon rebelle, mais laissa glisser sa bouche dans le creux au-dessus de ma clavicule à la place. Renesmée se figea et il partit dans un gros rire sonore :

« Ça va Nessie, ne t'inquiètes pas. C'est toujours toi ma préférée… »

Et pour le prouver, il déposa sur sa joue un baiser avant de me rejoindre de nouveau.

« -Alice, tu ne penses pas que c'est un peu trop avant gardiste pour Forks ?

-Dis plutôt que tu as peur que tes potes du lycée de Port Angeles la reluquent d'un peu trop près. » Se moqua Emmett.

Puis, il m'emmena au bal. A son bal à lui. Jacob était assistant en mécanique du lycée professionnel de Port Angeles depuis quelques mois. Histoire de s'occuper un peu. La soirée s'était passée, pleine de tous les clichés qu'on voit dans les séries télévisées. La danse. Les baisers. Les chaperons (dont nous faisions désormais partie, et oui, ça fait mal de se sentir dans le groupe des « vieux »). Les crises. Les engueulades. Les rires. Sauf que moi je n'avais pas fini dans les toilettes à pleurer toutes les larmes de mon corps. Non. Moi j'avais terminé la soirée dans les bras de Jacob. Et pour rien au monde je n'aurais voulu que cette soirée soit différente.

/ FIN FLASHBACK/

Mon portable sonna, une nouvelle fois. Et encore. Et encore. Et encore. Ça ne s'arrêta pas jusqu'à minuit. A chaque fois, « Jake 3 ». Et à chaque fois, je filtrais.

Il ne m'était pas destiné, après tout.

*J-5.*

Alice avait passé toute l'après midi à me faire la morale. Le petit lutin avait débarqué au magasin et m'avait tenue la jambe pendant des heures. Elle m'avait démontré par A plus B que je faisais une bêtise en m'éloignant de Jacob en ce moment. Il broyait du noir en raison de mon départ dans cinq jours. Et le fait que je l'évite n'aidait en rien. Et moi aussi, j'allais mal, elle le voyait. Elle m'avait secoué, répétant inlassablement qu'il nous restait encore du temps pour être heureux ensemble. Qu'on aurait bien assez le temps de pleurer après. Même si elle m'avait énervée, même si j'avais eu envie de l'étrangler, je devais en convenir, Alice avait raison. Il nous restait cinq jours. Je n'allais pas tout gâcher. Je m'en serais voulu toute ma vie sinon. Je l'aimais. On allait se quitter. Il continuerait son chemin. Moi aussi. Même si jamais plus je ne serais la même. Même si jamais plus je ne pourrais aimer comme j'ai aimé Jacob. On a qu'un seul grand amour dans une vie. Celui qui lui donne un sens. Le mien, c'était Jake. Mais je l'appréciais assez pour souhaiter son bonheur. Et visiblement, c'était Nessie qui était la chose la plus parfaite pour lui ici bas. Alice était partie, satisfaite. J'avais fermé le magasin et m'étais précipitée au studio.

Là, j'avisai le prospectus stupide et rose bonbon avec écrit dessus en lettres capitales dorées, « PROM ». Yerk ! Mais bon, quand faut y aller… Je composai le numéro de Jacob et attendis qu'il réponde :

BIP. BIPP…

-« Allo ?

-Allo, Jake ?

-Nan, Rantanplan! Se moqua-t-il. »

J'éclatai de rire et filai la blague :

« Oh ! Désolée de vous déranger. Quel dommage ce faux numéro… J'appelais en fait pour demander à mon amoureux s'il pouvait m'accompagner à un bal de promo, en fait le bal de promo de ma FAC mais je devrais me trouver un autre cavalier apparemment puisque son portable est devenu la propriété d'un chien. Et ça n'est pas sortable un chien. Sauf pour qu'il fasse ses besoins, j'entends. »

Je pouffai doucement tandis que Jacob rugit de l'autre côté de la ligne :

« Hey hey hey ! On se clame. Je suis là. Je t'écoute. Alors tu veux… que… Toi. Moi. Au bal ?

-Ouais, tu sais, ce truc débile et typiquement américain, où les filles ressemblent à des meringues et finissent à pleurer dans les toilettes et où les gars sont des pingouins ?

-T'as l'air d'adorer ça ! Y'a deux jours t'avais l'air d'un poisson dans l'eau. » Ironisa-t-il.

Il n'était même pas surpris. En même temps, je n'aimais pas trop les fioritures dans la vie. Et me la jouer bonbon rose, ça rentrait dans cette catégorie. Bref. Je répondis :

-« J'ai pas le choix. Je dois y aller, c'est là qu'on nous remet nos diplômes. Alors ?

-Alors, je te prends à quelle heure ? » S'enthousiasma t'il.

Je souris. Je n'en attendais pas moins de mon Jacob.

« Dimanche. Sept heures. Ca te va ?

-Pas de soucis. Je vais soudoyer Alice pour qu'elle me passe la Porsche ! » Confessa t'il.

Je tournai le flyer et grimaçai :

« Jake, pas la peine. Prends la Golf.

-Mais.. C'est ton seul bal et…

-Le thème c'est Autant en Emporte le Vent. » Annonçais-je, platement.

« Quoi ? Tu dois te déguiser en feuille ? »

Je ne pus retenir mon hilarité. C'était la meilleure !

« Non. C'est un livre. Sur l'univers sudiste. Genre… robe à panier et tout. J'vais prendre 2 places à moi toute seule. Je serais une sorte de tonneau.

-Quoi ? Truc sudiste ? Genre… Comme Rhett Butler et Scarlett machin chose ?

-Oui c'est les héros principaux.

-Je…

-Jacob, tu as promis ! » Claironna victorieuse une petite voix que je reconnus comme celle d'Alice.

Mon loup soupira, battu.

-« Okay, okay… Eléa ?

-Moui ?

-Tu passes à la maison ce soir ? Je voudrais bien qu'on le fête, ce diplôme. Comme il se doit.

-J'arrive. me contentai-je de répondre préparant mes affaires pour le rejoindre.

- Tu m'as manqué.

-A moi aussi, Jake, avouai-je, émue.

- Je déteste qu'on se dispute. Promets-moi qu'on ne se disputera plus jamais.

-On aura pas besoin de tenir notre promesse longtemps alors. Jusqu'à ce que je m'envole. » Soufflai-je.

Et Jacob de changer de sujet. Ce sujet qu'il n'abordait jamais avec moi. Celui de nos adieux. Celui du « après ».

« Tu sais ce qui m'a plu chez toi, dès le premier jour ?

-Non, imbécile !

-Ton sourire. Il ouvre une parenthèse.

-Je la refermerai bientôt. Lundi, à l'aéroport. »

Je coupai la communication. Rangeai le tract dans ma commode. Dans ma table de nuit, se trouvait une lettre de l'Université de Seattle Je la connaissais par cœur.

Mlle Telmar,

En raison de vos brillants résultats, l'Université de Seattle serait ravie de vous proposer un poste d'assistante en cours de civilisation et de langue de nos étudiants en français.

En espérant que vous donnerez une suite favorable à notre proposition, veillez aggréer, mademoiselle, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

M. Le Doyen.

Je la sortis et la déchirai, cette lettre. Je renonçais à ma chance de rester ici, une année de plus. Parce qu'après, je savais que je ne pourrais jamais quitter Jacob sans trop de blessures. Après ces quelques mois j'allais rentrée mutilée des Etats Unis. Si je persistais dans ma relation, c'est un corps sans âme qui reviendrait à Paris. Je mis le tout à la poubelle. Les dés étaient jetés. Ils étaient pipés mais tant pis, j'avais joué. Et perdu.

Il ne m'était pas destiné.

*J-1*

Cette fois ci, j'étais en enfer. Bella semblait compatir. Vraiment. De toute façon je m'étais horrifiée dès qu'Esmée et Alice m'avaient montré en quoi j'allais être déguisée. J'avais peur des meringues. J'avais eu raison. Je ressemblais à un bonbon. Jasper, en bon gentleman tentait de garder son calme et masquait à grand peine son hilarité. D'abord, j'avais un nid d'oiseau dans les cheveux. Esmée m'avait coiffée en un chignon compliqué, qu'elle avait fait tenir en place grâce à des épingles qui me semblaient plantées dans mon cuir chevelu. Puis, elles avaient bouclés des mèches qui tombaient dans mon cou mais dégageant tout de même ma nuque, parce que je cite Jasper « La nuque, en 1864 c'était toute la sensualité d'une jeune femme, avec ses chevilles. »

Un peigne de jade retenait ma mèche de cheveux qui m'avait servi de frange dans la vie « civile ». J'avais cru que le pire était passé. Mais non. Venait l'habillage. Alice avait retourné tous les magasins de déguisements et m'avait dénichée la réplique parfaite de la robe de pique-nique de Scarlett O'Hara dans le film Autant en Emporte le Vent. Une crinoline blanche, brodée d'arabesques florales vertes. La pièce de tissu touchait au sublime, avec ses dentelles, ses finesses et sa ceinture de velours gemme. L'angoisse résidait dans l'instrument de torture que tenait Bella dans ses mains : le corset. Rien que de voir ce truc rigide, j'en avais des hauts le cœur. Alice m'obligea à l'enfiler. Puis, Jasper prit les commandes. Devant mon air interrogateur, il indiqua :

« J'ai déshabillé plus d'une fille qui portait cet attirail. Si je sais comment ça s'enlève, je sais aussi comment ça se met. »

Je haussais les épaule. Ca se défendait.

« Tourne toi et arroche toi à la rambarde de la mezzanine. »

J'obtempérai, pétrifiée. Alors je sentis l'armature métallique se refermer sur moi. Jasper tirait, encore et encore, comprimant mon thorax au maximum. J'avais du mal à respirer mais c'était le prix à payer. Ma taille s'affinait. Par petits cris, j'indiquais à mon bourreau que j'étais sur le bord de l'implosion à chacune de ses saccades. Puis, d'un geste ferme et assuré, Jazz noua les lacets et admira le résultat.

Bella semblait se demander ou j'avais appris l'apnée. Alice n'avait pas perdue de son enthousiasme. Le blond me demanda :

« Tu peux marcher, que je voie ce que ça donne ? »

J'obéis et avançai de quelques pas. L'instrument de torture m'obligeait à me tenir bien droite, et finalement je devais avoir fière allure, même en sous vêtements. Jasper m'en donna confirmation. Puis j'enfilai ma robe de bal. Jacob arriva sur ses entrefaites, en costume queue de pie et haut de forme. Quand nous nous croisâmes, nous ne pûmes nous retenir de rire. C'était terriblement grotesque. Et extravagant. Et amusant.

Nous sortîmes sur le seuil de la villa blanche. Edward et Rosalie qui prenaient le soleil nous regardèrent et semblèrent apprécier notre mise. Esmée se précipita dehors et pris une photographie de notre couple. Elle commenta :

« Ainsi, on croirait presque que vous allez vous marier ! »

J'aperçus Bella pincer les lèvres. Emmett se moqua :

« Est-ce que vous avez déjà choisi les dragées ? »

Je lui envoyai une poignée de graviers et répliquai, hilare :

« Tiens, tu m'en donneras des nouvelles ! »

Puis, je pris place dans la Golf de Jacob et nous roulâmes jusqu'à Seattle.

Lorsque nous arrivâmes enfin, en parfait gentleman, Jake m'ouvrit la portière de la voiture et me fit un baise main. C'était tout simplement parfait. Même si demain je ne serais plus là. Même si c'était notre dernière soirée ensemble. Je me sentais comme Cendrillon. C'était mon conte de fée à moi. Je les détestais d'habitude, mais le mien, j'aurais voulu qu'il continue toujours. Mon loup m'offrit son bras et me guida jusqu'à la piste de danse.

« Je dois avouer que je suis impressionnée, Jacob.

-Jasper m'a donné des cours intensifs depuis que tu m'as invité. Avoua-t-il, amusé.

-Vraiment ? Et aurais tu d'autres talents cachés, Jake ?

-Si je te les disais, tu me rendrais un service ?

-Si c'est possible, oui, évidemment. Lui assurais-je.

-Alors tu vas voir ce que tu vas voir ! S'écria-t-il. »

L'ouverture du Bal de 1864 se faisait attendre. C'est alors que le Doyen prit la parole.

« Quand vous aviez cinq ans, les adultes vous ont demandé ce que vous désireriez faire quand vous « seriez grands ». Vous leur avez répondu que vous vouliez être astronaute, pompier, princesse. Lorsque vous avez eu dix ans, ils vous on reposé la question. Cette fois ci, c'était : cowboy, rockstar ou médaillé d'or. Et aujourd'hui, les adultes veulent une réponse sérieuse. Parce que vous êtes des adultes en devenir. Je pense avoir trouvé : vous n'en savez encore rien. L'heure n'est pas aux grandes décisions hâtives. Au contraire, il faut commettre des erreurs. Monter dans le mauvais train et rester coincé quelque part. Agir comme certains de nos étudiants cette année qui ont quitté leur famille pour un pays étranger… »

Jacob passa son bras autour de ma taille et frotta son nez contre le mien, tendrement.

« … tomber amoureux… souvent !... »

Des rires dans la salle. Mon loup murmura à mon oreille :

« Je ne veux plus moi. Je suis bien avec celle que j'ai. Je la veux. Toujours. »

Mon cœur se serra. Pourquoi ne voulait-il pas rendre les choses… faciles ?

« … Etudier la philosophie car vous serez presque sûr que vous n'y ferez pas carrière. Changer d'avis et puis rechanger encore puisque rien n'est définitif. Faites des erreurs et, un jour, quand on vous demandera ce que vous voulez faire, vous ne devinerez pas votre vie. Vous la saurez. »

Un tonnerre d'applaudissement accueillit la fin du discours. Puis, on appela les diplômés. Lorsque mon nom retenti au micro, j'entendis les hourras de Jacob. Je reçus mon petit diplôme, indiquant que j'avais ma licence de Histoire-Archéologie.

Je revins auprès de mon amoureux qui déchiffra les appréciations de mes correcteurs. J'avais une mention A. Il me demanda :

« En France, ça te servira ?

-Oui, évidemment. Et puis ma maitrise de l'anglais me permettra aussi d'avoir plus facilement un job. Affirmais-je avant de l'embrasser.

-Félicitations Eléa. Je suis fier de toi. Me dit Jacob en caressant mon cou. »

Quand le dernier candidat reçu eut quitté l'estrade de remise des diplômes, le professeur de sanscrit prit le micro :

« Aujourd'hui, nous faisons la fête, pour conclure cette année riche en émotions. Qui vous a fait grandir. Mais, si vous voulez ouvrir le Bal de promo de cette année avec la cavalière de votre choix, vous devrez la remporter aux enchères ! »

Jacob sembla surpris et glissa à mon oreille :

« C'est quoi ce plan ?

-Ils ont plus un sou en poche. Ils renflouent les caisses ! Ricanais-je.

-Bien commençons donc.

- Trente Dollars pour Mlle Lola Fernandez !

- Cinquante pour Mlle Camille Lesage !

-Deux cents dollars pour Mlle Eléa Telmar ! Tonna Jacob. »

Je restai estomaquée face au prix et aussi à la volonté de Jacob de me garder auprès de lui. C'était notre dernière soirée ensemble. On allait en profiter…

« Accordé. Le Bal est ouvert ! »

Une valse sortit des instruments de l'orchestre –que je remarquais tout juste. Une valse viennoise. Je m'attendais à tout sauf à ça. Je pris le rythme, facilement, puisque j'avais dansé sur des thèmes similaires en patin.

« Eléa, reste. Ne pars pas demain. Reste à Forks avec moi. Pour moi. Ne pars pas… »

Je fermai les yeux, vaincue avant même de m'être battue. Où peut être n'avais-je tout simplement pas envie de me battre ce soir. La voix de Jacob coulait dans mon oreille. Je m'alanguissais. Je me souvenais. Chaque parcelle de mon corps se rappelait de cette journée, où pour la première fois de ma vie j'avais embrassé ce garçon. Et encore, pas un vrai garçon. Un loup-garou. Mon cavalier déposa ses lèvres chaudes sur mon cou et je frémis à son contact. Je me souvenais vraiment de tout, et mon corps aussi apparemment ! Ses doigts, agiles comme l'eau glissèrent sur ma joue et m'électrisèrent de nouveau. Quand à sa main libre, elle se colla tout en bas de mon dos et m'attira à lui dans une splendide indécence. Nous valsions certes, dans un tendre son de volants et de satin, mais j'avais plutôt l'impression qu'il voulait me montrer autre chose que ses talents de danseur.

« Jacob, tu le savais dès le début que ça se terminerait ainsi. On était d'accord. Tu avais promis de ne pas me retenir. »

Son haleine, sa main au bas de mon dos, son torse contre le mien m'hypnotisaient. Doucement, je le vis se pencher vers mon visage. Je sentais son souffle parcourir ma peau, dessiner des arabesques dessus. Il comptait les temps de la valse, concentré :

« Jake, arrête, ça te fais des rides !

-J'ai beau avoir répété des heures ce truc, c'est pas évident. »

J'éclatai de rire, ivre de musique, d'euphorie et de tristesse tout à la fois.

« Ne me dis pas que Jasper…

-Euh.. Si. Bredouilla-t-il, rouge de honte. »

De nouveau un rire de ma part. J'imaginais très bien les deux garçons s'exercer dans le salon des Cullen à la valse. Les vampires avaient du se délecter du spectacle. C'était peut être pour ça que Rosalie et Edward me détestaient moins : j'avais sans le savoir réussi à tourner Jacob en ridicule !

Sa face descendit encore, effleurant ma mâchoire et se perdit dans mon cou. C'est alors que ses lèvres s'y déposèrent, dans un baiser aussi léger que les ailes d'un papillon. La musique s'arrêta. Les applaudissements des danseurs retentirent. Puis, des musiques modernes arrivèrent sur les platines. Jake passa sa main sur ma hanche avec tendresse et m'adressa son sourire solaire. Jacob me souleva en amazone et je constatai avec joie que ma robe à panier formait une jolie corolle autour de moi. Nous nous éloignâmes du gymnase, profitant du parc de l'université. Mon loup me déposa sur un banc, tandis qu'une nouvelle chanson emplissait l'atmosphère. Il était très tard, et le croissant de lune se reflétait dans la mer en contrebas. Je me perdis dans la contemplation de sa perfection. Des larmes vinrent à mes yeux. C'était trop dur de renoncer à lui. Même s'il le fallait. Il m'attira à lui et déposa un baiser sur le sommet de mon crâne, avant de commencer à me bercer.

« Je ne veux pas que tu partes demain, Eléa.

-Je n'ai pas le choix. Soulignai-je.

-Nessie ne sera pubère que dans un ou deux ans. Installe-toi à Forks. Laisse-moi t'aimer. Encore un peu. M'encouragea t'il.

-C'est impossible. Je… Jacob ça sera trop dur. Chaque seconde qui passe te rapproche d'elle. Et t'éloigne de moi, finalement.

-Tu es la femme de ma vie. Je le sais. Assura-t-il, m'obligeant à relever mon visage. C'est avec toi que je veux me prendre la tête à cause des miettes pas nettoyées dans la cuisine. C'est ta brosse à dent que je veux dans mon verre, alliée à la mienne. C'est…

-Stop. Ne dis pas un mot de plus. Je t'en supplie. Lui demandai-je, malheureuse comme les pierres. »

Il caressa mes cheveux et poursuivit néanmoins :

« J'aurais voulu être celui qui t'attendrait devant l'autel. Celui pour qui tu aurais fait l'effort de mettre une robe blanche et tout le tralala.

-Ah non ! Pas de voile, m'offusquai-je. Je ne veux pas me marier avec une espèce de moustiquaire qui me mange le visage. »

Jacob s'esclaffa et enlaça ses doigts aux miens :

« Tu es une incorrigible « anti-romantisme ».

-Désolée. Je me soigne pourtant. »

Un temps où un silence opaque nous avait envahis. Je le rompis :

« Jacob, c'est notre dernière soirée ensemble.

-Je sais.

-Rentrons à la maison.

-Eléa… »

Je me retournai vers lui, étonnée qu'il ait entravé mon mouvement en me retenant par le poignet. Il mordillait l'intérieur de sa joue. Okay, il est nerveux. C'est alors que j'entendis trois petits mots, prononcé dans un français malhabile teinté d'un fort accent américain :

« Je t'aime. »

*o*o*o*o*o*o*o*

A notre retour, la maison était vide. Bella et Edward dormaient au cottage comme d'habitude, avec Nessie. Rosalie, Emmett, Carlisle, Esmée, Alice et Jasper quant à eux étaient partis chasser. C'était une façon délicate de nous laisser la villa, une dernière fois. Mes valises trônaient dans l'entrée. Je passai devant elles, tentant de les ignorer, et il me sembla que Jacob tentait de faire de même, sans pour autant y parvenir. Mon amoureux était au supplice. Il ouvrit le mini-bar et se saisit d'une bouteille de Whisky.

« -Tu veux un verre ? »

J'aimais bien prendre un peu d'alcool quand ça n'allait pas. J'avais la chance d'être toujours euphorique quand j'étais pompette.

« Je prends le Coca. Lui dis-je. Monte dans ta chambre, je t'y rejoins. Dès que j'aurais enlevé ma meringue. Ricanais-je. »

Jake sourit et murmura :

« Tu es à croquer comme ça. »

Il se tourna et entreprit de grimper quatre à quatre les escaliers. Je me dirigeais quant à moi vers la chambre d'Alice et de Jasper. Là, j'y quittais ma robe de bal et la déposait sur la chaise. Les paroles d'Esmée restaient gravées dans ma mémoire. « On dirait un couple à la sortie de l'Eglise. » Si seulement ça avait pu être vrai. Je retins mes larmes. J'avais toujours su. Il faudrait que j'assume les conséquences de mes actes. Décidée, je rejoignis Jacob et me glissai avec lui sous les couvertures. Il m'emprisonna dans ses bras puissants. Je m'y sentais toujours en sécurité. Nous étions mal mais nous voulions profiter l'un de l'autre, encore une fois. Pour mon loup, j'avais été la première. Celle qui l'avait fait entrer dans le monde des hommes. Lui, m'avait révélée à moi-même. J'avais découvert une fille qui valait la peine qu'on se batte pour elle. Jacob déposa ses lèvres sur ma tempe. Je cajolai quant à moi son visage adoré et murmurai :

« Je t'aime aussi, Jake. Plus que tout. »

*o*o*o*o*o*o*o*

Alice POV

Je surveillais l'avenir d'Eléa, même si nous étions tous parti chasser, sous mon ordre. Ça n'avait posé problème à personne, même Rosalie avait fait preuve de bonne volonté. Certes, elle n'aimait pas l'humaine en raison de son palpitant et de sa capacité à évoluer et vieillir, mais elle la respectait. Mon amie allait partir demain, comme elle l'avait toujours promis. Elle s'effaçait au profit de Nessie. Alors que je vidais avec Jasper un puma de son sang, j'eus un flash. J'aperçus Eléa quitter la villa, seule pour ne jamais plus y revenir. Au cours des derniers jours, j'avais vu des dizaines de sénarii mais enfin la décision était arrêtée. Elle nous quittait sans se retourner. Pour faciliter les choses à tout le monde. Eléa était comme ça.

Je respectais son choix. Moi non plus je n'aimais pas les adieux. Enfin, je garderais un œil sur elle. L'avantage de mon don, c'est qu'il n'est pas bloqué par la distance. Jasper avait dû sentir ma peine car il se redressa vivement et me dévisagea, perdu. Mon amoureux chassa d'un revers de main le sang qui maculait ses lèvres, le rendant terrifiant pour le moindre mortel. Il demanda simplement :

« La décision est elle prise ?

-Oui. Soufflai-je douloureusement. »

L'aube pointait à l'horizon. Un craquement me fit sursauter. Quand je me retournai, Jasper n'était plus à mes côtés. Ma vision changea. Eléa n'était plus seule désormais. Ni triste.

Elle accédait finalement à ce qu'elle méritait le plus sur cette terre : le bonheur.

*o*o*o*o*o*o*o*

Eléa POV

Les premiers rayons de l'aube m'avaient tirée de mon sommeil. Doucement, je bougeai la paume de Jacob. Il s'était endormi en la posant sur mon sein. Je ne souhaitais pas le réveiller. Cela nous éviterait des adieux douloureux et gauches. Je préférais mille fois garder de lui cette image-là, d'un homme épanoui, serein et heureux, lové dans les draps où il m'avait prise une dernière fois. J'enfilai des vêtements confortables et rejoignis le premier étage. Le plus silencieusement possible, je vérifiai une dernière fois mes billets d'avions et si je n'avais rien oublié. Alors que j'allais passer un coup de fil pour commander un taxi, une voix me fit sursauter :

« Tu as besoin d'un chauffeur ? »

Je me tournai et aperçus Jasper Hale, adossé au mur. Comme lors de notre première rencontre. Je rougis et bredouillais :

« Je… oui, en effet.

-Je t'accompagne à l'aéroport de Seattle. On y va ? S'enquit-il tandis qu'il se saisissait de mes deux énormes valises.

-J'arrive. Mumurai-je, d'une voix brisée. »

J'embrassai du regard une dernière fois cette maison que j'aimais, où j'avais tellement ri et pleuré. Je déposais mes clés, celles que Jake avait fait faire pour moi sur l'îlot central de la cuisine puis je rejoignis le vampire blond. Il dût sentir ma détresse car il m'envoya une salve de calme et de paix. Il passa la première et j'observai la maison disparaître à l'horizon, m'arrachant à mon autre moi-même.

« Je suis désolé que tu aies à vivre ça, Eléa.

-Quoi ?

-Cette douleur que j'endigue en ce moment.

-Tu n'es pas en colère contre moi ? M'étonnais-je.

-On est ami Froggie. La seule chose que je te souhaite c'est d'être heureuse. Je sais que pour le moment ça semble impossible, mais tu y arriveras. Tu n'as pas le choix. »

Je fronçai les sourcils, perplexe et décidai d'ironiser :

« Bouuh, j'ai peur.

-Tu devrais. Parce que si tu fais quelque chose de stupide, compte sur Alice et sur moi pour te taper sur les doigts. Et si tu es en instance de mort, on te mordra et tu deviendras l'une des nôtres.

-Je ne le souhaite pas. D'ailleurs, la plupart des gens ne veulent pas être immortels. Ils veulent échapper à la mort. C'est… différent. »

Le reste du voyage se passa paisiblement, avec pour seule compagnie la radio et ses hit de l'été. La pluie tombait drue sur les carreaux de la Volvo grise. Je revoyai mon Jacob. Ainsi que le petit mot qui lui était destiné et que j'avais laissé en lieu et place où aurait dû reposer ma tête.

« Tu ne m'es pas destiné. »

Je pleurais lorsque j'avais déposé cette petite note griffonnée à la va vite dans la pénombre du petit jour. Et puis j'avais quitté la chambre. Là ou nous avions défié pendant presque une demi année le destin. La fatalité. Entre nous, ça avait été aussi simple que de respirer. Mais c'était terminé. J'étais partie comme une voleuse en laissant derrière moi ces simples mots qui veulent tout dire. Qui résument tout. Je devais le quitter. Pour son bonheur à lui. Je devait quitter Seattle, seule. Toute seule. La mort dans l'âme, je m'étais retournée une dernière fois pour voir celui pour lequel je versais tant de larmes. Celui que je quittais alors que je l'aimais. Que je l'aime. Que je l'aimerai toujours. Jacob. Jacob Black. Mon loup. Mon soleil. Mon espoir. Il dort tranquillement sans se douter du drame qui se trame. Alors, j'avais sorti mon billet d'avion et j'avais disparue dans la nuit.

« Il ne m'est pas destiné… soufflais-je. »

Jasper posa sa main glacée sur mon bras et murmura :

« Peut-être. Mais tout ce que vous avez vécu était vrai, Eléa. Sache le. »

La voiture s'arrêta. Je me rendis alors compte que nous étions arrivés à l'aéroport. En moins d'une heure ! Un petit rire nerveux s'echappa de mes lèvres. Jazz me toisa, incrédule :

« Quoi ?

-Sérieux, Jasper ? Edward va te tuer quand il va recevoir toutes les amendes pour excès de vitesse que tu viens de faire !

-L'avantage du vampirisme c'est que la mort est difficile à donner ! Ricana Jazz. «

Il quitta l'habitacle, je l'imitai. Il déchargea mes valises puis me prit dans ses bras et m'embrassa sur les joues. Il me serrait fort, comme s'il pouvait ainsi me donner du courage. A mon oreille, il dit de sa voix posée et souple :

« Tu es forte Eléa. Tu es une fille géniale. Têtue et mauvaise joueuse, mais géniale quand même. Et sarcastique aussi…

-C'est ce qui fait mon charme. Hoquetai-je entre deux sanglots.

-Tu mérites le meilleur. Tu vas me manquer. J'aimais bien mon amie humaine. Ma petite Froggie ! »

Je ne trouvai rien à répondre. Je devais sauter le pas. Le bigorneau devait se détacher de son rocher.

« Eléa, même si un océan nous sépare, tu seras toujours notre amie. Alice va te harceler de coups de téléphone. Elle prévoit même d'aller faire du shopping à Paris. Se lamenta-t-il.

-Cache ton enthousiasme ! Me moquai-je pitoyablement.

-C'est ce que serais du voyage sans doute. J'aime bien voyager, c'est seulement que les avions c'est un peu trop… contigu. Les flagrances des sangs humains sont concentrées et comme on aura 12 heures de vols… »

Okay, pas besoin de dessin, il aurait envie de se mettre une hôtesse sous la dent.

« Je sais qu'on ne le remplacera pas. Mais tu ne fais pas partie de notre monde. Et tu ne veux pas en faire partie. Que tu aimes ton humanité. Mais on sera là. Des amis. Tu pourras compter sur nous, quoi qu'il arrive. »

Malicieuse, je redressai la tête –dieu pourquoi les as-tu fais si grand, je suis obligée de me faire un torticolis à chaque fois que je veux leur parler !

« Je peux compter sur vous ? Vraiment ? »

Jasper m'observait, soupçonneux.

« Pourquoi est ce que je sens que je vais regretter d'avoir été gentil ?

-Tu pourrais t'occuper de revendre ma voiture et de me faire virer l'argent s'il te plait ? Demandai-je avec des yeux de « Chat Potté ». »

Il poussa un soupir et répondit :

« Tu sais que tu gagnes toujours à ce petit jeu là !

-Merci. Maintenant rentre à Forks. Embrasse bien les autres pour moi. Dis leur… dis leur que je suis… désolée… dis leur… Baragouinai-je, fébrile et au bord de la crise de nerf. »

Jasper me fit profiter une dernière fois de son don pour me rassurer. Il répliqua simplement :

« Ne t'inquiète pas. Je le ferais. »

Courageusement, je m'écartai de lui. Je me saisis de mes paquets et rejoignis l'entrée du terminal. Avant de passer les portes automatiques, je jetai un coup d'œil au vampire blond et lui fit un signe de la main qu'il me rendit. Puis, j'entrai et le tourbillon de vie de l'aéroport me happa. Mon portable vibra. Un SMS. Jacob.

« Où es-tu ? »

J'éteignis l'objet et écrasai une ultime larme.

Il ne m'est pas destiné.

Chapitre triste, je sais... Mais il fallait s'y attendre !