Bonjour ! Merci à celles qui suivent encore... Voici le tout dernier chapitre de cette fic, avec de nouvelles innovations de POV...
Et désolée j'aurais dû poster ce chapitre mercredi... Qu'est-ce que je peux dire ? J'ai oublié lol
Réponse aux reviews, pour la dernière fois :
Djinara : C'est pas grave, tu as pu te rattraper^^ J'espère que tu aimeras ce dernier chapitre... Ils ne peuvent pas se quitter comme ça ? Tu verras^^
Roxy : En réalité il y a des mois que cette fic est terminée^^ Elle a été écrite pour les 20 ans d'Eléa Telmar, dont l'anniversaire est en octobre. L'objectif étant de lui livrer le tout terminé pour ses 20 ans, il y a longtemps que l'épilogue a été écrit. Alors, qu'aurais-tu souhaité ? En tout cas voilà la réponse à tes interrogations.
emichlo : Merci !
Camilla : La voici^^ Et merci pour les compliments^^
MissMa : Merci beaucoup !
Epilogue : Révélation
POV Eléa
6 Juin 2011, Seattle,
Etat de Washington,
USA.
Je n'avais jamais aimé les aéroports. D'abord parce qu'on doit attendre des heures et que je détestais perdre mon temps. La vie est trop courte alors pourquoi ne pas toujours en profiter ? Ensuite, parce qu'il y avait toujours l'angoisse de rater l'avion. Et j'étais assez experte en la matière. Mais aujourd'hui, ça n'était vraiment pas « according to plan ». Ou sinon, je fais clignoter le portique détecteur de métaux. C'est un peu un jeu, parier si je fais sonner le tout suivi de la fouille ou pas. Maudite veste en cuir avec ses boutons métalliques. C'est pas de ma faute si j'aime cette veste et qu'elle a du fer non mais ?
On parie donc ? Sonnera, sonnera pas…
DRING DRING !
J'aurais dû parier en fait…
Là, il faut comme à chaque fois que le souci se produit enlever ses chaussures. Et moi, j'ai des converses montantes. Aujourd'hui ça n'est vraiment pas mon jour. A peine enlevées (au bout de 5 minutes à me débattre avec mes maudits lacets) il faut les remettre. Le gorille me dit qu'il n'y a rien. Evidemment qu'il n'y a rien, avec mon mètre soixante est ce que j'ai une tête de terroriste, franchement ? Je passe. Ca, c'est fait. Maintenant, le service d'émigration. Et toujours ses questions ô combien stupides :
« Avez-vous fait partie d'un mouvement terroriste ? »
Je regarde la femme et réprime l'envie de lui répondre « Oui. Je suis Ben Laden après une opération de chirurgie esthétique rare dans les grottes d'Afghanistan ». Franchement, quand je vous dis qu'ils nous prennent pour des imbéciles… Je fais la maligne, je me moque, je ris et j'ironise pour ne pas perdre la face. Ou plutôt pour me la voiler. Enfin pour ne pas souffrir quoi. Parce ce qui est nul avec les aéroports, c'est qu'ils sont le point de concours entre une vie et une autre. Il y a les gens qu'on va retrouver. Et ceux qu'on laisse. Et ça, c'est toujours le plus embêtant. Surtout quand c'est un adieu. Surtout quand c'est une page de votre vie, de votre jeunesse qui se tourne. Et là, c'est mon cas. Jamais je n'aurais cru que ça puisse faire si mal de quitter des gens. Mais je sais que je ne les reverrai jamais. Je ne peux pas. Je ne dois pas. Et jamais plus je ne serai complètement heureuse. J'ai trop dilapidé de cette denrée pendant cette année à l'étranger. Et pourtant, il y a un an à peine, j'étais loin de m'imaginer que je puisse ressentir cette angoisse, ce vide au moment de m'envoler pour rejoindre les miens, mes parents, mes frères, ma sœur…
POV Alice
Je m'étais promis de ne pas regarder son futur. De ne pas chercher à savoir comment elle se débrouillerait, si le voyage se passerait bien. Je m'étais promis de ne plus penser à elle, ou de tout faire pour essayer. Eléa était passée dans nos vies comme une étoile filante, une bouffée d'air frais. Bien sûr ce n'était pas la première humaine à passer dans la famille ; mais avec Bella, c'était différent. Elle était la chanteuse de mon frère et je savais dès le début qu'elle finirait comme l'une des nôtres ; d'ailleurs, elle en avait émis le souhait dès les débuts de sa relation avec Edward.
Eléa en revanche avait fait savoir dès notre première rencontre qu'elle était satisfaite de son humanité – et tenait à la garder. Je souris en me remémorant les paroles prononcées ce jour-là : « J'aime bien mon humanité, ma petite vie et mon cœur qui bat. ».
Qui aurait cru qu'une française changerait ainsi nos vies à tous, en particulier celle de Jacob ? Jacob qui était anéanti de son départ en catimini. Départ que j'avais vu à l'avance, sans chercher à l'empêcher. J'avais compris qu'elle n'était pas faite pour notre monde ; elle ne pouvait pas rester aux Etats-Unis. J'imaginai, juste un instant, le futur qu'elle aurait eu si elle s'était installée définitivement.
Les reproches de sa famille et de ses amis à affronter. Les mises en garde, les conseils de ne pas prendre une si grande décision juste pour un garçon. Les allées et venues répétitives, une fois que le temps aurait passé et que ses proches auraient compris que cette relation n'était pas à prendre à la légère. Et puis, dans quelques années, probablement une rivalité et une jalousie vis-à-vis de Nessie. Une insécurité perpétuelle à cause de l'imprégnation de Jacob. Et en cas de rupture, elle se serait retrouvée seule dans un pays qui n'était pas vraiment le sien. Ou bien elle serait rentrée en France, affronter les on te l'avait bien dit et autres tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. Et elle aurait souffert en silence, avant de tourner la page – mais jamais complètement.
Je sondai ce qui l'attendait dans le futur immédiat : un vol en avion sans histoires. Plusieurs correspondances, et enfin l'atterrissage sur le sol parisien et les retrouvailles avec sa famille. En essayant de voir un peu plus loin, je m'aperçus que son avenir disparaissait. Je fronçai les sourcils ; cela ne pouvait signifier qu'une seule chose...
POV Eléa
Je regarde le panneau qui annonce les vols. Le mien sera à l'heure. Mon cœur se brise. Dans une heure, je serai loin. Dans une heure, il ne sera plus qu'un superbe souvenir. Et je sortirai définitivement de sa vie. C'est comme ça. Injuste certes, mais comme ça. Je ne pouvais pas gagner à ce jeu là. Et je m'en foutais d'avoir perdu. J'avais pu avoir ce que je voulais finalement. Volé des instants de bonheurs qui combleraient le reste de ma vie. Et puis, je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même d'être là, toute seule dans cet aéroport. J'avais décidé à l'aube de mes vingt ans de partir loin de chez moi. Quitter la France. J'y étudiais les lettres. Je n'étais pas mauvaise élève, mais pas brillante non plus. Assez banale. Alors j'avais décidé pour avoir un « plus » dans mon CV d'aller une année à l'étranger, histoire de revenir bilingue. Le choix avait été vite fait. Je voulais maîtriser l'anglais. J'avais postulé partout, à Londres, Edimbourg, New York, Miami, Los Angeles, Toronto et… Seattle. Et c'est là que j'avais été prise. Mes parents semblaient ravis de me voir quitter le nid. Ils ne comprenaient pas ma déception.
Seattle ? Franchement. Qu'est ce qu'il pouvait bien y avoir à Seattle ? Ah, je sais. De la pluie. Du froid. Du vent. De la neige. Tout ce que je déteste. CHOUETTE ! J'étais folle de rage. Mais je n'avais plus le choix, je ne pouvais plus reculer.
Le jour où il m'avait fallu quitter la France, mes parents, mes amis, mon amoureux, j'avais fondu en larmes, tellement j'étais dépitée… et angoissée. Ma vie, je le pressentais, allait changer du tout au tout. J'étais face à un immense précipice et j'allais me jeter dedans. Maintenant je suis certaine que ça n'était pas une coïncidence, cette crise de nerf.
J'avais senti les choses. Je ne savais juste pas à quel point je reviendrais changée de cette année à l'étranger. Jamais plus je ne serai celle que je fus.
POV Jasper
Je compris en ressentant l'inquiétude d'Alice que quelque chose n'allait pas. Je songeai aussitôt à un accident, l'avion qui se crashe, Eléa blessée ou tuée sur le coup...
« Qu'est-ce qui se passe ? Demandai-je à ma femme. Qu'est-ce que tu as vu ?
- Le vol va bien se passer, murmura-t-elle. Et les retrouvailles avec sa famille aussi...
- Alors pourquoi tu t'inquiètes ?
- Parce qu'après, je ne vois rien. Ce qui veut dire que Jacob a décidé de la rejoindre. »
Effectivement, quelques minutes plus tard, je vis le jeune loup descendre de sa chambre, une énorme valise sur le dos. Feignant l'ignorance, je m'enquis :
« Tu pars en voyage ou tu déménages ? Parce que sinon je ne vois pas d'explication à cette chose sur ton dos...
- Je dois la suivre, décréta Jacob. Il faut qu'elle comprenne... »
Je secouai la tête doucement. Ce garçon était complètement fou. Il allait mettre son avenir en jeu pour une humaine... Certes il l'aimait, je l'avais su avant lui ; mais faire une chose pareille serait la pire des âneries ! Je ne pouvais pas le laisser faire.
« Et tu feras quoi, une fois en France ? demandai-je.
- Je me jetterai à ses pieds, je la demanderai en mariage s'il le faut mais je la récupèrerai ! »
Une demande en mariage ? N'avait-il rien appris de l'erreur de Raphael, et de celle de Fabian ?
« Dis-moi Jacob, est-ce que tu es devenu stupide, ou bien amnésique ?
- Pardon ? Fit-il en fronçant les sourcils, décontenancé.
- Tu veux lui demander de t'épouser ? As-tu oublié que c'est précisément ce qui a précipité la rupture d'Eléa avec ses deux précédents petits amis ?
- Oui, bon, oublie le mariage. Mais je dois la convaincre ! Elle part parce qu'elle est persuadée que je finirai par la quitter pour Nessie mais elle se trompe ! Il faut que je lui explique !
- Et en supposant que tu la retrouves ? Et que tu la convainques de reprendre votre histoire ? Que feras-tu une fois à Paris ? Tu logeras chez ses parents ?
- Je trouverai un hôtel ! S'exclama-t-il sur le ton de l'évidence. »
Bella arriva à ce moment-là, accompagnée d'Edward, et demanda des explications que je lui fournis.
« En résumé, Jacob n'accepte pas le départ d'Eléa et il veut la rejoindre en France.
- Et tu comptes dormir à l'hôtel ? Tu es complètement fou, mon pauvre Jake ! S'énerva-t-elle. Les hôtels parisiens font partie des plus chers qui soient ! Et de toute façon, elle n'est pas ton âme soeur. »
Je roulai des yeux face à cet argument, mais ne donnai pas mon avis ; inutile de donner à Jacob des raisons de croire que je le soutenais. Je m'étais douté que ça arriverait, bien sûr ; simplement je pensais qu'on pourrait le convaincre plus facilement...
POV Eléa
/FLASHBACK/
J'avais donc débarqué, après 15 heures de voyage (et une correspondance ratée !) et 9 heures de décalage horaire dans la figure avec ma veste militaire, ma jupe courte et mes converses, cheveux auburn au vent retenus par un bonnet péruvien, yeux rougis par les larmes et bouffis par la fatigue, traînant des valises plus grosses que moi, sous une pluie diluvienne. Ça commençait bien. J'avais ronchonné, passé des plombes à trouver un taxis, autant pour qu'il comprenne ou j'avais réservé mon hôtel. Puis je m'étais écroulée sur mon lit et m'étais endormie, trop épuisée par les montagnes russes qu'avaient fait mes émotions en moins de 24 heures. Réveillée par le 4x4 d'un inconscient (oui je suis de mauvaise humeur au saut du lit) j'avais entamé ma recherche « d'appartement ou maison ». Sans succès. Les loyers étaient trop chers ou, lorsque ça entrait dans mes moyens, mal situés. N'ayant aucun penchant pour les gangs ni pour les meurtres, j'avais donc décidé de me « délocaliser ». Je choisis donc Port Angeles, à moins de 40 minutes de ma fac (oui j'allais rouler un peu vite, et alors ?). C'était loin dans un sens et près aussi et puis c'était calme et convivial. Les gens m'avaient bien accueillie et j'avais surtout craqué sur un petit appart' tout simple au dessus d'un vieux drugstore tenu par un jeune couple. Je payais 400 dollars le loyer au lieu de 600 puisque j'aidais mes propriétaires dans leur magasin. Bref, j'étais veinarde et finalement heureuse de cette nouvelle vie. Et puis, il y avait eu un rayon de soleil dans une journée pluvieuse, à l'instar de toutes les autres depuis mon arrivée.
Un sourire. Un éclat de rire. Des dents extraordinairement blanches. Des cheveux courts en bataille… Il avait passé le pas de la porte et j'avais dû détourner les yeux. Mon cœur s'était mis à battre à tout rompre. Je venais de rencontrer celui qui allait bouleverser ma vie à jamais…
/FLASHBACK/
Une quinte de toux m'arracha à mes souvenirs. Je reniflais puis me mouchai en désespoir de cause. C'était bien ma veine, la grippe avant l'heure. J'aurais l'air malin en arrivant à Paris avec mon nez de « petit renne au nez rouge ».
J'étais partie tôt de la « maison », avant que tout le monde rentre de la chasse. Ou ne soit levé. Je ne voulais pas leur infliger la vision de ma personne toute tristounette alors que je m'étais toujours montrée affable et gaie. C'était l'image de moi que je voulais qu'ils gardent. Et puis aussi, c'était égoïste mais j'assumais, ça m'évitait de les affronter. Et de devoir me contrôler. Je n'aime pas les adieux. Un peu comme tout le monde d'ailleurs. C'est dans ces cas là où je pleure. Et je déteste ça. Ça donne la goutte au nez. Alors avec le rhume par-dessus ça aurait été beau ! Je ne suis pas une fille comme ça. Pas une pleurnicharde. C'est vrai, j'ai mes failles, mes faiblesses mais je les masque sous l'ironie et le sarcasme. C'est un masque. Il me protège. Je mords avant d'être mordue. Je quitte avant de me faire quitter. Je prends les devants, de peur de souffrir vraiment.
POV Bella
Mon meilleur ami était en train de faire une bêtise. Probablement la pire bêtise de sa vie. Il s'apprêtait à tout quitter, sa vie, sa famille, ses amis, son imprégnée, pour rejoindre une fille qui n'était pas destinée à être autre chose qu'une passade dans sa vie.
Et le pire ? Je ne pouvais rien y faire. Jasper, Alice et moi avions tout essayé pour le retenir ; nous refusions cependant d'en venir à la force pour l'empêcher de partir. Je savais à quel point Jacob tenait à son libre-arbitre. En désespoir de cause, je répétai ce qui semblait être devenu un mantra :
« Elle n'est pas ton âme sœur ! »
Il eut un reniflement dérisoire.
« Tu sais quoi, Bells ? Pour quelqu'un qui a piqué une crise en apprenant que je m'étais imprégnée de sa fille, je trouve que tu tiens beaucoup à me garder auprès d'elle !
- Il m'a bien fallu accepter que vous étiez faits l'un pour l'autre.
- Être mon âme sœur ne fait pas d'elle la femme de ma vie ! Cracha-t-il. Et j'ai bien l'intention de le prouver en empêchant Eléa de partir, ou s'il est trop tard, de la rejoindre en France !
- Jacob, je t'en prie...
- Tu veux que je te dise, Bella ? Occupe-toi de ce qui te regarde. Embrasse Nessie pour moi. »
POV Eléa
Je m'apprête à passer sous un énième portique. Ensuite, au bout du couloir, ça sera la douane, le tampon sur le passeport et Sayonara USA !
Je pars, je m'efface et m'évanouis. C'est mieux ainsi. Pour eux. Pour moi. Pour lui.
Celui-là de portique il n'a pas clignoté. Quelques enjambées, je vais tendre ma pièce d'identité au douanier…
« Eléa, Eléa ! Attends ! ELEA ! »
J'en lâche mon passeport et me retourne, effarée par cette voix qui scande mon nom, désespérée. Il est là, je ne le vois pas mais je sais qu'il est là. Un mouvement de la foule. C'est lui qui court. Il avance vite. J'entends sa respiration, ses hoquets quand il me hurle de rester. Il veut me voir. Une dernière fois. Oui. Juste me voir. M'avoir. Mais je ne lui suis pas destinée. Je l'aime. A en mourir. Et plus encore si je le pouvais. Si ce sacrifice pouvait changer l'histoire. Mais ça ne marche pas comme ça.
Il est un autre moi-même. Une partie de moi. Oui, je l'aime tout simplement. C'est banal dit comme ça, alors qu'entre nous c'était tout sauf ça. Je l'aime et il m'aime aussi. A sa façon. Du mieux qu'il le peut.
Mais il ne m'est pas destiné.
On a toujours su comment ça se terminerait. Mais maintenant qu'on y est, que le jour tant redouté est arrivé, on se voile la face. Alors je me répète à l'infini les propos de sa meilleure amie : « Il ne t'est pas destiné. »
Je ne peux pas lui obéir. Même si j'en ai envie. Je ne peux pas.
Il ne m'est pas destiné.
Je ne veux que son bonheur. Je l'aime assez pour lui souhaiter ça, même si ça n'est pas avec moi qu'il le trouvera. Une larme, stupide larme roule sur ma joue. Allons bon, pas de sentimentalisme ! Je me suis toujours préférée distante et irrévérencieuse. Et je pense que lui aussi. Je ricane contre moi-même.
Imbécile !
Il pousse les gens. Certains s'étalent par terre. Il approche. Je vois ses cheveux avec des épis rebelles, noirs comme l'ébène. Bientôt il sera là, devant moi. Il me prendra par le bras, le retournera et m'embrassera et…
Je me pince, mettant fin au rêve, à ce scénario digne du plus grand des navets hollywoodien. Mon cœur se serre. Ca y est, c'est le moment. Je dois y aller. Ca sera dur. Mais j'ai promis. Et je ne reviens jamais sur ma parole. Pour me faire bouger, je psalmodie ces mots qui me hantent depuis des semaines déjà.
Il ne t'est pas destiné.
* Dernier appel pour les passagers du vol A832650 en destination de Chicago… *
Je sèche mes larmes et souris à l'ironie du sort. Nous n'étions pas fait pour être ensemble. Si proches et pourtant jamais réunis. Je termine donc le mouvement que j'avais entamé. Je passe la ligne. Je passe la douane. C'est fini. Je suis de nouveau une étrangère. Je suis de nouveau dans mon monde et quitte le sien. Je me retourne. Il se débat. Je lui offre un pauvre sourire. J'avance. Il se colle à la vitre et y dépose sa paume, à plat. Je mords mes lèvres pour ne pas faillir. Il s'est calmé. Il me voit, ses craintes le quittent. Il s'apaise.
« Eléa… Eléa… Reste… Reste avec moi… Pour moi… »
Mais c'est pour lui que je pars. Pour qu'il n'ai pas à choisir. Pour qu'il ne souffre jamais. Je le regarde, le contemple. Ses prunelles, si joyeuses d'ordinaire sont nimbées de larmes. Je ne les mérite pas ses pleurs. Je dépose du ma main un baiser et appose ma paume contre la vitre, reflet de son geste. Je sens à travers le verre la chaleur incroyable de sa peau. Je souris. Je profite de mes dernières secondes avec lui. J'ai choisi. Je pose ma tête contre le verre et souffle, bouleversée :
« Je t'aime. Et je t'aimerai toujours. »
Il va me répondre. Sa bouche s'ouvre, se referme. Il cherche ses mots. Je ne veux pas en entendre plus, ça me ferait faillir. Je m'oblige à m'éloigner de lui. Sa présence m'intoxique, j'oublie mon devoir. Je tourne les talons, m'éloigne de lui et m'oblige à faire abstraction de ses hurlements désespérés pour me retenir. Ainsi que les coups d'œil curieux et consternés des passants. Ils se demandent ce que j'ai bien pu faire à ce garçon.
Il ne m'est pas destiné.
Ils pensent sans doute que je suis sans cœur de l'abandonner dans cet état. Mais eux, ils ne savent pas. Ils ne comprennent pas.
Je mords mon poing, jusqu'au sang pour ne pas m'effondrer. Je grogne. Au moins maintenant j'ai une raison de pleurer.
Il ne m'est pas destiné.
Si le monde avait été normal, nous aurions été ensemble. J'aurais été l'alternative logique. Ca aurait été aussi simple que de respirer. Mais, je l'avais appris à mes dépends, le monde ne tournait pas rond.
Il ne m'est pas destiné...
POV Jacob :
Elle était partie. Je n'avais pas réussi à la retenir, à l'empêcher de partir. Peut-être que si j'étais arrivé plus tôt à l'aéroport... Peut-être que si j'avais cherché à savoir ce qui la préoccupait... Je m'effondrai sur le sol, en larmes. Je sens les gens me contourner, ou bien me fixer du regard, comme pour comprendre comment un chagrin d'amour peut provoquer une telle réaction. Finalement une vieille dame vint me relever.
« Allons, jeune homme... Ne restez pas là comme ça, voyons !
- Et qu'est-ce que je peux faire d'autre ? Demandai-je en me redressant et en la regardant. La femme que j'aime vient de prendre un avion... Pour retourner à Paris...
- Allons, venez et racontez-moi ça... »
Elle m'entraîne vers des sièges, à l'écart ; et sans savoir pourquoi, je lui raconte tout. Enfin presque tout : je ne mentionne ni les vampires, ni les loups-garous, ni l'imprégnation. Mais je lui parle de notre rencontre, de notre amitié, de son ex-petit-ami, de notre relation et de ses insécurités... Je parle longtemps. Je termine par son départ en cachette au petit matin, et la scène à laquelle elle vient d'assister. Contre toute attente, elle me sourit.
« Vous allez abandonner maintenant ? Vous aviez prévu de la suivre à Paris, je crois, non ?
- Oui mais c'est inutile... Elle ne veut plus de moi, elle...
- Taratata. Battez-vous encore jeune homme ! Sinon vous le regretterez toujours ! »
POV Eléa
Je passe mon voyage à pleurer. J'ai le cœur en morceaux, et je sais que cette fois il ne pourra pas se recoller. La seule personne qui aurait ce pouvoir n'est pas faite pour moi. Mon voisin tente d'engager la conversation, mais finit par se décourager devant mes larmes et mon silence. Je regarde par le hublot le paysage qui défile. Des nuages, des nuages, toujours des nuages... Et de temps en temps, un peu d'océan.
Enfin j'arrive à Paris. Je regarde autour de moi ; rien n'a changé depuis l'an dernier, et pourtant tout me semble différent. Tout me semble étranger. Je m'attarde dans les toilettes de l'aéroport pour effacer les traces de larmes sur mon visage. Je me remaquille rapidement, puis je pars en quête de ma famille.
Finalement, je les aperçois ; ils sont tous là. Maman et Papa bien sûr, mais aussi Sarah, ma sœur, Edwin son fils et mes deux frères, Yann et Daniel. En me voyant, mon neveu se met à gigoter dans les bras de sa mère et m'appelle :
« Tata ! Tata là ! »
Sarah est la première à m'apercevoir ; en souriant, elle pose le petit bout par terre et celui-ci se met à galoper vers moi. J'ai les larmes aux yeux ; il marche ! Edwin marche, et dire que quand je l'ai quitté il gazouillait à peine ! Ma sœur le suit de près, et me prend dans ses bras.
« Bienvenue chez toi, me murmure-t-elle à l'oreille.
- Merci. C'est bon d'être de retour, de vous revoir tous...
- Alors , demande Yann. Seattle, c'était comment ?
- Oh, tu sais... de la grisaille, de la pluie et de la neige... »
Je ne suis pas prête à parler de Jacob à ma famille. Je ne sais pas si je leur en parlerai un jour. Peut-être. Sûrement. Mais pas maintenant. Je discute avec animation, quand quelqu'un me tape sur l'épaule. Une voix chaude me déclare, en anglais :
« Mademoiselle, vous avez oublié quelque chose... »
Je me retourne, sans en croire mes oreilles. C'est lui. Il m'a suivie jusqu'ici, j'ignore par quel miracle. Il me serre dans ses bras et je me laisse faire, incapable de le repousser même si j'en avais envie. Puis il me regarde dans les yeux et déclare :
« Eléa, tu ne seras peut-être qu'une étoile filante dans ma vie. Mais devine quoi, j'ai fait un voeu... »
La gorge nouée par l'émotion, je demande :
« Lequel ?
- Que la parenthèse dure éternellement. »
Un sourire. Un espoir. Un soleil. Sa main tendue. Ma main. Le monde entier. Lui. Moi. L'espace qui nous sépare du "nous". Nous?
FIN
Et oui, une fin ouverte. A vous de décider si elle accepte ou pas...
Wow, ça fait bizarre de penser que je ne publierai plus du tout cette fic... On l'a écrite en septembre, et là c'est la fin de l'aventure...
