Université de Stanford, Californie - novembre 2005
Pour la première fois depuis quatre ans, Sam ressentait une parfaite plainitude. Cette chasse avec Dean avait été éprouvante, leur père avait disparu, mais le jeune homme en avait tout de même tiré un bon côté : son frère ne lui en voulait plus. Du moins, plus autant qu'avant. L'approbation de son ainé avait toujours été quelque chose d'important pour lui, voir le plus important, mais ce soir là, quand il avait quitté sa famille, il avait eut l'impression de briser cette confiance entre eux. Par la suite, Dean et lui ne s'étaient que rarement appellés au téléphone, trop fiers, l'un comme l'autre pour avouer qu'ils se manquaient. Partir sur les routes pour traquer ce fantôme avait été bénéfique, Sam avait pu démontrer à son ainé qu'il n'était pas si rouillé que ça, et Dean avait remarqué à quel point son cadet menait une vie rangée.
Un sourire naquit sur son visage quand il entendit l'eau de la douche couler dans la salle de bain. Avec un soupir, il se laissa tomber sur le lit profitant de ce moment de repos amplement mérité. Le sommeil allait le prendre d'un instant à l'autre quand il sentit quelque chose de chaud lui goutter sur le visage. Intrigué, il rouvrit les yeux.
La suite lui fit l'effet d'une descente aux Enfers.
Jessica était au plafond, une profonde entaille lui lacérant le ventre...Pourtant, elle le regardait...ses yeux exprimaient l'incompréhension, la peur, la douleur, l'amour et la peine...Sam hurla sans s'en rendre compte tandis qu'une seconde plus tard, la jeune femme prenait feu.
La chaleur, les flammes, l'odeur, la fumée, la vision de l'amour de sa vie qui s'embrase...Tout cela empéchait le jeune Winchester de bouger. Il resta là, allongé sur le lit à crier et à l'appeller...Mais elle était morte...
Il n'entendit même pas son frère hurler son prénom...il ne le vit même pas entrer dans la chambre...La seule chose qui lui fit comprendre que Dean était là, ce fut cette ferme poigne qui l'agrippa pour le sortir de ce brasier. Pourtant, Sam ne voulait pas quitter la jeune femme...il voulait rester, la sauver...Mais il se sentit repousser avec une force contre laquelle il ne pourrait pas lutter. Dean lui parlait, lui criait des paroles qu'il ne percuta pas...il ne voyait que le corps de celle qui fut son unique amour, calciné au plafond.
Nevada - novembre 2005
Sam se réveilla en sursaut, le front baigné de sueur comme s'il sortait réellement d'un brasier. Le jeune homme se passa la main sur le visage en remarquant que celle-ci tremblait fortement. Un coup d'oeil vers le lit de son frère le rassura...Dean dormait toujours n'ayant, pour une fois, pas entendu son cadet faire un cauchemard. Celui-ci s'extirpa maladroitement des draps pour aller s'enfermer dans la salle de bain. Il mit de longues minutes à essayer de retrouver une respiration normale, et même en mettant la tête sous le robinet d'eau froide, il eut du mal à y parvenir.
Son image dans le miroir aurait dû lui faire violence, mais Sam décida de l'ignorer...La pâleur, les cernes, les yeux rougis par le manque de sommeil...Il se fichait de tout ça...Il n'y avait qu'un sentiment qui l'habitait en ce moment, la douleur.
Trois jours...trois jours s'étaient écoulés depuis la mort de Jessica. Le chagrin le sumbergeait, mais plus le temps passait, plus il laissait la place à un énorme vide, quelque chose que plus personne ne pourrait combler. Il ne se souvenait plus très bien des paroles de Dean... il savait juste que son frère l'avait forcé à quitté la Californie, disant que le démon n'y était plus depuis longtemps. Ils étaient arrivés la veille dans ce motel miteux du Nevada, et encore une fois, son ainé lui avait dit quelque chose que Sam n'entendit pas...En fait, il n'était plus tout à fait présent...presque inconscient de la simple présence de Dean.
Il ne put retenir un long soupir quand il le vit s'enfermer dans la salle de bain. Une seconde plus tard, l'eau se mit à couler et il comprit qu'il devait essayer de se calmer. Dean se rassit sur son lit, le corps engourdis et l'esprit torturé. Son petit frère avait refusé de dormir depuis cette nuit là, mais il n'avait plus eut la force de résister et s'était assoupit pour la première fois durant leur voyage vers le Nevada. L'ainé avait alors été obligé de le réveiller brusquement tellement le cauchemard du plus jeune avait été violent. Depuis, Sam ne passait plus une nuit sans revivre sa mort et à chaque fois, Dean était là pour le tirer de ses sombres rêves.
Un bruit de verre cassé aussitôt suivit d'un gémissement plaintif le fit carrément sauter de son lit. Le jeune homme courut vers la porte, et sans prendre la peine de frapper, il entra. Sam se tenait la main en grimaçant, du sang dégoulinant d'une profonde entaille goutta sur le sol où s'était brisé un petit flacon de médicament. Tout penaud, le plus jeune se justifia.
- Je...je voulais juste...j'avais mal à la tête alors...
Dean se pencha exactement au même moment que son frère qui s'apprêtait lui aussi à ramasser les dégâts qu'il avait causé.
- Laisse ça...Lui murmura gentiment son ainé.
- Non je...
- Sam, je te dis de laisser ça ! Répetta Dean en levant la tête vers lui.
Son frère le dévisagea, l'air encore plus penaud, mais ce qu'il ne semblait pas avoir comprit, c'est que son ainé n'était pas fâché après lui...Juste inquiet. Sam se redressa et rejoignit la chambre tandis que Dean mit les restes du flacon d'aspirine à la poubelle en prenant soin de ne pas se couper.
Quelques instants plus tard, il retournait auprès de Sam qui était assis sur le lit, le regard perdu. Dean prit place en face de lui et lui attrapa sa main blessée, il fut surprit que son cadet n'oppose aucune résistance. Ce n'était qu'une égratinure, mais c'était déjà trop aux yeux de l'ainé qui se mit à la lui désinfecter avec soin.
- Pourquoi tu ne m'as pas réveillé Sam ? Demanda t-il alors, brisant le silence qui s'était installé depuis un moment.
Le regard toujours dans le vague, le plus jeune haussa les épaules.
- T'as besoin de dormir...
Un léger rire ironique prit Dean par surprise...C'était lui qui disait ça ?
L'ainé appliqua une compresse antiseptique sur la coupure de son cadet et lui fit un bandage, histoire d'être sûr que ça ne s'infecterait pas. Puis, il releva la tête vers lui en l'observant attentivement.
- Tu as encore une migraine ?
Sam resta silencieux, mais se contenta d'approuver d'un simple mouvement de sourcil, comme s'il commençait à s'y habituer.
- Je vais te préparer une aspirine.
Dean retourna auprès de lui quelques minutes plus tard, un verre d'eau à la main, un comprimé dans l'autre. Il lui tendit le tout, vérifiant qu'il les avalait bien. Un sentiment de culpabilité le prit tout d'un coup quand Sam fit une légère grimace, en baissant les yeux vers le verre.
- Qu'est-ce que...Commença t-il sans comprendre.
Son frère le repoussa gentiment pour qu'il s'allonge, bien sûr, le plus dû optantérer puisque les médicaments faisaient déjà leurs effets. Dean prit la couverture qu'il rabattit sur son cadet tandis que celui-ci fermait les yeux, succombant aux somnifères qu'il venait de prendre à son insu.
Pour lui, la nuit était bel et bien terminée puisque désormais, il passerait le reste de son temps à veiller Sam, à vérifier qu'il ne fasse pas de cauchemard et à être près de lui si jamais il en faisait un.
Au bout de deux heures, son frère semblait toujours dormir d'un sommeil calme et l'ainé s'autorisa à s'éloigner de lui. Il entra dans la petite cuisine tout en gardant le lit où était son cadet à proximité des yeux. Il prit son portable et composa le numéro sans même regardé les touches.
- Ici John, je ne suis pas joignable pour le moment mais...
Dean ne lui laissa pas le temps de terminer son message qu'il avait refermé son téléphone avec mauvaise humeur...Où était-il ? Et que faisait-il de si important qui passe avant Sam ? Les entrailles du chasseur se tordirent dans tous les sens...trop de sentiments et d'émotions le submergeaient d'un coup...La peur qu'il avait ressentit pour Sam quand il l'avait vu dans cette chambre en flamme... L'inquiétude de voir chaque jour son état se détériorer un peu plus...La colère qu'il avait envers John...John qui ne répondait pas...John qui choisissait d'ignorer ce qui venait d'arriver...John qui une fois encore, n'était pas là pour Sam...
Dean se passa une main sur le visage, comme il le faisait toujours quand il avait un trop pleins d'émotions qu'il n'arrivait pas à gérer. Il aperçut alors son frère commencer à s'agiter dans son lit. Il reposa son portable pour s'approcher de lui.
- Je suis là Sam...je suis là...
Lawrence, Kansas - novembre 1983
Elle était morte. Son épouse était morte. La mère de ses fils était morte. Mary n'était plus, et John n'était plus non plus. Cette image de sa femme collée au plafond, le ventre laceré, le visage blanc exprimant trop de sentiments pour quelqu'un en train de mourir...cette image le hantait. Lui aussi était mort cette nuit là, John était partis en fumée avec elle, leur histoire n'était plus qu'un lointain souvenir. En une nuit, il avait oublié la personne qu'il était et ne pensait même pas encore à se reconstruire. John était un homme brisé.
Par bonté, le patron du garage dans lequel il travaillait accepta de les éberger, lui et ses fils. Mais l'environnement n'était pas favorable à un gamin de quatre ans. Pourtant, celui-ci ne se plaignait pas...il restait silencieux. Pas une seule fois il n'avait réclamer sa maman, sachant parfaitement qu'elle ne reviendrait jamais...La femme de Mr Jenkins l'avait couvé, prête à céder au moindre de ses caprices. Mais Dean n'avait rien demandé, il n'avait d'ailleurs même pas parlé à cette étrangère qui n'était pas sa mère. En deux jours, il n'avait pas vu son père très souvent, celui-ci était trop occupé à vaquer on ne sait où l'esprit et la mine torturée.
Un matin, Dean avait sursauté...un bruit en bas l'avait alerté, c'était son petit frère : il pleurait. Le garçon devala les marches, s'attendant presque à trouver Mme Jenkins morte elle aussi, en train de brûler. Mais la réalité fut tout autre, la femme avait prit le bébé dans ses bras, essayant vainement de le calmer en lui chantant une berceuse.
- Oh...Mon lapin tu es réveillé ? Demanda t-elle d'une voix mielleuse.
Elle tourna la tête vers le nourisson en mimant une expression sévère.
- Tu as vu Samuel, tu as réveillé ton grand frère...C'est pas bien !
Dean traversa la cuisine et tendit les bras pour bien faire comprendre à Mme Jenkins qu'il était temps pour elle de lui rendre son petit frère. Surprise, la femme céda tout en changeant d'expression quand elle se rendit compte que le nourisson cessa aussitôt de pleurer.
- Sammy déteste les étrangers. Avait-il dit.
Quatre mots...Quatre simples petits mots qui suffirent à faire comprendre à cette femme qu'elle n'avait aucun droit de s'occuper de son frère à sa place.
John rentra bien plus tard, la démarche peu assurée, l'air débraillé, la mine malade. Dean, qui avait endormit son frère plusieurs heures auparavant fut alerté de son entrée par une violente dispute en bas.
- ça ne peut pas continuer comme ça John ! S'emporta Mr Jenkins.
- Fous-moi la paix...Avait simplement répondu son père.
L'enfant n'avait que quatre ans, mais il savait très bien...il avait parfaitement compris...John était saoul.
- Tu ne va pas redresser la pente comme ça voyons !
- Je...t'interdis...De me faire...la morale...
Les mots avaient été si détachés, sans doute parce que dans son état, il avait du mal à les prononcer de manière clair.
- Pense à tes enfants John ! Dean reste là toute la journée sans rien dire...et Sam...tu as bébé je te rappelle ! Tu ne crois quand même pas que c'est ton fils de quatre ans qui va s'en occuper à ta place ?
Un brouhaha épouvantable suivit d'un cri fit sursauter le gamin qui écoutait depuis les escaliers. Mme Jenkins se mit à hurler tandis que son mari lui ordonna de quitter les lieux...Incapable de se contrôller vu son état, John avait du frapper son patron.
Une minute plus tard, le père avait finit par réussir à gravir les escaliers et grogna après Dean d'un ton bourru.
- Rassembles tes affaires...on s'en va...
Même s'il ne savait pas encore lire correctement l'heure, l'enfant remarqua pourtant qu'il était très tard. Malgré tout, il ne protesta pas sachant que ce serait parfaitement inutile.
Et le voilà, au beau milieu de la nuit à errer dans les rues à bords de l'Impala. Leur maison n'avait pas encore été complètement refaite rendant impossible un possible retour sur les lieux du drame.
- Essais de dormir Dean...Finit par soupirer son père qui avait retrouvé un peu de sobriété.
Le gamin vérifia que le bébé à côté de lui était correctement couvert et s'enroula comme il le put dans son manteau. Un sursaut le prit quand il sentit une chaleur supplémentaire se poser sur lui, John venait de le recouvrir de sa veste en cuir. Il passa une main sur son visage avec tendresse et murmura.
- Je suis désolé.
Puis, plus un mot ne fut prononcé. Dean ferma les yeux, simulant le sommeil et John resta impassible, le regard noir dirigé sur quelque chose qui n'existait pas.
Une semaine plus tard, la maison avait été remise à neuf par des ouvriers volontaires. Pourtant, aucun des Winchester n'était très pressés d'y remettre les pieds. Mais le fait d'avoir un bébé avec eux les y persuada. Dean s'attendait presque à sentir cette odeur en entrant...Cette odeur qui le hantait et qui l'empéchait de dormir...Sauf que tout était propre...en fait, tout laissait croire que rien ne s'était passé ici et que Mary pourrait passer la porte à tout moment. Mais ça n'arriva pas...ça n'arriverait plus jamais. D'un commun accord pourtant silencieux, Dean et John décidèrent de rester en bas. Seul le père trouva assez de force en lui pour monter chercher quelques affaires leur permettant de dormir en bas.
La première nuit fut la plus dûre car tous dormirent très mal. John fixait les photos de Mary en silence tandis que Dean s'était allongé en lui tournant le dos pour lui dissimuler ses larmes qui le prenaient dès que le jour tombait. Le calme apparent fut pourtant troublé par les pleurs de Sam. D'abord, personne n'y prêta attention, puis les sanglots doublèrent d'intensité laissant penser qu'il ne s'agissait pas d'une fringale nocturne.
John sortit de sa torpeur en soupirant pour se pencher au dessus du berceau de son fils. Il voulu le prendre dans ses bras, le consoler, mais quelque chose l'en empécha...Quelque chose qu'il ne pouvait pas expliquer...En pleurs, le bébé avait déjà tendu ses bras vers lui, espérant sans doute être rassuré par son père...mais celui-ci était figé...figé devant ce nourisson...il ne savait plus quoi faire...il ne savait pas comment faire...
- Papa ?
La voix mal assurée de Dean le fit sursauter, comme s'il était totalement inconscient du fait d'être observé par son fils ainé. Presque horrifié, John recula de quelques pas, refusant même de poser ses yeux sur ce dernier né...
- Dean...s'il te plait...occupe toi de ton frère...
Le gamin ne se le fit pas répetter, il sauta du canapé pour venir prendre le bébé dans ses bras. Il retourna s'assoir pour être plus à l'aise et le berça doucement.
- Tout va bien Sammy...
Le nourisson continuait pourtant de pleurer, réclamant ce père qui le rejettait pour une raison qu'il ne s'expliquait pas. Dean ressera sa prise autour du bébé, chantonnant tout bas un air que Mary lui fredonnait avant d'aller dormir. La voix de son ainé dû l'appaiser puisque Sam cessa presque aussitôt de crier attrapant même maladroitement d'un doigt la main de son frère.
John sentait un noeud se former au creu de sa gorge...un noeud de dégoût...De dégoût pour lui même... Il avait été incapable de prendre Sammy contre lui, de le rassurer...l'ancien John l'aurait fait lui, et plutôt deux fois qu'une...Mais quand il avait posé les yeux sur ce bébé, tout ce qu'il avait ressentit c'était de la peine...Les souvenirs de cette nuit là étaient tous remontés à lui d'un coup...
Heureusement que Dean avait prit le relais...la voix enfantine de son fils avait réussit à calmer le nourisson, mais elle l'avait calmer lui aussi...Il regarda tristement son ainé bercer son cadet, comprenant que le chemin serait long...long et dur...
