Hello hello everyone ! Joyeux noël !
Nevada - Novembre 2005
Sam se réveilla en sursaut en poussant un hoquet d'effrois...Un autre cauchemar...Encore...Le jeune homme vérifia que Dean dormait toujours et décida de se recoucher, même si pour lui, la nuit était belle et bien terminée. Il revoyait sans cesse son visage...cette expression dans ses yeux juste avant qu'elle ne brûle elle aussi. Pourquoi ? Pourquoi cette chose avait-elle aussi tué Jessica ? Elle n'avait rien fait...Sa mère non plus n'avait rien fait...Deux meurtres...Deux personnes qui lui étaient proches, des femmes qu'il avait aimé. Du moins, il avait aimé le souvenir de Mary. Alors quoi ? Cette créature en avait-elle après lui ? Pourquoi s'acharnait-elle à éliminer toutes celles qu'il aimait ? Peut-être que quelque chose n'allait pas chez lui, et que c'était à cause de ça que Jess et sa mère étaient mortes ? Peut-être qu'en définitive, c'était lui l'unique responsable de tout ça ?
- Sam !
Le jeune homme sursauta en se redressant...il avait reconnu cette voix. Elle était si douce...Si calme, et en même temps, si tendre. Une légère brise s'engouffra dans la chambre et Sam écarquilla les yeux de surprise.
- Jess ?
La jeune femme, ou plutôt, son souvenir venait de se matérialiser juste devant lui. Jessica s'avança vers lui, qui était resté immobile de stupeur. Un sourire triste passa sur le visage du spectre qui effleura la joue de Sam. Puis, en une seconde, elle s'était volatilisée.
- Jess ? Répetta le jeune homme en la cherchant des yeux. Jess !
- Sam ?
La voix de Dean le ramena à la réalité...Ce n'était qu'un rêve.
L'ainé observa son cadet, qui s'était assis sur le lit, le regard perdu, appellant sa petite amie avec déspesoir. Il alluma la lumière pour mieux voir son visage.
- Tu as encore fait un cauchemar ? Demanda Dean doucement.
Sam resta d'abord silencieux avant de se recoucher en lui tournant le dos, finalement il l'entendit murmurer un "laisse-moi tranquille"...C'est ce qu'il fit...Même si l'envie de se lever pour venir le veiller le tiraillait, il devait lutter contre. Son petit frère avait besoin d'un peu d'espace pour digérer tout ça, il le comprenait.
Dean éteignit la lampe de chevet et se recoucha, tout en gardant les yeux posés sur le dos de son cadet. Sam ramena la couverture sur lui en sentant cet horrible noeud se former dans sa gorge, une légère sensation de froid glissa sur son visage, et il comprit que c'était une larme.
Dean fut le premier à se réveiller le lendemain, du moins c'est ce qu'il crut jusqu'à ce qu'il voit son frère allongé sur le côté, les yeux grands ouverts. Un soupir le prit quand il comprit qu'il avait passé la nuit comme ça.
- Sam...ne me dis pas que tu n'as pas dormi ?
Pas de réponse. Son cadet n'avait même pas daigné bouger.
Le plus âgé décida de le laisser sortir tout seul de sa torpeur et s'engouffra dans la salle de bain. L'eau chaude lui permit de faire un peu le point, même si le tout n'était pas très réjouissant...Leur père avait disparut et ne répondait pas à ses nombreux appels, Sam venait de perdre sa petite copine et s'enfermait peu à peu dans un mur de silence que bientôt, Dean doutait pouvoir forcer, l'Impala était en panne et ils étaient coincés dans cette ville du nom de White Cloud City...c'était à devenir fou !
Un quart d'heure plus tard, il ressortit tout beau tout frais, pour constater que son cadet n'avait pas bougé d'un pouce. La déception...voilà ce que Dean ressentait en cet instant. La veille il avait eut l'espoir de voir Sammy aller mieux, et voilà qu'un rêve...un simple rêve le plongeait dans un état quasi catatonique.
- Eh, je vais chercher le p'ti dej' tu veux quoi ?
Un haussement d'épaule, ce fut la seule réponse qu'il obtint. Bon...et bien il s'en contenterait pour le moment, mais dès qu'il rentrerait, Sam serait forcé et de parler, et de manger ! Parole d'un Winchester !
Le café était bondé, ce qui était surprenant parce que depuis qu'ils étaient arrivés, ils n'avaient vu personne...a part Henry et le gérant du motel. Toute la population semblait s'être rassemblée ici, et le pire...étaient sans doute les sourires forcées qu'ils arboraient tous autant qu'ils étaient...Pourquoi diable souriaient-ils comme ça ? Il n'y avait aucune raison...
- Qu'est-ce que je vous sert ? Demanda une jeune femme, très charmante, le même sourire forcé que les autres sur le visage.
Dean passa commande avec soin, il souhaitait quelque chose de revigorant pour donner un peu de tonus à son dépressif de petit frère.
- Vous êtes un sportif ? Demanda un homme à côté de lui.
Le jeune homme le dévisagea sans comprendre et son interlocuteur posa son regard sur la commande.
- On dirait que vous préparez un marathon...
- Oh...non c'est...ce n'est pas pour moi... Mon frère est...enfin disons qu'il est souffrant et...
Mais pourquoi racontait-il ça à un parfait inconnu ? Il voulut s'excuser et prendre congé, mais l'homme s'avança, l'air compatissant.
- Oh, je peux peut-être vous aidez...Je suis médecin.
Dean resta un moment silencieux, en proie à un profond dilemne...Il était tenté de dire oui, car l'avis d'un docteur était toujours bon à prendre, mais d'un autre côté, il savait que c'était à lui de prendre soin de Sam, et pas à un inconnu.
- Et bien en fait...il n'est pas vraiment malade..Il n'a juste pas le moral...Mais je m'occupe de lui. Merci quand même.
- Attendez ! L'interpella le médecin avant qu'il ne quitte le restaurant. Si vous changez d'avis, voici mon numéro...Et si je peux me permettre, ne prenez pas une baisse de morale à la légère...ça peut aller très loin ce genre de chose...
Dean prit la carte du médecin en le dévisageant avec inquiétude. Qu'entendait-il par "aller très loin" ?
- Je...merci...Dr...
- Dr Roberts.
- Dean.
Les présentations terminées, le jeune homme poussa la porte pour sortir en accordant un bref signe de tête au médecin qui le salua à son tour.
- Prenez soin de votre frère Dean.
Ce doc avait réussit à lui foutre la trouille...A tel point que quand il passa la porte, il était essoufflé à force d'avoir couru. Sam n'était plus dans son lit, et il entendit avec soulagement l'eau de la douche couler...Pourtant, il ne tarda pas à ressentir une pointe de colère et d'agacement.
- Tu n'avais pas fermé la porte à clé ? Lui cria t-il pour qu'il l'entendre malgré le bruit.
Pas de réponse. Dean s'avança vers la porte et frappa dessus à trois reprises.
- Sam !
Toujours rien...Cette fois, ce fut l'inquiétude qui prit le dessus sur la colère, et sans prendre la peine de prévenir, il ouvrit la porte. Sam était sortit de la douche depuis un moment, puisqu'il avait eut le temps de s'habiller. Mais le regard de Dean se posa sur le petit flacon qu'il tenait dans sa main droite.
- ça t'arrive de frapper ? S'emporta le plus jeune.
- J'ai frappé je te signale ! Mais comme tu ne m'as pas répondu alors j'ai...Qu'est-ce que c'est que ça ?
Le cadet baissa les yeux sur le flacon de médicaments pour répondre le plus simplement du monde.
- De l'aspirine.
Les épaules de Dean s'affaissèrent légèrement en signe de compassion.
- Tu as encore mal à la tête ?
Voyant qu'il replongeait dans ce silence destructeur, son grand frère insista.
- Sam !
- C'est rien...je t'assure, c'est juste...une accumulation...Je t'assure Dean, t'inquiète pas. Souffla le plus jeune en rangeant la boîte dans la pharmacie.
Il sortit de la salle de bain, évitant toujours soigneusement le regard de son ainé qui le dévisageait avec angoisse.
- Tu n'as pas l'intention de parler de ce qui s'est passé cette nuit je suppose ?
- Tu supposes bien. Confirma Sam depuis la chambre.
Dean le rejoignit, soucieux de le garder à l'oeil, mais ne put s'empécher de lever les yeux au ciel...Ce n'était pas un Winchester pour rien !
Dakota du Sud - Novembre 1983.
Dean se tournait et se retournait dans ce lit qui n'était pas le sien. Il avait bien du mal à trouver le sommeil dans cette maison si immense, si sombre, si glauque. Pourtant, il avait cru comprendre qu'ils allaient y rester pendant un moment. Bobby n'était pas de très bonne compagnie, grognant et bougonnant au moindre son un peu plus haut que les autres, quant à John, il restait le nez plongé dans les bouquins ou disparaissait des heures avec leur hôte, les laissant seuls lui et Sammy.
Justement, l'une des autres raisons pour laquelle il ne trouvait pas le sommeil était que son petit frère avait choisit ce moment pour se mettre à pleurer...En fait, il ne pleurait pas...il criait. Mais il n'était pas le seul...John aussi avait levé la voix sur le bébé, espérant le faire taire en hurlant plus fort que lui. S'en était trop pour le petit garçon qui sauta de son lit pour aller frapper à la porte de son père.
Quand il n'obtint pas de réponse, il se permit d'entrer doucement. Son petit frère était allongé sur le lit pendant que John faisait les cent pas en le suppliant de se taire. Dean décida de l'ignorer et grimpa sur le matelas avec quelques difficulté, son premier geste fut de recouvrir le bébé qui ne devait déjà pas avoir chaud, puis il s'allongea juste à côté, laissant le nourisson serrer un doigt dans sa main.
- Chut...Sammy...
Le dernier-né continua pourtant de pleurer et Dean nota que ce n'était pas de la comédie puisque de véritables larmes coulaient sur ses joues rebondies. John se retourna, complètement à bout.
- J'en ai assez ! J'en ai marre de l'entendre !
- John ! S'exclama la voix rugueuse de Bobby à la porte.
L'ainé sursauta tandis que le bébé se mit à crier de plus belle, appeuré. Singer et John se dévisageaient d'un oeil sévère avant que le premier ne s'écarte, signe qu'il voulait lui parler en privé.
- Occupe toi de lui Dean...Parce que moi j'en peux plus ! Ordonna son père en sortant.
Dean ne lui répondit pas car il avait préféré reporter son attention sur Sammy qui suivait John des yeux en tendant un bras vers lui...Mais ce fut son grand frère qui le lui prit.
- C'est rien Sammy...tout va bien...je suis là...
Mais, sans doute parce qu'il se sentait abandonné par son père, le bébé se mit à pleurer de plus belle. Son ainé était déconcerté...Sam n'avait jamais été aussi bruyant, et les rares fois où il avait une crise de larme, celle-ci était vite consolée par leur mère qui le prenait contre elle en lui...Evidement !
Dean attrapa la misérable peluche qui accompagnait le nourisson depuis la sortie de la clinique et la posa juste à côté de lui, il se rapprocha et commença à fredonner...Il n'avait même pas besoin de réflechir que les paroles lui vinrent toutes seules, il les avait entendu tellement de fois...
If there's a time
You find out you are feeling weak
Lie next to me, I'll hold you to you fall asleep
At any time of day
There's nothing to explain
I'm always on your side
Les pleurs du bébé s'estompèrent pour finalement cesser, il tourna la tête vers son frère, ouvrant de grands yeux curieux. Un sourire illumina son visage tout rond quand son ainé lui en accorda un, instinctivement, Dean retira doucement l'oreille de la vieille peluche que le nourisson avait porté à sa bouche et poursuivit en fredonnant simplement la mélodie. Comme il s'y était attendu, son petit frère ferma les yeux pour s'endormir. D'un doigt, il sécha les larmes qui avaient coulées sur ses joues, et imita ce geste sur lui...Cette chanson, c'était celle de maman...mais plus jamais elle ne leur chanterait...plus jamais elle ne reviendrait. Alors, Dean s'allongea tout près de son petit frère et s'accorda un instant de faiblesse pour pleurer. Pour pleurer sa maman.
Bobby claqua la porte de la cuisine derrière lui avec colère...Il avait beau avoir cette réputation d'ermite bourru, il y avait une chose qu'il ne supportait pas et cette chose, John avait bien faillit la faire.
- Ecoutez je...
- Non vous écoutez ! Le coupa Singer, hors de lui. Je comprends que ce qui vous est arrivé est horrible ! Vous avez perdu votre femme de manière tragique et croyez moi, je vous comprends ! Et je me doute que ce n'est pas facile de se retrouver avec deux enfants sur les bras du jour au lendemain !
John ouvrit la bouche, mais fut interromput d'un geste.
- J'ai pas terminé ! Vous savez quoi ? Vous avez de la chance ! Vous avez deux fils ! Vous n'êtes pas tout seul, vous n'avez pas tout perdu ! Mais ce que je vous ai vu faire tout à l'heure...Mon dieu John !
- Et qu'est-ce que j'ai failli faire ? Demanda le principal interéssé avec un air de défis.
- Vous hurliez sur votre bébé !
- Il refusait de se taire !
- C'est un bébé ! S'exclama alors Bobby, horrifié.
Les deux hommes se dévisagèrent un moment en silence, et SInger reprit avec un peu plus de douceur.
- Vos enfants n'y sont pour rien...ils subissent autant que vous.
- C'est dans sa chambre que ça s'est passé. Souffla soudain John en baissant les yeux.
- Quoi ?
- Cette nuit là...c'est dans sa chambre que tout a commencé...Mary était collée au plafond, juste au dessus de lui...Du sang coulait dans son berceau...Le feu s'est déclaré juste après...toujours au dessus de lui...
Une expression d'effroie passa dans le regard de Bobby.
- Grand Dieu John...vous le rendez responsable !
- Quoi ? Bien sûr que non...
- Bien sûr que si ! Le coupa Singer. Vous ne supportez pas de vous en occuper parce que vous pensez que tout est de sa faute ! Vous pensez que s'il n'avait pas été là, alors Mary, Dean et vous auriez pu avoir une vie normale...
John détourna aussitôt le regard, sentant un profond sentiment de dégoût monter en lui...Comment pouvait-il penser ça ? Alors qu'il avait été le plus heureux des hommes quand on lui avait mis Sam dans les bras pour la première fois...
- Je...Commença t-il.
- Non taisez-vous...Je crois que ça vaut mieux.
Ils restèrent silencieux un moment avant que Bobby ne grogne.
- Allez vous reposez...Vous êtes épuisé...et ça ne vous aidera pas.
John ne répondit pas, mais il obéit malgré tout...Comment était-il tombé si bas ? Comment en était-il arrivé là ? Inconscient du regard de Bobby posé sur lui, il sortit de la cuisine pour remonter dans la chambre.
Singer restait pensif..D'une part parce qu'il se retenait de mettre une bonne droite à cet homme, et de l'autre parce qu'il se sentait le devoir de l'aider. Rejetter la faute sur son fils était normal, horrible, mais ce n'était qu'un mécanisme de défense contre le chagrin. Cependant, il veillerait personellement à ce que ce sentiment passe...John avait deux fils merveilleux, et ils étaient les seuls repères qui lui restaient dans ce monde pourris. Pour une raison qu'il ignorait, Bobby aimait bien cette famille...Le père était brisé, un peu comme il l'avait été après la mort de sa femme, Dean était incroyablement mûr pour son âge, veillant sur son père et son cadet avec attention, quant au bébé, son regard éveillé avait réussit à l'attendrir...il n'osait même pas imaginer ce que ce gosse serait capable de lui faire faire une fois qu'il serait en âge de parler.
