Je m'excuse d'avance pour le passage un peu "cul-cul la praline" entre Sam et Jess...^^ En le relisant ce matin, je me suis aperçue que ce n'était pas vraiment...enfin, disons que c'est quelque peu "nian nian"...

Bonne lecture à tous. :)

White Cloud City, Nevada - Novembre 2005

Dix coups de fils...c'était le dixième coup de fil que Dean passait au garage pour avoir des nouvelles de sa beauté. Malheureusement, on lui avait répondu que l'origine de la panne était encore inconnue et qu'il fallait attendre. Le jeune homme les avait prévenu, avec beaucoup de tact, que si jamais il trouvait une rayure sur la carosserie, il testerait la solidité de la route avec leurs crânes. Le garagiste avait raccroché.

Mais outre le fait de ne pas savoir pourquoi son bébé avait besoin d'être réparée, Dean s'inquiétait aussi pour Sam. Son cauchemar l'avait renfermé dans un silence qui devenait plus que pesant, et le jeune homme avait passé la journée dehors. Heureusement, l'ainé l'avait désormais dans son champ de vision et le surveillait depuis la fenêtre. Il se faisait l'impression d'être un père surveillant son fils, adolescent et turbulent...Sauf que là, c'était bien différent.

Sam était accoudé à la barrière, juste en face de la piscine où jouaient des enfants sous l'oeil attentif de leur parents. Il passa l'après-midi dans la même position, et le soir venu, Dean s'était dit que peut-être, il rentrerait...Mais il n'en fit rien. C'en était trop pour lui, il ne supportait plus de le voir se laisser couler comme ça...Il devait faire quelque chose...même l'engueuler ou le brusquer...mais il ne pouvait pas rester là les bras croisés à attendre.

Il quitta la chambre pour s'approcher de son jeune frère, une bouteille de bière à la main en gage de paix. Par soucis de ne pas le faire sursauter, il s'annonça.

- Hey.

Sans détourner le regard de l'eau, désormais calme, Sam lui répondit du même ton.

- Salut.

Dean lui tendit la boisson, que son cadet accepta. Bon...c'était déjà un premier pas. Un silence s'installa, légèrement troublé par les clapotis de la piscine, Dean se demandait bien par où il pourrait commencer...Ce n'était pas un grand bavard, et il ne savait pas non plus à quelle réaction s'attendre avec le nouveau Sam.

- Tu es resté là toute la journée. Constata l'ainé.

- Je trouve ça reposant.

Pourquoi pas... Sauf que des dizaines d'enfants qui chahutent dans l'eau n'était pas la conception que se faisait Dean du mot "reposant".

- Même avec ces marmots qui hurlaient ?

Une fois encore, il fut satisfait car il parvint à le faire répondre.

- D'abord, ils ne hurlaient pas...Ensuite tu n'as pas idée de ce que des rires d'enfants peuvent apporter.

En fait si...il le savait très bien...Car pendant la période qui avait suivit la mort de leur mère, il s'était enfermé dans une bulle de silence, un peu comme Sam aujourd'hui..Et les seuls moments où il souriait étaient ceux où son petit frère riait. Ces moments étaient si rares.

- Sam je suis désolé...Pour maman...pour papa...Pour Jessica.

Cette fois-ci, il avait gagné, Sam se tourna vers lui et accepta de croiser son regard.

- Pourquoi tu me dis ça ? Tu n'es pas responsable Dean...Au contraire, tu as toujours été là toi...C'est toi qui t'es occupé de moi quand j'étais môme...Tu m'as prit en charge à la place de papa...Et c'est encore toi qui est là aujourd'hui à essayer de...

La fin de sa phrase se perdit dans un mouvement de tête, Sam se détourna, ravalant de nouveaux sanglots. Il émit un profond soupir en reportant toute son attention sur la piscine, désormais vide.

- Il faut que tu me laisses un peu de temps...s'il te plait Dean...Laisse moi un peu de temps pour...pour faire mon deuil.

Dean était resté silencieux, se faisant la réflexion que c'était la première fois qu'il parlait autant de toute la journée... Mais il avait écouté, comme toujours, et après avoir but une gorgée de bière, il approuva d'un ton calme.

- D'accords Sammy...Mais rappelles-toi que même si je ne te le dis pas, je suis toujours là...n'importe quand, tu peux toujours compter sur moi.

Son jeune frère lui accorda un bref sourire de remerciement et replongea dans sa contemplation de l'eau. Dean lui accorda une légère tape sur l'épaule avant de s'éloigner.

- Ne rentre pas trop tard.

Sam resta encore un moment dehors, il était allé s'assoir au bord de l'eau méditant silencieusement. Il n'avait pas entendu les pas derrière lui et sursauta quand on lui adressa la parole.

- Vous aussi vous avez besoin de rester seul ?

Le jeune homme reprit un peu de contenance et dévisagea l'intru, c'était un homme d'une cinquantaine d'année, le visage rouge, les cheveux grisonnants, d'allure plutôt élégante.

- On dirait...

L'homme, qui visiblement avait besoin de parler se confia.

- J'ai appris que ma femme me trompait.

Avait-il une tête d'assitant social ?

- Je suis navré.

Pourquoi devait-il toujours se montrer si gentil avec les gens ? C'était une véritable tare...Dean se moquait souvent de lui pour ça, et là, il comprenait pourquoi.

- Avec mon meilleur ami...Vous voyez..le genre d'histoire très origniale...

L'homme se laissa tomber à côté de lui en soupirant, il avait l'air perdu et déboussolé.

- Elle m'a dit que je l'ennuyais...Et qu'elle préférait James...Mais James est marchand de chaussures ! En quoi est-ce que c'est moins ennuyant qu'un banquier ?

Sam haussa des épaules, ne sachant pas quoi dire. L'intru dû s'en rendre compte, puisqu'il secoua la tête en lui tendant la main.

- Pardon je suis malpoli, je m'appelle Georges.

- Sam. Répondit le jeune homme en lui serra la main.

- Alors Sam...pourquoi êtes-vous assis là à regarder cette eau pleine de chlore ?

Le cadet des Winchester posa les yeux sur la surface de l'eau turquoise...Pour lui ce n'était pas que de "l'eau pleine de chlore", c'était des souvenirs.

- J'ai besoin de faire le point.

- Ah oui ? Et bien moi je l'ai fais le point, je suis un looseur...un banquier médiocre qui n'a pas su garder sa femme, doublé d'un pauvre débile naïf qui a fait confiance à un enf...

Mais Sam n'écoutait déjà plus le pauvre Georges, car les clapotis de l'eau lui permirent de s'isoler dans sa bulle, et de se rappeller.

La fin des cours avait déjà sonné depuis quelques minutes et les couloirs étaient tous bondés d'étudiants en tout genre, jeunes, vieux, riches, moins riches, blancs, noirs...Sam se dénota de la foule car il avait la chance, ou la malchance de faire une tête de plus que tout le monde. Un coup d'oeil à sa montre et il priait déjà pour ne pas être en retard. Sans vérifier s'il y avait quelqu'un derrière, il poussa la porte qui menait aux sous-sols aménagés. Il descendit les escaliers quatres à quatres en commençant à entendre les coups de sifflet de l'entraineur.

Les piscines étaient immenses, dignes de bassins olympiques, Sam se faufila sur le côté, essayant de se faire le plus discret possible. Mais la double charge qu'il avait sur les épaules ne l'aidait pas franchement, puisqu'il avait ses affaires, ainsi que celles de Jessica. Ils avaient prévu de se retrouver, juste après l'entrainement de la jeune femme et de se faire un week-end en amoureux, rien que tous les deux.

L'entraineur siffla la fin de la séance et émit quelques conseils et recommandations pour la prochaine fois. Assis sur les gradins, Sam n'avait de yeux que pour elle, et d'ailleurs, elle lui rendait bien. Le prof de sport s'éloigna, libérant la voie au jeune homme qui s'approcha avec un sourire.

- Et après tu me reproches d'être sans arrêt en retard ?

Toujours dans l'eau, Jessica fit quelques longueurs pour rejoindre le bord.

- J'adore me faire attendre !

Elle se souleva légèrement pour embrasser Sam, sous le regard jaloux des autres filles de l'équipe qui quittèrent le bassin en groupe. Le jeune homme leur jeta un rapide coup d'oeil, avant de reporter son attention sur Jessica.

- Je crois qu'elles me détestent.

- Je crois que c'est plutôt moi qu'elles détestent...Le corrigea t-elle en souriant.

- Non, elles me détestent parce que c'est toi que j'ai choisi. Rectifia Sam en la couvrant d'un regard rempli d'amour.

Elle ne répondit pas, flattée. Le jeune homme attrapa une serviette comme pour être prêt à l'enrouler dedans quand elle sortirait, mais Jess se repoussa du bord avec les pieds.

- Ne m'oblige pas à t'attraper avec la perche ! La menaça Sam réprimant une envie de rire.

- J'aimerais bien voir ça !

Le jeune homme jeta un coup d'oeil à l'objet en question, parfaitement conscient que en plus d'être inutile, ce serait plus que ridicule. Alors, il s'accroupit, adoptant une tactique imparable : ses yeux de chiots battus.

- Et si je te supplie.

- Ah...Alors dans ce cas, je pense qu'on peut envisager quelques négociations.

Jessica se rapprocha du bord et le prit par le col pour lui voler un nouveau baiser, Sam se contenta de lui sourire, bien conscient qu'un piège se préparait...Et il avait raison, sauf que ce n'était pas ce à quoi il s'était attendu. La jeune femme le tira brusquement, le faisant basculer vers l'avant, la tête la première dans l'eau, Sam poussa une exclamation de surprise aussitôt suivit d'un grand 'plouf'.

Il revint à la surface en reprenant bruyament sa respiration sous les éclats de rires de Jessica qui passa ses bras autour de son cou. Sam l'enlassa tendrement en riant à son tour.

- Et maintenant on va mettre encore plus de temps à se changer !

- Oh je suis sincèrement confuse...je n'ai pas fais exprès...Bredouilla la jeune fille en le dévorant des yeux.

Sam hôcha la tête dans un geste qui disait " mais oui, bien sûr", il lui vola à son tour un baiser. La porte du gymnase claqua, laissant apparaître le concierge, connu pour sa méprise de la jeunesse.

- Il y a quelqu'un ?

Soucieux de ne pas être prit par cette vieille chouette, Sam et Jess se rapprochèrent du bord, la bouche en coeur, étouffant leurs éclats de rire en embrassant l'autre. Un nouveau claquement de porte, et le vieux gardien était parti.

- Tu es complètement folle ! S'exclama le jeune homme, hilare.

- Oh non...c'est toi qui a une mauvaise influence sur moi...

Sam éclata de rire, faisant sourire Jessica qui le dévorait des yeux, elle ne devait pas avoir tellement l'habitude de le voir si heureux. Doucement, elle retrouva son sérieux pour passer une main dans ses cheveux trempés.

- Tu devrais sourire plus souvent Sam.

Aussitôt les rires du jeune homme s'estompèrent et il essaya de reprendre une respiration plus normale. Il ne lui répondit pas, trop occupé à la contempler.

- Je t'aime Jess.

Cette fois, ce fut à son tour de sourire.

- Moi aussi Sam...moi aussi.

Ce fut une légère bourrasque de vent qui fit revenir le jeune homme à lui...Il s'aperçut que Georges à côté de lui s'était tu, peut-être vexé qu'il ne lui prête pas la moindre attention. Jessica...Voilà ce que lui rappellait les clapotis de cette "eau pleine de chlore"...Le bohneur qu'ils avaient eu tous les deux...un de ses courts instants qui marquent une vie à jamais. Sam sentit de nouveau un noeud se former dans sa gorge tellement ce souvenir d'un tel moment lui fut douloureux...Jess était si jolie, elle était si jeune, si intelligente, si heureuse, elle avait la vie devant elle...ils avaient leurs vies devant eux...ensemble. S'il avait pu la ramener en mourrant dix fois, il l'aurait fait sans hésiter, mais il était un Winchester...Et un Winchester devait apprendre à vivre avec ses peines et sa douleur.

- De la connerie tout ça. Murmura la voix à côté de lui.

Pendant un instant, Sam pensait qu'il s'agissait d'une hallucination...Mais il se rendit compte que c'était Georges qui parlait...Ce dernier s'était légèrement détourné, les épaules affaissées...L'air beaucoup plus misérable que tout à l'heure. Le jeune homme y prêta plus attention et nota qu'il tremblait légèrement.

- Eh Georges...ça va ?

L'autre ne lui répondit pas, comme inconscient de sa présence.

- Georges ?

- Non...j'en ai marre. Souffla finalement l'homme en se mettant debout.

Ce fut seulement à ce moment que Sam vit qu'il tenait un revolver dans sa main gauche.

Dean avait d'abord prit une douche, puis il s'était allongé sur le lit, tapotant ses doigts sur le matelas, espérant que ça fasse revenir son frère plus vite. Et maintenant, il faisait les cent pas dans la chambre. Sans qu'il ne sache pourquoi, un noeud s'était formé au creu de son estomac...C'était la sensation qu'il avait quand il avait un mauvais pressentiment... Soudain, il entendit son frère crier, tandis que retentit, une seconde plus tard, un coup de feu. La panique faillit lui faire perdre la tête et il se précipita hors de la chambre, haletant. Il courut vers la piscine en remarquant avec horreur qu'un corps ensanglanté flottait dans l'eau.

- Sam !

Il sauta par dessus la barrière, sans se rendre compte que tous les occupants du motel étaient aussi ressortis, les mines paniqués. Dean s'accorda le droit de respirer quand il vit que son petit frère se tenait debout, au bord de l'eau.

- Sam ! Répetta t-il en courant vers lui.

Des cris et des "oh mon dieu" retentirent derrière lui quand les gens virent le cadavre flotter à la surface de l'eau. Mais l'ainé n'y prêta pas la moindre attention, il se précipitait vers son frère qui était là, immobile. Alors, il arriva à sa hauteur, il le prit par les épaules et commença à l'inspecter du regard, comme pour être sûr qu'il n'était pas touché.

- Sam ! Sammy ? Tu vas bien ? Tu n'es pas blessé ?

Mais Sam ne lui répondit pas, il était comme figé. Dean lui prit le visage dans les mains pour essayer de le sortir de cet état de choc.

- Sammy ! Parle-moi Sammy ! Qu'est-ce qui s'est passé ?

Toujours rien. L'ainé se fit plus ferme.

- Qu'est-ce qui s'est passé Sam ?

Des gens arrivèrent alors sur les lieux de l'accident, dont le gérant du motel qui se tourna vers quelqu'un lui demandant d'appeller le shérif. Il tourna la tête vers les deux frères et s'avança vers eux d'un pas paniqué.

- Mais bon Dieu que s'est-il passé ? Qu'est-ce que vous lui avez fait ?

Dean le repoussa d'un regard.

- Foutez-lui la paix !

Abasourdis, et surtout appeuré par son ton, le proprio recula. L'ainé entraina son petit frère un peu à l'écart pour l'aider à s'assoir, il lui tourna le visage vers lui et reprit d'une voix douce.

- Regarde-moi Sammy...Dis-moi ce qui s'est passé.

Alors le jeune homme cilla, signe qu'il revenait peu à peu à lui. Il ouvrit la bouche une ou deux fois sans qu'un mot n'en sorte avant de réussir à murmurer quelque chose.

- Il...il s'est tiré...il s'est tiré dessus...

- Il s'est suicidé ?

Sam hôcha la tête en signe de négation et Dean fronça des sourcils...Ben, s'il s'était tiré dessus, il s'était donc suicidé...

- Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire Sam, je ne comprends rien...

- Dean...il...il n'était pas lui-même...Ses yeux...il...il rêvait.

L'ainé ouvrit la bouche, mais cette fois, ce fut lui qui se retrouva à court de mot...Un somnambule qui se tuait à cause d'un rêve ? Bizarre...Peut-être même un peu trop...

Dakota du Sud - Novembre 1983.

Lorque Dean descendit dans la cuisine le lendemain matin, il ne fut pas très étonné de n'y trouver personne. John était dans le salon, le nez toujours plongé dans les bouquins, Bobby était Dieu sait où dans la maison. Le petit garçon se permit d'aller déranger son père, car il était inquiet...

- Papa ? Où est Sammy ?

John ne prit même pas la peine de le regarder et lui répondit d'un ton distrait.

- Bobby m'a proposé de s'en occuper un peu aujourd'hui.

L'enfant cilla, ce vieux grincheux n'avait pas l'air très à l'aise en face d'un bébé...il ferait mieux d'aller vérifier que tout allait bien. Il prit la direction des escaliers, mais fut interpellé par son père, qui venait soudain de se rendre compte de sa présence.

- Attends Dean ! Viens là une seconde.

Le petit garçon trottina jusqu'à son père, ni inquiet, ni content, il était juste curieux. John le souleva sous les bras pour le poser sur ses genoux.

- Ecoute Dean...Je sais que c'est bizarre ce qui se passe en ce moment. Que moi, je suis bizarre...Qu'habiter ici est bizarre...Mais je veux que tu comprennes pourquoi je fais ça.

- Tu veux retrouver la chose qui a tué maman. Murmura le gamin pour bien lui montrer qu'il n'était pas idiot.

- Exactement...Et pour ça on va devoir faire des efforts...Tous de notre côté. Je vais être obligé d'être moins présent pour vous, et dans un certain sens, je ne serai plus ce papa que tu as eu pendant quatre ans...Tu comprends ?

Dean hésita, et lui fit signe que oui, même si en réalité, il ne comprenait absolument rien. John lui ébouriffa les cheveux avec affection avant de le repousser gentiment.

- Aller...va surveiller Bobby.

Le petit garçon partit en galopant même s'il n'avait pas encore très bien vu où son père voulait en venir, l'âge et les épreuves le forceraient à comprendre.

La porte de la chambre dans laquelle était Sam était ouverte, et Dean put y distinguer la silhouette de Bobby, debout près du berceau. L'enfant s'approcha doucement soucieux de ne pas surprendre le vieux bougon qui tenait le bébé à bout de bras, le berçant et lui parlant comme s'il en était complètement 'gaga'.

Dean ne put s'empécher de sourire en voyant la tête de son petit frère qui regardait Bobby avec une grande inquiétude. Finalement, le nourisson aperçut son ainé et tendit les bras vers lui en gazouillant quelque chose d'indistint. Singer tourna la tête et cessa aussitôt de parler le 'tonton poule'.

- Oh...tu es là...

L'enfant resta muet, pourtant une furieuse envie de rire le prenait...Mais il devait lutter, Mr Singer n'apprécierait sûrement pas qu'il se moque de lui.

- Je...Euh...j'avais cru l'entendre pleurer...

- C'est l'heure de lui donner à manger. Se contenta de répondre Dean avec neutralité. Il aimait bien Bobby, mais il devait bien avouer aussi qu'il ne le connaissait pas encore suffisament, et maman lui avait toujours dit de se méfier des étrangers.

- Oui...euh, et bien il y a ce qu'il faut dans la cuisine.

Singer enveloppa Sam dans quelques couvertures, avec énormément de soin, et prit la main de Dean pour ne pas qu'il prenne les escaliers tout seul. Une fois dans la cuisine, l'ainé l'observa se débattre, entre tenir le bébé d'un bras, et préparer son repas de l'autre.

- Bon sang...Comment est-ce que ta maman faisait ?

En fait...Maman était bien plus organisée que lui...Elle déposait Sammy dans sa chaise haute en attendant de préparer le biberon. Dean tira doucement sur la veste du chasseur et tendit les bras pour qu'il lui donne son petit frère. Bobby le déposa doucement contre lui et poussa un soupir de soulagement quand il s'aperçut que deux mains libres étaient bien plus pratique pour faire tout ce qu'il avait à faire.

Soudain, un des nombreux téléphones, que Dean avaient vu accrochés dans la cuisine, se mit à sonner. Singer poussa un juron avant de décrocher, inconscient d'être écouté attentivement par l'enfant.

- Quoi ? Oui c'est moi...

Il marqua une pause avant de vérifier que le lait était bien chaud.

- Tu es vraiment un débile Trevor !

Il tendit le biberon à Dean qui s'occupa de nourrir son petit frère.

- De toute façon tu ne pourrais pas reconnaître un fantôme, même s'il te suivait avec une pancarte sur laquelle est écrit " tues moi, je m'appelle casper" !

Les yeux du bébé passèrent de son ainé à ce vieux raleur et Dean lui accorda un léger sourire pour ne pas qu'il s'inquiète.

- C'est la dernière fois espèce de sale enf...

- Bobby !

John venait d'apparaître dans la cuisine, un livre ouvert à la main.

- Euh...oui ?

- Je viens de tomber sur un drôle d'article dans le journal...une affaire louche à quelques kilomètres d'ici...Un incendie se serait déclaré dans une maison...Sans explication logique...

Singer accorda un bref regard aux enfants avant de s'éloigner dans le salon avec John. Dean n'entendit que quelques mots comme "pas prêt", "préfère aller sur le terrain", "tête de mule", "vieux râleur"...Les babillages de son petit frère qui tendait des mains désespérées vers le biberon, que son ainé avait éloigné sans s'en rendre compte, le firent revenir à lui.

Le reste de la journée fut aussi calme...Bobby et John passèrent en coup de vent, si bien qu'une fois que Sammy se fut endormis, Dean se retrouva à tourner en rond dans sa chambre en s'ennuyant fermement. Peut-être par réflexe, il s'approcha du berceau du son cadet pour vérifier que son sommeil était paisible. Il se rappellait la toute première fois qu'il l'avait vu...à la clinique...la plupart des enfants ont un mouvement de rejet, de jalousie envers ce nouvel arrivant dans la famille. Mais pas lui...il avait été si heureux d'avoir un petit frère.

Lawrence, Kansas - 3 mai 1983.

Un petit "ding" annonça l'arrivée de l'ascenceur, et la cohue qui se tenait dans cette petite boîte se précipita dehors. Beaucoup d'entre eux avaient d'énormes bouquets de fleurs leur cachant le visage, d'autres, souvent de grosses mamies, pleuraient tellement qu'elles en était devenues effrayantes. Dean serra la main de son père, qui l'avait réveillé tôt ce matin en lui disant :

- Tu veux aller voir maman et ton petit frère ?

L'enfant avait acquiescé, ravi de connaître cette petite chose pour qui John avait aménagé une pièce de la maison avec le plus grand soin. Les murs étaient tous de couleurs pastelles, certains avec de jolies dessins peints dessus. Son père le guida à travers de dédale de couloirs sans fin pour finalement s'arrêter devant une porte. Il cogna doucement et la poussa.

Mary était assise sur le lit, berçant doucement le nouveau-né, bien enfouit dans un amas de couvertures. Son fils entra dans la chambre, en se faisant toujours la même réflexion sur sa maman qu'il trouvait tout simplement la plus belle du monde.

- Dean ! Souffla Mary, le visage comblé de joie. Oh mon grand, comme je suis contente !

Elle lui tendit une main, lui faisant signe de la rejoindre. Un peu intimidé de se retrouver dans un hôpital, Dean s'avança doucement...Mais surtout, il avait remarqué que maman tenait quelque chose avec beaucoup de soin. Il se sentit soulever par son père qui le déposa sur le lit, près de sa mère.

- Tu veux voir ton petit frère ?

Dean hôcha la tête en se penchant déjà légèrement en avant, Mary dégagea un peu les couvertures pour dévoiler le visage du nouveau-né. Derrière l'ainé, John le regardait avec un sourire, curieux de voir sa réaction.

- Dean...voici ton petit frère...Sam.

L'enfant resta neutre pendant une seconde, ne sachant pas trop quoi penser de cette petite chose...Puis, 'cette petite chose' bougea doucement, s'étirant avec un léger baillement. Mary leva les yeux vers Dean qui s'était mis à sourire, il tendit la main pour rencontre celle du nouveau-né qui se referma automatiquement sur la sienne.

- Bonjour Sammy...

Dean se permit d'émettre un profond soupir en y repensant...Sa maman lui manquait...mais son papa aussi...Son petit frère avait ouvert les yeux depuis cinq bonnes minutes, le contemplant avec admiration. Il avait l'air si éveillé, si conscient de tout ce qui l'entourait, l'ainé ne savait pas si c'était normal, mais il était sûr d'une chose : son cadet aurait l'esprit vif, ça se voyait déjà...