N'étant pas là demain, je vous poste d'avance le chapitre suivant...Enjoy ;-)

White Cloud City, Nevada - Novembre 2005

D'un accord commun, les deux garçons décidèrent de forcer le bureau du Dr Roberts dès le lendemain pour fouiller ses dossiers. Le médecin était soit disant en déplacement, et la secrétaire avait été envoyée pour un rendez-voux factice avec Dean. Les frères, en professionels qu'ils étaient crochetèrent les serrures sans laisser la moindre trace et commencèrent à éplucher les dossiers. Au bout d'une heure, le plus jeune soupira.

- Il n'y a absolument rien qui l'incrimine...il doit avoir planqué ça ailleurs...

- Ouai sûrement..Approuva son frère, une lampe torche à la main.

Mais où dans ce cas ? Et d'abord, Sam n'était même pas sûr de savoir ce qu'ils cherchaient. Un coup d'oeil à la pharmacie ne l'aida pas d'avantage, d'autant que rien de suspect ne semblait s'y trouver.

- Dean la secrétaire va bientôt revenir...On ferait mieux d'y aller...

Une fois encore, l'ainé aquiesca bien qu'il paraissait aussi déçu que son frère de n'avoir rien trouvé. Les deux chasseurs sortirent incognito du cabinet pour rentrer au motel.

L'après midi fut éprouvant pour Dean qui dû subir les mouvements d'humeur du plus jeune...Ses mouvements d'humeur simplement, car Sam avait décidé de rester obstinément silencieux. Il était donc en train de faire les cent pas, se pinçant l'arrête du nez en soupirant toutes les trentes secondes.

- Arrête Sam. Finit par soupirer son grand frère qui n'en pouvait plus.

ll n'obtint aucune réponse, ce qui n'était pas très étonnant vu l'état d'énervement de son cadet.

- Sam je te jure qu'on va trouver ce qui se passe ici !

- Oui mais quand ? Quand quelqu'un d'autre sera mort ? S'exclama Sam en retrouvant miraculeusement l'usage de la parole.

Dean jura intérieurement, il aurait du se douter que son frère se sentirait responsable de ce qui pourrait se passer durant ce laps de temps. Il le faisait toujours.

- Ou alors on va chez lui, et on l'empèche de faire du mal à d'autres personnes...Suggéra le cadet comme s'il se parlait à lui même.

Cette proposition suffit à faire relever la tête de son grand fère qui le détailla avec une inquiétude notable.

- Non attends tu plaisantais là ?

- C'est un meurtrier Dean ! S'emporta le plus jeune comme si c'était une raison suffisante. Il tue, on le tue point à la ligne !

Sans même s'en rendre compte, Dean s'était levé pour venir faire face à son cadet qui le dévisagea d'un air un peu fou.

- J'en ai assez entendu là...Mais qu'est-ce qu'il te prends d'un seul coup de vouloir tuer un être humain Sam ?

La machoire de ce dernier se contracta rapidement, il répondit dans un souffle.

- Je suis sûr que leurs proches aimeraient que justice soit faite.

- On est toujours en train de parler des victimes là ? Demanda Dean doucement.

Son frère détourna subitement le regard en s'éloignant de quelques pas, une attitude qu'il adoptait de plus en plus souvent...un peu trop souvent même au goût de son ainé.

- Tu crois que je ne vois rien Sam ? Tu crois que je ne vois pas que tu mens jour après jour ? Que tu te mens à toi-même ?

- Comment ça ?

Dean fit un pas vers lui, mouvement aussitôt immité dans le sens inverse par le plus jeune.

- Tu veux me faire croire le contraire Sam, mais je vois que tu ne vas pas bien...Je vois que tu laisses cette colère te bouffer doucement.

Une vague de mépris passa dans le regard de Sam qui répliqua d'un ton tranchant.

- Non tu ne sais rien.

- Je t'entends tu sais. S'exclama Dean alors que le plus jeune cherchait à s'enfermer dans la salle de bain.

Comprenant qu'il avait attiré son attention, il reprit.

- La nuit...je t'entends étouffer tes cauchemars dans l'oreiller...Je te vois quand tu regardes ton téléphone, croyant qu'elle va t'appeller...Je te vois tous les jours Sammy, je te connais par coeur...je sais que ça ne va pas...

Sam fronça des sourcils, comme s'il ne comprenait pas. Mais au moment où il voulu protester, un cri effroyable les fit tous les deux sursauter.

En une seconde, les deux frères étaient dehors et se dirigeait vers la chambre au bout du couloir, là d'où avait été poussé le hurlement. Dean ouvrit la porte...non, fracassa, serait plus exacte, et se fit bousculer par une jeune fille qui s'enfuit en courant, les mains devant la bouche, horrifiée. Sam arriva juste derrière et se stoppa net quand il se cogna contre son ainé qui s'était également arrêté. Là, au beau milieu de la chambre, pendait un homme, une corde autour du cou, le visage violacé par le manque d'oxygène.

L'ainé se tourna vers son jeune frère qui avait remarqué quelque chose par terre. Il s'avança doucement pour prendre un petit bout de papier qu'il lut dans sa tête. Dean remarqua son expression changer, il soupira et quitta la pièce avec mauvaise humeur.

- Encore un suicide...

Le plus âgé des deux resta là un moment, à observer l'ensemble de la pièce...Oui, ça ressemblait à un suicide...Sauf que pour en être au troisième en si peu de temps, ce n'était pas aussi simple que ça !

L'ainé, malgré ses réticences, dû rester jusqu'à l'arrivée de la police une heure plus tard. Il ne leur apporta que quelques réponses vagues, dissimulant au mieux ses mensonges sous des sourires insolents qui fonctionnèrent à merveille. Il réussit même à dégoter quelques infos sur la victime : Jim Smiths était un dentiste de 35 ans, célibataire, sans enfants, sans histoire avec la justice...Pourtant, à la suite de la mort de sa mère l'année dernière, il avait dû suivre une thérapie..Avec le Dr Roberts. Ce nom réapparaissait trop de fois pour que ce soit une simple coïncidence...D'une manière ou d'une autre, ce médecin les approchait pendant une période où ils étaient faibles, et encore une fois, d'une manière ou d'une autre, il incitait ces personnes à se donner la mort. Mais pourquoi ? Et dans quel but ? Un démon pourrait faire ça pour le plaisir, mais il avait testé l'eau bénite sur lui, sans effet...Pas de trace d'EMF dans son cabinet...Donc la seule explication, logique et peu rassurante, était que Roberts était humain...

C'est avec toutes ces questions en tête que Dean retourna dans la chambre, deux heures après avoir découvert le corps. Il poussa la porte et constata que tout était éteind, Sam devait dormir. Il jeta un rapide coup d'oeil sur son lit pour vérifier que son sommeil était calme, mais celui-ci était défait, sans personne à l'intérieur.

- Sam ?

A peine l'avait-il appellé qu'il aperçut sa silhouette, assis contre le rebord de la fenêtre.

- Sammy ? Tenta t-il plus doucement.

Comme s'il venait de se rendre compte de sa présence, le jeune homme se retourna vers lui, et l'accueillit, un peu trop joyeusement.

- Oh ! Dean ! Mais oui...c'est toi !

L'ainé fronça des sourcils sans vraiment comprendre l'attitude de Sam qui posa une main sur son épaule, un sourire hilare sur le visage.

- Ils l'ont décroché ?

Ce fut seulement à ce moment que Dean nota la bouteille vide que tenait son petit frère dans la main droite.

- Oh non...Ne me dis pas que tu as bu ?

- Ben si ! Tu aurais voulu que je t'attende ?

Un "hic" caractéristique l'empécha de finir sa phrase et il se rasseya sur le rebord de la fenêtre, posant un regard ahuri sur la rue. Dean ne put s'empécher de soupirer...Sam ne buvait que rarement, et pour cause, il ne supportait pas bien l'alcool...

- Sam...Pourquoi tu fais ça ?

- Pourquoi ? Tu me demandes ? Mais regarde nous Dean ! On est inutiles...On ne sauve personne ! S'exclama le jeune homme en essayant de se lever.

Mais un Sam ivre était un Sam qui ne tenait pas debout et son ainé le rattrapa de justesse alors qu'il vacillait.

- T'es vraiment un ivrogne...Répliqua Dean sans avoir réellement l'intention de se moquer...

Il soutint son frère jusqu'au lit et l'y allongea sans que le plus jeune ne puisse opposer la moindre résistance.

- Qu'est-ce que tu fais ? Gémit-il alors qu'il n'avait plus son ainé dans son champ de vision.

- Tu ne vas pas dormir avec tes chaussures si ? Lui répliqua Dean avec une tendresse qu'il ne contrôllait pas.

Il rabattit une couverture sur lui avant que Sam ne lui attrape la veste en lui lançant un de ses regards de chiots battu.

- Pourquoi faut-il que tout le monde meure ? Pourquoi fallait-il qu'elle meure ? Pourquoi est-ce que cette chose ne m'a pas prit à sa place ?

D'habitude ironique et pleins de sarcasmes, Dean ne put pourtant pas faire appel à de tels sentiments à ce moment. Le chagrin et l'incompréhension qu'il voyait dans les yeux de Sam le poussèrent à reprendre son rôle de frère protecteur. Il lui fit lâcher doucement sa veste passa une main dans ses cheveux, comme il le faisait quand il était plus jeune.

- Je sais pas Sammy...je n'ai pas de réponse...

Son cadet reposa la tête sur l'oreiller, murmurant d'une voix tremblante.

- Je l'aimais tellement...Et il me l'a prit...il me l'a prit...on s'aimait...et il me l'a...me l'a prit...

Dean s'accroupit près de lui, l'observant le coeur lourd alors que déjà, il fermait les yeux pour s'endormir. Il n'avait pas de réponse pour lui...Mais il avait une promesse, la promesse qu'il ferait tout pour faire payer ce démon pour ce qu'il leur avait fait à tous.

Dakota du Sud - Février 1984.

Désormais, les deux garçons ne furent gardés que par Bobby, ou par le père Jim. Plus de voisines en robes à poids jaunes ! Dean ne s'était pas montré très troublé par sa première rencontre avec un être démoniaque, à la grande fierté de John qui ne cessait de le féliciter pour son courage. L'enfant ne comprenait pas en quoi il méritait des félicitations car la seule chose qui l'avait marqué de son altercation avec la sorcière, était le fait qu'il l'avait trouvé dégoutante. Son père s'éclipsa quelques jours plus tard en compagnie de Caleb pour une nouvelle mission dont l'enfant ne savait rien. Mais peu lui importait pour le moment, il avait mieux à faire de son côté.

Le temps était froid en cette fin de mois de janvier, si froid qu'il ne tarda pas à tomber de la neige. Les carcasses de voitures en furent bientôt recouvertes et le jardin devint tout blanc, terrain de jeu idéal pour des enfants.

Dean avait tout prévu : Il se leva, prit son bain, son petit-déjeuner et s'habilla. Une heure plus tard, il fit la même chose avec son petit frère et lui enfila des vêtements bien chauds. Le dernier-né le regardait avec un sourire alors qu'il lui enfonçait doucement un bonnet sur la tête.

- Papa a dit non...Mais oncle Bobby a dit qu'on pouvait exceptionellement.

Le bébé applaudit en rigolant, il n'avait probablement pas comprit ce que venait de lui dire son ainé, mais Dean était persuadé du contraire. Il lui glissa ses petites mains dans les mouffles et appella Bobby pour qu'il vienne l'aider à le descendre.

Dès qu'ils ouvrirent la porte, le froid leur giffla leurs joues peu habituées à une telle température. L'enfant porta son petit frère et posa un premier pied dans la neige. Il s'enfonça dans le jardin sous le regard protecteur de Bobby qui les surveillait discrètement.

Sam se mit à babiller quelque chose, mais Dean comprit tout de suite que lui aussi voulait marcher dans cette substance qu'il ne connaissait pas. Alors, l'ainé le posa doucement à terre, lui prenant les mains pour qu'il puisse se maintenir debout. Le plus jeune amorçait déjà quelques mouvements qui montraient qu'il marcherait de lui-même très bientôt, Dean l'y encourageait d'ailleurs, le soutenant au mieux, l'empéchant toujours de tomber car il ne supportait pas les pleurs du bébé.

Finalement, Sam glissa et tomba sur les fesses, répendant un peu de poudreuse sur lui. Mais au lieu d'éclater en sanglots, il éclata de rire, rire qui se propagea jusqu'à son frère qui se mit à genoux devant lui.

Depuis le porche, Bobby observait la scène, la gorge nouée. C'était ce genre de scène qu'un père aurait souhaité voir, pourtant, John n'était pas là...Pas là pour voir son dernier né découvrir les joies de la neige, pas là pour voir son ainé rire comme il lui arrivait de le faire trop peu souvent, pas là pour les voir s'amuser tous les deux comme jamais ils n'auraient l'occasion de le faire dans un avenir lointain. Alors, discrètement, Bobby prit quelques photos. C'était devenu une habitude pour lui, d'immortaliser ces quelques moments de quotidien des fils Winchester. Il aimait ces enfants...il tenait à eux plus qu'il n'osait encore se l'avouer, et il avait bien conscience que la vie qui leur était réservée n'allait pas être facile. Alors oui, il s'abaissait à ce genre de moments de sentimentalisme qui le faisaient frémir d'habitude, mais il savait aussi que ce seraient des souvenirs qui compteraient pour lui, comme pour John, et comme pour Dean et Sam quand ils seront grands.

Au bout d'une heure, Bobby se pointa pour demander à Dean de rentrer car il commençait à faire froid. Le petit garçon obéit, comme il le faisait toujours, et trottina jusqu'à la porte où il s'essuya les pieds, sachant qu'il risquait de déclancher les grognements de mauvais humeur d'un chasseur.

- Va te changer j'ai fais un feu de cheminée.

L'enfant emmena son frère à l'étage, et une fois qu'ils furent tous les deux changés et bien secs, il le déposa dans le canapé et vint s'assoir à côté de lui, l'album photo dans les mains. Comme toujours, il lui montra celle de Mary en lui précisant bien que c'était sa maman, leur maman. Son petit frère s'émerveilla pendant quelques minutes avant de bailler en clignant des yeux. Bobby apparut alors dans le salon, un plateau à la main.

- Viens là gamin...je veux t'apprendre quelque chose.

Le chasseur s'assit par terre, entre le feu de cheminée et le canapé et déposa un échiquier au sol. Intrigué, Dean déposa un baiser sur le sommet du crâne de son petit frère, lui donna la vieille peluche rapiécée et rejoignit Bobby. Le dernier né fourra son pouce dans sa bouche, enlassant son malheureux doudou contre lui, mais continuait néamnoins à les observer calmement.

- Qu'est-ce que c'est ? Demanda l'ainé intrigué.

- Ca mon grand...C'est un jeu d'échec...ça forme l'esprit et surtout, ça va t'apprendre à devenir un fin stratège.

- Un quoi ?

- Devenir plus intelligent que les méchants.

Dean pensa que de toute façon, pour être méchant il fallait être bête, mais il s'abstint de formuler sa réflexion à voix haute.

L'enseignement des règles fut bien plus rapide que Bobby ne l'avait prévu, Dean ne parlait pas beaucoup, mais ce n'était pas pour ça qu'il n'était pas intelligent...Au contraire, ce gosse était plein de ressources et il avait une capacité de raisonnement assez rare pour un enfant de cinq ans.

- Et bien...je pense que d'ici quelque temps, tu vas me donner du fil à retordre !

Le petit garçon dissimula un sourire satisfait et reporta son attention sur son fou, en bonne position pour voler la reine. Une fois la pièce prise, Bobby poussa un soupir dépité et sur le canapé, Sam se mit à taper des mains, en réponse au sourire complice de son frère.

- Vous allez me plumer tous les deux !

Cette fois, Dean éclata de rire, oubliant momentanément cette peine qui ne le quittait plus. Il avait l'impression que rien n'était arrivé, qu'oncle Bobby était un ami de longue date qui leur rendait visite et que son père et sa mère étaient dans la cuisine en train de préparer le repas.

- Bravo gamin...Je suis fier de toi ! S'exclama Singer en lui ébouriffant les cheveux avec affection.

- 'Ean !

D'abord surpris, Dean et Bobby mirent un temps à comprendre que ce petit cri de joie n'avait été produit par aucun d'entre eux. D'un même mouvement ils tournèrent la tête vers Sam qui s'agitait en tendant ses bras vers son ainé, hilare, il répetta.

- 'ean !

Son grand frère se leva pour le rejoindre, le visage illuminé d'une fierté qu'il ne pouvait dissimuler. Toujours assis, Bobby était resté bouche-bée.

- Oh...ben ça alors...Murmura t-il, soufflé.

- C'est bien mon Sammy ! Je suis fier de toi ! Déclara Dean en soulevant son petit frère à bout de bras qui continuait de rire.

Son grand frère finit par le prendre contre lui, l'embrassa sur le front et se mit à jouer avec la main de son cadet qui se refermait maladroitement sur la sienne. Sammy venait de dire son tout premier mot ! Son petit frère parlait ! Dean tourna la tête vers Bobby qui renifla bruyament avant de faire comme s'il n'avait pas pleuré.

C'était précisément ce genre de moment auquel il pensait tout à l'heure...Ce genre de moment où l'absence d'un père se fait ressentir.