Ah que chuis fatiguée... mais bon, le devoir m'appelle, je dois poster avant de dodoer! (Je sens que je résisterai pas à un peu de Guilty Gear avant, non plus... pourquoi suis-je si faible? XD)
Petite mention de proto-AVALANCHE ici, c'est bien celle de Before Crisis, qui est complètement différente de celle du jeu original, avec Sears, Elfey et Fuhito... pas confondre... si j'avais eu plus d'infos à ce sujet, j'aurais mis plus d'implication de ces persos dans le récit, mais c'était difficile... Tant pis, quand j'irai au Japon je me prendrai un keitai trop cher avec le jeu dessus, gneh. Je comprendrai pas plus, mais je serai heureuse. Et ruinée. Pas comme si ça allait faire changement.
Bonne lecture! Merci spécial à Yukira Shiroi pour la lecture assidue!
Le temps passa, plus rapidement que jamais. À peine guéri de ma séance de torture – heureusement, je n'en ai pas gardé de marque – j'enfilai mission après mission. La révolte couvait dans le monde et il fallait l'écraser proprement. Je n'ai jamais vraiment aimé l'ordre, mais je sais bien qu'il en faut un. Et je sais aussi que quand il y a un ordre, il y a des gens qui se dressent contre cet ordre. Même un crétin sans éducation comme moi peut comprendre ça. C'est pour ça que je pouvais me battre contre AVALANCHE sans regrets ni remords.
À ce moment-là, j'ai eu droit à une sorte de trêve avec Shotgun. J'avais appris, en sortant avec Reno et Rude à nouveau, qu'elle m'avait suivi de loin depuis le début, justement pour me protéger de mon ancien gang. Personne ne lui avait demandé, pas même Verdot. Elle l'avait juste fait, tout simplement, parce que mon bureau était en face du sien et qu'elle se sentait responsable et qu'elle était « comme ça ». Reno ne s'est jamais donné la peine de m'expliquer comment, en fait.
Alors il y avait cette trêve, qui ne semblait être une sorte de saut dans le temps. Le malaise me gagnait à chaque fois qu'elle s'asseyait en face de moi sans rien me dire ni rien me lancer par la tête. Je n'aurais pas été jusqu'à dire que cela me manquait, mais ce malaise restait, toujours. Je n'arrivais pas non plus à briser le silence, comme si, après avoir autant crié sur elle, tous les mots s'étaient épuisés. Durant des semaines, je ne suis parvenu à lui dire que quelques mots, et seulement en mission, par nécessité.
Elle avait arrêté de me harceler, mais les choses allaient-elles vraiment mieux ?
Au bout de quelques semaines, un nouveau Turk fut engagé, un petit mignon, un gosse de riche nommé Raphaël. Il me semblait un peu hors du monde, comme s'il n'était jamais sorti de chez lui, mais il était gentil et doux plutôt que simplement timide. Par contre, j'ai été assez fâché que LUI ait droit à une fête de bienvenue. C'était la première fois depuis des mois où, par hasard, tous les Turks étaient libres et à Midgar. Un miracle.
-Quand même, lâchai-je après avoir avalé ma première bière, vous auriez pu m'organiser un petit quelque chose !
-Bah, tu vois bien, lança soudainement Shotgun qui avait déjà aligné plusieurs shooters à une vitesse fulgurante, c'est parce que personne t'aime, on a pas besoin de te souhaiter la bienvenue, tu l'es pas.
-QUOI ?
J'allais répliquer, mais tout le monde avait éclaté de rire et je me suis dit qu'il valait mieux prendre ça comme une mauvaise blague.
La soirée resta brillante, pleine de rires et d'alcool. Avec Danny, Cissnei et Reno, j'ai pu fêter dignement, en fait sans raison, pas vraiment pour Raphaël, plutôt parce que j'aimais la fête, la boisson. J'ai fait danser Cissnei et Lydia ; la piste était presque déserte, mais c'était plus drôle ainsi.
Lorsque je revins à ma place, à bout de souffle, Reno me pointa Shotgun en me disant à l'oreille :
-Yo, fais-la aussi danser, on dirait qu'elle attend que ça !
Je jetai un regard en direction de Shotgun qui détourna aussitôt le regard et se mit à parler vivement avec Cheny, qui était aussi sérieuse et renfermée que d'habitude.
-T'as qu'à y aller, toi ! répondis-je.
-C'est pas comme si j'en avais pas l'habitude, répliqua-t-il, mais c'est toi qu'elle veut, ce soir.
-J'en doute !
-Tu sais pas ce que tu manques ! lâcha-t-il en se levant, allant inviter Shotgun à danser.
En effet, on aurait dit des pros. Il y avait entre eux une telle complicité, une telle fraternité que, malgré tout, j'ai su que je ne voulais pas inviter Shotgun à danser. Je n'aurais jamais autant de naturel avec elle. Le résultat n'aurait pas cette harmonie. La toucher, la faire tourner… c'était impossible.
La fête se termina assez tôt – c'est ce qui arrive quand les patrons sont là, on n'y peut rien – et comme j'arrivais encore à marcher, on m'a mis Shotgun sur les épaules. Elle avait vraiment trop bu.
-Mais pourquoi moi ? m'écriai-je alors que Reno filait avec les autres et que j'avançais à pas de tortue à cause du poids de Shotgun sur mon dos.
-Parce que le nouveau est trop petit, et après lui c'est toi le plus récent parmi nous, alors cette corvée-là est pour toi !
-Mais…
-De toute façon, tu t'entends mieux avec elle qu'avant, non ?
Je n'ai rien trouvé à répondre. Je me suis donc retrouvé seul avec Shotgun sur mon dos, en marchant dans les rues éclairées par intermittence. Midgar ne semblait pas dormir, même si les trottoirs étaient déserts. Tout était humide, il avait dû pleuvoir alors que nous étions dans le bar. Les choses étaient luisantes et fraîches dans la nuit de la métropole.
-Je ne t'ai pas remercié pour m'avoir sauvé la vie, finis-je par dire pour rompre le silence.
-Oh, ferme-la, j'ai mal à la tête, répliqua-t-elle aussitôt avec humeur.
-Pour une fois que j'essaie d'être gentil avec toi ! me fâchai-je.
-Je t'ai rien demandé, grogna-t-elle.
Elle se mit à se débattre sur mon dos. Je dus faire attention et m'appuyer sur un mur pour ne pas tomber avec elle.
-Qu'est-ce que tu fous ?
-J'veux rentrer seule ! s'écria-t-elle. Laisse-moi, j'peux me débrouiller seule !
N'y tenant plus, je l'ai faite glisser de mon dos. Elle est retombée sur ses pieds et a pris quelque secondes pour retrouver un équilibre à peu près suffisant pour marcher. Très clairement, elle n'était pas en état de rentrer seule, mais elle insistait et s'éloignait déjà en s'appuyant sur les murs.
J'allais lui dire que ça m'était égal, qu'elle pouvait bien se traîner comme elle voulait, ça m'était égal, oui, égal… mais à nouveau, les mots restaient bloqués dans ma gorge. Je sus, soudainement, que j'étais en fait incapable de la laisser seule ainsi : je lui devais la vie. Elle m'avait suivi de loin durant des semaines pour s'assurer que personne de mon ancien gang ne me ferait du mal. Je pouvais bien la suivre pour un soir, et puis de toute façon, nous allions au même endroit.
J'ai donc gardé mes distances, mais l'ayant toujours à vue, tout en m'arrangeant pour ne pas être vu moi-même.
Elle était assez pitoyable à voir. Elle rasait lentement les murs et les clôtures, trébuchant à chaque débris, oscillant dangereusement à chaque pas. Elle finit par parvenir, à cause d'un détour certainement dû à la désorientation de son ivresse, à la place publique du monument commémorant la fin de la guerre de Wutai. Elle s'étala par terre, puisqu'il n'y avait pas de murs sur cette place, et resta là, immobile. Un mendiant alla la voir, mais elle lui cria dessus jusqu'à ce qu'il parte. Au moins elle n'avait pas l'air de s'endormir, mais…
Au bout d'une vingtaine de minutes, en ayant assez de devoir rester sur place à la regarder compter des étoiles imaginaires, je me suis demandé si je devais rester là ou m'en aller. Et alors que je me posais la question, balançant le pour et le contre de chaque option, j'entendis la voix de Shotgun qui m'appelait, plaintivement.
-Shinji… Shinji…
Il ne m'est pas venu à l'esprit qu'elle ignorait ma présence en cet endroit et en ce moment. Appelé, je suis allé vers elle aussi rapidement que le permettait ma fatigue et mon taux d'alcool. À nouveau, Shotgun dit mon nom, mais cette fois, m'ayant vu, elle avait un ton surpris.
-Shinji ?! Tu m'as suivie ?
Je me rendis compte que je m'étais trahi et qu'il était trop tard. Aussi bien assumer.
-Oui, j't'ai suivie et j'ai bien fait, on dirait que j'vais encore devoir te porter, dis-je moqueur, en m'approchant d'elle.
-J'ai pas besoin de ton aide, grommela-t-elle en s'agenouillant maladroitement.
Je me penchai au-dessus d'elle en lui souriant. Son air boudeur et sa maladresse involontaire étaient adorables en cet instant. Je me dis que ce soir-là, non, que toujours, Shotgun était une petite fille, un enfant, un chaton égaré. Lui en vouloir était futile, se prendre dans ses jeux était vain, la comprendre était inutile, mais elle était là, fille pas encore tout à fait femme, désespérée d'amour et d'attention, sans défense. Je lui tendis la main.
-Je peux quand même t'aider ? lui demandai-je.
Elle regarda longuement ma main, les sourcils froncés, puis elle se décida à la saisir. Une fois debout, grâce à mon aide, elle s'appuya contre ma poitrine pour garder son équilibre. Je la laissai faire, amusé et intrigué. Je ne la croyais pas capable de faire du mal en cet instant.
-Hé… Shinji, dit-elle contre ma chemise.
-Hm ?
Elle releva lourdement la tête et me regarda dans les yeux.
-Tu me détestes ?
-Je crois pas… mais...
Aussitôt, elle prit mon visage entre ses deux mains et posa ses lèvres sur les miennes. Il me fallut quelques bonnes secondes avant de comprendre que c'était un baiser, que c'était Shotgun qui m'embrassait. Rien dans tout cela n'avait de sens. L'haleine alcoolisée de Shotgun me donna la simple idée que ce n'était qu'à cause de son état.
Les mains de Shotgun quittèrent mon visage pour se poser sur ma poitrine, avant de me repousser brutalement. Trébuchant sur une pierre mal scellée de la place, je tombai lourdement sur le dos. Shotgun en profita pour fuir, plus habilement et plus rapidement que je ne l'en aurais crue capable dans son état.
Je restai étendu par terre sur la place à mon tour. Il n'y avait aucune étoile au ciel, et le monument à la victoire de la Shin-Ra sur les Wutaiens était une tour d'ombre, pointue et fantasque. Un lampadaire mal ajusté clignotait plus loin. C'était tranquille, parfait pour ma tête vide. Je comprenais pourquoi Shotgun était restée ici aussi longtemps.
Le baiser de Shotgun avait empoisonné, paralysé mon âme. Et soudain, je me rendis compte qu'elle avait empoisonné mon âme depuis le premier jour, parce qu'elle était toujours dans mon esprit comme une rengaine qui trottait dans ma tête depuis des mois, toujours la même mélodie, impossible à oublier, même si je la détestais. Elle parcourait mes nerfs jusqu'à la moelle de mes os. Son goût d'alcool sucré était toujours posé sur mes lèvres, et l'odeur de poudre et de shampoing de ses cheveux semblait toujours flotter en l'air, comme un nuage capiteux.
Elle m'avait envahi. Elle était là, impossible de la chasser puisqu'elle s'était glissée sous ma peau. Shotgun, Shotgun, Shotgun. Rien à faire.
