Rien de particulier à dire, et puis là mon lion m'attend, alors enjoy!


Après avoir récupéré l'usage de mes membres et être revenu par un moyen ou un autre jusqu'à ma chambre de la Tour, j'ai réussi à dormir, mon corps fatigué et ivre l'emportant sur mon esprit survolté.

Lorsque mon réveille-matin a sonné, disons que je l'ai gentiment jeté contre le mur. Un lendemain de veille… mais quelle veille ! Il fallait pourtant bien que je me lève et que j'aille au boulot. Heureusement, je n'avais pas de mission prévue ce jour-là. Heureusement. J'aurais tout foiré.

C'est en me brossant les dents qu'il me vint à l'esprit que je verrais certainement Shotgun ce jour-là. Je m'arrêtai de brosser, la bouche pleine de dentifrice, puis je me secouai et je crachai dans le lavabo. Il me restait quand même une sorte de vertige. Shotgun, Shotgun, Shotgun.

M'habiller, ranger les choses. Gagner du temps, me chercher des excuses. Mais il fallait bien partir.

Une fois au bureau, juste après avoir ouvert la porte, j'ai lâché un petit rire : tout le monde semblait ralenti, fatigué, cerné. À mon rire, certains se tournèrent vers moi, avec l'air hargneux de ceux qui ont mal à la tête. Je fis comme eux : je me pris une tasse de café et j'allai à ma place pour faire un mauvais rapport.

Shotgun n'était pas encore là, et au bout de deux heures de retard, je me demandais s'il ne fallait pas commencer à s'inquiéter, quand soudain elle arriva, tirée par le bras par Lydia qui la sermonnait. Apparemment, elle s'était tout simplement enfermée dans sa chambre, sous un tas de couvertures. J'ai ri comme tout le monde à son arrivée, et je me suis demandé si elle se souvenait de ce qui s'était passé la veille. Mais, une fois qu'elle s'est assise à sa place en face de la mienne, impossible de se tromper : les dizaines d'articles de bureau qu'elle me lança en quelques minutes en visant ma tête me firent comprendre que, définitivement, elle s'en souvenait. Je n'ai pas répliqué, contrairement à mon habitude, mais j'ai quand même tout fait pour éviter que les objets lancés s'écrasent sur mon visage.

Une fois son bureau vide, n'ayant plus rien à lancer, Shotgun se mit à taper sur son bureau en chantant. Elle chantait d'ailleurs particulièrement faux. Et pourtant, je me sentais une patience d'ange. Je n'aurais pas voulu la regarder directement pour rien au monde.

Mais les autres Turks ne possédaient pas ma patience, surtout pas ce matin-là. Arès avoir discuté avec Rude, Reno alla interrompre le gracieux chant de Shotgun en lui posant une main sur la bouche. Évidemment, elle de débattit, mais Reno la prit rapidement par les bras, Rude par les jambes, et ils l'ont aussitôt traînée jusqu'à un grand placard à documents au fond de la pièce.

La scène s'était passée si rapidement, et j'arrivais à peine à la comprendre, lorsque Reno revint vers moi.

-Bon, c'est ton tour.

-Hé ! m'écriai-je ! Mais j'ai rien fait, moi !

Rude me saisit par les jambes et aida Reno à me soulever.

-J'ai aucune idée de ce que t'as pu faire ou pas faire, mais, yo, pour Shotgun, c'est certainement de ta faute, alors vous allez régler ça une fois pour toutes !

Et, aussitôt dit aussitôt fait, je fus jeté dans le même placard où on avait jeté Shotgun quelques instants auparavant. La porte se referma sur nous deux, et j'entendis le cliquetis de la serrure.

Il faisait particulièrement sombre dans le placard, mais pourtant, le visage de Shotgun m'apparaissait distinctement dans la pénombre. Elle devait être assise ou agenouillée. Après avoir donné quelques coups en vain sur la porte, je me suis aussi écrasé par terre.

-J'y comprends rien, lâchai-je surtout pour moi-même.

-Alors c'est que t'est vraiment un crétin ! répliqua Shotgun.

Et elle me lança une pluie d'injures, sans même crier, simplement en marmottant dans son coin. Je soupirai, l'écoutant à peine, m'inquiétant surtout du moment où Reno nous libérerait enfin. Au bout d'un certain temps, Shotgun se tut, et elle se leva. À cause de l'obscurité, je ne pouvais pas voir les traits de son visage, mais je sursautai à l'intonation de sa voix. Si douce. Si triste.

-Pour toi, hier, c'était pas important, hein ?

Le regard qu'elle fixait sur moi m'illuminait de compréhension.

Rappelle-toi de moi, d'hier. Souviens-toi. Remarque-moi. Je veux être aimée. Je veux que tu m'aimes. Oui, aime-moi. Laisse-moi t'envahir, te pénétrer, posséder le moindre recoin de tes pensées. Shinji, je te désire plus que tout au monde, et je veux être ton désir. Je veux tout. Je veux l'infini. Je veux l'amour. Je peux tout dévorer autour de moi. Je peux te déchirer, te découper, t'avaler. Tu ne verras que moi, et je serai ce que tu voudras. Shinji. Est-ce que tu connais mes nuits sans sommeil, Shinji ? Dans quel état je me mets, pour toi, tout cela pour toi. Tout cela à cause de toi. C'est ta faute. Rappelle-toi d'hier, j'ai perdu tout mon courage. Je ne suis forte que par ta faute, et ma faiblesse vient aussi de toi. Remarque-le. Remarque-moi.

-Je crois que c'était important, dis-je finalement. Mais le plus important est à venir, non ?

Shotgun s'agenouilla en face de moi et me palpa le visage dans l'obscurité. Ses mains n'étaient ni douces, ni chaudes, mais elles avaient quelque chose de rassurant, par leur tangibilité dans cette pièce obscure.

-Alors c'est vrai que tu ne me détestes pas, Shinji ?

-Bien sûr. Je ne crois pas que j'arriverais à te détester vraiment.

-Et tu arriverais à m'aimer ?

Aimer. Je ne m'étais jamais arrêté à ce détail avant ce jour : j'avais du succès auprès des filles, mais je ne les aimais pas. J'avais mieux à faire, j'étais le chef d'un gang de rue. J'étais dur parce que je le devais. Mais j'étais devenu un Turk et mon univers avait complètement basculé à cause d'une furie avec une queue de cheval brune. Je pouvais être ce que je voulais – pas seulement ce que je devais être – et alors je compris que j'étais libre, complètement libre, bien plus que jamais je n'aurais osé l'imaginer.

Et j'étais libre d'aimer cette femme en face de moi, qui par ses jeux d'enfant avait réussi à détourner toutes mes pensées et tous mes soucis vers elle.

Le choix était aisé. J'ai saisi son visage entre mes mains jusqu'à ce que je puisse l'embrasser. Pour une fois, elle se laissa faire. Et je compris, en prenant l'initiative de ce baiser, à quel point elle était fragile. Et que je voulais la protéger comme elle m'avait protégé.

Nous nous sommes rapprochés à nouveau. Je l'ai prise par sa taille mince, alors qu'elle passait ses bras autour de mon cou, Et ce nouveau baiser devint désir. Nos lèvres et nos langues brûlaient.

Soudain, la lumière envahit la pièce. Plissant les yeux, j'ai reconnu avec beaucoup de gêne la silhouette de Tseng au seuil de la porte ouverte. Shotgun me repoussa immédiatement, les joues très rouges. Les miennes l'étaient probablement autant. Penauds, nous attendions la sentence de notre chef.

-… bon, maintenant que c'est arrangé, vous vous remettez au travail ? On ne vous paie quand même pas pour vous bécoter dans les placards…

J'ai entendu le rire de tous les autres Turks derrière lui. Impossible d'y échapper, donc, inutile d'avoir honte. J'ai pris la main de Shotgun et je l'ai tirée hors du placard. Ses doigts étaient toujours froids.

J'étais heureux, j'étais amoureux, et je tenais en mes mains la source de tout ce que j'étais maintenant. Maintenant le monde était à moi.


L'arc de Shinji est terminé! Je vais poster le premier chapitre du deuxième demain: l'arc de Raphaël. À la prochaine!