3. Inquiétude et préjugés
Kira aperçut enfin son amie accompagnée de son père. Naoko ne semblait pas être dans son état normal, ses yeux étaient rivés au sol et son visage déconfit.
-« Bonsoir Monsieur Wakana, excusez moi de vous déranger à cette heure » Dit-elle en s'inclinant avec respect.
-« Que fais tu ici ? » Lui répondit-il sèchement.
-« Je… J'aurai aimé discuter avec votre fille, si c'est possible »
-« Je suis désolé, mais non, ça ne va pas être possible. Il est tard. Naoko on rentre ! »
-« Mais papa attends, je… »
-« Il n'y a pas de mais, tu te dépêches il est hors de question que tu continues de traîner avec cette fille tu m'entends ? »
Kira ne comprenait pas ce qu'il se passait, son amie depuis des années et son père toujours aimable et accueillant en vers elle, venaient radicalement de changer de comportement à son égard.
-« Excusez moi je ne comprends pas, ai-je fais quelque chose qui ai raison de votre état, si oui je m'en excuse à l'avance, mais qu'on me donne des explications. » Demanda t-elle inquiète en gardant tout de même les bonnes manières éduquées par sa défunte mère.
L'homme regarda la jeune fille, elle semblait complètement perdue devant la situation, il eut alors un élan de compassion envers l'amie de longue date de sa fille avec qui, il se l'avoua, il avait passé d'agréables moments.
-« Naoko ! Tu as cinq minutes pas une de plus !»
Naoko paru respirer de nouveau, elle se tourna vers Kira, tandis que son père se dirigeait déjà vers le porche, le pas lourd.
-« Je suis désolée Kira, ton…Ton père nous a demandé de passer chez toi, il a appelé, quelques minutes à peine après toi et il a dit que c'était très important. Je ne t'ai pas appelé, j'ai pensé que tu était au courant et que je te verrai chez toi… Mais tu n'y étais pas, je suis désolée, tellement désolée… »
Kira prit son amie dans les bras et tenta de la calmer.
-« Expliques moi s'il te plait, je ne comprends toujours pas. »
Naoko prit une grande inspiration.
-« Quand on est rentré chez toi, il y'avait du bordel partout, de la vaisselle cassée, les chaises retournées, les canapés déplacés, le miroir dans l'entrée était brisé… »
-« Quoi ?… »
-« Ton père est arrivé, le visage en sang, les vêtements souillés. Il nous a dit que tu l'avais frappé violement avec une bouteille de vin avant de tout casser dans la maison. Il a également ajouté que ce n'était pas la première fois que ça arrivait. Il a raconté des tas de choses sur toi, des choses cruelles et méchantes, mais je te jure que je n'y ai pas cru une seule seconde, pas une seule Kira… »
Kira n'en revenait pas elle était choquée, elle ne pouvait plus bouger, ni sortir le moindre son de sa bouche. Comment avait-il pu ! Après l'avoir mise dehors, l'avoir battu et humiliée, comment est ce qu'il pouvait être aussi cruel, et surtout pourquoi ?
-« Ensuite il nous a donné la raison de notre présence. Il a dit que par amitié pour mon père, il préférait nous mettre en garde et qu'il serait plus judicieux de m'empêcher de te voir, que les risques étaient grands et que tu était devenu incontrôlable depuis la mort de ta mère, et…. Et mon père a tout gobé… La scène était vraiment convaincante je te le jure…. Je suis désolée, Kira tellement… »
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que son père hurla son prénom. Elle regarda son amie, se jeta dans ses bras et lui murmura un « pardon » rempli de tristesse avant de se diriger vers la porte…
Dix minutes qu'on lui avait appris la terrible nouvelle, dix minutes qu'elle était plantée devant la maison sans bouger. Elle agrippa sa valise et marcha, pour aller où, elle ne savait pas, tout de suite, elle ne pensait à rien, son esprit était totalement chamboulé. Elle marchait la tête basse, c'était plus qu'elle ne pouvait le supporter mais bizarrement elle ne pleurait pas, sa première réaction fut de se demander si c'était normal. Pourquoi ne pleurait t-elle pas ? Pourquoi ?
Après plusieurs heures à tourner en rond, Kira sentit la fatigue la gagner petit à petit. Elle avait froid, mais ça ne l'inquiétait pas, tout comme sa faim, le repas du soir avait été sauté suite au déroulement de la soirée et le midi elle n'avait pas eut une minute pour avaler quoi que ce soit. Elle étira un faible sourire quand elle croisa une sorte de gros hangar qui paraissait à première vue abandonné. Quand elle trouva la porte, elle fut déçue de faire face à une grosse chaîne et un cadenas bloquant l'entrée, même si au fond elle se doutait que l'accès serait probablement bloqué. Kira épuisée ne trouva pas le courage de continuer sa route à la recherche d'un autre endroit où passer la nuit, elle s'accroupit alors contre cette porte métallique blindée, appuyant son dos contre les parois dures et froides, attendant que la fatigue l'emmène loin de ce monde. Dans un lieu ou tout serait tranquille et calme. Un lieu où le ciel serait d'un bleu éclatant, l'air doux et agréable, le soleil chaud et apaisant et puis peut être que sa mère la rejoindrait et toutes les deux passeraient de nouveau du temps ensemble à se créer de magnifiques souvenirs… A cette pensée la jeune fille laissa couler de ses yeux clos une seule et unique larme de désespoir avant de sombrer lentement dans un sommeil profond…
Kira s'éveilla et se redressa lentement, son dos était douloureux et ses jambes engourdies dû à la position qu'elle avait prise afin de se tenir le plus chaud possible. Le cadrant de sa montre affichait 8h00, à croire que le réveil matin ne lui était plus d'aucune utilité. Elle s'étira de nouveaux, regarda autour d'elle, ses souvenirs étaient confus. Elle se souvenait avoir marché pendant des heures, puis cette conversation avec Naoko et son père. Résignée elle prit une grand inspiration et se leva, elle épousseta son pantalon et ouvrit sa valise…
-« Les mecs, vous allez pas me croire »
-« Qu'est ce qu'il y'a ?»
Hayato et les autres avaient décidé de finir leur soirée dans une discothèque de la ville histoire de se changer les idées. Sur les coups de 5 heures du matin après avoir profité au mieux de la soirée, ils avaient quitté la discothèque. Seulement le jeune Také ayant légèrement abusé de l'alcool changea les plans et ils durent s'abriter sous une station de métro où ils avaient patiemment attendu qu'il redevienne sobre. De tout façon Také n'aurait put faire deux malheureux pas sans trébucher. C'est donc vers 7h30 qu'ils avaient repris la route pour finalement se trouver à quelques mètres du bâtiment. Mimasaka pointa l'entrée avec son menton.
-« Regardez… »
-« Ca ne serait pas la fille d'hier ?»
Kira avait trouvé ce qu'elle cherchait, une petite glace rectangulaire qu'elle avait soigneusement emmitouflé dans un mouchoir avant de partir, malheureusement celle-ci était brisée.
-« Génial ! Comme si ça ne suffisait pas, me voilà parti pour sept ans de malheurs ! Au point ou j'en suis de toute façon ! » Ce dit-elle pour elle-même.
Elle plaça le miroir devant son visage et fit la grimace. Kira se doutait qu'elle ne devait pas être très belle à voir mais c'était pire que ce qu'elle pouvait imaginer. Ses cheveux étaient tout emmêlés, son maquillage avait coulé laissant de grosses traces noires sur ses joues et ses yeux étaient tout gonflés.
Hayato sourit devant la scène et s'approcha alors que la jeune fille n'avait pas encore remarqué leur présence.
-« T'as raison, c'est vraiment pas joli à voir » Plaisanta t-il.
Kira sursauta et leur fit face, quand elle aperçut le groupe de garçons elle poussa un cri, leur tourna le dos, et essuya rapidement les traces sur son visage, du moins ce qu'elle pouvait sans démaquillant.
Ils éclatèrent de rire et Také s'exclama.
-« Ca ! C'est bien une fille ! »
-« Ce n'est pas drôle ! Pourquoi vous riez ? J'aimerai bien vous y voir ! Et puis qu'est que vous faites là ? Vous me suivez ou quoi ? »
-« On ne te suit pas, tu te trouves devant chez nous, endroit que tu as trouvé par tes propres moyens je te signale»
-« Quoi… ? »
Hayato s'approcha d'elle, la poussa gentiment sur le côté, tira sur le cadenas et fit lentement glisser la chaîne. Kira n'en revenait pas, elle était resté là, dehors comme une idiote, alors que c'était ouvert. L'expression sur son visage fit sourire Nobu et Ryu. Hayato entra sans se préoccuper d'elle. Les garçons passèrent un à un devant Kira qui complètement abasourdie avait toujours le regard fixe. Nobu, le dernier à passer la porte, revint sur ses pas, attrapa Kira par le bras et la fit entrer à l'intérieur.
-« Entres, restes pas plantée là, il y'a des douches à l'intérieur si tu veux te rafraîchir un peu …»
Au départ Kira fit la moue, autant dire carrément qu'elle sentait le bouc à des kilomètres ! Puis sans avoir vraiment d'autre solution, se résigna et entra, seulement elle ne s'attendait pas du tout à ce qui suivit. Elle n'en revenait pas, c'était une véritable fourmilière, une vingtaine de garçons discutaient, dansaient ou encore se reposaient aux quatre coins du hangar le tout sur une musique Hard Rock super violente. Sa réaction ne tarda pas, elle fit demi tour, passa devant Nobu la respiration haletante. Consciente qu'elle puisse être inquiète, le garçon lui saisit le poignet au passage et tenta de la rassurer.
-« Eh ! Où tu vas comme ça ? Tu ne risques rien tu sais.»
-« C'est bon ne t'en fais pas, je vais bien trouver de quoi me payer une entrée à la piscine, y'a des douches là bas ! Crois moi ça ira très bien»
-« Mais attends, ne pars pas comme ça, je vais te les présenter… »
Il tira un peu plus sur son bras pour la ramener vers l'entrée, mais Kira fut prise d'une vive douleur au niveau des côtes et poussa un cri. Elle se dégagea de la prise de Nobu afin de pouvoir entourer son corps de ses bras. La douleur était tellement forte que ses jambes devinrent du conton et elle fut obligée de s'asseoir à même le sol. Nobu ne savait pas quoi faire. Qu'est ce qui lui prenait ? Il la savait en mauvaise état mais il ne l'avait pourtant pas brusquée, ou alors il ne s'en était pas rendu compte. Paniqué il se ruât vers Kira s'accroupit à ses côtés et posa une main tremblante dans son dos.
-« Qu'est ce que tu as ? Réponds moi, ça va aller ? »
Hayato avait entendu le cri de la jeune fille et ceux de son ami, il avait fait demi tour et était à présent agenouillé au près d'eux. Il Questionna d'abord Nobu mais vu son état de panique il se tourna vers la jeune fille, prit son visage entre ses mains et lui releva la tête, son visage était grimaçant. Hayato était désemparé, il tenta tout de même de la rassurer et de comprendre en lui parlant calmement.
-« Ecoutes moi, Oh ! Regardes moi, s'il te plais regardes moi !»
Elle leva lentement les yeux et tenta de dire quelque chose mais un mince filet de sang s'échappa de ses lèvres.
-« Nobu va cherche le Toubib ! »
-« Merde, qu'est ce qu'elle a ? Je l'ai à peine touchée je te jure! »
-« Nobu ! Ne pose pas de question putain et cour ! »
Nobu se redressa et se précipita jusqu'au hangar où il hurla « KAZUYA ! »
Kira sentait que ses yeux allaient se fermer, son corps était pris de tremblements qu'elle ne pouvait contrôler. Hayato très inquiet se plaça derrière elle et la prit dans ses bras. Il ne savait pas quoi faire pour la calmer, alors il la frictionna afin de la réchauffer espérant que ses tremblements étaient dû au froid et que peut être il pourrait l'aider, mais elle gémit de plus belle.
-« Et ma belle, je t'en prie me lâches pas ok ? Tu m'entends ? OH ! Réponds moi ! » Hurla t-il impuissant.
Trop tard Kira avait sombré dans l'inconscience. Kazuya accourut auprès de la jeune fille suivit de Nobu et de Tagachi, le leader de la bande. Il posa la main sur l'épaule d'Hayato afin de voir la jeune fille. Quand il vit son visage si pâle et le sang couler de ses lèvres il s'agita, sépara le corps de la jeune fille de celui de son ami et l'allongea délicatement au sol. Il posa son oreille sur sa poitrine, puis plaça ses doigts sur son cou. Une expression de terreur traversa son visage ce qui ne passa pas inaperçu.
-« Qu'est ce qu'il y'a ? » S'enquit Nobu qui se sentait terriblement responsable.
-« Il faut appeler une ambulance tout de suite, son pou est très lent, beaucoup trop lent! » Leur cria t-il tout en déboutonnant le haut de son chemisier pour qu'elle puisse respirer.
-« Pas ici ! Pas question, c'est pas possible !»
Tagachi avait prononcé ses paroles sans même réfléchir, pour lui il était impensable de laisser quelqu'un s'approcher du QG, leur lieu de rencontre, leur maison, leur vie ! Cependant il sentit le regard d'Hayato peser sur lui, il le dévisagea et quelque chose le fit changer d'avis, peut être son regard ou peut être tout simplement par ce que c'était lui qui le lui demandait. C'était Hayato qui à cet instant était agenouillé et le suppliait silencieusement. La liaison qu'il entretenait avec Hayato était très forte presque indestructible, c'était celle d'un frère plus qu'un simple ami, Hayato était très important pour lui, il faisait d'une certaine manière partie de lui. C'est donc pour ce frère de cœur qu'il céda non sans appréhensions. Il saisit son téléphone à contre cœur et composa le numéro…
Une ambulance suivit d'une voiture apparurent quelques minutes après l'appel. Pour Hayato est Nobu ce n'était pas des minutes mais des heures qui avaient défilé devant leur impuissance. L'un des ambulanciers sortit à toute hâte du camion et s'approcha de la jeune fille, il diagnostiqua à voix haute :
-« … Perte de connaissance… Le pou est très faible… Côtes cassées ! Le poumon droit doit être perforé ! Il faut tout suite l'emmener ! Tym, le brancard et le masque à oxygène, j'ai peur qu'elle ne tienne pas le coup, il faut faire vite ! »
Elle fut rapidement prise en mains et emmenée dans l'ambulance sous le regard désemparé d'Hayato, paniqué de Nobu et celui inquiet de Tagachi et Kazuya.
Un homme sortit à son tour de la voiture.
-« Emmenez la fille je vais questionner ces jeunes afin d'en savoir plus, je vous rejoins là bas ! »
Gyrophare et sirène enclenchés, l'ambulance s'élança direction Osaka centre, alertant au passage le reste des Orphelins restés à l'intérieur. Quand à cet homme il s'avança vers les jeunes.
-« Qu'est ce qui c'est passé ? Je veux connaître toute l'histoire ! »
Les garçons échangèrent un regard, Hayato regardait Tagachi, le questionnant, cherchant à savoir ce qu'il pouvait bien penser. Nobu se sentait coupable et le toubib lui, n'avait pas quitté la route des yeux depuis le départ de l'ambulance. Nobu, le regard fautif tenta une explication.
-« Nous avons rencontré cette fille en passant par là par hasard, puis je lui ai proposé de nous suivre, juste… Comme ça, histoire de faire connaissance. Elle était seule et elle avait l'air plutôt sympa alors je me suis dit pourquoi pas… Elle a hésité, je lui ai pris la main, et comme elle n'avançait toujours pas, j'ai tiré sur…. »
-« Vous vouliez la forcer à vous suivre ! C'est bien ce que vous tentez de me dire ! » Le coupa t-il.
-« Pas du tout ! Ce n'est pas ce que j'ai dit ! Je l'ai à peine touché! »
Tagachi sentait la colère monter, ils étaient bien tous pareils, dès qu'ils se trouvaient face à un problème il fallait toujours un coupable et à chaque fois ils étaient accusés, de tout, toujours ! Il s'avança vers l'ambulancier, se plaçant entre lui et Nobu le regard menaçant.
-« Qu'est ce que vous insinuez ? Que c'est lui qui lui a fait ça ? »
-« Je ne fais que rassembler les faits ! »
-« Quels faits ? Vous n'étiez pas là ! » Hurla Tagachi.
L'homme fit une grimace, de quel droit lui parlait il sur ce ton, de quel droit ? Il agrippa le col du garçon, qui resta stoïque, à peine surpris de sa réaction, affichant un mince sourire provocateur sur son visage et lui dit.
-« Qu'est ce que vous allez faire ? Me frapper ? Je sais que vous n'attendez que ça ! Allez y ! »
Tagachi le poussait au vice, il attendait juste qu'il ose enfin ce que chacun des ses enfoirés redoutaient. Il ne pouvait plus supporter les mecs dans son genre, qui du haut de leur grade se permettaient toutes ces choses contre lesquels ils étaient sensés se battre. Hayato conscient de la tension entre les deux hommes s'interposa.
-« Arrêtes Tagachi, ça ne sert à rien ! Quant à vous, vous avez notre version de l'histoire, libre à vous de la vérifier au près de cette fille à son réveil ! »
-« Si elle se réveille ! » Répondit-il du tac au tac.
Le regard de l'homme était profond, il allait retourner vers son véhicule quand Nobu l'interpella.
-« Eh vous !… Si vous faites bien votre job vous devriez remarquer les marques qu'elle a sur le corps… Et rechercher la vraie personne responsable… Je penses que c'est le meilleur chemin par lequel commencer au lieu de porter de fausses accusations !»
L'homme s'était simplement arrêté sans se retourner, puis était monté dans sa voiture.
