4. Un Sauvetage explosif

Kira était allongée dans une chambre d'hôpital. Elle se réveilla lentement, ses côtes étaient encore douloureuses et elle avait un peu de mal à respirer à cause du tuyau inséré dans sa gorge, elle remarqua également les deux perfusions plantées dans ses avant bras. Kira mit un certain temps avant de rassembler ses esprits et de comprendre comment elle avait bien pu arriver ici. Elle regarda autour d'elle et aperçut un homme assit sur une chaise tout prêt de son lit. Son visage lui était étranger, il tenait dans ses mains un petit carnet et semblait s'être assoupi. Kira tenta de se redresser mais la souffrance était encore bien présente, elle gémit alertant l'homme qui la regarda en souriant.

-« Ah, vous êtes réveillée ? Je me présente je suis Monsieur KOYAMA Tochi, agent de police. Je suis ici pour vous poser quelques questions. Je sais que vous n'êtes pas en possibilité de parler et que vous venez à peine de vous réveiller, mais j'ai besoin de votre déposition afin de pouvoir entamer mon enquête le plus rapidement possible. Je vous demanderai simplement de répondre à mes questions en hochant la tête, vous voulez bien ? »

Kira hésita puis baissa légèrement la tête.

-« Très bien, commençons. Vous vous appelez YAKUMI Kira, vous avez vingt deux ans, vous êtes la fille de YAKUMI Ataru et de Nathalie GAUTIER décédée il y'a dix ans. »

Elle acquiesça et tourna légèrement la tête de l'autre côté. Elle ne voulait pas que l'agent la fixe comme il le faisait, elle se sentait mal à cet instant, vraiment mal.

-« Nous vous avons retrouvé en compagnie de 4 garçons. D'après les informations qui m'ont été communiquées, ils auraient appelé une ambulance après avoir essayé de vous forcer à les suivre. Suivant mes sources, ce serait le jeune homme lui-même qui aurait avoué les faits, d'où ma question : Est ce bien ce jeune homme ou les personnes qui l'accompagnaient qui vous ont violenté ? »

Kira donna une réponse négative, elle se souvenait de l'inquiétude dans les yeux de Nobu et…de la chaleur d'Hayato.

-« Vous êtes sûr de vous ? Ils avaient pourtant l'air coupable d'après l'ambulancier »

Elle Tourna la tête vers lui et le regarda méchamment. Ce flic était complètement absurde ! Qui donc violenterait une personne pour ensuite appeler une ambulance ? Tout ça n'avait pas de sens !Comment pouvait il les accuser sans avoir de preuve !

L'agent perçu rapidement le changement de comportement de la jeune fille et en déduit qu'elle n'allait pas tarder à le faire sortir.

-« Je vais vous poser une dernière question, après ça je m'en irai. Nous avons été appelés hier soir par votre père, il a porté plainte contre vous, sa propre fille, pour coups et blessures, son visage était salement amoché…» il fut coupé.

Kira ne tenait plus, elle voulait hurler tellement elle avait mal, physiquement certe, mais à l'intérieur son cœur était déchiré. Sa souffrance et son agitation étaient tels, qu'elle se mit à tousser, le tuyau dans sa gorge lui bloquait la respiration, elle s'étouffait lentement, son pou s'accéléra, les machines se mirent à sonner. L'homme se précipita dans les couloirs pour appeler de l'aide. Au son des infirmières qui accouraient, il se tourna une dernière fois vers la jeune fille et murmura.

-« L'enquête est en cour pour le moment, mais nous ne tarderons pas à connaître le fin mot de cette histoire et je suis persuadé mademoiselle, que vous n'êtes pas une simple victime dans cette affaire. »

Les infirmières pénétrèrent enfin dans la chambre, deux d'entre elles se dirigèrent immédiatement vers la jeune fille qui commençait à perdre connaissance et une autre s'adressa à l'agent.

-« Monsieur, je suis désolée mais je vais devoir vous demander de sortir »

-« Très bien madame, je comprends. Si cela ne vous dérange pas, un agent de police sera posté devant cette porte jour et nuit à partir d'aujourd'hui »

-«Pas de problème, tant qu'il reste devant la porte et ne nous empêche pas de faire notre travail, maintenant il faut sortir… »

-« J'y vais… Oh ! Mais j'y pense, j'aimerai également connaître le nom de chaque personnes venant la visiter »

-« Très bien monsieur l'agent » Répondit l'infirmière ironique et légèrement agacée « Maintenant si vous vous voulez bien… ? »

Tochi sorti jetant un dernier regard en coin à la jeune fille qui retrouvait petit à petit sa respiration et son calme…

Cela faisait maintenant deux semaines que l'incident c'était produit et Hayato ne cessait de penser à cette fille. Installé dans l'un des nombreux canapés du hangar, il cherchait où est ce qu'il avait bien pu la rencontrer au par avant. Perdu dans ses réflexions, il sursauta quand Tagachi s'installa à ses côtés.

-« Tiens, jettes un coup d'œil là dessus »

Il lui tendit un journal, sur la première page, la photo d'un homme avec une grosse balafre sur la joue droite et à côté en plus petit… Il se redressa subitement et commença à lire.

« C'est dans le quartier de Ikebukuro de la grande ville d'Osaka, que Monsieur YAKUMI Ataru le célèbre directeur de l'agence de publicité « TOKOMO » a été brutalement agressé. Sa fille Kira, vingt deux ans, semble d'après son témoignage être l'agresseur. Elle aurait été prise d'une violente crise de démence suite à une conversation concernant sa mère décédée il y'a de cela maintenant dix ans. D'après Monsieur YAKUMI ce ne n'était pas la première fois que sa fille était prise de folie « Elle s'enfermait souvent dans sa chambre hurlant et fracassant des objets contre les murs. Je ne pouvais plus lui parler depuis plusieurs mois sans qu'elle ne s'énerve et devienne dangereuse... » Cette affaire reste cependant en suspend, en effet la jeune fille aurait été retrouvée inconsciente dans les quartiers pauvre d'Osaka. Il semblerait qu'elle ait été également violentée,mais par qui ? Quand cela s'est-il passé ? Cette histoire pour le moins étrange reste encore sans réponse… »

Hayato jeta le journal sur la petit table où reposaient ses pieds et balança ça tête en arrière. Cette histoire était insensée. Tagachi connaissait bien Hayato, ils avaient une dizaine d'années quand ils se sont rencontrés. Hayato errait dans les rues, seul, triste et sale. Tagachi lui, était sans famille depuis quelques jours. Il avait trouvé un abri sous la bibliothèque de la ville et avait pris Hayato sous son aile. Tout les deux ils avaient créé « les Orphelins », un clan d'enfants abandonnés, une nouvelle famille, un groupe de jeunes gens sans parents, mais qui à eux tous, formaient une grande famille. Au départ ils se trouvaient de quoi manger en volant la nourriture sur les marchés ou bien en arnaquant les passants, puis ils grandirent et trouvèrent des petits boulots plus ou moins glorieux afin de subvenir à leurs besoins.

-« Tagachi… ? »

Hayato soupira exténué par ses réflexions et toutes ces questions sans réponse, il ferma les yeux et continua.

-« Crois-tu vraiment que cette fille…Kira… Est capable d'avoir fait tout ce qu'on raconte ? »

-« Franchement ?...Non… Mais on ne peut pas savoir, on ne la connaît pas et … Pour elle Hayato, tu nous as mis dans un sal pétrin »

-« Tu te trompes… Je la connais…J'en suis sûr… Seulement je n'arrive pas à me rappeler. Son visage me dit quelque chose, son regard… J'ai beau chercher, je ne trouve rien, tu ne te souviens pas d'elle ? On a vécu ensemble pendant tout ce temps, son visage ne te dit rien ? Il faut que je sache, ça me rend complètement dingue, tu comprends ? »

-« Pourquoi tu t'attaches tant à cette fille si tu ne te souviens pas d'elle ? Arrêtes tout simplement d'y penser et cherchons plutôt un nouveau squat, avec cette histoire, les flics vont débarquer, on ne peut pas rester ici »

-« Ouais… T'as sûrement raison »

Sans grande motivation Hayato se redressa, Tagachi fit de même et convia tous les Orphelins à ce rassembler. Il expliqua le problème passant les détails, insistant seulement sur le fait qu'il fallait trouver un autre endroit pour se réunir. Ils passèrent l'après midi à réfléchir et chercher, puis Ryu proposa un autre hangar dans un coin plus reculé de la ville, une ancienne papeterie abandonnée et Tagachi approuva…

Hayato regroupait ses affaires et objets personnels, il se pencha vers un petit placard fabriqué avec des cagettes en bois entouré d'une chaîne épaisse avec un cadenas. Ce placard semblait ne pas avoir était ouvert depuis des années, comme si ce qui ce trouvait à l'intérieur l'effrayait. Cependant après un petit temps d'hésitation, il l'ouvrit. A l'intérieur une écharpe de couleur rouge, il resta immobile l'écharpe dans sa main droite, puis finit par la porter à son nez et respirer l'odeur… Ce parfum… Il l'avait presque oublié. Pourtant après toutes ces années il était toujours là, accroché à cette écharpe. Il la déposa sur son lit et attrapa une photo, une femme d'une trentaine d'années était assise sur un banc dans un parc, à ses côtés deux petits garçons tout sourire avec une glace à la main. Hayato se reconnu sur cette photo, il étira un sourire, se souvenant de cette journée, de son frère malade puis de sa mère… Il retint ses larmes, Hayato s'était promis d'être fort, de ne pas faiblir, là était la devise des Orphelins. Il saisit ensuite un mouchoir qui était posé près de la photo, taché de sang, Hayato fronça les sourcils, examinant davantage le bout de tissu. Son visage se détendit et il ouvrit grand les yeux. Il avait trouvé, cette fille, Kira, c'était elle la fille qui l'avait réconforté de son simple regard, qui lui avait apporté en quelques minutes, la tendresse dont il avait besoin pour tenir. Il sortit de la chambre d'un pas précipité et s'élança dans la grande salle. Les regards se tournèrent vers lui, mais qu'avait il ? Pourquoi courait il ainsi ? Ryu et Nobu d'un accord commun tentèrent de le rattraper. Tagachi hurla, essayant lui aussi de le ramener à la raison car il savait pertinemment où il allait, mais si il y allait, il risquait de tomber sur la police et ça Tagachi ne le permettrait pas !

Hayato parcourait la ville en courant, il se dirigeait vers l'hôpital d'Osaka, c'était forcement ici qu'elle se trouvait. Il fallait qu'il lui parle, qu'il sache comment elle va, qu'il lui demande pourquoi, qu'il lui dise tout simplement merci.

Il pénétra dans l'hôpital essoufflé et demanda à l'accueil la chambre de la jeune fille. Kira comment déjà ?…YAKUMI !

-« Elle est en chambre 220, mais vous ne pouvez pas monter, la … »

Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'Hayato était reparti de plus belle. Ryu et Nobu étaient à leur tour arrivés devant l'hôpital, à bout de souffle, les mains sur les genoux ils tentaient avec grande peine de reprendre leur respiration. Ryu se redressa mit une main sur sa hanche et dit d'une voix haletante.

-« Tu penses ce que je pense ? »

-« Ouais, je crois que je pense ce que tu penses, mais là c'est la merde, regarde en face »

Dans la rue se trouvait un petit café, devant, une voiture de police, les agents étaient sûrement dans le café accoudés au bar attendant leur commande.

-« On peut pas rester là, viens ! »

Nobu saisit la manche de Ryu et le tira sur le côté du bâtiment dans un petit renfoncement entouré de buissons. Là ils s'adossèrent contre le mur et réfléchirent à une solution.

Hayato avait emprunté les escaliers, les montant quatre à quatre il finit par atteindre le deuxième étage et poussa la porte, il chercha du regard le numéro 220 et aperçu la chambre. Elle était là, à quelques mètres seulement. il reprit sa respiration puis s'avança, la porte étant fermée il se pencha pour écouter, rien, il frappa, pas de réponse, il allait saisir la poignée quand.

-« Monsieur, je peux vous aider ?»

Une infirmière se dirigeait vers lui, il se calma et lui sourit.

-« Je cherche mademoiselle YAKUMI, c'est bien sa chambre ? »

-« Oui, mais vous ne la trouverez pas, elle vient de sortir, accompagnée d'un agent »

-« Quoi ? »

-« Je suis désolée monsieur »

Il s'inclina, fit demi tour et reprit le chemin en sens inverse. Arrivé dans le hall d'entrée, il la vit, elle semblait désemparée et inquiète, l'agent la tenait par le poignet et remplissait de son autre main des documents à l'accueil, sûrement toute la paperasse lui permettant de la faire sortir de l'hôpital. Dehors il aperçut Nobu et Ryu, eux aussi avaient reconnu la jeune fille et semblaient surpris de la voir accompagnée du flic, ils ne devaient pas être au courant de l'article l'accusant d'avoir tabassé son père. L'agent lâcha la jeune fille, pour maintenir la feuille de papier sur laquelle il devait signer, Kira regarda autour d'elle et Hayato eut un mauvais pressentiment. Prise de panique Kira se mit à courir vers la sortie.

-« Merde ! Mademoiselle revenez ! J'ai dit arrêtez vous immédiatement ! »

Le flic s'élança à sa poursuite, suivit d'Hayato. Kira était dehors, elle courrait aussi vite quelle pouvait, elle stoppa et fit un tour d'horizon avant de s'élancer à nouveaux mais elle fut attrapée par le bras et pressée contre quelqu'un. Cette personne plaça sa main sur sa bouche et chuchota à son oreille.

-« Chut ! C'est Nobu, bouges pas sinon on va se faire prendre »

Elle se détendit légèrement et eut un mouvement de recule en voyant l'agent de police passer devant eux. Elle vit Ryu, se pencher et attraper Hayato, comme elle avait été arrêtée quelques secondes pus tôt. Nobu retira sa main et Kira se dégagea lentement, elle mis ses mains sur ses genoux et respira calmement avant de se masser les côtes.

-« Merci… Encore une fois… Je suis désolée…»

Ils la dévisagèrent, étrangement ils ne trouvaient rien à dire, ils étaient simplement surpris de cette course, étonnés et indécis en ce qui concernait la suite des événements. Quand elle avait posé ses mains sur son abdomen, Kira avait remarqué le changement d'expression de Nobu.

-« Ne t'en fais pas, je vais bien… J'ai … »

Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase, que des sirènes retentirent.

-« Ils sont là !» hurla un agent.

Ryu attrapa la main de Kira et s'élança dans une petite rue adjacente. Nobu et Hayato certains que la jeune fille avait fait son choix et décidée de les suivre, prirent eux aussi leurs jambes à leur cou ! Kira souffrait le martyr, cette course n'était vraiment pas recommandée dans son état, elle faiblissait et les flics se rapprochaient.

-« Putain on va se faire avoir ! »

Ils allaient bientôt les rattraper quand un crissement de pneus les interpella. Une grosse fourgonnette jaune arrivait à grande allure dans leur direction. Nobu, Ryu et Hayato s'arrêtèrent de courir brusquement et se dirigèrent vers le véhicule, qui freina brutalement. Les portes sur le côté de la camionnette s'ouvrirent à la volée et deux garçons tendirent la main vers eux.

-« Magnez vous, ils arrivent !»

Hayato saisit l'une des mains tendues vers lui et Nobu fit de même, Ryu courant toujours vers le véhicule se détacha de la jeune fille pour l'aider à grimper rapidement. Hayato l'attrapa et un bruit cinglant se fit entendre suivit d'un deuxième.

-« Putain on nous tire dessus ! » hurla Hayato la jeune fille dans ses bras.

Le moteur de la camionnette ronronna de plus belle. Ryu fut attiré à l'intérieur et la fuite reprit. Des bruits métalliques se répandaient partout sur la carrosserie, on leurs tirait vraiment dessus. Kira était affolée elle tremblait, Hayato réussit à se redresser et l'installa entre les jambes de Nobu, qui l'entoura directement des ses bras, abaissant sa tête pour éviter les projectiles de la fenêtre qui venait de voler en éclats. A l'intérieur de la camionnette tout se baladait, certains cartons s'éclataient contre la paroi d'en face, la caisse à outils s'était violement fracassée elle aussi, libérant dangereusement tourne-vis, cutter et autre objets dangereux. Chacun essayait du mieux qu'il pouvait de se maintenir et de ne pas se blesser.

Kira tenta une position plus confortable et moins embarrassante malgré la situation, mais un nouveau virage plus que serré l'en empêcha. Elle se trouva de nouveau collée contre Nobu et ne put se retenir malgré sa gêne de se cramponner bien fermement à lui.

-« Tagachi, où il est !» hurla Hayato

-« Dans le coffre, dépêches toi ! »

Le jeune homme retourna à l'arrière du véhicule essayant du mieux qu'il pouvait de ne pas tomber. L'un des garçon était assis sur une grosse malle en ferraille, en voyant Hayato venir vers lui il comprit aussitôt ses intentions et se leva en se cramponnant aux parois pour lui ouvrit le coffre. Hayato déterminé se pencha à l'intérieur. Avant de sortir le bras de la malle il dévisagea ses amis, posa son regard sur Tagachi qui s'était retourné rapidement et qui acquiesça sans attendre le visage grave. Hayato regarda ensuite Kira, cette jeune fille peu ordinaire, qui depuis quelques jours était venue bouleverser sa vie. A cet instant elle plongeait dans ses yeux, cherchant une réponse. Qu'allait il faire ? L'un des Orphelins ouvrit les portes arrières de la camionnette, le vent s'engouffra à l'intérieur et Hayato se redressa, il tenait dans sa main droite un fusil. Kira sursauta à la vue de l'arme à feu, elle lui cria de ne pas faire ça, mais il était déjà trop tard. Hayato maintenu par la ceinture visait la voiture de police. Il tira un coup, puis deux et c'est le troisième qui leur permis de s'enfuir pour de bon. La balle avait touché le moteur qui c'était aussitôt enflammé. Ils avaient eu le temps d'apercevoir les flics sortir avant de la voir exploser dans un bruit terrible.