L'eau qui s'engouffre, le réveil, la vie. Une semaine déjà, que j'étais revenue à la vie. Ma seconde vie. J'avais appris à mes dépends, que je ne pouvais pas survivre à tout. J'avais déjà échappé une multitude de fois à la mort, il était sûr que ce soir-là, c'était Matt ou moi.
Toujours est-il, que chaque jour, je me réveillais en sursaut après ce cauchemar. À ce moment, tout ce qui me préoccupait, était de savoir si j'allais ou non achever ma transformation. C'est ce que j'avais fait. Je me retrouvais coincée depuis une semaine dans la pension des Salvatore. J'étais absente, mentalement parlant, la plupart du temps. Je regardais les rayons du soleil par la fenêtre, qui reflétait indistinctement sur ma peau. J'étais morte. Puis revenue à la vie. Je me sentais chanceuse, mais était-ce vraiment le cas ?
Ce matin-là, quelque chose a tilté en moi. J'avais survécu. J'avais la chance d'être encore présente avec les gens que j'aime. C'est ainsi qu'aux dépens de Stefan, je suis sortie. J'avais pris soin de me nourrir d'une poche de sang. Je me suis promenée dans cette ville, qui m'avait vu grandir, pleurer, rire et mourir. Je n'avais jamais remarqué qu'une odeur enveloppait mon patelin jusqu'à aujourd'hui, ni même remarqué que le parterre reflétait les couleurs de l'arc en ciel. Je pouvais être heureuse, non ? J'avais l'éternité devant moi, une force surnaturelle, une aura particulière, mes ami(e)s étaient toujours présent(e)s, j'avais tout ce qu'on pouvait rêver. Pourtant quelque chose en moi, me criait de prendre garde. Comme si je ne pouvais jamais être heureuse car quelque chose venait toujours me gâcher mon bonheur. C'est bien c'que je disais. Le trouble-fête s'est présenté comme étant une vision, un souvenir.
Ses cheveux de jais, son sourire bellâtre, sa peau étincelante, ses lèvres s'étirant en un sourire narquois. La nuit, un bal, une dispute. Ses paroles doucereuses, l'impact de ses mots. Son hypnose. Damon.
En une fraction de seconde, je m'étais souvenue. Je clignais des yeux, l'air béat, au milieu de la rue. Il m'avait fait oublier notre première rencontre. La bile m'est montée à la gorge comme le sang à la tête. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, j'étais devant la pension à attendre le traître.
Bien sûr, celui-ci n'était pas là, il était au bar à boire un de ses éternels bourbons. Ce n'est pas grave, j'avais l'éternité n'est-ce pas ? Après tout, le frère de mon actuel petit-copain (c'est un bien grand mot face à l'ampleur que notre relation avait pu prendre ) m'avait caché quelque chose de bien plus important que le petit acte que j'allais faire. J'avais décidé de fouiller dans sa chambre.
J'ai entrepris de monter à pas lourds les escaliers, mais un bruit de crépitement m'a fait tourner les talons. La cheminée venait de s'allumer. Par s'allumer, je veux dire toute seule. J'hochais la tête, incrédule, il ne me semblait pas qu'elle soit automatique. Je décidais tout de même, de faire mon expertise, j'ouvris délicatement la porte de la chambre la plus vaniteuse qu'il soit, la fenêtre était grande ouverte.
Une légère brise s'aventura dans la pièce puis un coup de vent sec, m'arracha à la contemplation du lit. Un deuxième crépitement se fit entendre, avec un rabattement de porte et de fenêtre qui claquent. Une fumée âcre parvint des escaliers et une odeur de brulé souleva mes poumons. La pension brûlait. Comment cela était-il possible ?
À cet instant précis, ce n'était pas cette question qui me chatouillait, mais plutôt, comment allais-je sortir de ce capharnaüm ? La chaleur, le feu. Je suffoquais malgré mon état vampirique. Je ne pensais pas jusqu' alors que cet épais nuage de fumée pouvait faire souffrir un vampire pourtant c'était bien mes particules aussi infimes qu'elles soient qui hurlaient la mort.
Je peux paraître absurde à cet instant, mais devais-je sauter par la fenêtre ? Pour un vampire ce n'est rien mais pour moi, vampire de fraîche date, ça ressemblait à un des travaux d'Hercule. Je pris mon élan afin de sauter par la fenêtre, j'avais déjà vu les athlètes prendre position pour mieux effectuer leur saut, bien sur eux n'avait pas un feu brûlant et ardent derrière eux. Je m'avançai délicatement et sautai. Vous avez déjà fait un plat contre l'eau ? Et bien moi, je venais de faire un plat contre le vide. Impossible de sauter et de dépasser l'embrasure de la fenêtre, une force invisible comme un mur de pierre me barrait la route. Une sorcière ? Ce fût mon premier raisonnement et c'était bien le seul que j'avais en ma possession. Je retentais vainement de m'échapper. Impossible. Quelqu'un ne voulait pas que je puisse m'enfuir, on voulait même me faire bruler vive. Des cris étouffés me parvinrent de la cour, un visage familier apparaissant dans l'encadrement de la fenêtre, Stefan. Puis plus rien.
Suis-je morte ?
