Chapitre 7
Sur le chemin du restaurant, je ne cesse de penser à Deidara, à sa méchanceté, à son sarcasme et à ce qu'il m'a dit avant de disparaître. Cela fait des mois que je lui demande de me parler de nos parents, que je le supplie de me donner ne serais ce que la plus petite information. Mais au lieu de me répondre, il me regarde et s'obstine à ne pas m'expliquer pourquoi je ne les ai pas encore vus.
On pourrait imaginer que la mort rend les gens gentils…et bien pas Deidara. C'est toujours le même gamin pourri gâté, horripilant. Il n'a pas changé.
Tsunade remet ses clés au voiturier et nous entrons. Le restaurant est vraiment luxueux et immense. C'est vraiment la classe, et le genre d'endroit où l'on vient dîner en amoureux, pas avec un neveu bougon.
Une hôtesse nous accompagne à une table recouverte d'une nappe avec des bougies, une salière et une poivrière. Je m'installe en regardant, ébloui, tout autour de moi. C'est tellement mieux que les restaurants où je vais d'habitude. Mais j'oublie vite ces pensées. Inutile de ressasser éternellement mon ancienne vie.
Tsunade commanda du saké pour elle, du soda pour moi et consulta le menu.
- Alors, comment ça va au lycée ? Et les copains ?
- Ca va merci
Nous sommes tout les deux nuls en conversation.
Elle posa sa main sur la mienne et faillit rajouter quelque chose. Mais avant qu'elle n'ait eu le temps de dire quoi que soit, je me leva de ma chaise et partit en courant. La serveuse m'indiqua la direction de toilettes sans que je lui demande.
Je traverse le hall en courant. En chemin, je croise un groupe dont les auras tourbillonnent avec une énergie éthylique tellement échevelée qu'elle m'affecte aussi et me laisse étourdi, nauséeux, au point que je crois voir Sasuke.
Je titube jusqu'aux toilettes, où j'agrippe le lavabo en luttant pour reprendre mon souffle. Je me concentre sur les objets qui m'entourent, et petit à petit, j'arrive à calmer mon agitation, à la recentrer et à la dominer.
Il faut croire que je me suis tellement habitué aux flux d'énergie sauvage que j'ai oublié à quel point cela pouvait me perturber quand je suis sans défense, sans mon Mp4.
Mais la décharge que j'ai ressentie quand Tsunade m'a touché trahissait tant de solitude, une telle tristesse résignée que j'ai cru recevoir un coup de poing dans le ventre. Surtout quand je me suis rendu compte que j'en étais le responsable. Tsunade se sent seule, mais je feins de l'ignorer. On vit sous le même toit, mais on ne se voit jamais. Pendant le journée, je suis au lycée, elle au boulot, et le soir et le week-end, je m'enferme dans ma chambre ou sors avec mes amis. J'oubli parfois que je ne suis pas le seul à avoir perdu ma famille, et que même si Tsunade m'a accueillie et essaie de m'aider, elle se sent toujours aussi solitaire et vide que le jour du drame.
J'aimerais vraiment lui tendre la main, l'aider à adoucir sa peine. Mais je ne peux pas. Je suis trop abîmé, trop bizarre. Je ne suis qu'un pauvre gars qui entend les pensées des gens et parle aux morts. Et le pire, c'est que je dois le cacher. Je ne peux pas me permettre de laisser approcher les gens de trop près, pas même elle. Le mieux que je puisse faire, c'est réussir mes études de lycée pour partir étudier loin d'ici, et lui permettre de retrouver une vie normale, dans laquelle elle sortirait peut être avec l'homme qui travaille dans le même établissement qu'elle. Elle ne le connaît pas, mais j'ai vu son visage quand elle m'a touché.
Je respire à fond, me met de l'eau sur le visage et retourne à notre table, bien décidé à faire des efforts pour qu'elle aille mieux, sans lui dire mon secret.
Je me rassied, boit une gorgée de soda et lui souris.
- Ca va ne t'inquiet pas. Alors ? Quoi de nouveau au boulot ?
Après dîner, j'attends devant le restaurant que Tsunade règle le voiturier. Je suis tellement absorbé dans mes pensées, que je sursaute en sentant une main se poser sur mon bras. Une onde de chaleur me traverse tout entier quand nos regards se croisent
- Tient, salut !
Sasuke me regarde de la tête aux pieds, avant de me regarder dans les yeux en souriant
- Tu es magnifique. J'ai faillit ne pas te reconnaître sans ta capuche. Tu as passé une bonne soirée ?
Je suis tellement tendu que j'ai du mal à acquiescer
- Je t'ai vu passer dans le hall tout à l'heure. Je voulais te saluer, mais tu semblais pressé, rajoute t-il
« Que faisait-il donc dans un hôtel de luxe un vendredi soir ? Habillé de ses éternelles bottes noires, d'un jean noir troué par endroit, d'une chemise blanche et d'une veste noire, il est beaucoup trop élégant pour quelqu'un de son âge, mais sa tenue lui va comme un gant »
- On a de la visite, dit il en réponse a ma seconde question muette : Où est Tsunade ?
Cette dernière arrive à point nommé. Je ne savais plus quoi dire. Ils se serrent la main pendant que je les présente. Sasuke me rend les paumes moites, me met l'estomac en vrille et je pense à lui sans arrêt
- Euh…Sasuke et moi sommes dans la même classe. Il arrive de Suna.
J'espère que cela va suffire, le temps que la voiture arrive. Ma tante lui sourit, et je me demande si elle aussi ressent ce bien être
- Il paraît que Suna est superbe. Je rêve d'y aller
- Tsunade est avocate, elle travaille beaucoup, dis je en bredouillant, les yeux fixés dans la direction d'où la voiture devrait arriver dans dix, neuf, huit, sept…
- Nous allions rentrer à la maison, mais si vous voulez vous joindre à nous, c'est avec plaisir, propose ma tante
Je la dévisage bouche bée, paniqué. Je n'en reviens pas. Je ne l'ai même pas vu venir. Je regarde Sasuke en priant pour qu'il refuse
- Merci mais je dois y aller, s'excuse t-il en faisant un geste du pouce par-dessus son épaule.
Mes yeux suivent le mouvement et s'arrêtent sur une rousse incroyablement sexy, vêtue d'une robe noire moulante, des hautes bottes à talon et une veste blanche.
Elle esquisse un sourire froid. Elle a un air moqueur, comme si c'était drôle de nous voir réunis ici.
En me retournant, j'ai la surprise de découvrir Sasuke tout prêt de moi, ses lèvres entrouvertes à quelques centimètres des miennes. Il frôle ma joue d'un doigt léger et cueille une tulipe rouge derrière mon oreille.
Et avant que j'aie eu le temps de réagir, je me retrouve seul devant le restaurant, où Sasuke est retourné avec son invitée.
Je contemple la tulipe, et en caresse les pétales vermeils et charnus, en me demandant d'où elle peut sortir, surtout plusieurs mois après le printemps.
Bien plus tard dans la soirée, seul dans ma chambre, je réalise que la fille rousse n'avait pas d'aura elle non plus.
Je devais dormir d'un sommeil de plomb, car, en entendant du bruit dans ma chambre, j'ai la tête tellement lourde et brumeuse que je n'ouvre même pas les yeux
- Deidara ? C'est toi ?
N'obtenant pas de réponse, je me dis qu'il s'agit encore d'une de ses mauvaises blagues. N'étant pas d'humeur à jouer, j'attrape mon deuxième oreiller et me le met sur la tête. Mais le remue ménage continu.
- Ecoute Deidara ! Je suis crevé OK ?! Je m'excuse de t'avoir parlé comme ça et je suis désolé si je t'ai blessé, mais je n'ai vraiment pas envi de reparler de ça maintenant ! Surtout qu'il est…
Je jette un coup d'œil à mon réveil
- Presque quatre heures du matin. Tu ne voudrais pas repartir et revenir plus tard ?
Sauf que maintenant, évidemment, je suis bel et bien réveillé. Je balance l'oreiller et fixe la silhouette assise prêt de mon bureau. Qu'y a-t-il de si important qui ne puisse pas attendre demain ?
- Je me suis excusé, d'accord ? Que te faut il de plus ?
- Tu me vois ? Me demande la silhouette en s'approchant
- Evidemment que je te…
Mais les mots me manquent quand je comprends que ce n'est pas deidara
