Coucou tout le monde ! Comme tjs je remercie mes quelques lecteurs tjs aussi fidèles et enthousiastes.
MrsElizabeth : Coucou ! Oui je ne suis pas hyper douée en intrigue policière donc du coup je ne suis pas étonée qu'un œil affuté comme le tien ait deviné l'identité de la coupable…haha ! En effet le mot de « Jane » était volontairement laconique et clair pour assommer la pauvre Lisbon de cette découverte ! Gros biz à toi et voici la suite.
Karo1215 : hello à toi ! Oui comme toi j'avais le cœur qui se serrait pour notre pauvre Dulaine qui ne méritait rien de tout cela. J'aime assez l'idée d'ailleurs qu'il demeure amoureux de son épouse et l'aidera dans la suite des démarches judiciaires. Allez, voici le tango si attendu. Merci comme tjs à toi de m'avoir suivie et soutenue. Grosbiz
Juste-un-lien : Oh chic chic, un nouveau lecteur/lectrice !Bienvenue à toi et merci de t'arrêter me faire un petit coucou. Je suis totalement d'accord avec toi, le film « Dance with me » est un petit bijou, malheureusement peu connu apparemment. C'est aussi pourquoi je ne pouvais décemment pas faire de ce brave Dulaine le coupable, c'est au-dessus de mes forces, hihi. Jane en bon danseur ?Bonne question, tu vas avoir de suite la réponse. Grobiz et merci beaucoup de ton comm.
Alia00 : coucou ! je te remercie aussi de ce commentaire très gentil. J'espère que la suite/fin te plaira également. biz
DreamsOfJisbon : coucou ma chère lectrice ! Alors tout d'abord merci pour ton com, tjs aussi adorable et « chou » (pour reprendre un des tes mots, hihi). J'espère que l'épilogue te plaira tout autant et en tout cas emrci de m'avoir suivie. Alors pour créer un compte il faut aller en haut à droite d'une page du site (peu importe où tu es) et cliquer sur (Log in », normalement va s'ouvrir une fenêtre avec les possibilité soit de t'identifier( si tu as déjà un compte) soit d'en créer un ce qui est ton cas (adresse mail et mot de passe de ton choix). Une fois que tu es dans ton compte, tu vas sur la gauche dans l'onglet « PUBLISH » Doc Manager tu rentres titres et caractéristique de ta fic et la télécharge depuis ton ordi (ainsi tu mets le texte en « attente » sur le site)
Puis une fois téléchargé tu fais « New story », tu sélectionnes le doc que tu viens de télécharger et tu le postes (après tu auras la possibilité de rajouter des chapitres bien sûr). Voilà j'espère que ça t'aidera…biz
Alors bien évidemment je ne peux que vous inviter à la fin à écouter la musique en même temps que se joue la scène. Il s'agit du célèbre Tango de Roxane de Moulin rouge. Les parties centrées et en gras lors de la danse correspondent aux paroles de la chanson, bien sûr.
Bonne fin de lecture et surtout merci encore de votre soutien.
Epilogue : corps à corps.
Alors que la compétition se poursuivait à l'intérieur de l'Auditorium, sans que personne ne se doute du drame que vivaient les Dulaine, les agents du CBI étaient occupés à boucler leur enquête. Sous les yeux dépités de Pierre Dulaine, Grace fit monter Anna à l'arrière du SUV noir, en prenant garde à ce que la détenue ne se cogne pas la tête. A quelques mètres de là, sur les marches qui menaient à l'entrée du grand bâtiment, Cho discutait avec le chef de la sûreté civile pour le remercier d'avoir laissé son équipe se joindre au service de sécurité de la soirée. Il fut bientôt rejoint par Jane et Lisbon, toujours en tenue de gala, qui observaient l'agent asiatique se comporter en excellent chef.
« Si j'étais vous, je ne partirai pas trop souvent de Sacramento, sans quoi il se pourrait bien que Cho prenne goût au statut d'agent senior, dit le consultant d'un ton taquin destiné à sa supérieure.
- Serait-ce une façon détournée de me dire que je vous ai manqué le temps que j'étais à New-York ? ironisa celle-ci sans se laisser démonter.
- Peut-être bien, fit Jane en haussant les épaules de façon énigmatique.
- Mwé…dîtes surtout que Cho s'est montré beaucoup plus sévère avec vous et que vous avez du mal à le supporter ! »
Cette fois, Jane ne répondit pas et tous deux reportèrent leurs regards respectifs sur Rigsby qui les rejoignait en haut des marches. Il tenait dans ses mains un long et élégant manteau noir qu'il tendit alors à Lisbon, agréablement surprise.
« Tenez boss, j'ai pensé que vous souhaiteriez vous couvrir un peu, fit maladroitement Rigsby en esquissant un sourire gêné.
- Wayne, vous êtes un amour, s'exclama la jeune femme aux anges, qui s'empara avec célérité du pardessus salvateur.
- Vous avez été vraiment formidable sur scène, patron, je ne savais pas que vous dansiez aussi bien.
- J'aurais autant aimé garder cela secret, croyez-moi Rigsby, déplora Lisbon qui, tout en nouant la ceinture de son manteau, adressa un regard accusateur à Jane.
- Et dire que j'ai manqué ça ! se moqua ce dernier en levant les bras au ciel. Pourquoi faut-il toujours qu'au moment le plus intéressant je sois enfermé dans une loge avec une criminelle ?
- Rappelez-moi à qui doit-on ce plan tordu déjà ?
- Plan qui a parfaitement fonctionné soit dit en passant, rétorqua malicieusement le mentaliste. Et vous devez reconnaître que je me suis fort bien comporté, aucun scandale, aucun mot déplacé en présence de ces messieurs les « pingouins » de la haute société. Un vrai gentleman…
- C'est vrai qu'avec toi, cela aurait pu être pire, intervint Cho qui les avait rejoints. Patron, nous conduisons Anna Dulaine au poste, son mari tient à nous accompagner. Vous venez avec nous ?
- Partez devant, Jane et moi vous rejoindrons plus tard. »
La réponse de la jeune femme surprit quelque peu ses interlocuteurs, surtout son consultant qui se tourna vers elle avec un air suspicieux, néanmoins il se garda bien de dire quoique ce soit. Cho quant à lui acquiesça sans broncher. Alors qu'il s'apprêtait à repartir, Lisbon le héla :
« Cho ?
- Hum ?
- C'est un excellent travail, bravo, dit-elle en lui adressant un gentil sourire.
- Je n'ai fait que suivre votre exemple, répondit-il de son air toujours aussi laconique mais pour quiconque connaissez Cho, il s'agissait là du plus beau compliment qu'il pouvait faire à un supérieur.
- Euh…si c'était le cas, tu ne m'aurais jamais dit que je te soûlais, se permit de faire remarquer Rigsby qui était bien décidé à faire payer à son équipier son manque de tact. Le patron ne nous parle jamais comme ça je te signale! »
Jane et Lisbon, toujours côte à côte, haussèrent les sourcils en même temps en posant leur regard à la fois étonné et amusé sur les deux équipiers qui se toisaient. Wayne, les mains dans les poches affichait un sourire satisfait, qui n'était pas sans rappeler celui qu'arborait Jane avant un de ses mauvais coups.
« Détrompe-toi, c'est justement parce que je me suis comporté en chef d'équipe digne de ce nom que j'ai modéré mes propos, répliqua Cho qui, lui, demeurait d'un calme olympien.
- Ah bon ? Et qu'aurais-tu fait sinon ? demanda Rigsby, d'un air ahuri.
- Pour te faire cesser ton flot de paroles incessant ? fit mine de réfléchir trois secondes son équipier. Je pense que je t'aurais étouffé avec les petits-fours. »
Devant la bouille outrée de Wayne et devant cet échange tellement typique de ses deux subordonnés, Lisbon ne put retenir un petit rire qui lui fit vraiment du bien.
« Tu sais quoi vieux ? reprit Rigsby d'un air dépité. Je retire ce que j'ai dit tout à l'heure. Finalement t'as raison, il est préférable que tu n'exprimes pas trop ce que tu ressens. »
Satisfait, Cho esquissa un discret sourire avant de se retourner vers Lisbon, qui semblait à présent plus détendue. Leur petit numéro avait eu le mérite de rendre le sourire à leur supérieure qui, lors de cette mission sous couverture, avait été contrariée mais aussi désolée par l'issue malheureuse pour Pierre Dulaine.
« A plus tard…patron ! » conclut sobrement Cho, en insistant bien sur le dernier mot, montrant ainsi qu'il lui rendait volontiers les rênes du pouvoir. Tandis que ce dernier se dirigeait vers le SUV où les attendaient Van Pelt et la détenue, Rigsby leva son pouce devant Lisbon pour rendre un dernier hommage à sa magnifique prestation de danseuse, ce qui fit de nouveau sourire la jeune femme, à présent bien plus légère.
Du haut des marches, Jane et Lisbon regardèrent l'équipe s'en aller dans le véhicule sombre du CBI. La nuit était douce et la lune brillait juste au-dessus d'eux, donnant un charme supplémentaire au lieu mythique de l'Auditorium, avec ses hautes colonnades majestueuses, au-pieds desquelles se tenaient debout les deux équipiers.
« Alors ? dit Jane en rompant le silence. Qu'avez-vous donc de si important à faire pour reléguer au second plan l'interrogatoire d'Anna ? »
Les mains dans les poches du vaste pardessus noir donné par Rigsby, Lisbon afficha un air de défi qui inquiéta quelque peu le mentaliste.
« Ne me dîtes pas que vous avez l'intention de retourner sur scène faire les deux danses de démonstration ?
- Et pourquoi pas ? le taquina-t-elle. Après tout, nous nous sommes durement entrainés.
- On dirait que vous avez pris goût aux feux des projecteurs.
- Pas du tout, nia-t-elle avec conviction en croisant les bras sur sa poitrine. Mais dois-je vous rappeler le nombre de fois où vous m'avez marché sur les pieds lors de nos répétitions ? Vous ne pensez tout de même pas que j'ai enduré tout cela pour rien… ».
Le sourire narquois qu'affichait à cet instant la jeune femme ne laissa aucun doute à son équipier quant aux intentions de Lisbon.
« Je vois, reprit Jane en désignant son interlocutrice du doigt, en me forçant à me ridiculiser sur scène en dansant avec vous, vous voulez vous venger.
- Voyons, ce serait très puéril, ironisa-t-elle en reprenant les paroles exactes que Jane avait prononcées quelques jours auparavant lorsqu'elle l'avait accusé de lui marcher exprès sur les pieds.
- Ce serait surtout « très janien », embraya-t-il en réemployant à son tour la réponse qu'avait fait alors la jeune femme. Je suis heureux de constater que je commence à déteindre sur vous.
- Et moi déçue de constater que vous fuyez la difficulté, le moucha-t-elle, fière de son petit effet. Après tout, je ne peux pas vous en vouloir de renoncer…pour une fois que vous reconnaissez les limites de vos capacités. »
Et toc ! Voilà qui était un juste rendu de tous les coups bas qu'il lui avait faits lors de cette mission : l'obliger à se faire passer pour sa partenaire de danse, la mettre mal à l'aise en faisant croire à Dulaine qu'elle était sa compagne, la forcer à porter cette robe affriolante loin de son style habituel, la mettre au pied du mur pour accomplir la salsa d'ouverture avec le meilleure danseur de la côte ouest… Mon dieu, qu'il était agréable de se sentir maîtresse de la situation pour une fois !
Jane l'observait et pouvait deviner le moindre fil de ses pensées : il devait d'ailleurs reconnaître que c'était de bonne guerre.
« Croyez-moi, vous seriez la première embêtée si je vous prenais au mot et si j'acceptais de retourner là-bas sous les yeux de cinq cents personnes, tenta-t-il de la coincer mais la jeune femme ne cilla pas.
- Croyez-moi, j'ai déjà affronté tout à l'heure ces cinq cents paires d'yeux avec la peur au ventre de me ridiculiser aux bras d'un maestro de la scène. J'ai déjà fait mes preuves devant cette foule affamée, je ne risque pas grand-chose, contrairement à vous ! »
Jane dût bien reconnaître que sa partenaire détenait cette fois un certain avantage, même s'il disposait encore d'un atout qu'ignorait Lisbon. Mais par égard à tous les efforts qu'avait dû accomplir la jeune femme, ainsi qu'à la confiance aveugle qu'elle avait bien voulu lui accorder malgré tout dans cette enquête, le mentaliste accepta de capituler.
« D'accord, vous avez gagné…je ne tiens pas du tout à faire un remake de Dirty Dancing devant tous les notables de la ville, fit-il en hochant la tête.
- Un remake raté vous voulez dire ? enfonça-t-elle un peu plus le clou, radieuse. Enfin, en ce qui vous concerne bien sûr …
- Vous pouvez être une vraie peste quand vous vous y mettez, lui fit-il remarquer en pinçant les lèvres.
- Flatteur… » ponctua-t-elle en affichant un sourire on ne peut plus hypocrite.
Voir Lisbon s'adonner au jeu de la basse vengeance n'était pas sans amuser le mentaliste qui devait reconnaître qu'elle avait quelques raisons de le faire tourner en bourrique. Mais il ne s'appellerait pas Patrick Jane s'il n'avait pas déjà trouvé un moyen de tourner cette situation embarrassante à son avantage. Rien que d'y penser, il en souriait déjà…
« Pour me faire pardonner Lisbon, je vous propose de vous ramener chez vous afin que vous puissiez vous changer avant de retourner au CBI.
- Non merci, déclina-t-elle, j'ai laissé mes affaires dans ma loge, je vais de ce pas retirer cette tenue qui ne me convient guère et…
- Non, attendez, l'interrompit le mentaliste en se postant devant elle pour l'empêcher de rebrousser chemin. Allons récupérer vos affaires si vous le voulez mais vous devez garder la robe encore un moment.
- Pourquoi ? demanda-t-elle d'un ton soudain très suspicieux.
- Je ne peux pas vous le dire, c'est une surprise, tenta-t-il d'esquiver.
- En général, je n'aime pas vos surprises, lui fit-elle remarquer.
- Faux, vous avez adoré quand je vous ai offert votre poney, ou encore la petite grenouille en papier, ou encore…
- JANE ! Pourquoi voulez-vous que je continue de porter cette robe ? le coupa-t-elle d'un ton menaçant.
- Car je peux vous offrir la vengeance que vous espérez prendre sur moi. » rétorqua-t-il un peu trop rapidement.
A ces mots, Térésa tiqua malgré elle, frissonnant en écoutant la manière toujours assez inquiétante avec laquelle Jane abordait ce sujet qui pouvait, en d'autres circonstances, être si délicat.
« Je n'aime pas trop quand vous parlez de vengeance » dit-elle sérieusement, d'un ton triste.
Ses beaux yeux émeraude avaient en l'espace d'une seconde perdu tout éclat de malice ou d'exaspération mais reflétaient à présent une réelle inquiétude, comme à chaque fois qu'elle resongeait à la Némésis meurtrière de son équipier. Ce dernier, qui ne voulait nullement la blesser, posa une main sur son épaule et plongea son regard dans celui, inquiet, de la jeune femme.
« Lisbon, je ne voulais pas vous inquiéter, dit Jane avec douceur sans la quitter des yeux. J'aimerais simplement vous montrer quelque chose qui nécessite que vous portiez encore cette tenue. Je vous promets que je ne cherche pas à vous duper ou à vous mettre dans une situation embarrassante. »
Et c'était vrai : si au début, Jane avait pensé se venger des taquineries de Lisbon à son encontre, rien ne comptait plus désormais que de jouer franc-jeu avec elle et de lui dévoiler une part de lui-même.
La jeune femme, quant à elle, observait avec attention celui qui se tenait devant elle et dut bien reconnaître qu'elle n'y trouva aucune duplicité.
« Pas de coup foireux sinon…, le menaça-t-elle, montrant par là-même qu'elle acceptait de le suivre.
- Promis, sinon vous aurez le droit de me trainer par la peau du cou sur la scène de l'Auditorium pour me botter les fesses devant toutes les huiles de notre Etat.
- Ne me tentez pas. » conclut-elle dans un souffle rêveur.
Alors tous deux retournèrent rapidement dans la loge qu'occupait Lisbon pour récupérer les affaires de la jeune femme cinq minutes plus tard, ils ressortaient en toute hâte pour éviter de se faire rattraper par les organisateurs du concours qui les obligeraient à effectuer leur danse de démonstration.
Arrivés devant la DS du consultant, garée un peu plus loin, ils reprirent leurs différends habituels.
« La soirée n'aurait pas été à son comble si je n'avais pas dû remonter dans votre machine infernale, ironisa Lisbon en s'installant à la place du passager.
- C'est vous qui avez refusé de rentrer avec l'équipe, lui fit remarquer Jane d'un ton narquois.
- Il n'y avait plus de place dans le SUV de toute façon, étant donné qu'ils ramenaient la coupable menottée à l'arrière.
- Oui, et on se demande grâce à qui ! » persiffla le mentaliste qui mettait le contact tandis que Lisbon lui lança un regard courroucé.
Le reste du trajet se déroula sans encombre, si ce n'est que Lisbon et son impossible équipier continuaient à se chamailler pour savoir qui avait joué le rôle le plus important dans la résolution de l'enquête. Après vingt minutes de route, la DS déboucha dans une grande avenue, passa devant Hisdon Park, où fut tuée Ellen puis tourna dans une rue sur la droite avant de se garer devant un grand bâtiment. Lisbon était tellement occupée à argumenter pour prouver que sans elle, le plan de Jane n'aurait pas fonctionné, qu'elle mit quelques secondes à se rendre compte que la voiture était arrêtée.
« Tout ça pour dire, que vous avez beau être un génie, vous n'auriez jamais pu confondre Anna si l'équipe et moi nous ne vous avions pas prêté main forte » conclut-elle, un peu essoufflée du débat auquel durant les dernières minutes elle s'était livrée en grande partie toute seule.
Jane l'observa avec un air amusé avant de déclarer, de manière posée :
« Je comprends mieux ce que voulait dire Cho par son envie d'étouffer Rigsby avec les petits fours pour lui faire cesser son flot de paroles incessant ! »
Sa réplique eut l'effet escompté : Lisbon ouvrit grand la bouche, outrée, mais elle se retint néanmoins de répondre, reconnaissant qu'elle s'était laissé emporter par son apologie d'elle-même !
Elle détourna alors la tête et observa les lieux où l'avait conduit Jane. Elle reconnut alors le bâtiment qui se dressait juste à côté d'eux.
« Il s'agit de la salle de danse de Dulaine, pourquoi nous avoir conduit ici ? » demanda-t-elle, intriguée.
Jane se contenta de lui lancer un sourire énigmatique avant de se pencher vers elle : elle se demanda un bref instant ce qu'il s'apprêtait à faire mais fut rassurée de le voir ouvrir la boite à gants. Il s'empara alors d'un petit boitier rectangulaire que Lisbon n'eut pas le temps d'identifier puis, sans rien ajouter, sortit de la voiture. Aussitôt, elle se détacha à son tour et s'extirpa cahin-caha de la DS qu'elle trouvait définitivement trop basse.
« Sortir de votre boite de conserve est pire qu'un accouchement aux forceps ! fit elle avec une grande mauvaise foi.
- Pourquoi, vous avez déjà vécu cette expérience ? la prit-il sur le fait. Je suis déçu que vous ne m'ayez jamais présenté votre enfant, Lisbon.
- J'ai peut-être juste voulu le préserver de votre mauvaise influence, rétorqua-t-elle sans se laisser démonter tout en le rejoignant sur le trottoir où il l'attendait. Bon alors, que fait-on ici ? »
D'un signe du doigt, Jane lui indiqua de le suivre avant de pénétrer dans le grand hall qui menait à la salle de danse. Quand elle arriva à ses côtés, elle le vit sortir un trousseau et trouver la clé ouvrant la porte d'entrée.
« Mais d'où sortez-vous ces clés ?
- C'est le trousseau d'Anna, je le lui ai pris dans son sac tout à l'heure, le temps que je l'attendais dans sa loge.
- Quoi ? s'insurgea la flic. Mais c'est n'importe quoi, c'est illégal.
- Réquisitionner les clés d'une criminelle est illégal maintenant ? ironisa-t-il en pénétrant dans la grande salle, suivie d'une Lisbon furieuse.
- Evidement, si ce n'est pas fait dans le cadre d'un mandat délivré par la justice, s'exclama-t-elle en prenant soin de refermer la porte derrière elle, comme pour cacher leur venue à un éventuel spectateur extérieur. Si vous trouvez quoi que ce soit ici comme preuve à verser au dossier, cela sera rejeté pour vice de forme !
- Du calme, tigresse ! fit le mentaliste, nullement impressionné par la colère de sa patronne. Nous ne sommes pas ici pour chercher un quelconque indice, on a déjà tout ce qu'il nous faut pour dresser un dossier irréfutable.
- Ah oui ? Et que sommes-nous venus faire ici alors ? »
Jane se dirigea vers les interrupteurs et alluma quelques lampes, laissant néanmoins la pièce plongée dans une lumière voilée et tamisée qui se reflétait dans les grands miroirs d'entraînement.
« Je vous donne l'occasion de vous venger de toutes les fois où je vous ai involontairement marché sur les pieds, fit Jane d'un ton amusé.
- C'est-à-dire ?
- Je n'ai peut-être pas été tout à fait honnête avec vous, dit-il en se dirigeant vers la chaine-hifi qui se trouvait sur le flanc droit de la salle. Et sans doute, ai-je un tantinet exagéré mon incapacité à exécuter correctement les bonnes figures. »
Lisbon demeura quelques secondes interloquée, se contentant de regarder Jane ouvrir le boitier pris dans la boite à gants, qui s'avérait être en réalité un CD. De loin, elle reconnut alors la jaquette couleur feu du disque musical que Dulaine tenait absolument à leur prêter quelques jours plus tôt pour que Jane et elle travaillent le tango. Alors que le consultant était occupé à insérer le CD dans la chaine, Lisbon afficha son air boudeur :
« Qu'entendez-vous exactement par « exagérer votre incapacité » ?
- Eh bien, sans doute ai-je oublié de mentionner que dans le cirque où je travaillais avec mon père, étant enfant, il y avait un couple de danseurs argentins qui s'occupaient des ballets et chorégraphie de la troupe, commença à expliquer Jane en s'emparant de la télécommande avant de se diriger vers une chaise placée sur le côté gauche de la salle. Que ces deux merveilleux artistes, nommés Ricardo et Paloma, s'étaient très vite pris d'affection pour moi, affection que je leur rendais bien. Que pendant des années ils m'ont communiqué leur goût pour la danse et qu'ils m'ont appris, entre autre, le tango et l'esprit dans lequel de vrais danseurs doivent l'interpréter. »
Tout en continuant de parler, Jane posa la télécommande sur la chaise, commença à déboutonner sa veste de costume et la retira. Puis, il enleva également le nœud papillon austère qu'il portait, se retrouvant simplement en chemise blanche et pantalon noir élégant. Lisbon le regarda faire, assimilant peu à peu les données qu'il lui transmettait.
« Vous êtes… en train de me dire….que vous savez parfaitement danser ? Bégaya la jeune femme, sous le choc.
- Vous auriez pu le deviner toute seule si vous aviez prêté attention aux remarques de Pierre Dulaine, lui fit remarquer le consultant dans un sourire malicieux. Souvenez-vous, il avait souligné ma bonne posture ainsi que la façon dont j'arquais les jambes avant chaque figure. Il avait très vite compris que je trichais sur mon véritable niveau. »
Toujours debout devant la porte d'entrée, Lisbon fusillait du regard son équipier qui se tenait à l'autre bout de la pièce.
« Donc, vous faisiez bien exprès de me marcher sur les pieds, dit-elle froidement, en tentant de retenir la rage qui montait peu à peu en elle.
- Il fallait bien que l'on pense que j'étais fort mauvais, expliqua-t-il en haussant les épaules. D'ailleurs quand nous avons rencontré Anna, le fait que vous ayez un partenaire si incompétent rendait encore plus facile la connexion que vous, excellente danseuse, vous tisseriez avec son époux, alimentant ainsi la jalousie maladive de Madame Dulaine.
- Et vous me dévoilez maintenant la vérité pour me montrer combien, une fois encore, vous m'avez manipulée et menti ? Vous voulez mesurer combien vous êtes plus habile que moi ? »
Dans la question de Térésa transparaissait, bien plus que de la colère, une profonde tristesse, d'avoir été encore une fois la marionnette de Jane.
« Pas du tout, Lisbon, répondit-il en la fixant avec tendresse. Il y a en réalité deux raisons qui me poussent à tout vous dévoiler ce soir, au risque de m'exposer encore un peu plus à votre courroux. Il aurait été aisé de vous dissimuler à tout jamais ce fait mais je voulais vous remercier de votre confiance. Vous m'avez suivi dans cette affaire et avez accepté de jouer ce rôle qui vous pesait tant. Quand je vous ai suppliée du regard de vous fier à moi alors que je vous envoyais en pâture sur scène avec Dulaine, vous l'avez fait. Et j'estime devoir vous dire la vérité, ne serait-ce que par égard à votre indéfectible soutien malgré les circonstances. »
La réponse de Jane mais surtout le ton sincère avec lequel il la prononça troublèrent grandement Lisbon : elle, qui aurait voulu l'empaler sur place pour le punir de toutes ses machinations, devait reconnaître qu'il avait en effet fait un gros effort. Jane n'aimait pas parler de lui, encore moins livrer des secrets de son passé ou de sa vie personnelle. Son équipière pouvait se vanter d'être l'une des seules, sinon la seule, à bénéficier d'une telle marque de confiance de la part du mentaliste.
La jeune femme plongea ses mains dans les poches de son long manteau pour se donner une contenance et accepta de radoucir quelque peu son visage.
« Et quelle est la deuxième raison ? embraya-t-elle un peu sèchement, montrant cependant qu'elle ne lui avait pas tout à fait pardonné. Vous disiez qu'il y avait deux raisons qui vous poussaient à me dire la vérité.
- La deuxième est que je veux vous donner l'occasion de me rabattre le caquet, ironisa Jane.
- C'est-à-dire ?
- Je vous propose un duel…ou plus exactement un duo, fit-il d'un air de défi alors qu'il défaisait le premier bouton de sa chemise sans quitter des yeux la jeune femme. Suivons les conseils du maître et réglons nos différends par le tango. »
Lisbon ne répondit pas mais ne quittait pas le consultant des yeux : s'il existait bien une danse qui pourrait retranscrire et libérer toute la colère qu'elle éprouvait en ce moment envers son équipier, c'était bien le tango. Et puis, ce blondinet était-il aussi doué qu'il le prétendait ? Cette danse, parfois nommée « la reine des danses » demandait une minutie technique et une concentration extrêmes pour espérer lui donner tout le relief qu'elle méritait. Mais elle était aussi la danse de la passion, de la sensualité, de la tension qu'il existait entre deux corps qui refusaient de se soumettre. Dulaine avait sans doute raison : les deux ego de Jane et Lisbon pourraient s'adonner à une lutte acharnée dans le tango.
Sans avoir à prononcer un mot, Lisbon fit comprendre à Jane qu'elle relevait le défi et un éclair dans ses yeux verts attestait qu'elle bataillerait dur pour rester à la hauteur. Le consultant sourit, prit la télécommande et appuya sur « play » avant de reposer le boitier sur la chaise.
Les toutes premières notes d'El Tango de Roxanne résonnèrent dans la pièce faiblement éclairée : les légères notes au piano posèrent une ambiance de calme avant la tempête. Quand soudain, violons et guitares amorcèrent un rythme plus soutenu pendant lequel Lisbon s'avança au centre de la salle, en défaisant la ceinture de son manteau avec assurance. Lorsqu'elle arriva au milieu de la piste, elle enleva son pardessus, sans lâcher Jane du regard, redécouvrant la robe carmin si adaptée à présent à la danse qu'elle allait effectuer. Face à elle, le mentaliste lança un sourire carnassier lorsqu'il la vit jeter de manière virulente le manteau sur le côté et il entreprit de retrousser les manches de sa chemise blanche impeccable.
Il était impressionnant de voir qu'en à peine quelques secondes la sage Térésa Lisbon et le puéril Patrick Jane s'étaient transformés en deux êtes enflammés, prêts à déverser toute leur passion dans un duel qui promettait d'être houleux.
«Will drive you…will drive you…will drive you …MAD !»
Alors que la voix rauque du chanteur s'élevait, Jane et Lisbon s'étaient rapprochés et se tournaient à présent autour comme deux lions guettant leur proie respective. Leurs pas se voulaient assurés et surtout ni l'un ni l'autre ne voulait être le premier à baisser les yeux. Si Jane arborait un sourire charmeur, Lisbon quant à elle demeurait droite et fière.
Quand démarra le couplet, Jane attrapa la main droite de Lisbon et l'attira brusquement vers lui. La jeune femme, se retrouvant plaquée contre le torse de son partenaire, leva alors la jambe gauche qu'elle appuya contre le côté droit du pantalon de Jane. Le tissu froid contre la peau de la jeune femme l'électrisa mais ne la grisa pas.
« Roxanne, you don't have to put on that red light
Walk the streets for money
You don't care if it's wrong or if it is right"
Les deux équipiers entamèrent une série de pas synchronisés, durant lesquels Jane avançait tandis que sa partenaire reculait, basant son tempo sur le rythme de la musique.
« Roxanne you don't have to wear that dress tonight »
Jane sourit en écoutant les paroles et posa un instant son regard sur la robe carmin et noir qui allait si bien à Lisbon et qui ne semblait plus guère la déranger à présent. Comprenant fort bien l'allusion, la jeune femme brune serra un peu plus fort la main de Jane dans la sienne pour le ramener à se concentrer sur la chorégraphie.
« Roxanne, you don't have to sell your body to thenight ».
Le rythme ralentit en fin de phrase et Jane fit habilement tourner sa partenaire qui se trouvait à présent le dos plaqué contre son torse à lui. Il enlaça de son bras droit la fine taille de Lisbon, posant sa main sur le ventre de celle-ci tandis qu'il tendait son bras gauche sur le côté, accompagnant celui de Lisbon dont il enfermait toujours la main.
« His eyes upon your face
His hand upon your hand
His lips caress your skin"
Ils se mirent tous deux à avancer d'un même pas, leurs dos corps moulés alors que Jane posait sa joue sur la chevelure brune de Térésa, qui tourna à peine la tête, de sorte que son nez gracile frôlait le cou de Jane derrière elle. Ce dernier déposa un fugace baiser dans les cheveux soyeux de Lisbon, toujours relevés par le peigne sombre qu'elle y avait mis. Ils se firent à peu près en même temps la remarque que leurs gestes concordaient avec les paroles de la chanson : les yeux, les mains, les lèvres…étaient autant de termes électrisants pour les deux danseurs qui ne se connaissaient plus de limites.
Soudain, Jane ressentit toute la douleur qu'était sensé éprouver celui qui chantait pour la femme qu'il ne pouvait avoir et le consultant eut la brève impression de bien connaître cette situation : Lisbon lui échappait tout comme la femme échappait à celui qui hurlait cette complainte.
« It's more than I can stand ! »
Aussitôt Jane retourna vivement sa partenaire contre lui et Lisbon se pencha en arrière avec une souplesse qu'il ne lui connaissait pas. Ils se trouvaient à présent de face : elle, la tête penchée en arrière, sa robe fendue dévoilant la finesse de ses jambes et lui, la retenant par la taille pour l'empêcher de tomber. D'ennemis qui se tournaient autour, ils étaient devenus alliés qui se soutenaient mutuellement.
« Why does my heart cry
Feelings I can't fight
You're free to leave me but
Just don't deceive me!».
Lisbon se redressa prestement tandis que Jane faisait mine de s'éloigner, lui tournant le dos ostensiblement tel l'homme brisé dont il devait jouer le rôle. Elle courut derrière lui, le rattrapant par les épaules et posant sa tête dans sa nuque, comme si elle le suppliait de rester. Elle remontait à présent sa jambe contre le flanc droit de l'homme qui détournait toujours la tête ce fut alors que la main de Jane se posa sur la cuisse de celle qui s'appuyait toujours derrière lui. Leur échange n'avait plus rien du duel, mais tournait à la parade nuptiale. Au fil de la musique, ils avaient réinterprété leur rôle respectif à leur façon : et que ce texte pouvait être significatif ! Il y était question de pleurs, de blessures, de déception mais aussi de sentiments contre lesquels on ne pouvait lutter. Etrangement, les mots revêtaient un sens précis pour chacun d'entre eux. Pour Lisbon, il s'agissait de cette peur constante qu'elle éprouvait pour son partenaire obnubilé par la vengeance de cette blessure qu'elle ressentirait fatalement le jour où Jane choisirait Red John plutôt qu'elle de cet éloignement inévitable qui découlerait de l'acte perpétré par l'homme qui aurait vengé sa famille.
Pour Jane, il s'agissait de ce sentiment de plus en plus profond qu'il éprouvait pour cette femme à ses côtés, de ce dilemme auquel il serait confronté car, s'il était certain qu'il ferait toujours passer sa vengeance en premier, il se pourrait que ce choix soit moins facile que prévu enfin de cette frayeur d'entraîner malgré lui cet être honnête et merveilleux dans le sillage de sa démence.
« And please, believe me when I say I LOVE YOU !"
Ainsi hurlait la voix qui émanait de la chaine hifi : une fois encore les deux danseurs lièrent leurs mains, ce fut au tour de Lisbon de retourner sauvagement celui qui demeurait dos à elle, elle posa ses deux mains sur le visage de Jane, l'obligeant à affronter la vérité : ils étaient bien plus liés qu'ils ne le pensaient !
Le forte musical se termina sur cette figure et les violons reprirent un rythme moins soutenu, le même qu'au tout début du morceau. En chœur, Jane et Lisbon entreprirent de reculer chacun de leur côté, agrandissant ainsi l'espace qui les séparait de plus en plus. Chacun exécutait des figures solitaires le temps de l'intermède musical qui mimait la séparation de ces deux corps. Puis en se tournant de nouveau autour ils se rapprochèrent en se toisant : les cheveux de Lisbon émanaient de son peigne qui avait grand mal à les retenir à ce rythme fou, quelques mèches ondulées tombaient le long de son visage, faisant ressortir son côté mystérieux et charmeur. Lorsque les violons eurent fini leur solo en crescendo et que tout l'orchestre reprit à l'unisson avec les deux chanteurs, Jane et Lisbon recommencèrent leur corps à corps enfiévré.
« Why does my heart cry
Feelings I can't fight
Why does my heart cry
Feelings I can't fight ».
Ils tournaient à une vitesse folle au milieu de la salle qu'ils ne distinguaient même plus tant ils étaient absorbés par leur tango.
Quand enfin résonnèrent les « Roxanne » incessants de la fin, ils enchainèrent plusieurs figures complexes : Jane souleva sa partenaire du sol et la fit tournoyer, puis il la reposa, elle embraya sur une autre pirouette, enfermant la taille de Jane de ses deux bras et levant en flexion parfaite la jambe gauche qui dévoilait toujours plus la douceur de sa peau. Dans la mouvance, une des manches gondolées de la jeune femme s'était abaissée, dévoilant la naissance de ses seins mais ni l'un ni l'autre des partenaires ne se souciait de cette sensualité outrancière si inhabituelle chez la brunette.
Enfin arriva la note finale : après avoir enchainé des mouvements endiablés et parfaitement synchronisés, Jane plaqua la jeune femme contre lui, tout en tenant une de ses mains et il la souleva celle-ci croisa ses jambes derrières le dos de son partenaire qui les faisait tournoyer sur place pendant plusieurs secondes, tandis que Lisbon se tenait solidement accrochée à son équipier. Puis ils finirent en parfaite symbiose : il la reposa vivement et tomba à genoux devant celle dont il tenait fermement la taille, le front appuyé contre son ventre délicat Lisbon la tête penchée en arrière, les mains posées sur les cheveux blonds de son partenaire, ferma les yeux pour profiter de l'ultime sensation d'avoir mis cet homme à ses pieds.
La musique s'arrêta, laissant les deux protagonistes à bout de souffle au milieu de la salle de danse qui ne reverrait sans doute jamais de tango plus passionné. Lisbon redressa le buste et, finalement, tomba essoufflée, à genoux elle aussi, juste devant Jane. Leurs visages respectifs n'étaient qu'à quelques centimètres et des gouttes de sueurs glissaient sur leurs peaux. Ils restèrent ainsi quelques secondes, sans parler, juste à reprendre leur respiration et à se fixer sans jamais se lâcher du regard. Ce fut Lisbon qui rompit le silence troublant dans lequel les deux semblaient se perdre :
« Alors, je crois pouvoir dire que j'ai gagné le duel non ? Vous avez fini à genoux devant moi, le taquina-t-elle toujours en soufflant.
- Sauf que vous m'avez vite rejoint, la preuve, regardez-nous, répondit-il avec ce même air malicieux qui montrait son envie d'avoir le dernier mot.
- Mais la danse était finie donc ça ne compte pas.
- D'accord je vous accorde cette manche, señorita » reconnut-il avec grandeur d'âme.
Pourtant ni l'un ni l'autre ne fit un geste pour se reculer, ni même pour se relever : ils restèrent face à face, bien plus proches qu'ils ne l'avaient jamais été. Jane se permit de remonter la manche de Térésa qui avait glissé lors de leur échange passionné et en profita pour effleurer la peau de la jeune femme, cette peau qu'il avait caressée plusieurs fois lors de la danse.
« Ça c'était du tango, du vrai, remarqua-t-elle d'un air admiratif.
- Savez-vous que le verbe latin « tango » signifie « toucher » ? reprit Jane de son air docte, sans pour autant baisser les yeux.
- Sans blague ? Heureusement que vous me le dîtes car je l'ignorais totalement, ironisa la jeune femme qui croyait lui avoir montré qu'elle en savait autant que lui sur cette danse.
- Ayez la victoire modeste, Lisbon, il faut être deux pour réussir un tango, la taquina-t-il à son tour.
- Je veux bien reconnaître que vous êtes un bon danseur.
- Hum…
- D'accord un excellent danseur même, fit elle en levant les yeux au ciel.
- Ah !
- Mais n'espérez pas que je dise que ce fut le plus merveilleux duo de toute ma vie !
- Mais ce fut le cas ! » rétorqua-t-il en souriant.
Amusée malgré tout par l'attitude enfantine de son consultant, Lisbon ne put retenir un beau sourire, et Jane ne la trouva que plus radieuse.
« En tout cas Dulaine avait doublement raison premièrement cette danse nous va à merveille, fit Jane qui se mit debout et tendit la main pour aider sa partenaire à se relever à son tour.
- Je crois en effet que nous nous sommes bien débrouillés, corrobora-t-elle mais une fois debout, elle ne put récupérer tout de suite sa main, que le consultant conservait étroitement serrée dans la sienne.
- En deuxièmement, le plaisir est définitivement plus important que la performance technique » dit-il du même air taquin qu'il avait commenté cette phrase prononcée plus tôt par Dulaine.
Le sous-entendu étant encore bien présent dans leurs deux esprits, il n'était pas difficile de sentir la tension qui montait entre ces deux-là, surtout après le sensuel corps à corps auquel ils venaient de se livrer. Lisbon leva ses yeux émeraude vers Jane qui ne souriait plus, sans doute parce qu'il prenait conscience de l'attirance qu'il éprouvait de plus en plus pour cette femme. Certes il pouvait arguer du fait que ses sens avaient été quelque peu échauffés par ce tango enflammé, par la manière parfois provocante et séduisante avec laquelle leurs deux corps s'étaient mêlés fugacement mais s'il devait être honnête avec lui-même, il savait que le problème était tout autre. Il avait cherché à prouver à Térésa qu'elle tenait bien trop à lui pour lui en vouloir très longtemps. Mais ce qu'il était parvenu à faire en réalité était de mettre en évidence l'attachement que, lui, éprouvait pour Lisbon. Toujours les mains liées, ils demeuraient debout, immobiles après tant d'émotions, ne sachant quoi dire.
Lisbon observait Jane et ne parvint pas à déchiffrer le panel de sentiments que son visage traduisait à cet instant. Mais son instinct de femme lui fit comprendre les doutes qui assaillaient son consultant éprouvé et un peu perdu.
Alors pour une fois, ce fut elle qui joua les « mentalistes ».
« Le tango est un moment de parfaite communion entre deux corps et deux esprits, commença-t-elle en s'approchant doucement de son équipier qui la laissa faire. Mais cela ne dure qu'un moment. »
Elle avait beau se faire la voix de la raison, elle devait reconnaître que ses sentiments pour son consultant étaient devenus dernièrement de plus en plus indéfinissables.
« Qu'un moment volé, Jane, murmura-t-elle. Rien de plus. »
Jane luttait pour ne pas la contredire : mais que lui arrivait-il ? Depuis quand était-il si troublé devant une femme ? Devant LISBON ? Il se fit violence pour rassembler toute sa raison et adressa à la jeune femme si près de lui un beau sourire.
« Alors merci pour ce moment volé…et unique ! » conclut-il en déposant un léger baiser à la commissure de ses lèvres.
Lisbon se laissa faire et se surprit même à apprécier un peu trop cette brève étreinte. Tous deux en vinrent même à se dire que c'était là le moment le plus sensuel de toute la soirée, quoiqu'ils se soient adonnés à des figures bien plus suggestives tout à l'heure. Mais là, c'était réel, et non une intrigue factice tissée sur une musique envoûtante.
Sans rien ajouter de plus, Jane enleva le peigne qui retenait tant bien que mal la longue chevelure ébène de la jeune femme pour libérer sa belle crinière sombre. Puis après un dernier sourire, il s'éloigna d'elle : Lisbon comprit qu'il souhaitait conserver le peigne comme souvenir de ce moment intime, unique…et volé !
« Je crois que l'équipe nous attend » dit Jane tandis qu'il se dirigeait vers la chaine hifi pour l'arrêter, laissant le disque à l'intérieur. Pierre Dulaine comprendrait sûrement en le trouvant le lendemain…
« Et je suppose que vous ne voulez pas vous rendre au CBI ainsi vêtue, quoique les suspects seraient sans doute beaucoup plus disposés à tout vous révéler ! » poursuivit-il d'un ton taquin.
Lisbon lui enviait cette faculté de balayer d'un seul geste toutes les émotions contradictoires qui l'assaillaient et de reprendre le cours normal de la vie comme si rien ne s'était passé. Sortant à son tour de sa torpeur, elle partit ramasser le long manteau noir qui gisait au sol et l'enfila rapidement, comme si elle réalisait d'un coup l'indécence de sa tenue, ainsi exposée au regard de Jane. Un peu déboussolée, elle ne parvenait pas à faire le tri de ses pensées et s'énervait sur la ceinture qu'elle n'arrivait pas à nouer. Soudain elle sentit deux mains chaudes se poser sur les siennes et vit Jane devant elle, elle ne l'avait pas entendu approcher. Il noua doucement la ceinture noire du pardessus de celle qui refusait à présent de le regarder dans les yeux. Une fois cela fait, il reprit la main de la jeune femme et dit d'une voix douce :
« Je vous en prie, que rien ne change entre nous, Térésa… »
Son ton semblait être celui d'une supplique et la jeune femme consentit enfin à recroiser les yeux azur qu'elle avait tenté de fuir. Elle y lut un profond trouble mais aussi une panique qu'elle ne pensait pas voir un jour en Jane : la panique de la perdre…
« Quoiqu'il arrive, je reste à vos côtés … Patrick » le rassura-t-elle d'un regard tendre.
Aussitôt Jane eut l'impression de mieux respirer. Ils se reculèrent d'un pas tout les deux et après un dernier regard, Lisbon se dirigea vers la porte pour sortir. Quand elle fut partie, Jane regarda le peigne qu'il tenait toujours dans la main et une phrase précise du Tango de Roxanne lui revint en mémoire
« And believe me when I say I LOVE YOU…".
FIN.
