-Alors Ducky, qu'est-ce que tu as pour moi ?

-Heure de la mort, je dirais, approximativement, aux alentours de 3 heures ce matin. Je ne peux pas encore te dire de quoi il est mort : il présente une plaie importante à l'arrière du crâne, mais aussi une blessure conséquente à l'abdomen et il a également les cervicales brisées. Ces trois coups ont l'air d'avoir été portés presque simultanément. Donc il faudra attendre que je le ramène à la maison sur ma table d'autopsie pour savoir laquelle de ces trois blessures lui a été fatale.

-Tu me feras parvenir tes conclusions dès que possible.

-Comme d'habitude, mon cher.

Gibbs se leva ensuite et entra dans le bar pour interroger le barman qui avait découvert le corps.

-Monsieur ?

-Monsieur Gordon

-C'est vous qui avez découvert le corps ?

-Oui. Je…je venais de déposer les bouteilles vides, le livreur vient les récupérer tous les matins entre 8h et 9 h. Là, le chien s'est mis à aboyer et à gratter alors, je suis allé voir ce qu'il voulait attraper derrière la poubelle et… c'est là que…que j'ai vu le corps de Kevin.

-Kevin, la victime ?

-Oui. C'était un habitué des lieux depuis de nombreuses années. Un gars très sympa et discret.

-Il venait en général seul ou accompagné?

-La plupart du temps il était accompagné, mais il lui arrivait de venir seul à de rares occasions. Mais, généralement, l'homme qui l'accompagnait habituellement le rejoignait toujours plus tard.

-Donc, vous me dites qu'il était toujours accompagné du même homme ? Et vous ne pouvez pas me donner un nom puisqu'il semble qu'il était lui aussi un habitué ?

-Oui. Depuis deux ans, il venait toujours avec le même homme et non, je ne peux pas vous donner de nom. Il était vraiment très discret et ne parlait avec personne, hormis Kevin, qui a toujours respecté son désir d'anonymat. Et il payait toujours en espèce.

-Et hier soir, étaient-ils ensembles ?

-Oui, mais ils ont eu une dispute.

-A quel sujet ?

-Ça, je ne peux pas vous le dire. Le bar était bondé et ils ne parlaient pas suffisamment fort pour qu'on puisse entendre leurs propos.

- Alors, qu'est-ce qui vous fait dire qu'ils se disputaient ?

- Kevin avait l'air furieux et il lui a jeté son verre à la figure avant de se lever pour quitter la table.

- Et qu'a fait l'autre homme ?

- Je l'ai vu se diriger vers les toilettes et après, il a disparu.

- Et Kevin ?

- Il est venu un moment au comptoir et ensuite, je ne sais pas. J'ai été débordé et je n'ai plus fait attention à lui.

-Pourriez-vous me décrire cet homme ? Est-ce que c'était un marine, lui aussi ?

-Non. Ce n'était pas un militaire. Enfin, je ne pense pas. Il n'en avait pas l'allure en tout cas.

Le barman regarda par la porte de service et contempla Ducky et Palmer qui étaient occupés à enfermer le corps dans un sac de transport.

-Mr Gordon, pourriez-vous me donner la description de l'homme qui l'accompagnait. Insista Gibbs, légèrement exaspéré par le manque d'attention de son témoin.

-Je peux faire mieux que vous le décrire, je peux vous le montrer. Il est là. C'est lui là-bas, à côté du corps.

Gibbs, quant à lui, se pétrifia, complètement ahuri par cette information. Tony, son agent senior Anthony DiNozzo, qui était connu comme le loup blanc pour ses innombrables conquêtes féminines, chassait sur les deux tableaux ? Non, c'était impossible ! Il devait y avoir une erreur ! Cet homme était en train de lui raconter n'importe quoi.

Mais, quand il regarda attentivement l'air abattu du jeune homme, il sut au plus profond de ses tripes que c'était la stricte vérité. Tony était l'homme mystérieux, et fort certainement l'amant, qui s'était trouvé avec leur victime la veille au soir.

-Vous êtes sûr de vous ? Il ne s'agirait pas plutôt de quelqu'un qui lui ressemble ?

-J'en suis sûr à cent pour cent ! Des yeux et une bouche pareils, ça ne s'oublie pas.

Gibbs le regarda, perplexe.

-Comment faites-vous pour voir ce détail d'ici ?

-J'ai une excellente vue, 13 à chaque œil et je suis également très physionomiste. Il me suffit de voir une personne une fois pour vous la décrire parfaitement quelques jours plus tard. Maintenant, je comprends mieux pourquoi il voulait rester très discret….s'il fait partie d'une agence fédérale.

-Mr Gordon, Kevin a-t-il parlé avec quelqu'un d'autre quand il était au bar après leur dispute ?

-Oui, je l'ai vu parler avec un autre homme. La trentaine, 1m87 environ, cheveux sur les épaules légèrement ondulés et châtain, les yeux marron et avec un tatouage sur le biceps droit représentant une licorne. Il portait un jean et un tee-shirt sans manches noir. C'est la première fois que je le voyais ici.

-L'avez-vous vu partir ?

-Non, je n'ai pas fait attention. Tout ce que je peux vous dire de plus, c'est qu'il a payé ses consommations en liquide.

-Merci pour vos informations. Appelez-moi à ce numéro si un autre détail vous revenait.

-Sans problème. Répondit Gordon en empochant la carte de visite qui lui était tendue.

Ducky et Palmer embarquèrent le corps et prirent la direction du NCIS.

Gibbs rejoignit ses agents et observa discrètement Tony qui semblait visiblement mal à l'aise et perturbé.

Ils terminèrent de récolter les derniers indices avant de tout remballer et de remonter dans le camion. Le trajet du retour se fit dans un silence pesant. Tony et Gibbs étaient tous deux très tendus, et Ziva et McGee, sentant bien que quelque chose clochait, restèrent également silencieux.

Quand l'ascenseur arriva à leur étage Gibbs retint Tony par le bras et ordonna aux autres de se mettre au travail.

Il pressa la touche qui menait à la morgue mais bloqua rapidement l'ascenseur dès que la cabine se mit en mouvement.

Tony regarda son patron d'un air étonné.

- Patron, qu'est-ce qu'il te prend ?

-Tu n'aurais rien à me dire, par hasard ? Son regard était perçant, voire menaçant.

Tony se mordit les lèvres et regarda le sol de la cabine, sans répondre.

-Tony ! Maintenant. La voix de Gibbs était tranchante et intransigeante. Depuis quand joues-tu sur les deux tableaux ?

- ...

Excédé, il attrapa Tony par le col de sa chemise et le plaqua violemment contre la paroi de l'ascenseur.

-Je veux des réponses! Étais-tu, oui ou non, l'amant de notre victime!

-Pourquoi tu me le demandes, si tu connais déjà la réponse. Le barman a bien dû te dire des choses.

-Je veux l'entendre de ta bouche !

Il repoussa les mains de son patron

-Tu auras ma démission sur ton bureau dans l'heure.

-Je ne veux pas de ta démission, je veux des réponses ! Et tu vas me les donner tout de suite en salle d'interrogatoire.

-Tu ne crois quand même pas que c'est moi qui l'aie tué ?!

-Ça, ce sont les preuves qui nous le diront. Mais avoue que pour le moment, elles sont plutôt contre toi : tu étais l'amant de la victime depuis au moins deux ans et un témoin vous a vu vous disputer hier soir à proximité de l'endroit où il a été retrouvé mort.

Gibbs ne pensait sincèrement pas que Tony ait pu tuer cet homme, mais il se devait de suivre les indices…et les indices pointaient tous en direction de Tony, pour le moment.

-Je suis en état d'arrestation alors ?

-Non. Mais tu vas être entendu comme suspect. Pour l'instant, tu vas me remettre ton arme et ton insigne. Tu es suspendu jusqu'à nouvel ordre.

Un éclair de douleur mélangé à un autre sentiment que Gibbs ne parvint pas à déterminer traversa le regard de Tony quand il lui remit son arme et son insigne.

-Et maintenant, que va-t-il se passer ?

-Risque-t-on de trouver des indices compromettants contre toi en enquêtant sur la victime?

-Sûrement mon ADN sur Kevin… On…on a eu un rapport sexuel hier soir avant d'aller au bar. Et vous trouverez certainement ses cellules épithéliales sur mes menottes. Dit-il tout en les lui remettant.

Gibbs haussa un sourcil surpris à cette déclaration et à tout ce qu'elle sous-entendait mais ne fit aucun commentaire. Il glissa la paire de menottes dans un sachet à indices qu'il avait dans la poche et fit repartir l'ascenseur sans ajouter un mot.

- Suis-moi lui dit-il enfin, quand les portes s'ouvrirent au niveau de la morgue.

Gibbs entra dans la salle d'autopsie, suivi de près par Tony qui posa son regard le corps de son amant .

-Alors Ducky, tu as réussi à déterminer la cause de la mort ?

-Oui, c'est la rupture de ses vertèbres cervicales qui l'a tué. L'entaille à la tête, bien que profonde, a vraisemblablement été faite avec la crosse d'une arme et celle à l'abdomen par une arme blanche.

En entendant ce dernier détail, Gibbs regarda Tony qui comprit aussitôt ce qu'il voulait. Il retira aussitôt son couteau de son étui accroché à sa ceinture et le lui tendit en évitant soigneusement de croiser son regard le laissant toujours plongé sur la dépouille de Kevin.

-Un de vous deux pourrait-il me dire ce qu'il se passe ici ? Interrogea Ducky, intrigué par le comportement bizarre des deux agents.

-Palmer, sortez de la pièce pendant un moment, ordonna Gibbs d'un ton sec.

Le jeune assistant sortit sans demander son reste, ne voulant surtout pas se mettre l'ex marine à dos.

Une fois qu'ils furent tous les trois seuls, Gibbs expliqua rapidement l'affaire à Ducky qui ne fit aucune réflexion.

- Est-ce que tu as d'autres choses à m'apprendre sur le corps de notre victime, Ducky ? Demanda finalement Gibbs avant de prendre congé du légiste.

- Et bien…j'ai également relevé des blessures défensives sur ses avant-bras et des traces sur ses poignets qui sont pré-mortem et qui indiquent que notre jeune marine a eu les mains entravées peu de temps avant sa mort. Son meurtrier l'a peut-être immobilisé avant de le tuer…

- Euh…..non….je crois que ces marques sont dues à mes menottes dit Tony franchement mal à l'aise.

Gibbs, qui se doutait bien des raisons pour lesquelles Tony lui avait dit que des cellules épithéliales de la victime risquaient d'être trouvée sur ses menottes resta impassible tandis que Ducky leva vers lui des yeux interrogateurs, attendant clairement une explication de la part du jeune homme.

Tony dansa d'un pied sur l'autre, visiblement de plus en plus gêné.

- Nous….euh….Kevin et moi…on aimait bien parfois rajouter un peu de mise en scène lors de…..euh….de nos….rencontres.

- Oh….je vois se contenta de commenter le légiste.– Et bien, au moins, voilà une énigme de résolue. On sait d'où viennent ces traces sur ses poignets, continua-t-il, pragmatique.

- Tu me tiens au courant si tu trouves autre chose dit Gibbs tout en poussant fermement Tony vers la sortie.

-Mais bien sûr mon cher ami. Si je trouve quelque chose, tu seras le premier informé.

Ils s'engouffrèrent de nouveau dans l'ascenseur que Gibbs arrêta une nouvelle fois entre deux étages.

-Je ne veux pas gâcher ta carrière. Ta mise à pied n'a donc rien d'officiel et je vais essayer de garder cette affaire aussi confidentielle que possible. Aux yeux de tous, tu seras en vacances. Bien sûr, je vais devoir mettre Abby au courant et sûrement aussi Ziva et McGee. Tu vas aller récupérer tes affaires et ensuite, tu rentres chez toi et surtout tu y restes tant que cette affaire n'est pas résolue ! Je passerai te voir pour t'interroger. C'est bien clair ?

- Oui patron marmonna Tony sans oser croiser le regard de son supérieur, trop effrayé d'y lire du dégoût ou pire…de la déception.

Gibbs réenclencha l'interrupteur et l'ascenseur reprit son trajet. Juste avant que la cabine ne s'immobilise à l'étage de l'open-space, il posa une main sur le bras de Tony qui lui jeta un coup d'œil furtif pour déchiffrer son expression.

- Et Tony, je ne t'en veux pas et mon estime pour toi n'a pas baissé parce que tu es ce que tu es. Je suis un peu surpris parce que je ne m'attendais pas du tout à ça mais tu ne me dégoûtes pas, ni rien d'autre de ce qui a pu te traverser l'esprit. Ok ? Tu es toujours mon agent et je ferais tout mon possible pour prouver ton innocence.

Les yeux de Tony se remplirent de larmes qu'il ne laissa cependant pas couler. Un sentiment de soulagement l'envahit en sachant que son patron, l'homme qu'il admirait le plus au monde et dont il était éperdument amoureux depuis des années, ne le reniait pas parce qu'il avait appris qu'il aimait aussi les hommes. Cela lui donna le courage et la confiance nécessaire pour affronter des événements qui allaient immanquablement être très durs pour lui. Il carra les épaules et prit une profonde inspiration avant que les portes ne s'ouvrent.

- Patron, merci….pour tout.

Gibbs se contenta de lui sourire d'un air rassurant et Tony s'engouffra entre les portes qui venaient de coulisser donnant un dernier coup d'œil à son patron. Les portes de l'ascenseur se refermèrent et Gibbs appuya sur le bouton pour se rendre au labo afin d'apporter les dernières pièces à conviction à Abby. Le visage crispé, il respira un bon coup. Il avait un meurtrier à coincer et un de ses agents à innocenter. Il n'y avait pas de temps à perdre et sa première piste sérieuse était le mystérieux homme au tatouage de licorne. Il semblait être l'une des dernières personnes à avoir vu Kevin Granger vivant. Il fallait absolument qu'il parvienne à lui mettre la main dessus. L'avenir de Tony en dépendait.

-Où est Gibbs ? Demanda McGee en voyant Tony revenir seul.

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-Avec Abby, je suppose.

Tony prit son sac à dos et y jeta deux, trois affaires.

-Qu'est-ce que tu fais? demanda Ziva d'une voix intriguée.

-Je prends mes affaires, je suis en vacances.

-En vacances ? Comme ça, d'un seul coup, avec une affaire de meurtre sur les bras ?

-Oui.

-C'est pour ça que Gibbs avait l'air furieux contre toi, répliqua McGee.

Tony ne répondit pas et quitta l'open-space.

-Quel moustique l'a piqué ?

-On dit mouche Ziva.

-Oh ça va ! Tu ne trouves pas ça bizarre, toi, que Gibbs lui accorde des vacances en plein milieu d'une enquête ?

-Je ne sais pas. Peut-être que Tony a des problèmes familiaux.

- Ça m'étonnerait, il n'est pas vraiment très proche de sa famille. Ça doit être autre chose. Je te le dis : il doit y avoir aiguille sous roche.

- Anguille. Il doit y avoir anguille sous roche.

- Bon, c'est bon ! Tu ne vas pas reprendre tout ce que je dis ! Tu ferais mieux de réfléchir à ce qui se passe avec Tony à la place !

- On ferait surtout mieux de réunir des informations sur notre victime pour avoir quelque chose à dire à Gibbs quand il va revenir. Il avait déjà pas l'air de bonne humeur alors il vaudrait mieux éviter de l'énerver davantage.

- Tu as raison. Mettons-nous au boulot.