Comme promis, une suite rapidement. Merci pour vos com's ça fait chaud au coeur
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Washington, appartement de DiNozzo.
Tony entra chez lui et soupira. Il posa ses clés sur la petite table à droite de la porte d'entrée et déposa son sac de courses sur le comptoir de la cuisine. Comme un automate, il rangea les provisions qu'il venait de faire avant de se servir un grand verre de whisky. Le même que celui que buvait son père : le meilleur, mais aussi le plus cher des whiskies.
Après l'avoir avalé cul-sec, il alla dans sa chambre se changer et enfiler des habits plus confortables. Il regarda autour de lui : le lit était défait et les vêtements que portaient Kevin avant leurs ébats trainaient dans un coin avec les siens. Il alla à la salle-de-bains et prit au passage les vêtements qu'il portait la veille pour les mettre dans un sachet afin de les passer à Gibbs. Il savait parfaitement que celui-ci les voudrait comme pièces à conviction, pour vérifier qu'ils ne portaient aucune trace de sang.
Maintenant, il n'avait plus qu'à attendre l'arrivée de son patron. Il partit s'asseoir au salon, sa bouteille de whisky à la main et son esprit tournant à plein régime. Il était vraiment mal barré sur ce coup-là. Sa carrière était, à coup sûr, sur le point de se terminer et, si l'équipe n'arrivait pas à prouver son innocence, il finirait certainement ses jours derrière les barreaux. Il entendit du bruit dans le couloir et leva instinctivement son regard vers la porte d'entrée mais les bruits de pas s'éloignèrent. C'était sûrement un des ses voisins.
Il se releva pour fermer la fenêtre des travaux dans la rue venait s'ajouter à ceux de l'immeuble en rénovation juste en face du sien.
Une rassit , Il leva la bouteille et en but une généreuse gorgée à même le goulot.
Il repensa à la dispute qu'il avait eue avec Kevin et se sentit coupable de la situation. Peut-être que s'il n'avait pas réagi comme ça avec lui, ils ne se seraient pas fâchés et seraient rentrés ensemble chez lui…Si il avait put au moins lui dire qu'il l'aimait même si ces sentiments n'était pas très profond .. .ce dernier serait toujours en vie. Mais après tout, il ne lui avait jamais rien promis, et avait été très clair avec lui dès le début de leur relation, bien qu'ils n'en aient plus jamais reparlé par la suite, quand celle-ci avait évolué. Il éprouvait beaucoup d'affection pour Kevin et cela avait vraiment été un choc ce matin, quand il avait réalisé que son amant et le cadavre étaient une seule et même personne, mais il ne l'aimait pas…pas comme Kevin l'aurait souhaité du moins. Il revoyait la douleur dans le regard de Kevin, quand celui-ci avait vraiment réalisé qu'ils ne recherchaient pas la même chose, qu'ils n'éprouvaient pas les mêmes sentiments l'un envers l'autre. Comment cette soirée, qui avait pourtant si bien commencé, avait-t-elle pu dégénérer comme ça et s'achever de façon si dramatique ? Oui, la mort de son ami lui faisait vraiment beaucoup de peine et il allait énormément lui manquer. Il appréciait vraiment de passer du temps avec lui et c'était dommage qu'il n'ait pas partagé ses sentiments…mais l'amour ne se commandait malheureusement pas. Sinon il aurait évité de tomber follement amoureux de son patron alors que c'était un amour sans espoir de retour.
11H 45
Trois coups secs frappés à la porte le firent sortir de ses pensés moroses. Gibbs. Il se leva, posa au passage la bouteille d'alcool sur le comptoir de la cuisine et alla ouvrir la porte.
Gibbs le dévisagea de haut en bas avant d'entrer dans l'appartement.
-Tu comptes partir quelque part ? Demanda-t-il brusquement.
-Non, pourquoi ?
-Ces bagages, qu'est-ce qu'ils font là ? dit Gibbs en désignant du menton deux gros sacs pleins à craquer.
Tony baissa les yeux sur les deux sacs de voyage posés sur le sol de l'entrée.
-Ce sont…c'étaient les bagages de Kevin.
C'était la première fois que Gibbs pénétrait dans l'appartement de son agent. Il jeta un coup d'œil curieux autour de lui. Le salon était décoré de manière assez spartiate et contenait très peu de meubles. Il y avait juste un large canapé et deux fauteuils, une table basse et, leur faisant face, un immense écran plat dernier cri entouré d'enceintes. Une étagère contenant une large variété de DVD terminait de meubler la pièce.
-Je te sers un café ? demanda Tony, ramenant son attention vers lui.
-Oui, je veux bien.
Tony alla à la cuisine préparer deux cafés, dont un irish pour lui et rejoignit Gibbs qui s'était assis au salon en l'attendant.
-Merci, dit Gibbs en prenant le café que lui tendait son agent.
Tony s'assit à son tour et resta silencieux, laissant à Gibbs le soin d'amorcer la conversation.
Ils restèrent pendant un moment à siroter leur boisson respective, puis Gibbs se décida à passer à l'attaque.
-Je t'écoute. Depuis quand connaissais-tu le lieutenant Granger ? À quelles fréquences vous voyiez-vous ?
-J'ai connu Kevin en décembre 2005, dans un bar gay à Annapolis. Le bar était bondé et il m'a demandé s'il pouvait s'asseoir à ma table. On a discuté et on s'est découvert pas mal de points communs. Du coup, on a fini la soirée ensemble et on s'est quittés sans qu'il se soit rien passé entre nous. Bref, on en est restés là, sans projets de se revoir. Deux jours plus tard, on s'est revus par hasard dans le même bar. Cette fois-ci, on a passé toute la nuit ensemble et le lendemain, comme on avait…bien accroché physiquement, on a échangé nos numéros de téléphone mais sans vraiment prévoir de se rappeler
Je l'ai rapidement oublié. Je savais qu'il était un marine et que j'avais assez peu de chances de le revoir, ce qui ne me dérangeait pas vraiment. J'avais passé du bon temps avec lui et je le trouvais sympa mais je n'éprouvais pas de réel sentiment à son égard. Finalement, c'est lui qui a repris contact avec moi, environ 2 mois plus tard. Il avait une perm d'une semaine et avait envie de me revoir. Comme j'étais libre à ce moment-là, j'ai dit oui. On a passé cette semaine ensemble et on a appris à mieux se connaître. Comme le….euh… sexeétait plutôt au-dessus de la moyenne entre nous deux, on s'est promis de se revoir quand il aurait sa prochaine permission.
Et ça a continué comme ça pendant deux ans. Kevin savait parfaitement que j'étais bi et que je voyais des femmes quand il était en mer, il n'avait rien contre. Il se doutait également que je voyais d'autres hommes, mais on ne parlait jamais de ça entre nous. On ne s'était rien promis et surtout, on ne s'était pas juré fidélité. Quand on n'était pas ensemble, chacun faisait ce qu'il voulait et ça nous arrangerait bien tous les deux.
-Donc, ce n'était qu'une histoire de sexe entre vous deux ?
-Non, je ne dirais pas ça. Il y avait plus, surtout du côté de Kevin en fait. Il s'était vraiment accroché à moi.
Tony soupira et replongea dans ses pensées jusqu'à ce que Gibbs reprenne son interrogatoire.
-Raconte-moi la soirée d'hier. Du moment où le lieutenant Granger t'a rejoint jusqu'à ce matin, à ton arrivée au boulot.
-Je suis allé chercher Kévin à la gare à 19h. Ensuite, on est rentrés directement chez moi. Là, on ... on a fait l'amour puis on a pris une douche ensemble. On s'est habillés et on est sortis. On est allés manger au restaurant 'La Calypso' où on a partagé un plateau de fruits de mer. J'ai gardé le reçu du restaurant. Il sortit son portefeuille et chercha la note qu'il donna ensuite à Gibbs. Ensuite, on est allés à l'Osmos, un bar où on avait pris l'habitude d'aller ensemble. C'est lui qui m'avait fait connaître cet endroit, l'ambiance y est très sympa et la discrétion assurée. Arrivés au bar, on s'est installés à une table avec nos consommations. Il m'a d'abord parlé un peu de sa vie à bord depuis la dernière fois qu'on s'était vus. Puis, sans que je sache comment on en est arrivés à ce sujet, il a embrayé sur une conversation beaucoup plus sérieuse.
-Et quel était le sujet de cette conversation ?
- ...
-Tony ? Je dois savoir.
-Il me reprochait de ne pas révéler ma vraie nature. Il voulait démissionner de l'armée pour pouvoir vivre son homosexualité au grand jour et faire autre chose…Il voulait que je le suive à San Francisco et qu'on s'installe ensemble. Devant mon manque d'enthousiasme à sa proposition, Il a bien compris que je n'en avais pas du tout envie. C'est là que notre conversation a commencé à déraper. Il m'a demandé si je l'aimais et là, j'ai été incapable de lui répondre…ou plutôt de lui mentir. Je pense que c'est à ce moment qu'il a vraiment réalisé que je n'éprouvais pas les mêmes sentiments que lui. Il devait s'en douter depuis un moment déjà mais là, il en a eu la confirmation. Il m'a alors demandé s'il y avait quelqu'un d'autre...
-Et ?
Tony sembla vraiment gêné devant l'insistance de Gibbs.
-J'aimais Kevin…à ma façon mais ce n'était pas celle que lui aurait voulu. Il me demandait de m'engager dans une relation exclusive, mais je n'étais pas prêt à le faire….pas avec lui du moins. Acheva-t-il d'un ton plein de regrets.
-Ce n'est pas ça que je viens de te demander. Je veux savoir s'il y avait quelqu'un d'autre entre vous deux.
Tony soupira. – Oui et non.
- C'est un peu vague ça comme réponse. Tu pourrais préciser, s'il te plait.
- C'est vrai que j'aime quelqu'un autre…mais qui m'est inaccessible,rajouta t-il pour lui même.
-Un homme ou une femme ? Car si, il ou elle, savait pour Kevin, ça aurait pu être un bon motif pour éliminer la personne qui faisait obstruction à votre couple.
-Non, c'est impossible dit Tony d'un ton catégorique Nous ne sommes pas ensemble et cette personne ne sait même pas que je l'aime. D'ailleurs, je ne pense même pas qu'elle partage mes sentiments.
- Tu en as l'air bien sûr.
-Oh oui…j'en suis malheureusement certain soupira Tony.
-Je veux son nom.
-Non ! répondit le jeune homme avec entêtement, savoir son nom ne t'aidera pas pour l'enquête.
-Tony;
-Non ! Tu peux me menacer autant que tu veux, je ne te dirai rien.
-Bien…comme tu veux capitula finalement Gibbs. Je veux les vêtements que tu portais hier soir.
-Ils sont déjà prêts. Je les ai mis dans le sac en papier qui est posé dans le couloir, à côté de la salle de bains.
-Parfait. Je vais les prendre, ainsi que les affaires du lieutenant Granger.
Gibbs prit tous les sacs et se dirigea vers la sortie.
-Tu ne quittes la ville. Je te veux joignable en permanence, c'est compris ?
-C'est bon…je connais la chanson.
-Je repasse te voir ce soir.
Tony lui ouvrit la porte et Gibbs la franchit. Juste avant que son agent ne referme la porte, il se tourna vers lui pour lui jeter un dernier regard. Il ne put s'empêcher de ressentir un pincement au cœur quand il le vit aussi défait et abattu. Le jeune homme semblait avoir perdu toute cette énergie qui le caractérisait habituellement et, dans ses yeux, il crut discerner une petite lueur de désespoir.
-Patron ? Lui demanda ce dernier, l'air franchement mal à l'aise, en croisant très brièvement son regard avant de détourner de nouveau les yeux.
-Oui, Tony.
-Est-ce que…est-ce que tout le monde est au courant…pour moi ?
-Non. Juste Ducky et Abby pour le moment. Mais ne t'en fais pas, ils ne te jugent pas et tu n'es pas descendu dans leur estime…pas plus que dans la mienne.
Tony hocha la tête, l'air assez peu convaincu par cette déclaration.
- Pour le moment…ça veut dire que tu vas aussi le dire à Ziva et McGee ?
- Uniquement si c'est nécessaire et que je n'ai pas d'autre choix, ok ? Sinon j'éviterai d'étaler ta vie privée. Ce que tu fais de ton temps en dehors des heures de boulot ne regarde que toi.
Tony hocha une nouvelle fois la tête et regarda son patron s'éloigner dans le couloir avant de refermer doucement sa porte et de s'appuyer contre le battant, se laissant glisser sur le sol. Quand il fut enfin assis, il posa ses coudes sur ses genoux et se mit la tête entre les mains.
Sa vie était devenue, en l'espace de quelques heures, un véritable bordel et même s'il était innocenté pour le meurtre de Kevin, il y laisserait inévitablement quelques plumes.
