19H30 immeuble de DiNozzo.
Toute l'équipe pénétra dans le hall du vieil immeuble. Pour ne pas changer, l'ascenseur était en panne, ils montèrent donc par les escaliers avec des soupirs résignés.
Arrivés au quatrième étage, ils virent un des résidents sortir de son appartement recouvert de poussière de plâtre de la tête aux pieds.
Plus qu'un étage et ils seraient enfin arrivés à destination et se boiraient une bonne bière fraiche bien méritée.
Ils parvinrent enfin devant l'appartement occupé par Tony. Gibbs frappa trois coups brefs sur la porte et attendit que le jeune homme vienne ouvrir.
Il patienta quelques secondes avant de retaper encore trois coups sur le battant.
Toujours rien.
-Tony, ouvre, c'est Gibbs.
Toujours aucune réaction et aucun bruit de mouvement en provenance de l'intérieur.
Il posa une main sur la poignée et tenta d'ouvrir mais la porte ne bougea pas d'un pouce. Elle était verrouillée.
-Il est peut-être sous la douche et il n'entend pas, suggéra Abby.
-Oui sûrement, Gibbs prit un étui dans sa poche en sortit un petit instrument pour crocheter la serrure.
-Gibbs, Tony va être furieux !
-Il n'avait qu'à ouvrir lui même, riposta-il en poussant la porte.
Il faisait un noir d'encre à l'intérieur de l'appartement et un courant d'air froid surprit Gibbs. Il alluma la lumière et là, ils restèrent tous les cinq pétrifiés par le choc du spectacle qui s'offrit à eux.
On aurait dit qu'un ouragan avait dévasté la pièce. N'écoutant que leur instinct, Gibbs, Ziva et McGee dégainèrent leurs armes d'un même geste et pénétrèrent avec prudence dans l'appartement en faisant signe à Abby et à Ducky d'attendre dehors qu'ils aient fini de sécuriser le périmètre.
-Là! Dit Ziva en pointant du doigt Tony allongé sur le sol, face contre terre, une main dans le dos, les deux jambes dans un angle anormal. À côté de lui gisaient une corde et un chiffon ainsi qu'une batte de base-ball ensanglantée.
Ziva s'approcha prudemment de lui et posa ses doigts sur sa jugulaire,
-J'ai un pouls, mais il est vraiment très faible.
Après s'être assuré qu'il n'y avait plus aucune menace, Gibbs appela Abby et Ducky, qui prit immédiatement Tony en charge et commença à lui prodiguer les premiers secours.
-L'ambulance est en route, annonça McGee, tout en raccrochant son téléphone.
Ducky le remercia tout en continuant à s'activer sur le corps inerte.
-Co…comment va-t-il ? Balbutia Abby complètement bouleversée
-Mal. Son pouls est très faible. Il présente également plusieurs fractures évidentes, un coup de couteau à la cuisse et une blessure à la tête.
Ducky avait placé Tony en PLS et l'avait recouvert avec une couverture pour maintenir sa température.
-Comment ont-ils fait pour sortir d'ici ? La porte était fermée à clé, hoqueta Abby entre deux sanglots difficilement contenus.
-Soit, ils ont pris les clés et ont fermé derrière eux en partant, ce qui est peu probable. Soit, ils sont passés par l'échelle de secours : la fenêtre qui donne dessus est ouverte. C'est ce qui me semble être le scénario le plus probable. McGee, Ziva, allez interroger les voisins ! Je veux savoir pourquoi ils n'ont rien entendu avec tout le raffut que ça a dû faire. Ensuite, vous reviendrez ici et vous m'aiderez à passer l'appartement au peigne fin…ou plutôt ce qu'il en reste.
Gibbs regarda autour de lui d'un air effaré. Les dégâts étaient tout bonnement impressionnants : tiroirs retournés, meuble vidés et renversés, canapés et fauteuils éventrés. Il découvrit le même genre de dégâts dans la chambre où tout était également sens dessus-dessous et le matelas avait aussi été éventré. Dans la salle de bains, ils avaient même été jusqu'à détruire le coffrage de la baignoire.
Il était maintenant sûr de trois choses :
-primo, il pouvait dorénavant affirmer de façon certaine qu'ils n'avaient pas affaire à un, mais à plusieurs agresseurs, car il était absolument impossible pour un seul homme de faire un massacre pareil.
-deuzio, le meurtre du lieutenant Granger et l'attaque que Tony venait de subir étaient incontestablement liés.
-tertio, les agresseurs étaient vraisemblablement à la recherche de quelque chose et, au vu des tortures que Tony avait l'air d'avoir subies, ils n'avaient à priori pas trouvé ce qu'ils étaient venus chercher.
Les secours arrivèrent rapidement sur place et prirent immédiatement Tony en charge. À la demande de Gibbs, Ducky partit avec l'ambulance pour garder un œil sur le jeune homme et les tenir informés de l'évolution de son état de santé.
Juste avant qu'ils le sortent de l'appartement sur le brancard, Gibbs se pencha vers son agent et lui murmura à l'oreille,
-DiNozzo, je t'interdis de mourir ! Tu m'as bien compris ?
Abby avait enfin cessé de sangloter et regardait la civière partir, les joues encore humides de larmes. Gibbs s'approcha d'elle et la prit dans ses bras pour la réconforter tout en déposant un baiser sur le haut de sa tête;
-J'ai si peur qu'il ne s'en sorte pas, Gibbs…
-Tony est quelqu'un de fort. Regarde comme il s'est battu contre la peste, et il l'a vaincue. Il gagnera cette bataille aussi, il n'a pas le choix : je lui ai interdit de mourir et je sais qu'il suivra mes ordres, il le fait toujours.
Il sentit la jeune femme se détendre très légèrement dans ses bras, preuve que ses mots de réconfort avaient fonctionné. Il fallait absolument qu'il la maintienne occupée pour qu'elle arrête de se ronger les sangs en attendant qu'ils aient des nouvelles de DiNozzo.
-Tu vas nous aider à coincer ceux qui ont fait ça, ok ? Je veux que tu retournes à ton labo et que tu réexamines une nouvelle fois de fond en comble toutes les affaires du lieutenant Granger. Ces gars là cherchaient quelque chose et ils ne l'ont visiblement pas trouvé. La réponse doit forcément se trouver quelque part dans les affaires de Granger ou dans l'appartement de Tony. En attendant qu'on te rapporte tout ce qu'il y a ici, commence déjà par revoir tout ce que tu as déjà. McGee va t'accompagner.
Gibbs prit son portable et appela McGee, lui demandant de ramener Abby à son labo et de revenir ensuite avec la fourgonnette du NCIS afin qu'ils aient tout leur matériel pour pouvoir relever les indices.
L'interrogatoire des voisins n'avait rien donné de concret : soit ils n'étaient pas là, soit ils n'avaient rien entendu. En effet, il y avait eu beaucoup de bruit toute la journée dans l'immeuble car le voisin du quatrième faisait des travaux chez lui, abattant des cloisons, perçant des trous... En plus de ça, l'immeuble qui se situait juste à côté était également en rénovation et cela générait beaucoup de bruit. Pour couronner le tout, la voirie effectuait des travaux dans la rue car une canalisation d'eau enterrée avait explosé. Les ouvriers avaient dû faire sauter le macadam à coups de marteau-piqueur pour accéder au conduit. Bref, il semblait que tout le quartier s'était ligué contre eux pour les empêcher d'avancer dans leur enquête.
La voisine d'en face de chez Tony était sourde mais, en langage des signes, elle leur affirma néanmoins qu'elle avait vu quatre hommes pénétrer dans l'appartement de Tony. Elle n'avait pas prêté beaucoup d'attention à leurs visages mais ce dont elle était sûre, c'est que l'un de ces hommes portait un tatouage. Plus précisément, une licorne sur le biceps droit. Elle s'en souvenait parfaitement car elle aimait beaucoup ces animaux mythologiques. Elle avait simplement supposé qu'il s'agissait de ses collègues.
Elle les avait croisés en sortant de chez elle pour aller faire ses courses, vers 13 heures.
Quand Ziva eut terminé de lui faire son rapport, Gibbs remarqua
- Il semblerait que notre homme tatoué soit le même que celui qui a été aperçu à l'Osmos le soir de la mort de Granger. Ces deux affaires sont donc intimement liées. On dirait bien que le lieutenant Granger n'était pas aussi clean que ce que son dossier le disait. Quand on en aura fini ici et qu'on sera de retour au QG, je veux que vous creusiez plus profondément dans son passé, compris ?
- Oui, patron.
À ce moment-là, ils entendirent du bruit sur le palier et McGee pénétra dans l'appartement, tout essoufflé d'avoir gravi les cinq étages à pied et chargé.
-Je suis de retour patron ! annonça-t-il en déposant les lourdes mallettes contenant le matériel au sol. Aussitôt, chacun se mit au travail et s'activa : photos, relevé d'empreintes, récoltes d'indices, etc… Ils firent tout cela avec un soin encore plus méticuleux que d'habitude pour être sûrs de ne rien oublier et de ne pas passer à côté de quelque chose d'important.
Ils finirent sur les coups de quatre heures du matin et retournèrent directement au NCIS pour continuer à travailler. Même s'ils étaient épuisés, ils savaient que de toute façon, ils n'arriveraient pas à fermer l'œil tant qu'ils n'auraient pas de nouvelles de Tony. Alors, autant mettre ce temps à profit pour essayer de continuer à avancer dans leur enquête.
