Quelques heures après son réveil, toute l'équipe était présente à son chevet. Abby s'était carrément installée sur son lit et s'était blottie contre lui en bien faisant attention de ne pas lui faire mal.

Au départ, McGee, mal à l'aise, ne savait trop comment se comporter envers lui. Alors, Tony prit l'initiative d'aborder le sujet de ce que paraissait gêner ses amis.

-Allez, je vous écoute. Posez vos questions, je vois bien que vous en mourez d'envie. Et McGee, tu peux te détendre, je n'ai pas l'intention de me jeter sur toi. De toute façon, même si je le voulais, j'en serais bien incapable, ajouta-t-il ironiquement en montrant ses jambes blessées

McGee rougit furieusement, mais osa finalement se lancer et posa la première question, celle qui les turlupinait tous depuis qu'ils avaient découvert la vérité.

-Alors, toutes ses histoires de filles avec qui tu te vantais d'être sorti, c'était du bidon, une sorte de couverture pour dissimuler que tu préfères les hommes?

-Non, pas du tout. Tony se mordilla la lèvre inférieure, paraissant réfléchir à ce qu'il allait dire ensuite. Pour l'encourager à continuer, Abby lui prit distraitement la main et la lui serra, ce qui lui donna le courage de poursuivre. Je suis bi. J'aime autant les femmes que les hommes.

-Pourquoi nous avoir menti alors ? demanda Ziva sur un léger ton de reproche.

-Je ne vous ai pas menti ! J'ai juste gardé certaines parties de ma vie privée pour moi. Si tu avais su avant que j'étais bi, ton comportement avec moi aurait-il été différent ?

Ziva demeura silencieuse. Tony haussa les sourcils dans sa direction avec un air voulant clairement dire « Ah, tu vois, j'avais raison ? » et poursuivit,

-Voilà pourquoi je n'ai rien dit, car beaucoup de gens ont tout de suite des préjugés sur les personnes qui sont soi-disant 'différentes de la norme'. Je ne voulais pas être jugé à cause de mes préférences sexuelles qui, somme toute, ne regardent que moi.

-Je ne te juge pas Tony, c'est juste que je me sens trahie. Nous sommes une équipe, nous sommes partenaires et on se fait confiance les uns aux autres pour veiller sur nos arrières quand on est sur le terrain. Tu dis qu'on a des préjugés, mais tu en as eu toi aussi pour avoir estimé d'emblée qu'on te jugerait pour ce que tu es.

-Ce n'est pas ça Ziva, j'ai confiance en vous. Mais j'ai déjà connu tellement de mauvaises surprises quand mes précédents coéquipiers ont appris par hasard que les hommes ne me laissaient pas indifférent que j'ai fini par devenir méfiant. Tu crois que c'est facile, dans notre société actuelle, de vivre pleinement ce que l'on est ? J'assume ce que je suis, mais je n'aime pas m'afficher, par prudence.

L'heure des visites touchait à sa fin. McGee, Ducky et Ziva dirent au revoir à Tony et quittèrent la chambre, laissant le blessé avec Gibbs et Abby pour seule compagnie.

-J'ai une question qui me travaille depuis. Mon appart, il est dans quel état ? Je me souviens qu'ils l'ont mis sens dessus-dessous, avant que je perde connaissance.

-Tu vas devoir le réaménager entièrement, racheter pratiquement toutes les fournitures et prévoir de faire quelques travaux, l'informa Gibbs.

-Génial ! Soupira Tony sur un ton démoralisé.

-Désolé. On a transporté chez moi tout ce qui était encore récupérable, c'est à dire vraiment pas grand chose.

Deux jours plus tard.

Gibbs sortit le fauteuil du coffre, le déplia et alla ouvrir la portière de Tony.

-Je vais t'aider à t'installer dedans.

-Ok.

Gibbs souleva délicatement Tony et le déposa avec précaution dans la chaise roulante, prenant bien garde de ne pas heurter ses jambes maintenues dans des attelles.

-Merci.

Gibbs se contenta de lui sourire en réponse et poussa le fauteuil jusqu'à l'intérieur de la maison. Abby et Ducky étaient tous les deux installés dans le salon à les attendre.

Dès qu'elle les vit franchir le seuil, Abby courut vers eux et se pencha pour serrer Tony dans ses bras.

-Comment te sens-tu ? lui demanda-t-elle en se penchant pour l'embrasser chaleureusement sur la joue.

-Ça va Abby. Rien que le fait de ne plus être dans ce foutu hôpital, je me sens de suite beaucoup mieux.

-Avec Ducky, on t'a apporté et installé une télé et un lecteur DVD. Sinon, mon pauvre, tu vas mourir d'ennui chez le boss, surtout que tu ne peux même pas descendre dans son sous-sol où se trouve le seul poste de télévision de la maison. Je t'ai également amené une sélection de films en DVD.

-Merci Abby, lui Tony en lui faisant un bisou sonore. Merci à toi aussi Ducky, ajouta-t-il en se tournant vers le légiste.

- Mais je t'en prie, mon cher Anthony, lui répondit ce dernier avec un sourire paternel.

-Je vais te montrer ta chambre et ensuite, on passera à table.

La chambre avait été aménagée de façon à ce que Tony puisse y circuler à son aise en fauteuil roulant. La salle de bains attenante avait également été équipée de façon à ce qu'il puisse se prendre une douche sans difficultés, au vu de ses jambes toujours maintenues dans des attelles et ce pour encore un bon moment.

Gibbs aida ensuite Tony à vider son sac d'hôpital et à ranger ses affaires dans la petite penderie.

-Je te remercie, patron, de m'héberger.

-Pas de quoi. Allez viens, on va aller manger. Tu as besoin de reprendre des forces pour guérir rapidement.

Les quatre amis mangèrent dans la bonne humeur et la conversation fut animée et chaleureuse.

Ensuite, Abby et Ducky prirent congé et laissèrent les deux nouveaux 'colocataires' en tête à tête. Tony, fatigué et ensuqué par ses médicaments, alla faire une petite sieste dans sa chambre. Pendant ce temps, Gibbs descendit travailler sur son bateau. Tandis qu'il le ponçait avec des mouvements amples et souples, il laissa son esprit dériver vers son agent endormi à l'étage supérieur et se demanda s'il trouverait le courage d'avouer ses sentiments à Tony.

Deux heures plus tard, un bruit sourd au-dessus de sa tête le fit sursauter. Il posa son rabot et monta rapidement les marches quatre à quatre. Il se doutait qu'il s'agissait de Tony. Il entra dans la chambre sans frapper et vit son agent étendu sur le sol, le visage crispé par la douleur.

-Hé ! Qu'est ce qu'il s'est passé ? Lui demanda t-il tout en l'aidant à se relever et à s'asseoir sur son fauteuil.

-J'ai voulu me mettre dans le fauteuil mais mon épaule n'a pas bien supporté mon poids et m'a lâché. Les freins n'étaient pas serrés donc le fauteuil a bougé et je me suis étalé par terre.

-Tu t'es fait mal quelque part ? demanda Gibbs inquiet en l'auscultant délicatement pour s'assurer qu'il allait bien.

Tony réfréna à grand peine un frémissement de plaisir quand il sentit les mains de son patron parcourir son corps mais fort heureusement, ce dernier ne s'aperçut pas de l'effet qu'il avait sur son agent.

-Non, ça va. Il y a juste la douleur à mes jambes qui s'est réveillée, répondit-il d'une voix légèrement enrouée

-Où sont tes médocs ?

-Là, sur la table de chevet.

-Bien.

Gibbs prit le verre qui se trouvait sur la petite table de chevet et alla le remplir d'eau fraîche avant de le tendre à Tony avec un comprimé d'antidouleur.

-Merci, dit Tony d'un ton reconnaissant quand la douleur commença à s'estomper.

Le reste de l'après midi se déroula tranquillement. Les deux hommes firent une partie de Scrabble, puis Tony aida Gibbs à préparer le repas du mieux qu'il le put.