Hôpital mémorial, Deux mois plus tard

Pour le plus grand plaisir de Gibbs, leur enquête en cours avait été très rapidement bouclée. La femme du quartier-maitre assassiné avait finalement avoué le meurtre de son mari volage. Elle était lasse d'être trompée sans arrêt et, sur un coup de colère, elle avait tué son époux.

Il avait donc renvoyé tous ses agents chez eux dès qu'ils avaient fini de taper leurs rapports. Ce qui allait lui permettre, ce soir, d'aller chercher Tony à l'hôpital où il faisait sa rééducation. Il avait déjà appelé le taxi pour le décommander sans prévenir son amant. Il voulait lui faire une surprise en venant le chercher lui-même et pensait même l'emmener diner au restaurant. En effet, depuis dix jours les enquêtes s'étaient enchainées à un rythme d'enfer, laissant peu l'occasion aux deux hommes de passer du temps ensemble. Le matin, Gibbs partait aux aurores et le soir, il rentrait très tard et tellement fatigué, qu'il s'endormait pratiquement dès qu'il avait posé la tête sur l'oreiller. Il savait que Tony s'ennuyait à mourir tout seul toute la journée.

Gibbs pénétra dans le service de rééducation orthopédiste avec son habituel gobelet de café à la main. Il parcourut la pièce du regard à la recherche de l'être aimé et finit par le repérer. Il était là, à quelques mètres de lui, debout aux barres parallèles. Il pouvait lire une intense douleur sur le visage de l'italien tandis qu'il essayait de placer un pied devant l'autre, les mains fermement agrippées sur les barres de bois, dans une tentative de marcher à nouveau.

Son kiné venait visiblement de lui demander de ne plus se tenir, car Tony venait de lâcher les barres avec une appréhension évidente imprimée sur le visage. Il fit deux pas hésitants avant de s'effondrer dans les bras de son kiné, tout en jurant et en maudissant la faiblesse de ses jambes qui refusaient obstinément de lui obéir.

Voir son amant ainsi bouleversé lui fit vraiment mal au cœur. Tony était encore loin de la guérison totale et allait vraiment avoir besoin de tout le soutien possible pour continuer à se battre.

Le kiné aida Tony à se remettre dans son fauteuil roulant, malgré ses protestations véhémentes car ce dernier voulait continuer à s'exercer.

-Vous en avez assez fait pour aujourd'hui, Monsieur DiNozzo,

-Non ! Ce n'est pas suffisant ! Je ne suis plus capable de tenir debout sur mes jambes!

-Cela fait seulement une semaine qu'on vous a retiré vos attelles et qu'on vous a autorisé à vous resservir de vos jambes. Elles ont été complètement immobilisées pendant deux mois. Laissez-leur le temps de se remuscler afin de pouvoir de nouveau supporter votre poids. N'en demandez pas trop à votre corps d'un coup, ça reviendra graduellement.

-Mais …

-DiNozzo, tu devrais écouter ce que te dit ton kiné, intervint alors Gibbs d'une voix ferme n'admettant aucune protestation.

-Patron ! Qu'est ce que tu fais là ? S'exclama Tony, à la fois ravi et surpris de découvrir Gibbs ici.

-Je suis venu voir comment mon agent s'en sortait.

- Il s'en sort très bien, mais c'est une vraie tête de mule ! Constata le kiné avec un petit sourire à l'intention de son patient. Il voudrait déjà pouvoir être capable de participer au marathon de New York….

-Ça, pour une tête de mule, c'est une tête de mule, je vous l'accorde, renchérit Gibbs en lui faisant un petit clin d'œil.

-Eh ! Je vous signale que je suis ici ! Les interpela Tony avec une moue boudeuse.

-Bon, la séance est finie pour aujourd'hui, monsieur DiNozzo. Rentrez chez vous pour vous reposer et revenir en pleine forme demain, lui dit le kiné en jetant un coup d'œil à sa montre. Je vais devoir vous laisser, mon patient suivant m'attends, les salua-t-il avant de s'éloigner rapidement, laissant les deux agents du NCIS en tête à tête.

Gibbs s'approcha de Tony et vint se placer derrière le fauteuil du jeune homme. Il lui posa les mains sur l'épaule et les pressa légèrement, n'osant pas exprimer son affection de façon plus démonstrative en public. Tony pencha légèrement la tête et vint effleurer rapidement la main de sa joue avant de se redresser.

- Alors, tu n'as pas répondu à ma question, que me vaut le plaisir de te voir là ?

- On a bouclé notre affaire en cours et, vu la semaine de dingue qu'on a eue, j'ai renvoyé tout le monde plus tôt ce soir. Donc j'en ai profité pour venir te chercher et je pensais également t'emmener diner dans un petit resto que je connais, ça te dit ?

- Tu crois vraiment que je vais refuser un diner en charmante compagnie ? lui demanda Tony en haussant ses sourcils d'un air taquin tandis que Gibbs guidait adroitement le fauteuil vers la sortie.

Dix minutes plus tard, Tony était installé dans la voiture et Gibbs glissait son fauteuil roulant replié dans le coffre avant de se glisser derrière le volant.

***

Il était encore un petit peu tôt pour aller manger donc Gibbs prit la direction de la maison, histoire qu'ils puissent se prendre une douche et se changer avant de se rendre au restaurant.

Il gara la voiture dans l'allée, sortit rapidement le fauteuil du coffre et aida Tony à s'y hisser.

-Je vais aller me doucher, tu as besoin d'aide ?

-Non, merci ça va aller.

-Sûr ?

- Certain.

Tony fit rouler son fauteuil jusqu'à sa chambre pendant que Gibbs montait à l'étage pour se prendre sa douche.

Vingt minutes plus tard, il cogna à la porte de la chambre du rez-de-chaussée et y entra.

Tony était allongé sur le lit, les cheveux encore humides et vêtu seulement d'un pantalon et un tee-shirt. Il s'était endormi en tenant une paire de chaussettes à la main.

Gibbs resta un instant à l'observer avec un petit sourire sur le visage, se disant qu'il devait vraiment être fatigué pour s'être endormi ainsi, alors qu'il était en train de s'habiller.

Il s'approcha du lit et s'agenouilla à ses côtés avant de lui passer tendrement une main dans les cheveux, ce qui eu pour effet de le réveiller immédiatement.

-Tu veux rester tranquillement à la maison ? Tu m'as l'air crevé. On pourra aller diner au restaurant une autre fois…

-Non, c'est bon je me suis juste un peu assoupi. Ça m'arrive toujours quand je rentre de ma rééducation. Et puis j'en ai ras-le-bol de rester tout le temps enfermé ici, j'ai besoin d'aller prendre un peu l'air. Par contre, je vais avoir besoin de toi pour enfiler ça, ajouta-t-il en désignant ses chaussettes, et pour mettre mes chaussures aussi, enfin surtout pour les attacher. Je n'arrive toujours pas à plier ma jambe droite.

-Pas de problème.

Gibbs aida Tony à finir de s'habiller et ils se mirent en route pour le restaurant.

Celui-ci se trouvait à peine à quelques de kilomètres de Washington et ils y arrivèrent rapidement. C'était un tranquille petit restaurant familial où Gibbs avait l'habitude de venir depuis des années. Le personnel le reconnut d'ailleurs immédiatement et le salua chaleureusement

Ils s'installèrent à une petite table reculée et une serveuse leur apporta les menus.

Tony observa attentivement la salle du regard et tomba immédiatement sous le charme de l'endroit. La décoration était de bon goût mais sans prétention et l'ensemble dégageait une atmosphère résolument familiale. Et surtout, c'était la première fois qu'il partageait un diner en tête à tête au restaurant avec Gibbs. Ce dernier était justement en train de le regarder par-dessus son menu et il lui fit un sourire radieux qui lui fut aussitôt retourné.

Puis, il se décida enfin à plonger son nez dans son propre menu et il saliva rien qu'en lisant la liste des plats proposés. Ils avaient tous l'air d'être plus délicieux les uns que les autres et lui faisaient tous envie.

- Qu'est-ce que tu me conseilles ? demanda-t-il au bout d'un moment, ne sachant toujours pas sur quoi porter son choix.

- Tout est excellent mais leur gratin d'aubergines au parmesan est un véritable régal. Et ensuite, si tu veux, on peut se partager une côte de bœuf. Le chef va directement choisir sa viande à l'abattoir et il ne prend que les meilleurs morceaux. En plus, il la sert avec un gratin dauphinois qui est une pure merveille.

- Ok, vendu ! Je te fais confiance.

Quand la serveuse revint, ils lui passèrent leur commande et Gibbs demanda une bouteille de la réserve maison, un cabernet-sauvignon californien produit dans la célèbre Napa Valley qui était un véritable nectar.

Ils passèrent une excellente soirée à discuter et à plaisanter. Le repas fut absolument délicieux. Comme le lui avait promis Gibbs, le gratin d'aubergines était divin, la côte de bœuf goûteuse et cuite à la perfection et le gratin dauphinois fondait littéralement dans la bouche. Quand ils arrivèrent au dessert, ils se partagèrent un fondant au chocolat qu'ils dégustèrent yeux dans les yeux.

Malheureusement, au grand regret de Tony, l'heure de repartir arriva déjà. Gibbs régla l'addition et ils quittèrent cet endroit merveilleux.

Sur le trajet du retour Tony s'endormit rapidement, épuisé par sa journée et semaine de rééducation.

-Tony, on est arrivé. Gibbs déposa un baiser dans le cou de son homme afin de le réveiller en douceur.

-Je me suis endormi?

-Oui, aussitôt la voiture démarrée.

-Désolé.

-Pourquoi ? Tu es fatigué, y a pas de mal à s'endormir.

-Je ne fais rien de mes journées, je ne devrais pas être fatigué.

-Car quatre heures de rééducation, c'est rien pour toi ?

Tout en parlant Gibbs avait aidé Tony à se mettre dans son fauteuil et se dirigeait vers l'intérieur.

Tout juste un quart d'heure après leur retour, ils étaient tous les deux couchés, épaule contre épaule. Gibbs lisait un livre pendant que Tony profitait juste de sa présence en écoutant de la musique.

Il bougea un peu et laissa échapper un gémissement de douleur.

-Tu as encore mal ?

-Ouais, ma jambe droite est douloureuse.

Il se redressa, prit un des comprimés d'antidouleur posés sur la table de chevet et l'avala avec une bonne gorgée d'eau.

-Tu veux que je te fasse un petit massage pour te soulager ?

-J'avoue que je préfère qu'on ne me manipule pas trop la jambe. Mon kiné me torture suffisamment à mon goût, dit Tony avec un petit sourire crispé, attendant que son médicament commence à faire effet et que la douleur s'estompe un peu.

-Tu en es sûr ?

-Oh oui !

Gibbs retira ses lunettes et les posa sur sa table de chevet ainsi que son livre. Puis, il se cala confortablement contre son oreiller avant d'inviter Tony à venir se blottir au creux de son bras. Ce dernier ne se fit pas prier pour venir s'installer tout contre lui, la tête posé sur l'épaule de l'ex marine. Il enlaça ses doigts à ceux de Gibbs et c'est ainsi qu'ils s'endormirent, l'un contre l'autre.

Il était à peine quatre heures du matin quand le téléphone de Gibbs sonna, réveillant les deux hommes en sursaut. Par reflexe, celui-ci attrapa l'appareil et décrocha immédiatement.

-Gibbs... répondit-il d'une voix lasse mais néanmoins parfaitement alerte.

-...

-J'arrive. Il raccrocha aussitôt, bondit du lit, attrapa ses affaires et commença à s'habiller avec hâte

-Qu'est ce qu'il se passe ? demanda aussitôt Tony, se doutant bien qu'une nouvelle affaire venait d'arriver.

-Les deux fillettes d'un contre-amiral ont été enlevées. Il faut que j'y aille.

-Pfff; moi qui pensais passer un weekend tranquille avec toi, dit-il d'un ton déçu, regrettant surtout de ne pas pouvoir suivre son amant pour assurer ses arrières en cas de pépins.

Depuis le temps qu'il était immobilisé et éloigné du travail de terrain, l'empêchant d'être avec l'homme qu'il aimait, il commençait à comprendre ce que pouvaient éprouver les épouses des flics qui se morfondaient à la maison en se rongeant les sangs et en priant que rien de grave n'arrive à leur compagnon. D'autant plus que lui avait l'habitude d'être là pour couvrir Gibbs dans ces cas-là

-On est d'astreinte, soupira Gibbs. Moi aussi j'aurais adoré passer tout mon weekend en tête à tête avec toi.

Il se pencha et embrassa Tony en lui murmurant à l'oreille,

-Rendors-toi, je t'appellerai dès que possible pour te donner des nouvelles.

Sur ces mots, il se dirigea rapidement vers la porte de la chambre et disparut de sa vue

- Fais bien attention à toi, ne put s'empêcher de lui crier Tony. Décidément, je commence vraiment à me comporter comme une gonzesse ! remarqua-t-il intérieurement.

Il jeta un coup d'œil à l'heure, 4h30. De toute façon, il serait déjà incapable de refermer l'œil en temps normal. Alors là que Gibbs était dehors sur une affaire et sans lui pour le seconder, ce n'était même pas la peine d'essayer.

Il se hissa donc dans son fauteuil, alla aux toilettes pour soulager sa vessie puis se dirigea vers le salon. Peut-être que de regarder un bon film lui changerait un peu les idées et lui éviterait de se faire trop de mauvais sang, se dit-il en examinant les dvd à sa disposition avant d'en choisir un et de le glisser dans le lecteur.

A peine trois heures plus tard, et pour le plus grand bonheur de Tony, Gibbs était de retour avec le sourire aux lèvres.

-A en croire ton sourire, tout a l'air de s'être bien passé, remarqua Tony.

-Oui, les deux gamines, âgées de 12 et 10 ans, avaient en fait fugué car leurs parents ne voulaient pas les emmener un weekend à Disneyland.

-Ces gosses… je vous jure, dit Tony d'un ton faussement choqué, heureux que l'affaire se soit si bien terminée et surtout que son homme soit finalement libre pour le reste du weekend. Enfin, croisons les doigts que ce soit le cas et qu'il n'y ait pas d'autre appel, espéra-t-il intérieurement.

- Que dirais-tu de retourner un peu au lit ? proposa Gibbs

- C'est proposé si gentiment que je ne peux pas refuser, répondit Tony avec un large sourire.