NCIS 7H 15

A peine arrivé et un café à la main, Gibbs alla directement voir Ducky. Il avait besoin de parler à quelqu'un, un ami fidèle de préférence. Le vieux légiste étant dans la confidence de ce qui unissait à présent les deux agents lui paraissait la personne la plus appropriée. Gibbs savait qu'il serait d'une bonne écoute et surtout de bon conseil pour l'aider, et aider Tony plus particulièrement.

-Bonjour Gibbs. Que me vaut l'honneur de ta visite de si bon matin? Le salua ce dernier quand il le vit franchir les portes de la morgue.

Il était penché sur le corps d'une victime vraisemblablement décédée par balle.

-Salut Duck. J'ai besoin de tes conseils, répondit-il d'une voix grave.

Ducky releva aussitôt la tête et examina son ami. Quand il vit son air défait et tourmenté, il retira aussitôt ses gants en latex et vint le prendre par le bras.

-Viens, allons nous installer dans mon bureau, nous y serons plus tranquilles pour discuter.

Gibbs suivit le légiste avec reconnaissance et s'installa sur le canapé.

-Que se passe-t-il ? tu as l'air vraiment soucieux mon ami, dit le légiste en le dévisageant avec des yeux bienveillants.

Gibbs soupira profondément et se passa une main sur le visage.

-C'est Tony. Il va vraiment mal. Je crois qu'il est en train de faire une grosse dépression. Il n'a plus ce sourire, ni cette étincelle de vie dans son regard. Depuis quelques temps, il prend systématiquement des somnifères pour dormir. Il lui arrive aussi d'avoir des accès de violences. Il se renferme sur lui même et refuse tout dialogue. Il mange à peine…Je ne le reconnais plus Ducky. Je m'inquiète pour lui, je le sens qui s'éloigne de plus en plus de moi et je ne veux pas le perdre. Gibbs releva un regard brillant de larmes difficilement contenues vers son ami. C'est pitoyable de ma part , pas vrai ?

-Ça n'a rien de pitoyable Jethro.. Tu l'aimes, il t'aime et vous souffrez tous les deux. Anthony est un homme qui a un besoin énorme de se dépenser et ce n'est pas possible depuis trois mois. En plus, avec ce que viennent de lui annoncer les médecins, il est normal qu'il ait du mal à l'accepter.

-Pardon ?! rugit Gibbs en réaction à la dernière phrase de son ami. Comment ça ? Qu'est-ce que les médecins lui ont annoncé ??

-Tu n'es pas au courant ? Tony ne t'a rien dit ? S'étonna Ducky en regardant son ami. Il y a quinze jours Tony a eu un bilan avec l'orthopédiste de Bethesda . Pour l'instant, il n'a récupéré que 28 pour cent de la mobilité de sa jambe droite et ce malgré toutes les opérations et la rééducation. Il n'y a que fort peu de chances qu'il puisse remarcher normalement un jour…

-Je n'en savais rien….Pourquoi ne m'a-t- il rien dit ? murmura Gibbs d'une voix tremblante, profondément blessé par la façon dont Tony le mettait à l'écart.

Voyant sa réelle détresse, Ducky se leva et s'approcha pour lui poser une main réconfortante sur l'épaule avant de continuer,

-Jethro…il y a de fortes probabilités pour qu' Anthony ne puisse plus jamais être un agent de terrain…et tu sais ce que son travail signifie pour lui…

Tout à coup, le réalité de la situation le frappa de plein fouet et il comprit pourquoi Tony était devenu si taciturne, si dépressif depuis quelques temps. Apprendre qu'il ne pourrait peut-être plus jamais marcher correctement et surtout, qu'à cause de ça, sa carrière d'agent de terrain risquait de se terminer – tout ça pour avoir été au mauvais endroit et au mauvais moment – avait dû le terrasser

-Ce n'est pas possible…ça ne peut pas être possible, répéta-t-il inlassablement.

*****

La journée passa très lentement sans qu'une enquête ne se profile à l'horizon. L'équipe profita de cette trêve pour mettre des dossiers à jour.

Vers 17 heures, il libéra McGee et Ziva qui furent plus qu'enchantés de quitter le bureau à une heure décente, pour une fois. Puis, il alla rejoindre Ducky dans la morgue pour l'inviter à venir diner à la maison. Il voulait que le médecin se rende compte par lui-même de l'état d'esprit dans lequel se trouvait l'italien.

Quand ils franchirent la porte du domicile de Gibbs, il furent accueillis par une odeur alléchante qui vint leur chatouiller les narines.

Ducky haussa les épaules devant le regard perplexe de son ami et ils suivirent le fumet odorant jusqu'à la cuisine. Ils y découvrirent Tony assis avec sa jambe allongée sur une chaise, occupé à préparer une sauce pour la salade.

Il releva la tête en attendant les bruits de pas et les accueillit d'un sourire.

-Salut vous deux ! Content de te voir Ducky, comment vas-tu ?

-Bien et toi ? répondit ce dernier avec un air soupçonneux.

Il n'était pas le seul à être surpris par le comportement du jeune homme. Gibbs, à ses côtés, se sentait complètement déconcerté par ce nouveau revirement total d'humeur de Tony..

-Ça va, dit brièvement le jeune homme. Tu restes manger avec nous ? Enfin si tu es d'accord Jay, ajouta t-il en tournant son regard vers l'ex marine

-Bien sûr

Il hésita l'espace d'une seconde avant de décider de profiter des bonne disposition de l'italien pour s'avancer jusqu'à lui et déposer ses lèvres sur les siennes .

-Pas trop dure la journée ? s'enquit Tony quand il s'écarta.

-Non, ça a été. On n'a reçu aucun appel donc on en a profité pour mettre à jour de vieux dossiers.

-Je vois…journée barbante en somme.

-C'est tout à fait ça, répondit l'ex marine avec un petit sourire. Même si cela était simplement un masque de façade, c'était agréable de retrouver un Tony en peu moins renfermé.

-Bon, tout est prêt ! on peut passer à table quand vous voulez.

-Qu'as-tu préparé ? demanda le légiste avec curiosité en humant l'air embaumé.

-Salade de mesclun et mâche avec des petits morceaux de tomate séchée, copeaux de parmesan et toast de chèvre chaud en entrée, lasagnes pour le plat principal et tiramisu au dessert mais ça, ce n'est pas moi qu'il l'aie fait .

Pendant que Ducky et Gibbs s'occupaient de mettre la table, Tony avala un comprimé, puis tous les trois s'installèrent et dinèrent dans la bonne humeur.

Après le repas, l'ex marine et le légiste firent la vaisselle pendant que Tony allait prendre sa douche

-Il a l'air d'aller bien ce soir, remarqua le légiste tout en essuyant une assiette

-Oui. Quand je te disais que je ne le comprenais plus… Ce matin, il était d'une humeur de chien à la limite de l'agressivité et ce soir, il agit comme si rien ne s'était passé, répondit Gibbs en secouant la tête d'un air perdu.

-Va le voir, je finis ici, proposa son ami avec un sourire encourageant.

Gibbs le remercia d'un regard et laissa Ducky à la cuisine pour aller rejoindre Tony..

Il entra dans la salle de bains où une atmosphère chaude et humide le prit à la gorge.

-Ça va ?

-Oui , pourquoi ? demanda Tony tout en sortant de la douche.

Gibbs le détailla discrètement de la tête aux pieds, portant son attention pour la première fois aux cicatrices laissées sur sa jambe droite, suite aux opérations qu'il avait subies.

Tony ne lui prêta pas attention. Il s'assit sur une chaise, se sécha rapidement, enfila un bas de jogging puis replaça son attelle .

-Ce matin, tu n'avais vraiment pas l'air d'aller bien, lui fit remarquer Gibbs d'une voix douce.

-Ouais c'est vrai, excuse moi, mais j'étais pas trop dans mon assiette. J'appréhendais un peu de retourner dans mon appart. Tu comprends, je n'y avais pas remis les pieds depuis l'agression, c'est vous qui vous êtes chargés de tout.

-Et ?

-Ça c'est bien passé. Les ouvriers ont fait du bon boulot…mais je ne pense pas pouvoir y revivre, j'y ai trop de mauvais souvenirs. Il ne put retenir un petit frisson qui n'échappa pas à l'œil expérimenté de Gibbs. Je pense que je vais donner mon préavis.

Gibbs se plaça derrière lui et l'enlaça. Il déposa un léger baiser sur l'épaule dénudée et humide de l'italien qui soupira de bien-être au contact des lèvres de son homme sur sa peau.

-Dis-moi, comment s'est passé ton dernier rendez-vous chez le médecin ? demanda alors ce dernier d'une voix nonchalante.

Tony se dégagea aussitôt de l'étreinte de Gibbs d'un geste brusque et sortit de la salle de bains en s'aidant de ses béquilles.

-Tony …

-Tu dois le savoir si tu poses la question de cette façon ! Commença à s'énerver Tony. Ma jambe est foutue mais ça, Ducky a déjà dû te mettre au courant…sinon il ne serait pas là ce soir.

Tout en parlant, Tony ouvrit le tiroir de sa table de chevet, prit deux comprimés dans un petit flacon et l'avala sans prendre la peine d'aller se chercher un verre d'eau.

-Non. S'il est venu ce soir, ce n'est pas pour ça. Je lui ai demandé de passer parce que j'étais inquiet pour toi…à cause de ton comportement ces derniers temps. Tu n'es plus toi-même : tu prends des somnifères pour dormir, tu …

-J'ai peut-être un peu de mal à trouver le sommeil, mais ça a toujours été un problème chez moi, tu le sais parfaitement.

-Il n'y a pas que ça Tony, il y a aussi ton comportement, tu…

-Quoi mon comportement ? Qu'est-ce qu'il a? l'interrompit Tony sur la défensive.

-Tu es de plus en plus lunatique. Un moment tu es doux et gentil et l'instant d'après, tu deviens agressif. Je ne comprends pas ce qui t'arrive, mais je sais que quelque chose ne va pas et j'aimerais que tu m'en parles

-Je vais très, très … Tony ferma les yeux et baissa la tête tout en la secouant.

-Tony ? Tu te sens bien ? demanda aussitôt Gibbs d'un ton inquiet

-Je … je …, balbutia Tony avant de lâcher ses béquilles et de s'effondrer sur le sol, évanoui, sans que Gibbs ait le temps d'effectuer un geste pour tenter de le rattraper.

Le sang de Gibbs ne fit qu'un tour, il ouvrit la porte de la chambre à la volée et appela Ducky à la rescousse avant de venir s'agenouiller à coté de son amant pour essayer de le réanimer. Il lui tapota la joue mais celui-ci n'eut aucune réaction.

Ducky arriva précipitamment et prit aussitôt les choses en main avec des gestes professionnels. Il tourna la tête du jeune homme vers lui et constata que ses pupilles étaient contractées et n'étaient plus qu'un petit point. Un doigt sur la carotide révéla un pouls bien trop lent, ce qui était plutôt inquiétant. De même, sa respiration était saccadée, bien trop ralentie et ses doigts commençaient à devenir bleu .

-Que s'est-il passé ? Demanda Ducky qui commençait a avoir une idée de ce qu'avait Tony.

-Je n'en sais rien. On parlait et il a avalé un comprimé. Peu de temps après, il a commencé à se sentir mal et il s'est effondré.

-Quel genre de comprimé ? demanda le légiste tout en mettant son patient en PLS.

Gibbs alla fouiller dans le tiroir, attrapa le flacon qu'il avait vu dans les mains de Tony quelques minutes auparavant et le tendit à Ducky.

Ce dernier y jeta rapidement un coup d'œil et jura.

-C'est de la morphine. Il fait une overdose. Appelle tout de suite une ambulance.

L'ambulance arriva rapidement sur les lieux et Tony fut immédiatement conduit à l'hôpital. Ducky fit le trajet avec lui tandis que Gibbs, mort d'inquiétude, les suivait de près avec sa voiture.