Hôpital de Washington- une heure plus tard.

Gibbs et Ducky attendaient nerveusement et avec impatience qu'un médecin vienne les voir pour leur donner des nouvelles sur l'état de santé de Tony. Gibbs ne comprenait pas ce qui avait bien pu se passer et surtout comment ça avait pu lui échapper..

-Ce n'est pas possible ! Comment a-t-il pu se faire ça sous mon nez, sans que je ne me rende compte de rien ? dit-il à Ducky d'une voix désespérée. J'aurais dû m'apercevoir qu'il prenait trop de pilules ! Mais non ! J'ai été complètement aveugle !

-Le problème avec les médicaments à base de morphine aussi hautement dosés, c'est qu'il est très fréquent que les personnes qui en prennent deviennent dépendantes. Mais Jethro, tu ne dois pas le blâmer. Je ne pense pas qu'Anthony ait réalisé qu'il se mettait en danger et il va avoir besoin de ton amour et de soutien plus que jamais. La période de sevrage va être très dure pour lui et il risque d'avoir de grosses crises de manque…Il va peut-être devoir être mis dans un centre de désintoxication, pour le début.

-Tony n'acceptera jamais d'aller dans un tel endroit. Tu ne peux pas t'occuper de lui ? Toi, à la maison, avec moi.

-Jethro, je suis seulement médecin légiste. Il va avoir besoin d'une personne compétente.

-Tu es légiste ok, mais tu es médecin avant tout et tu es même titulaire d'un diplôme de psychologie. Je suis sûr que tu pourrais le faire. Tu connais Tony presque aussi bien que moi et tu sais parfaitement qu'il ne supporte pas les hôpitaux.

Ducky soupira

-Écoute, avant de continuer à parler de ça, attendons de savoir ce que vont dire les médecins, d'accord ?

Gibbs hocha la tête pour acquiescer et ils continuèrent à attendre en silence.

Après un temps qui leur parut interminable, ils virent enfin un médecin s'avancer vers eux. Les deux membres du NCIS se levèrent alors comme un seul homme et s'avancèrent rapidement à sa rencontre pour avoir des nouvelles.

-Il va s'en sortir, les rassura aussitôt celui-cidès qu'ils parvinrent à sa hauteur. Nous sommes parvenus à le stabiliser et il est maintenant hors de danger. Il est même réveillé. La prise de sang que nous avons effectuée a révélé une très forte dose de morphine dans son organisme. Il est clair que Mr DiNozzo est devenu complètement dépendant et j'ai déjà parlé avec lui de la mise en place d'un protocole de désintoxication afin de le sevrer. Il n'a pas encore pris de décision. Pour le moment, il est seulement en train d'assimiler le fait qu'il est devenu accro à ces médicaments, et il s'en veut énormément, alors ne soyez pas trop dur avec lui. D'autant plus qu'il n'est pas vraiment responsable de son état, il a été très mal suivi. Son médecin n'aurait jamais dû accepter de lui renouveler ses ordonnances de morphine comme ça, sans s'assurer d'abord qu'il n'en était pas devenu dépendant.

-Comment envisagez-vous cette procédure de sevrage ? demanda le légiste

-Méthadone, séances avec un psy et groupe de discussions.

-Et pour la douleur de son genou? S'enquit Gibbs avec inquiétude

-Il s'est plaint d'avoir très mal donc nous l'avons mis sous antidouleur. J'ai également contacté son médecin traitant à Bethesda pour qu'il me mette au courant de l'état exact de son genou. Selon lui, la seule solution pour que Mr DiNozzo ne souffre plus serait de lui poser une prothèse et je suis totalement d'accord avec son diagnostic. Il m'a également informé qu'il avait déjà proposé cette option à Mr DiNozzo mais qu'il a catégoriquement refusé d'en entendre parler. Si vous arriviez à le convaincre d'accepter cette opération, notre orthopédiste peut l'opérer dans la semaine ou, si vous préférez, on peut le faire transférer à Bethesda. Je sais qu'en tant qu'agent du NCIS, il serait normal qu'il soit suivi là-bas.

-Il n'existe pas d'autre solution que l'opération pour que la douleur disparaisse?

-Je n'en vois pas d'autre, non. Si on lui pose une prothèse, Il aura une meilleure qualité de vie et je pense qu'il retrouvera même une meilleure mobilité.

-Alors je vais essayer de le convaincre, opina Gibbs et pour ce qui est de l'hospitaliser à Bethesda, la décision lui revient. On peut le voir maintenant?

-Bien sûr. Je vais vous appeler une infirmière qui va vous accompagner jusqu'à sa chambre.

Trois minutes plus tard, ils étaient devant la chambre de Tony et Ducky décida de laisser les deux hommes en tête à tête..

-Je vais rentrer mais s'il y a quoi que ce soit, tu m'appelles à la maison, d'accord ?

-Ok. Merci pour tout Ducky.

-De rien mon ami. Dis à Tony que je pense à lui et que tout ira bien.

-Je le ferai.

Le légiste s'éloigna après avoir serré l'épaule de l'ex-marine en guise d'encouragement.

Gibbs respira un bon coup avant de pénétrer dans la chambre. Il se sentait horriblement coupable et s'en voulait énormément de n'avoir vu rien venir.

Tony était allongé sur le lit, relié à un moniteur cardiaque et avait une perfusion dans le bras. Son visage était tourné vers la fenêtre et il avait le regard complètement perdu dans le vague. Il ne remarqua même pas l'arrivée silencieuse de Gibbs

Ce dernier s'avança jusqu'au lit et prit place sur la chaise installée à côté de celui-ci. Puis, il prit la main de son amant et l'embrassa avec douceur. C'est seulement à ce moment-là que Tony prit conscience de la présence de l'ex marine dans la pièce. Il se tourna lentement vers lui, le regard rempli d'une profonde culpabilité.

Gibbs lui sourit tendrement pour le rassurer. Du bout des doigts il lui caressa la joue avant de se pencher pour déposer un léger baiser sur ses lèvres.

-Ne t'en fais pas, tu vas arriver à t'en sortir. Je serai à tes côtés pour t'aider à franchir chaque étape. Je t'aime Tony,

À ces mots, les yeux de Tony se remplirent de larmes qui menacèrent de couler .

-Je...je suis …dit-il d'une voix bouleversée, incapable de trouver ses mots

Gibbs se leva de sa chaise pour venir s'asseoir directement sur le rebord du lit de Tony

-Chut… il lui passa doucement les pouces sur les yeux avant de le prendre dans ses bras pour le serrer fort contre lui. Ne t'en fais pas le rassura-t-il à nouveau, tout va bien se passer. Je suis là et je vais veiller sur toi. Pour l'instant, tu es encore épuisé alors repose-toi et on parlera de tout ça plus tard, à tête reposée. En attendant, je reste là avec toi, promis.

Bercé par la chaleur et la force rassurante de son amant et encore groggy à cause de son overdose de médicaments Tony s'endormit rapidement dans les bras de Gibbs..

Il se réveilla de nouveau deux heures plus tard et vit Gibbs qui s'était rassis sur la chaise et buvait un café tout en le couvant du regard..

-Ça va ? demanda-t-il dès qu'il le vit ouvrir les yeux.

Tony hocha faiblement la tête en essayant de contenir une grimace de douleur.

-Mon genoux recommence à me faire mal.

-Tu veux un massage ?

-Pfff, je ne suis pas sûr que ça serve vraiment à quelque chose, grogna Tony.

Gibbs ne répliqua pas à ce ton grincheux. Il posa son gobelet de café sur la petite desserte roulante et rapprocha la chaise du lit. Puis, il passa une main sous les draps et commença à lui masser légèrement le genou. Petit à petit, Tony commença à se détendre et Gibbs en profita aussitôt pour aborder le sujet qui la taraudait.

-Tony, on doit parler, dit-il doucement mais fermement.

Tony comprit de suite que Gibbs ne lui laisserait pas de répit tant qu'il n'aurait pas obtenu ce qu'il voulait et il poussa un soupir résigné

-Je t'écoute…

-Tu devrais accepter l'opération du genou dont t'ont parlé tes médecins. Tu serais enfin soulagé et tu n'aurais plus à supporter une douleur pareille...

-Mais ma carrière serait foutue ! …protesta Tony avec véhémence avant de rajouter d'une voix désabusée, oh, et puis de toute façon, elle est déjà foutue. Je sais que je ne retournerai jamais sur le terrain.

-Pourquoi dis-tu ça ? Le contredit Gibbs. Ta carrière est loin d'être finie ! Tout comme tu as toujours ta place sur le terrain.

-Ah oui ? Ricana Tony avec amertume et agressivité. Tu as déjà vu des éclopés sur le terrain, toi ? !

-Hé ! Tu baisses d'un ton avec moi ! Gronda Gibbs avec autorité avant de continuer d'une voix plus douce, et tu es loin d'être un éclopé.

-Ouvre les yeux Gibbs ! Je ne suis plus qu'un éclopé…et drogué de surcroit. Tu crois vraiment qu'on va me garder au NCIS maintenant ? Je me demande même ce que tu fais encore là! Tu devrais partir et me laisser tomber…

-Je suis là parce que je t'aime idiot et je ne te laisserai jamais tomber. Il va falloir t'y faire…tu vas devoir me supporter encore longtemps, termina Gibbs en lui caressant la joue.

Tony demeura silencieux et garda la tête obstinément baissée. Gibbs attendit quelques minutes et repassa à l'attaque en prenant son ton le plus convaincant.

-Tony, il faut que tu fasses cette opération. Avoir une prothèse ne t'empêchera pas d'être agent au NCIS, et encore moins de pouvoir travailler sur le terrain.

-Qu'est-ce que tu en sais ? Tu es devenu médecin pendant que je dormais ?

-Tony, ce n'est pas la peine d'être désagréable avec moi. J'ai parlé avec tes médecins et selon eux, cette opération te permettrait de revivre pratiquement comme avant.

-Oui…si tout se passe bien ! Et je devrais me refaire opérer tous les dix ou quinze ans pour qu'on me change ma prothèse, objecta Tony avec entêtement.

-Ce qui tout à fait vivable, répliqua Gibbs du tac au tac avec la même obstination.

-Je vais en avoir pour au moins trois mois de rééducation.

-Tony arrête de te chercher de fausses excuses pour refuser cette opération et si tu ne le fais pas pour toi…alors fais-le pour moi, le supplia Gibbs en utilisant sans remord le chantage affectif.

Sa stratégie pas très loyale fit mouche. Tony resta un moment plongé dans ses pensées puis il finit par relever les yeux pour croiser le regard de son amant.

Il hocha lentement la tête,

- D'accord, j'accepte de me faire opérer, murmura-t-il finalement.

Gibbs lui fit un grand sourire encourageant et se pencha pour le serrer dans ses bras.

- Tout va bien se passer, chuchota-t-il contre son oreille.