Trois semaines plus tard, les médecins jugèrent que Tony pouvait sortir de l'hôpital. Il ne faisait quasiment plus aucune crise de manque et les rares qu'il lui arrivait encore d'avoir parfois étaient vraiment minimes. Maintenant, le plus dur restait à venir : au moins trois mois de rééducation intensive l'attendaient. Tony n'était pas très enthousiaste à cette perspective mais, si tout se passait sans complications, dans quatre mois tout au plus, il serait de nouveau apte à retourner sur le terrain et cette lueur d'espoir lui donna l'énergie de se battre.

Les premières semaines furent très dures moralement pour l'italien. À son goût, ses progrès n'étaient pas assez rapides et il faillit plus d'une fois se laisser décourager. Heureusement, grâce au soutien de ses amis et surtout, grâce à l'amour inconditionnel de Gibbs, il garda le moral et redoubla d'effort pour récupérer toutes ses capacités.

Cela porta largement ses fruits. Au bout de deux mois de rééducation, il fut enfin capable de se déplacer sans l'aide de béquilles, même s'il boitait encore légèrement.

Ce jour-là, quand Tony rentra de sa rééducation, Gibbs l'attendait sur le pas de la porte avec un grand sourire mystérieux aux lèvres.

-Déjà rentré ? L'interrogea Tony, surpris de le trouver déjà à la maison si tôt dans l'après-midi.

-Oui. On n'avait pas d'enquête en cours alors j'en ai profité pour libérer tout le monde plus tôt.

-C'est super ça, fit Tony heureux à l'idée de pouvoir passer plus temps avec son amant.

Ce dernier hocha la tête pour lui indiquer qu'il était tout à fait d'accord avec lui.

-Ta rééducation s'est bien passée ?

-Oui, très bien.

-Parfait, ditGibbs avec satisfaction avant de l'embrasser du bout des lèvres.

Tony fronça les sourcils. Décidément, Jethro se comportait vraiment bizarrement. Il lui jeta un coup d'œil suspicieux.

-On peut rentrer maintenant?

-Oui, mais avant, ferme les yeux !

-Pourquoi ? demanda Tony, de plus en plus intrigué.

-J'ai une surprise pour toi. Ferme les yeux et arrête de discuter !

-Une surprise ?

-Oui, répondit patiemment son amant, mais tu ne la verras que si tu fermes les yeux

Maintenant mort de curiosité, Tony s'exécuta et, guidé par Gibbs, progressa lentement à l'intérieur de la maison.

-Tu gardes bien les yeux fermés, ok ? Tu ne triches pas.

-Promis.

Il devina qu'ils se dirigeaient vers le salon

-Tiens, assieds-toi là, lui dit finalement Gibbs en s'immobilisant

Tony obéit sans protester malgré sa curiosité croissante.

-C'est bon, je peux ouvrir les yeux maintenant ?

-Oui.

Tony releva lentement les paupières et fut surpris de se découvrir assis devant le piano. Il fut encore plus surpris en s'apercevant que celui-ci n'était plus recouvert de son drap.

- J'aimerais beaucoup t'entendre jouer, lui dit alors Gibbs en lui souriant avec affection. Je l'ai fait accorder, spécialement pour toi.

-Je … je ne peux pas c'est...le piano de…Shannon et Kelly

Gibbs s'agenouilla devant lui et lui prit tendrement le visage entre les mains.

- Elles sont mortes Tony…et toi, tu es en vie. Elles ne m'en voudraient pas si je te laisse jouer de cet instrument, au contraire, je suis sûr qu'elles m'approuveraient. Ce piano prend la poussière depuis plus de quinze ans, il est temps qu'il revienne à la vie, que cette maison revienne à la vie…et je veux que tu fasses partie de cette vie, acheva-t-il avant de se pencher pour s'emparer de ses lèvres.

À ces mots. Tony ne put retenir une larme qui coula lentement le long de sa joue. C'était la première fois que quelqu'un lui faisait une telle déclaration, avec autant de sincérité. Et ce n'était pas n'importe qui en plus, c'était Gibbs, l'homme qu'il aimait de toutes ses tripes depuis tellement d'années.

Gibbs essuya de son pouce la larme solitaire coulant sur la joue de son amant.

-Hé, je ne voulais pas ça !

-C'est juste que… personne ne m'avait jamais fait une déclaration pareille, avec autant de sincérité et d'amour. Moi aussi je t'aime… et je veux vieillir auprès de toi.

Gibbs captura de nouveau ses lèvres et leurs langues se mêlèrent l'une à l'autre dans un ballet effréné.

Ils cessèrent leur baiser afin de reprendre leur souffle.

-Allez, joue-moi quelque chose, lui demanda de nouveau Gibbs. – S'il te plait…

Cette fois-ci, Tony ne se fit pas prier. Il effleura les touches du bout des doigts écoutant les notes maintenant cristallines qui s'échappaient de l'instrument. Puis, il s'enhardit et ses mains se mirent à voler sur les touches blanches et noires et une musique douce et harmonieuse s'éleva dans la pièce.

Tony était vraiment très doué et Gibbs ferma les yeux pour se laisser envelopper par la mélodie. Quand le morceau fut fini, il enchaina sur un autre et se mit à chanter pour s'accompagner. Sa voix était chaude et grave….très sexy selon l'avis de Gibbs qui se retint à grand peine pour ne pas lui sauter dessus. Les morceaux se succédèrent et quand, au bout d'une bonne heure, la dernière note s'éleva dans la pièce, Gibbs rouvrit les yeux avec regret.

- Merci, c'était vraiment magnifique, dit-il en se penchant pour embrasser Tony. Il faudra que tu rejoues pour moi.

- Quand tu veux et avec joie, répondit Tony, les joues encore rougies par le plaisir.