Chapitre 2

Cela faisait un peu plus d'une heure que Mac était rentré au labo lorsqu'il descendit à la morgue. Il y trouva un Sid particulièrement absorbé, en contemplation devant la radiographie d'un crâne.

« Alors ? Qu'a-t-on ? »

Le légiste sursauta légèrement, n'ayant pas entendu les portes de l'ascenseur s'ouvrir. Après un dernier coup d'œil à la radio, il se retourna vers l'expert, un air énigmatique au visage.

« Eh bien… Vous pouvez vous vanter de m'avoir apporté un cas particulièrement intéressant pour une fois Mac ! »

L'expert haussa un sourcil, étonné de la remarque de son ami, mais le simple étonnement fut bientôt remplacé par un sursaut de dégoût lorsqu'il aperçut la tête tranchée déposée sur une table d'autopsie derrière Sid. Ce-dernier remarqua le malaise de Mac.

« Oh… Excusez-moi. Je croyais que vous aviez déjà été présentés… »

Mac secoua lentement la tête en guise de réponse. La désignant du menton, il questionna le légiste.

« Est-ce qu'elle… correspond bien au corps ? »

« Affirmatif. Le raccord se fait parfaitement. Une analyse ADN ne pourra que confirmer. Et je peux vous certifier que la tête n'a été tranchée que post-mortem, et non dans le but de tuer ! Les chairs du cou ont été sectionnées net, et sans un trop violent épanchement sanguin. Vous voyez cette incision Mac ? Juste sous le côté gauche de la cage thoracique. Il a suffi au meurtrier d'y passer sa main et de sectionner l'aorte, et le cœur s'est arraché sans difficulté. Elle est morte quasiment instantanément puis on lui a coupé la tête, que l'on a pris soin de… »

Il hésita, arrêta son regard sur la tête tranchée. Il y avait quelque chose d'effrayant à ce visage qui demeurait irrémédiablement clos… On dit bien souvent qu'il est atroce de sentir le regard d'un mort posé sur soi, des yeux livides et exorbités vous fixer sans ciller… mais Sid et Mac eux-mêmes ne pouvaient retenir quelques haut-le-cœur devant ce visage aux yeux et à la bouche fermés artificiellement par la main de l'homme !

Tentant tant bien que mal de revenir à la conversation, Mac reprit…

« Que lui a-t-on fait au juste ? »

Sid eut un léger temps de réaction puis il détacha son regard de la tête et se retourna vers l'expert.

« Je n'ai pas encore eu le temps de l'ouvrir pour un examen plus approfondi, mais j'en ai déjà effectué une radiographie. On a coupé la langue de notre victime, ainsi qu'une mèche de cheveux, avant de lui coudre la bouche et les yeux et de l'installer là où vous l'avez trouvée… »

« Une mèche de cheveux ? »

Le légiste hocha la tête tout en haussant les épaules. Mac observa la chevelure de la victime et remarqua effectivement qu'une large mèche avait été coupée à la racine. Il fronça les sourcils, toujours plus intrigué.

« Autre chose ? »

« Possible... »

Cette fois, Sid se dirigea jusqu'à la table sur laquelle gisait le corps de la victime et attrapa une boîte de Pétri qu'il tendit à Mac. A l'intérieur se trouvait un minuscule bout d'os ou de pierre, comme un éclat…

« J'ai trouvé ce fragment coincé dans une côte de la victime, sur le passage de la lame qui l'a tuée. Je pencherais pour une nature minérale, mais je vous laisse découvrir ce qu'il vient faire dans cette affaire… »

Ce fut au tour de Mac de hocher lentement la tête.

« Merci Sid. C'est tout ? »

« On peut dire ça, même s'il reste un détail qui me trouble assez… »

L'expert releva les yeux.

« Quoi donc ? »

« Qu'a-t-on fait de son cœur ? »

Avant même que Mac ait eu le temps d'intégrer le sens de la question, les portes de l'ascenseur s'ouvraient à nouveau…

« J'ai peut-être une réponse à ça patron ! »

Mac haussa les sourcils, intéressé.

« Vous avez quelque chose Danny ? »

« J'ai analysé les cendres que l'on a retrouvées près de l'endroit où elle a été tuée. Combustible et cellules humaines ! On a brûlé le cœur juste après l'avoir arraché de la poitrine de la victime, j'en mettrais ma main à couper !... »

Le jeune scientifique posa à cet instant son regard sur la tête tranchée qui lui faisait face et revint quelque peu sur ses certitudes.

« Enfin… Façon de parler… »

Sid et Mac ne purent s'empêcher de rire, ce qui détendit légèrement l'atmosphère jusqu'alors assez glauque de la morgue. Mais Mac se reprit rapidement. Après lui avoir résumé les conclusions de Sid, il tendit la boîte de Pétri à Danny.

« Soyons sérieux ! Merci Sid, bon boulot. Tâchez tout de même de voir si l'on ne peut rien tirer de plus de la tête. Danny, vous pouvez vous occuper d'analyser la poudre blanche et ce fragment ? »

« Bien sûr. Sans problème. »

L'expert hocha la tête.

« Quant à moi, je vais tenter de découvrir l'identité de notre victime… »


POV Mac Taylor

L'après-midi était déjà bien avancée et je cherchais toujours. Je n'avais rien trouvé qui eut pu me renseigner quant à l'identité de cette femme. Elle n'était pas fichée où que ce soit et les enquêtes de voisinage menées par Flack et Hawkes n'avaient rien donné… Que ce fût dans le quartier délabré où on avait retrouvé son corps ou bien aux alentours de la résidence du procureur Stevenson devant laquelle avait été découverte la tête, personne ne semblait avoir jamais vu cette femme…

Prenant mon visage entre mes mains, je jetai un coup d'œil à mon éphéméride, fermai les yeux et soupirai avec lassitude. Etait-ce dû au temps grisâtre qui couvrait New York, ou bien à cette date de triste mémoire, mais je n'avais qu'une envie… M'enterrer sous cinq mètres de terre et cesser un instant de respirer ! Ne plus penser, ne plus éprouver de sentiments… Ne plus se répéter sans cesse que les choses pourraient être autrement…

Je relevai rapidement la tête en entendant le bruit si familier de talons s'approcher de mon bureau. Je ne m'étais pas trompé et ne fus guère surpris de voir une jeune femme souriante et ravissante entrer quelques instants plus tard dans mon bureau, sans même prendre la peine de frapper. Je me levai et contournai le bureau pour l'accueillir dans mes bras. Lorsqu'il ne resta plus que quelques dizaines de centimètres pour nous séparer, je l'enlaçai doucement avant de déposer un léger baiser sur ses lèvres.

« Hey… Comment vas-tu ? »

Elle sourit et plongea ses yeux dans les miens. Elle me scruta quelques instants avant de répondre.

« Ca va… mais ça irait encore mieux si tu me disais ce qui te tourmente. »

Je haussai les sourcils, étonné.

« Ca se voit tant que ça ? »

« Je te connais Mac Taylor, tu ne peux rien me cacher ! »

Je fermai les yeux un court moment, le temps pour moi de remettre un peu d'ordre à mes esprits, ou du moins de faire comme si… Lorsque je relevai la tête, je croisai à nouveau son regard.

« Ce n'est rien, je t'assure. Juste un pressentiment. J'ai comme l'impression que l'affaire sur laquelle nous planchons depuis ce matin risque de s'avérer assez compliquée… »

« Mais tu sauras y mettre de l'ordre, j'en suis sûre ! »

Je secouai lentement la tête, un brin sceptique, avant de soupirer.

« En tous cas j'essaierai ! »

Elle acquiesça vigoureusement puis se lança.

« Je viens de boucler mon enquête. Je m'attèle à la paperasse tout de suite, j'ai des courses à faire et j'aimerais partir le plus tôt possible. On se voit ce soir ? »

J'hésitai avant de lui donner une réponse.

« Je rentrerai peut-être tard… »

« Alors je t'attendrai ! »

Devant son assurance, je ne pus que céder et c'est en riant doucement que je hochai finalement la tête. Elle sourit de contentement avant de m'embrasser subitement. Et puis elle s'éloigna, tout aussi soudainement, me laissant légèrement frustré derrière elle…

« Kat ! »

Elle se retourna vivement vers moi, un large sourire aux lèvres, visiblement ravie de l'effet qu'elle produisait sur moi. Elle me connaissait bien, oui… Et pourtant elle ignorait tout des tourments qui ravageaient mon cœur. Elle souriait, heureuse que je n'aie pu résister à l'envie de la rappeler pour l'empêcher de partir, mais elle ne savait rien des hésitations qui me hantaient.

J'aurais voulu la prendre dans mes bras, l'embrasser passionnément. Je l'aurais fait, peut-être… J'aurais même été prêt à lui faire l'amour, là, à ce moment-même, pour assouvir le besoin furieux que j'avais de la chaleur de son corps contre le mien ! Mais je me contentai de la regarder. Comme paralysé, je finis par murmurer…

« Non rien… A ce soir. »

Elle hocha doucement la tête en souriant toujours, puis elle s'éloigna pour de bon et regagna son bureau.

Elle s'appelait Kat. Kathleen Jansen. Et cela faisait plus d'un an à présent qu'elle faisait partie de ma vie, ou plus exactement de la vie du labo, mais c'était à peu de choses près la même chose. Elle était ma partenaire, ma coéquipière. Mon bras-droit. L'unique épaule sur laquelle m'appuyer quand j'en avais besoin… Le reste n'était qu'affaire de coïncidences. Vraisemblablement mus chacun par le désir de l'autre, notre relation était rapidement devenue plus qu'un simple rapport professionnel ou amical et nous le vivions pleinement, sereinement, tout en restant discrets pour ne pas attirer les foudres de Sinclair.

Kat m'apportait un semblant de lumière dans cette nuit noire…