Chapitre 3
La journée du lendemain s'était écoulée rapidement. La nuit était déjà tombée depuis un bon bout de temps et Danny soupira une fois encore devant les résultats que venait de lui afficher son ordinateur. Il pivota légèrement sur sa chaise en entendant Mac entrer. Ils discutèrent quelques instants de tout et de rien, s'autorisant quelques plaisanteries et fous rires pour détendre un peu l'atmosphère. Lindsay avait pris sa journée et Mac savait que Danny avait dû trouver le temps long, à bosser tout seul dans son coin, sans personne à qui parler, sans sa femme à faire enrager… Après un moment cependant, les deux scientifiques retrouvèrent leur sérieux et Danny exposa à son supérieur les résultats qu'il avait obtenus.
« La poudre blanche dont on a recouvert le corps de notre victime s'est avérée n'être que de la craie blanche, on ne peut plus ordinaire. On n'en tirera rien de plus. Quant au fragment que Sid a récupéré, c'est de la pierre, de l'obsidienne pour être exact ! Ne me demandez pas d'où elle peut provenir, je n'en ai pas la moindre idée ! C'est une pierre très rare et très chère à l'heure actuelle, et que l'on ne trouve pas par ici. J'ai effectué quelques recherches… Apparemment, l'obsidienne était essentiellement utilisée pour réaliser des objets précieux dans les différentes civilisations préhispaniques. Elle est très tranchante. On l'utilisait surtout pour des armes : couteaux, pointes de lances… »
« Et ça confirme ce que j'ai trouvé ! »
Les deux hommes sursautèrent avant de se tourner vers l'entrée. Kathleen se tenait là, appuyée contre le chambranle de la porte, un épais livre à la main. Elle s'excusa de son arrivée impromptue puis s'avança vers eux, une expression satisfaite au visage.
« Je n'avais plus d'affaire en cours, alors je me suis penchée sur la vôtre. J'ai effectué un certain nombre de recherches moi aussi, et j'ai trouvé ça… »
Mac jeta un coup d'œil au livre qu'elle tenait et dont elle lui présentait la couverture.
« ' Histoire des traditions des civilisations préhispaniques '… Est-ce que ça a un rapport avec notre affaire ? »
Elle hocha vivement la tête et feuilleta l'ouvrage avant de l'ouvrir à une page précise.
« J'ai lu attentivement ce passage. Il y est décrit tout le rituel du sacrifice chez les Aztèques. ' Avant la cérémonie, le sacrifié est dénudé puis enduit de craie blanche ou recouvert d'un vêtement en plumes, ou bien les deux. Il est ensuite drogué et conduit jusqu'à un lieu en hauteur. Là, on lui coupe une mèche de cheveux, symbolisant ainsi la perte de sa force, à l'instar du mythe de Samson et Dalila dans la Bible… On fait étendre le sacrifié sur une table de pierre avant de lui arracher le cœur… à l'aide d'un couteau d'obsidienne ! Le mort a la tête tranchée. Le corps décapité sera jeté du haut de l'édifice où a eu lieu le sacrifice, le cœur est brûlé à côté de l'autel en offrande. Quant à la tête, on lui arrache la langue et coud la bouche et les yeux afin d'empêcher le défunt de proférer des malédictions à l'encontre des humains. De plus, la tête étant le siège de l'âme, de l'esprit, elle est un symbole très fort ! Celui qui la coupe gagne le respect, la puissance. La tête peut ainsi être plantée au bout d'une pique et placée devant un lieu précis, en signe d'intimidation, d'avertissement…' »
Elle releva les yeux du livre, pour voir Mac et Danny perplexes devant ce qu'ils venaient d'entendre. Mac fronça les sourcils.
« Attends… Si je te suis bien, tu es en train de nous dire que notre victime a été sacrifiée selon les rituels aztèques, sachant que cette civilisation s'est éteinte voilà plus de quatre siècles ! »
Elle acquiesça.
« Un imitateur aura trouvé un quelconque charme à ces cérémonies sacrificielles et se sera amusé à les reproduire… »
Ce fut au tour de la jeune femme de froncer les sourcils. Elle observa attentivement Mac et hésita un bref instant avant de poser une main réconfortante sur le bras de l'expert.
« Qu'est-ce qui t'embarrasse ? »
Il soupira d'un air las.
« Nous avons une explication à l'étrangeté de cette scène de crime, mais ça ne nous renseigne absolument pas sur l'identité de cette femme, ni même sur le mobile du tueur… J'ai passé la journée à tenter de découvrir qui était notre victime ! J'ai tout essayé ! Et je n'ai rien, toujours rien !... »
Il avait serré les poings et Kathleen s'apprêtait à le prendre dans ses bras pour le détendre lorsque Hawkes débarqua en tempête dans la salle.
« Mac ! Ca y est ! On a son identité ! »
Les trois experts déjà présents dans la pièce haussèrent les sourcils, étonnés et vivement intrigués ! L'ancien légiste reprit rapidement son souffle et en vint aux explications…
« J'étais en train de poursuivre l'enquête de voisinage autour de la scène de crime avec Flack quand on a croisé une jeune femme qui aurait souhaité rentrer dans l'église. On lui a expliqué qu'elle n'avait pas le droit d'aller plus loin, qu'une femme avait été tuée. On lui a montré une photo du visage de notre victime et elle l'a reconnue ! Je reviens tout juste de la morgue où elle l'a formellement identifiée ! Il s'agirait de sœur Marie-Thérèse, la directrice de l'orphelinat Saint-Basile, à quelques pâtés de maisons de la scène de crime… »
POV Danny Messer
Après que Sheldon nous avait informés de l'identité de la victime, Mac avait décrété que nous avions suffisamment bossé pour la journée. De toute manière, nous ne pouvions plus faire grand-chose avant le lendemain… Il nous faudrait nous rendre à Saint-Basile, le plus tôt possible, mais l'urgence n'était pas telle qu'il faille les obliger à répondre à nos questions à cette heure tardive ! J'étais donc rentré chez moi, pressé de retrouver ma Montana, notre Lucy. Pressé aussi, il fallait bien l'avouer, de coller mon oreille contre les premières rondeurs du ventre de ma chère-et-tendre…
Nous avions dîné et couché Lucy. Pendant que je finissais d'essuyer la vaisselle, Lindsay alla s'enfermer un moment dans la chambre, prétextant une bricole à vérifier. C'est un peu surpris, mais aucunement déçu, que je la vis ressortir après quelques minutes, vêtue d'une superbe robe de satin et taffetas noirs, un châle rouge vif négligemment drapé sur ses épaules. Elle me sourit timidement, curieuse de mon avis.
« Tu aimes ? »
Le moment de surprise passé, je ne pus que hocher la tête vivement. Elle était tout simplement sublime… J'ouvris les bras et elle vint s'y blottir en m'embrassant.
« Je suis passée par la galerie marchande en rentrant de chez le gynéco et j'ai craqué sur cet ensemble… Tu ne m'en veux pas ? J'ai envie de me faire belle avant de ressembler à nouveau à une baleine… »
Je haussai les yeux au ciel et ne pus m'empêcher de secouer la tête.
« Combien de fois devrai-je te le dire ? Tu seras toujours magnifique à mes yeux, quand bien même tu attendrais des quintuplés ! »
Elle rit doucement et j'en profitai pour m'emparer à nouveau de ses lèvres. Lorsque je me séparai d'elle, un adorable sourire se dessinait sur son visage. Pourtant, elle semblait éprouver encore le besoin de justifier son achat ! Regardant son reflet dans la glace pour s'assurer que la robe lui allait parfaitement, elle lança…
« Je la mettrai pour les fêtes ! Et puis, j'aurai une occasion de la ressortir si Mac se décide enfin à demander Kat en mariage ! »
« Arrête avec ça ! »
Elle se crispa brusquement. Sans pouvoir rien y faire, mon ton s'était fait dur, mon visage s'était fait glacial. Tout sourire s'était évanoui de mes lèvres… Il y eut un moment de silence entre nous. Nous n'osions rien dire. Il régnait une telle électricité dans l'air ambiant qu'il me semblait que la moindre étincelle déclencherait une explosion fatale…
Renonçant à lancer l'attaque, je finis par gagner la chambre en soupirant. La porte claqua derrière moi et j'allai me planter face à la baie vitrée, les yeux perdus dans la nuit noire, bras croisés, poings serrés… Après quelques minutes, la porte se rouvrit sur Lindsay. Fixant son reflet sur la vitre, je pus lire la colère incendiaire qui s'affichait dans ses yeux. Il ne fallut pas bien longtemps pour qu'elle explosât…
« Quoi ? Qu'y a-t-il ? Mac et Kat sont très heureux ensemble, alors pourquoi ne se marieraient-ils pas ? C'est ce que nous avons toujours voulu non ? Que Mac puisse enfin trouver quelqu'un qui refermerait la blessure laissée par la disparition de Claire. »
« Mais tu sais très bien que ce n'est pas Kat qui a joué ce rôle ! »
Je m'étais retourné violemment et c'avait été mon tour de laisser éclater ma colère… Elle secoua la tête, une expression de déception, presque de dégoût, au visage.
« Ce que tu peux être mesquin, mon pauvre… Tu peux m'expliquer ce que Kathleen t'a fait pour que tu la détestes autant ? »
Je me retins de hausser les yeux au ciel.
« Ne raconte pas n'importe quoi ! J'apprécie beaucoup Kat ! C'est une fille très sympa, bosseuse, belle et intelligente. Mais ce n'est pas de ça que Mac a besoin ! »
Incapable de me contenir davantage, j'explosai finalement. Mon poing s'abattit violemment sur la commode…
« Et merde, est-ce que c'est Kat qui a été là lorsque Mac était au bord du suicide, après la mort de Claire ? Est-ce que c'est grâce à elle qu'il est parvenu à recoller les morceaux ? Mac a besoin… de quelqu'un qui puisse l'aider à porter sa peine, quelqu'un qui soit son double, avec qui il n'aurait pas même besoin de parler pour que tout soit dit ! »
« Tais-toi ! »
Je sursautai presque. Elle avait hurlé. Elle tremblait de tout son corps sous le coup de la fureur, mais elle poursuivit néanmoins…
« Tu fais comme si c'était elle qui serait en couple avec Mac à l'heure actuelle ! Mais elle n'est plus là, elle est partie ! »
« Qu'est-ce que tu racontes ? De qui parles-t… ? »
« Arrête ! Tu sais parfaitement de qui je veux parler ! »
Elle était au bord des larmes. Finalement, elle quitta la chambre en claquant la porte. Je tentai de me calmer. Il le fallait… Après un moment, je regagnai le salon et la vis assise à table, le visage enfoui entre ses bras. Son corps était secoué de spasmes répétés… Elle ne pleurait pas, je crois… Non, elle tentait simplement de faire abstraction de ses pensées, de ses souvenirs… Elle tentait de se raisonner, mais elle n'y parvenait pas…
Le plus délicatement possible afin de ne pas la brusquer, je l'entourai de mes bras et la serrai contre moi. Je murmurai…
« Je sais que tu en veux toujours à Stella d'être partie comme ça… Tu t'es sentie trahie, abandonnée, et je peux le comprendre. Je ne te reprocherai pas de refuser de lui pardonner. Mais pour ma part, je suis certain que si Stell' nous a quittés, c'est qu'elle avait ses raisons. »
J'hésitai un instant sur ce que j'étais censé dire. La vérité… Tout simplement la vérité… Dans un soupir, je poursuivis.
« Tu la connaissais mieux que moi encore, et tu savais parfaitement quels étaient ses sentiments pour Mac. Nous avons espéré pendant des années qu'elle puisse enfin être heureuse avec lui ! Tu ne peux pas me demander d'oublier… »
POV Mac Taylor
Je fermai les yeux, me laissant envahir par la sensation doucereuse des mains de Kat contre ma peau. Un soupir m'échappa. J'aimais ces contacts, ces moments de splendeur. J'y avais pris goût. Me retournant, je pris son visage entre mes mains et rapprochai ses lèvres des miennes tout en couvrant son corps de caresses. C'eut été mentir que dire que je n'avais pas envie d'elle, que je ne la désirais pas… Mais était-ce là de l'amour ? Eprouvais-je les mêmes sentiments qu'envers Claire ?
Comme elle commençait à défaire la ceinture de mon pantalon, je la repoussai doucement. Non, pas comme cela… Pas ce soir… Pas cette fois…
Elle allait trop vite…
« Tu es vraiment obligé de partir demain ? »
Je relevai les yeux vers elle. Me voyant préoccupé, elle n'avait pas insisté et même remis ma ceinture en place. Mais elle voulait tout de même quelques réponses, et que pouvais-je lui dire ? Comment pouvais-je me justifier ? Je hochai finalement la tête...
« Il le faut bien. Je connais quelqu'un là-bas en qui j'ai entière confiance et qui a connu sœur Marie-Thérèse par le passé. J'apprendrai sans doute beaucoup de choses au sujet de notre victime. »
Elle hocha la tête. Elle se contenterait sans doute de cette réponse, je préférais d'ailleurs qu'il en fût ainsi. Je me sentais néanmoins mal à l'aise vis-à-vis d'elle… Je lui mentais, et je n'aimais pas ça ! Une relation viable était toujours basée sur l'honnêteté, et elle ignorait tant de choses me concernant… Pourtant je ne pouvais pas lui avouer tout ce qui me pesait sur le cœur ! Nous en aurions bien trop souffert tous deux, je ne pouvais pas lui faire ça !
Aussi me contentai-je de l'embrasser.
« Je ne resterai pas là-bas bien longtemps, c'est promis… »
