Chapitre 12
POV Mac Taylor
On avait finalement relâché Anaïs Baker le lendemain matin. Certes, elle n'avait pas d'alibis pour les nuits des meurtres puisqu'elle nous avait affirmé être restée dormir chez elle, seule, sans personne qui puisse le confirmer, mais nous n'avions rien contre elle pour autant, sinon une intuition qu'elle nous cachait quelque chose, et ce n'était pas suffisant pour la garder à vue plus longtemps. J'avais simplement demandé à Sheldon de se renseigner davantage sur elle et de la garder à l'œil.
Toujours à court d'éléments qui nous auraient permis d'avancer dans cette affaire, nous reprîmes tout à zéro et décidâmes de nous pencher un peu plus sur les liens qui pouvaient bien exister entre les Stevenson et nos deux victimes. Il y en avait forcément ! Les têtes coupées n'avaient pas été placées devant la résidence Stevenson par pur hasard, ou uniquement parce que le procureur faisait figure d'autorité à New York… Il y avait forcément quelque chose de concret qui avait lié ces trois personnes par le passé, mais restait à savoir quoi. Est-ce parce qu'il craignait qu'un troisième meurtre ne vienne répandre le bruit d'un serial-killer et entacher son mandat ? Ou bien parce qu'il fut pris d'un sursaut d'intelligence ? Toujours est-il qu'à force d'insistance, le maire nous donna carte blanche pour interroger Stevenson à propos de cette affaire. Nous nous rendîmes alors sans plus attendre chez le procureur, afin de lui poser quelques nouvelles questions. Il rechigna tout d'abord à s'exécuter mais il n'avait pas vraiment le choix.
Seulement voilà… L'après-midi se passa. Nous l'avions interrogé sur lui, sur sa femme, son fils, sur ses relations extraconjugales, sur ses dettes, ses propriétés, ses travaux politiques, ses éventuels ennemis… Nous avions vérifié tous ses dires. Le soir critique arrivait et nous n'avions toujours pas la moindre idée des raisons qui poussaient le meurtrier, Anaïs Baker ou non, à agir… Lorsque nous en avions eu fini avec Roy Stevenson, nous avions également interrogé sa femme et tous ceux qui vivaient dans la maisonnée, domestiques compris. Il ne manquait plus que le fils…
« Eh bien Monsieur le Procureur, ne nous aviez-vous pas dit que votre fils serait de retour en début de soirée ? Il est déjà 20h passées et nous ne l'avons toujours pas vu ! »
Le procureur s'était emporté que j'ose lui parler sur ce ton mais ça ne m'avait fait ni chaud ni froid. Nous avions déjà deux cadavres décapités sur les bras, et nous en aurions un troisième dans quelques heures si nous ne mettions pas toutes les chances de notre côté, alors nous comptions sur un minimum de coopération !
Stevenson passa finalement un coup de fil à son fils, qui s'excusa de ne pas avoir pu venir plus tôt. Roy Stevenson Jr. habitait un luxueux appartement aux abords de Central Park. Il affirma à son père qu'il finissait de régler une affaire chez lui, puis qu'il viendrait aussitôt. Nous attendîmes donc deux heures de plus, mais il ne venait toujours pas. Son père l'appela une fois encore, mais il ne décrocha pas. Alors nous décidâmes de rendre nous-mêmes visite au fils.
Il était près de 23h lorsque nous arrivâmes vers Central Park. J'avais pris Kat avec moi et Danny suivait avec sa propre voiture. Mais à peine avions-nous quitté nos véhicules, que nous remarquâmes une forme sombre et allongée, au sol sur le trottoir.
Kat fut la première à comprendre. Nous arrivions trop tard.
POV Kathleen Jansen
Nous prîmes tout de suite les choses en main. L'homme dont le corps gisait au sol n'avait pas été tué depuis longtemps, son meurtrier était très probablement encore dans les parages. Mac courut à la voiture et ramena nos deux gilets pare-balles. Danny voulut en faire de même mais s'aperçut qu'il avait oublié le sien. Il eut beau insister, Mac lui interdit de nous accompagner et l'obligea à resta en bas, à nous attendre près des véhicules.
Dès que nous fûmes assurés qu'il ferait ce qu'on lui demandait, nous nous précipitâmes dans l'immeuble, l'arme au poing. Mac passa devant et s'engouffra dans les escaliers. On ne prit pas le temps de réfléchir. Le meurtrier avait l'habitude de tuer ses victimes depuis un endroit en hauteur et proéminent. Ce ne pouvait être que sur le toit. Et peut-être parviendrions-nous à le coincer ! La cage d'escalier que nous avions empruntée semblait de toute façon être la seule de l'immeuble…
Il ne nous fallut pas bien longtemps pour monter les six étages. Arrivés en haut, on s'arrêta quelques instants pour écouter. Dehors, tout semblait silencieux. Alors Mac enfonça la porte et l'on déboucha sur le toit. Là, à quelques mètres de nous, sur la balustrade qui faisait face au Park, s'étalait une large tache de sang frais. Et devant la balustrade, les restes d'un feu que l'on venait d'étouffer, ainsi qu'une tête tranchée, dont les yeux exorbités vous fixaient sans ciller…
POV Danny Messer
De rage, j'assenai un violent coup de pied dans le mur le plus proche. Quel idiot je faisais… Ils n'étaient que deux là-haut. Mac et Kathleen. Et le meurtrier, homme ou femme, n'en était plus à son coup d'essai ! Nous savions qu'il était dangereux et nous n'aurions pas été trop de trois pour l'appréhender, loin de là, alors oublier son gilet, vous parlez d'une bourde…
Je passai une main nerveuse dans mes cheveux en soupirant. Si jamais ça tournait mal et qu'il arrivait quoi que ce soit à Kat ou à Mac, je ne me le pardonnerais jamais… Mais en même temps, Mac avait raison et je me devais de lui obéir. Avec Lucy encore en bas âge et Lindsay enceinte, je ne pouvais pas me permettre de risquer de me faire tuer, tout ça parce que j'avais oublié mon gilet pare-balles !
Je pris une profonde inspiration et sortis mon portable. D'abord, appeler des renforts. Je demandai à ce qu'on nous envoie deux voitures de flics supplémentaires, pour baliser la scène de crime et faire tout le nécessaire. Et puis j'attendis.
Je m'éloignai un peu de la voiture et me dirigeai vers le corps. Un de plus. Entièrement dénudé, enduit de craie, le cœur arraché, décapité. On commençait à avoir l'habitude… Un homme encore une fois. Restait à connaître son identité, mais j'en avais déjà une petite idée. A tous les coups, il s'agissait là du fils Stevenson… Son appartement, les têtes coupées devant la maison de son père, le fait qu'il n'ait pas répondu au téléphone tantôt… Ca pouvait difficilement être une simple coïncidence…
Je jetai un coup d'œil au haut de l'immeuble. On devinait une fumée blanche s'élevant dans la nuit noire. Un feu mourant. Le crime venait tout juste de se produire, les flammes qui avaient servi à brûler le cœur de la victime n'étaient même pas encore éteintes !
Je soupirai à nouveau puis retournai à a voiture. Je ne supportais pas d'attendre là à ne rien faire, alors autant m'occuper… Je récupérai une lampe de poche et un appareil photo. De toute façon, il faudrait en passer par là avant de déplacer le corps, je pouvais déjà commencer à l'examiner… Mais alors que je venais de refermer la portière, un bruit métallique se fit entendre. Je fronçai les sourcils. Le bruit avait été bref et le silence était déjà retombé. On aurait dit que quelque chose était venu heurter un objet métallique. J'avais l'impression que c'était venu du côté droit de l'immeuble…
J'hésitai un moment. Mac et Kat étaient entrés par la porte principale de l'immeuble, celle qui donnait sur la rue. Ca faisait déjà un bon moment qu'ils étaient là-dedans mais je ne les voyais toujours pas ressortir, et je n'avais pas le temps d'attendre.
Je finis par me décider. Dégainant mon arme, je me dirigeai en courant vers l'endroit d'où était provenu le bruit. Avec prudence, je contournai le coin de l'immeuble et m'enfonçai dans la ruelle qui le longeait. Je m'arrêtai et scrutai les alentours pour tenter de me faire une idée du paysage. Un escalier en métal descendait depuis le toit de l'immeuble. En bas, quelques grosses bennes à ordures. C'était là tout ce que j'arrivais à distinguer dans l'obscurité de la ruelle…
Je fis quelques pas en avant. Lentement. Très lentement. Un froissement de tissus, assez près de moi.
« NYPD ! Qui que vous soyez, montrez-vous ! »
Le silence. Je tendis l'oreille. Une respiration retenue et saccadée. Je braquai mon arme devant moi et avançai encore.
« Sortez les mains en l'air et il ne vous sera fait aucun mal ! »
Je m'arrêtai et écoutai. Cette fois, le silence était total. Je retins un soupir pour ne pas laisser l'avantage à l'autre. J'hésitais sur ce que j'étais sensé faire. Et puis tout d'un coup, tout s'accéléra !
A quelques pas de moi, une ombre bondit de derrière une poubelle et je sentis son souffle lorsqu'elle me frôla. Elle se rua dans l'ouverture laissée libre entre le mur et moi, et courut vers la rue. Je me lançai aussitôt à sa poursuite. Comme nous nous rapprochions de l'artère principale, l'obscurité se fit moins profonde et je commençai à deviner les formes de mon… "ombre". De toute évidence, il s'agissait d'une femme, et elle était rapide ! Je ne parvenais pas à la rattraper…
Heureusement pour moi, son talon se prit soudain dans une pierre et elle trébucha. Elle repartit aussitôt mais ce ne fut pas assez. J'avais gagné du terrain. L'instant d'après, je me jetais sur elle et parvenais à la plaquer contre le mur. Mais je dus retenir un cri d'exclamation en jetant un coup d'œil au visage de ma fuyarde…
