Chapitre 14
POV Stella Bonasera
Danny parti, je fermai les yeux et me laissai retomber sur le canapé en retenant un cri de douleur. L'entaille à ma hanche, même peu profonde, était plutôt douloureuse… Je soupirai et me reposai un moment, m'efforçant de ne plus penser à rien. J'aurais voulu tout oublier, ne serait-ce qu'un instant… Oublier Danny, Mac et les autres… Oublier New-York et la Nouvelle-Orléans… Oublier Thaïs, ma petite Mia et Christopher… J'aurais simplement voulu mettre une croix sur tout ce qui s'était passé durant les derniers mois…
Je m'allongeai complètement sur le sofa et me recroquevillai sur moi-même. Epuisée, affaiblie, je ne tardai pas à plonger dans un sommeil sans rêves.
POV Danny Messer
Il était près de minuit lorsque je rentrai enfin. Je fis le moins de bruit possible. Passant devant la chambre de ma petite Lucy, je me faufilai silencieusement jusqu'à son lit et déposai un doux baiser sur son front avant de regagner le salon. Là je ne pus m'empêcher de sourire devant l'attendrissant spectacle qui s'offrait à moi. Linds' avait sans doute voulu m'attendre mais avait finalement cédé, se laissant aller à la tentation des bras de Morphée. Elle était adorable, ainsi confortablement installée dans un fauteuil, simplement vêtue d'un léger peignoir qui ne dissimulait que peu les rondeurs de son ventre, plongée dans son sommeil, la tête légèrement affaissée sur le côté, ses cheveux châtains retombant devant ses yeux clos…
Je soupirai et repensai aux dernières heures, à Stella… Tout d'abord, je n'y avais pas cru, et je ne pouvais m'empêcher de me poser mille questions à présent. Pourtant j'avais fait confiance à Stell', sans hésiter, et j'étais intimement convaincu que j'avais bien fait ! Mais je ne savais pas comment réagir face à Lindsay… Assurément, il me faudrait me taire. Il était hors de question que je mentionne ne serait-ce que le nom de Stella devant elle ! Pas que je n'aurais pas souhaité les voir se réconcilier, bien au contraire, mais je préférais les laisser régler leurs différends elles-mêmes ! Quoi qu'il arrive, je ne jouerais aucun rôle là-dedans !
Je pris Lindsay dans mes bras et la mis au lit sans qu'elle ne se réveille. Quelques minutes après, je me glissais à ses côtés sous les draps et m'endormais en la serrant contre moi du plus fort que je le pouvais. Je ne savais pas ce que nous réservaient les jours, les semaines à venir, mais je sentais que nous n'étions pas au bout de nos peines…
Lorsqu'elle se réveilla le lendemain matin, Stella alla machinalement allumer la télévision avant de gagner lentement la cuisine et de se préparer un café noir. Mais elle retourna précipitamment devant la télé en entendant la nouvelle que diffusaient les actualités.
« Une actualité de dernière minute à présent. La ville de New-York était en proie à une vive inquiétude depuis quinze jours qu'y sévissait un dangereux meurtrier. Deux crimes avaient déjà été commis, et un troisième a eu lieu cette nuit-même. La victime est Roy Stevenson Jr., le fils du Procureur Général Stevenson, que les précédents crimes semblaient déjà avoir désigné pour cible. Le maire de New-York a tenu ce matin-même à exprimer ses sincères condoléances au Procureur. Cependant, la police serait peut-être sur le point de faire cesser ces meurtres. Anaïs Baker, professeur d'archéologie préhispanique à l'université de New-York, aurait en effet été arrêtée à proximité de la scène de crime en tant que principale suspecte dans cette affaire… »
Le sang de Stella ne fit qu'un tour. Elle récupéra aussitôt l'adresse de l'appartement de Thaïs qu'on lui avait donnée à l'université, se changea en un instant, enfila un manteau et se rua dehors.
POV Mac Taylor
Huit heures du matin avaient à peine sonné que je me dirigeai à pas pressés vers le bureau de Sinclair. Il voulait me voir à propos de cette affaire, une fois encore. Quand on y réfléchissait, c'était assez compréhensible. Nous avions passé deux semaines à chercher des éléments qui nous auraient permis d'arrêter le meurtrier ou plutôt la meurtrière qui sévissait à New-York, en vain. Mais tout avait changé à présent ! Le meurtre du fils Stevenson aurait été le dernier, je me le jurai.
Alors que j'allais arriver chez Sinclair, je reçus un texto de Flack. Anaïs Baker avait été conduite en salle d'interrogatoire. Ils n'attendaient plus que moi.
Je rangeai mon portable et sentis un élan de soulagement m'envahir. Enfin, Sinclair pourrait être satisfait ! En montant sur le toit de l'immeuble, Kat et moi n'avions trouvé personne mais Danny avait pris soin d'appeler des renforts et ceux-ci étaient arrivés à pic ! Ils avaient coincé Anaïs Baker dans la rue adjacente à l'appartement de Stevenson, à l'instant même où ils arrivaient. La jeune femme avait tenté de faire comme si de rien n'était, ne cherchant pas même à fuir, mais nous n'avions pas hésité à l'arrêter. Elle se trouvait à quelques mètres de la scène du crime, en plein milieu de la nuit, alors qu'elle n'avait aucune raison valable de s'être rendue là ! Compte tenu de mes suspicions préalables, il ne m'en fallait pas plus… Nous lui avions aussitôt passé les menottes et elle était allée finir sa nuit au poste. Je sentais que nous arrivions au terme de cette sale affaire. Il ne nous faudrait plus longtemps pour réunir assez d'éléments et la faire inculper. Nous avions à présent récupéré l'arme du crime, le fameux couteau en obsidienne, qui avait été abandonné sur le toit de l'immeuble par la meurtrière dans sa précipitation de fuir avant que la police n'arrive. Nous trouverions forcément ses empreintes sur le couteau, mêmes partielles, et ce serait assez pour l'envoyer sous les verrous !
Je poussai la porte du bureau de Sinclair en priant qu'il ne me retienne pas longtemps. J'avais plus que hâte que tout ceci soit fini !
POV Stella Bonasera
Je m'assurai qu'il n'y avait personne alentours et m'empressai de crocheter la serrure. Fort heureusement, celle-ci se laissa faire sans que j'aie trop à forcer. Je pénétrai aussitôt dans l'appartement. Après avoir rapidement refermé la porte derrière moi, je laissai mes yeux s'adapter peu à peu à la quasi-obscurité de la pièce. Ce n'était qu'un petit studio, plutôt propre et bien rangé. Un lit, une table, deux chaises, une petite commode, un coin cuisine et une salle de bains.
Je pris soin de laisser les rideaux tirés et de ne pas allumer la lumière. Il était inutile que l'on sache que je m'étais introduite ici. Pas la peine de prendre le risque que l'on me voie. Puis je me mis au travail.
Je me dirigeai tout d'abord vers le grand placard qui s'ouvrait dans le mur. Une impressionnante quantité de vêtements, presque tous noirs, et une non moins impressionnante quantité de chaussures, mais rien qui fût digne d'intérêt. Je gagnai alors l'autre côté de la pièce et ouvris le premier tiroir de la commode avant d'en sortir son contenu, sans rien oublier, mais en vain. Alors je m'attaquai au second, puis au troisième, et enfin au dernier tiroir. Du linge, des papiers, beaucoup de documents divers et variés portant à peu près tous sur les deux mêmes thèmes : archéologie et civilisation aztèque. Je feuilletai avec attention tous les dossiers que je pouvais trouver, espérant chaque fois tomber sur quelque chose d'intéressant, mais demeurant toujours bredouille.
J'avais regardé partout où elle aurait pu ranger quelque chose. Je remis les affaires à leur place et refermai le dernier tiroir dans un geste un peu brusque de rage contenue avant de me laisser tomber sur le lit en soupirant. Je ne savais pas vraiment ce que je cherchais et à dire vrai, peu m'importait la forme de ce que je trouverais... Tout ce que je voulais, c'était comprendre ! Découvrir un élément, même le plus insignifiant en apparence, qui aurait pu m'expliquer ce qui s'était passé, autrefois et durant les vingt-cinq dernières années, pour que Thaïs devienne la criminelle qu'elle était à présent ! Je voulais que l'on me donne une raison qui aurait peut-être pu me permettre de lui pardonner ses actes ! Je voulais… pouvoir me dire que l'amie que j'avais cru perdre tant de temps auparavant était sauve, qu'elle était toujours quelqu'un de bien…
Je pris une profonde inspiration et fermai les yeux. Avais-je seulement raison de lui faire confiance ? Je savais qu'elle était coupable de trois meurtres, et qu'elle allait très probablement en commettre d'autres encore ! J'aurais dû la faire arrêter sur le champ et sans le moindre remords et pourtant je ne pouvais m'y résoudre… Au contraire, je m'efforçais de lui trouver des excuses, de justifier ses crimes de quelque manière que ce fût…
Je me mordis les lèvres. Quelle idiote je faisais ! J'étais en train de tout risquer, ma carrière, ma liberté, l'amitié de Danny, ma petite fille Mia, mon compagnon, et pour qui ou pour quoi ? Pour une stupide fille qui avait un jour été ma meilleure amie et qui n'avait plus aujourd'hui dans son cœur que haine et violence ! Une stupide fille qui avait braqué une arme sur moi et n'avait pas hésité à me droguer pour pouvoir s'enfuir ! Et pourtant…
Je soupirai à nouveau et me levai avant de me rediriger vers le placard. Je n'aurais su dire ce qui me poussait à faire cela, mais je sentais qu'il fallait que je continue, que je le devais, pour elle… J'ouvris à nouveau les portes et me remis à fouiller minutieusement parmi les vêtements, sans plus vraiment espérer. C'est au moment où je m'y attendais le moins que je découvris, parfaitement dissimulé au fond d'une étagère, entre deux piles de linge, un dossier que je n'avais pas encore regardé. Je l'ouvris sans plus attendre et sentis les battements de mon cœur s'accélérer aussitôt que je découvris les articles de journaux, soigneusement rangés et annotés. Des textes à propos de Saint-Basile, d'autres sur Stevenson et sur les généreuses dotations qu'il avait versées à l'orphelinat…
