Voici la suite Lily ! Thanks a lot for your com ! Et désolée pour l'attente...


Chapitre 15

POV Mac Taylor

J'avais réussi à écourter le discours de Sinclair, mais n'avais pu empêcher la presse de me harponner, m'empressant de répondre pendant près d'une heure à leurs questions, et il était déjà presque dix heures lorsque j'arrivai enfin au commissariat. Je me dirigeai sans plus attendre vers la salle d'interrogatoire où attendait toujours Anaïs Baker, mais je retins mon souffle tandis que j'approchais.

Des éclats de joie retentissaient de la pièce d'observation. J'accélérai le pas sans bien comprendre. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, en entrant, je vis Adam serrer Stella dans ses bras, tandis que Danny souriait nerveusement à côté…

« Danny, Adam, sortez d'ici ! »

A l'injonction brutale de Mac, Adam s'écarta vivement de Stella et se retourna vers son supérieur. Danny baissa les yeux en soupirant. Il avait pourtant recommandé à son amie de ne pas quitter l'appartement mais celle-ci n'en avait fait qu'à sa tête, comme souvent, et on allait bientôt pouvoir assister au résultat… Vu le regard noir que s'étaient mutuellement jeté Stella et Mac à l'instant où celui-ci avait fait irruption, la discussion qui allait suivre risquait de faire des étincelles…

Danny finit par quitter la pièce avec regret. Il aurait préféré rester avec Stella pour la protéger un minimum des foudres de Mac… à moins que ce ne fût l'inverse ? Enfin bref… Quoi qu'il en soit, en ces temps d'extrême tension, il craignait de laisser ses deux amis seuls dans la même pièce… Quant à Adam, il était resté comme tétanisé de l'irruption violente de son supérieur. Il tenta de bredouiller quelque chose.

« Euh, je… Je passais par là Mac, et j'ai vu Stella alors… »

« Adam, ne m'obligez pas à me répéter ! Laissez-nous ! Seuls ! »

Ce fut au tour du jeune laborantin de soupirer. Après un moment, il s'excusa auprès de Stella et quitta la pièce en prenant soin de refermer la porte derrière lui.


POV Thaïs Gastin

Il y a du bruit qui vient de la salle d'à côté. Peut-être vont-ils enfin se décider à venir m'interroger… Quoique, rien ne presse. De toute façon, j'ai tout mon temps !

Je laisse ma tête retomber en arrière et ferme les yeux. Enfin ! Cela fait tellement de temps que j'attends ça…avoir la paix avec moi-même, avec mon âme, pouvoir enfin respirer. Ils ont tous payés, enfin presque, et je me sens légère. Ce poids qui comprimait ma poitrine est enfin parti... Dehors ils me traitent de criminelle, de sadique et d'autres choses encore… Comme je les comprends… Dans leur monde, ce que j'ai fais est atroce, je le conçois, mais je ne fais plus partie de leur monde. Depuis vingt-cinq ans maintenant j'ai été exclue de cette normalité, de ce monde, et je ne suis plus que l'ombre de moi-même. Un être brisé. Un être méprisable et dégoutant. Mais je respire enfin à présent, même si j'ai dû tuer pour cela !

Imaginez-vous rester pendant des années coupée du monde dans une salle sombre et humide, à n'avoir pour compagnon que le dégout de vous-même et vos livres d'études. Pendant des années, ces quatre murs m'ont oppressée.

Enfermée, j'étais enfermée.

Un lit, une table, une chaise, des sanitaires, une petite lampe. Petite lampe sous laquelle j'ai étudié pendant des jours et des jours, à m'en faire mal aux yeux, toutes les archives et les livres de papa qu'on m'avait permis de garder. Voilà ce qu'était mon univers. Et dans cet univers, les minutes devenaient des jours et les années des siècles, même si l'archéologie m'offrait quelques secondes…

Enfermée…

Mais le pire c'était leurs mains, leurs mains sur mon corps…Partout… Leurs souffles dans mon cou, leurs mouvements interminables en moi… Et leurs regards.

Leurs regards de plaisir, de délectation, alors que moi je subissais cette douleur et cette humiliation… Leurs râles, leurs cris, leur sueur sur mon corps. Je ne m'appartenais plus, j'étais un jouet, un objet. Une chose que l'on prend sans ménagement, que l'on se plait à faire crier de plus en plus fort pour faire monter son désir, que l'on griffe, que l'on mord car il faut la marquer, montrer que l'on est son propriétaire, il faut laisser sa marque sur sa peau comme sur chaque bête d'un troupeau.

J'étais un objet que l'on met dans un coin après avoir été utilisé, puis que l'on reprend lorsque que la tension est trop grande ou alors que l'on donne à son fils, car il faut savoir partager, surtout avec ses enfants…

Alors oui, je suis un monstre, mais peut-être pas le pire dans tout ça… Et ils ont recommencé…

La seule qui puisse imaginer et comprendre, c'est Stella…

Oh Stella… Ma petite Stella, mon amie d'enfance, j'ai été si heureuse de te revoir après tant d'années... Tu es devenue une femme merveilleuse, forte et épanouie, même si comme quand nous étions enfant il te faut des lunettes ! Ouvre donc un peu les yeux ! Cet homme qui se tient en face de moi, cet homme qui me méprise et que j'approuve pour me mépriser, brûle d'amour pour toi autant au moins que tu brûles d'amour pour lui... Dis-lui ! Ne le laisse pas partir et ne te déchire pas avec lui pour moi, car premièrement je n'en vaux pas la peine et deuxièmement un amour comme celui là tu ne le retrouveras nul part ailleurs que dans ses bras. Il est temps que tu te mettes à vivre pleinement ta vie. Pense à ta fille, ta merveilleuse petite fille qui doit se reconstruire de la mort de ses parents et retrouver un père comme elle a retrouvé une mère. Chéris-la, aime-la et surtout protège-la, protège-la de ton monde pour ne pas qu'elle vienne se perdre dans le mien ! Donne-lui tout l'amour que je n'ai pu recevoir après la mort de mes parents, cet amour qui était la seule chose à laquelle nous aspirions toutes deux étant enfants... La vie t'a donné un fabuleux trésor alors prends-en grand soin, garde-le dans son écrin et ne le laisse pas s'oxyder avec l'air malsain qui nous entoure…

Je t'en prie… Vis pour moi, aime cet homme, aime ta fille pour moi… Te savoir heureuse me permet de retrouver un semblant d'humanité.

Moi qui jamais n'ai aimé ni ai été aimée…

« C'est faux ! Elle n'a rien à voir dans tout ça ! »

Mais arrête un peu je te dis… en plus tu me coupes dans mon monologue intérieur pour dire n'importe quoi ! Pff ! Tu ne changeras jamais une vraie tête de mule ! Je ne m'étonne plus à présent qu'il ait peur lui aussi de t'avouer les sentiments qu'il éprouve pour toi ! Tu sors les griffes et les crocs dès que tu es dans l'inconnu ! Quand je sortirai d'ici, il va falloir qu'on ait une discussion toutes les deux, autour d'un bon thé comme autrefois jeune fille!

Quand je sortirai... car je sais bien qu'il n'y a rien contre moi pour l'instant, juste des suspicions…et de toute façon on ne m'enfermera plus… je ne le permettrai pas…


POV Mac Taylor

Adam parti, je me retrouvai seul face à Stella. Le silence s'installa dans la pièce, un silence chargé de reproches mutuels, un silence qui jamais n'aurait dû exister entre nous. Pendant un moment, je me contentai de la fixer, sans vraiment y croire, sans comprendre. Lorsque j'étais allé la trouver chez elle, à la Nouvelle-Orléans, c'était à peine si elle avait accepté de me parler. Elle m'avait présenté sa fille, son… compagnon, et puis on s'en était tenus là ou presque. Elle m'avait dit qu'elle ne pouvait m'être d'aucune utilité dans l'affaire sur laquelle j'enquêtais, le meurtre de sœur Marie-Thérèse, et puis elle m'avait poliment mis dehors… Que venait-elle faire à New-York à présent ?

Brisant finalement le silence, je lui posai directement la question.

« Que fais-tu ici ? »

Mais elle ne dit rien, se contentant de me fixer, le regard empli de rage et de colère. Elle finit par me désigner la jeune femme qui attendait, assise de l'autre côté de la glace sans teint. Anaïs Baker.

« Elle n'a rien à faire là ! »

Son ton avait été dur, impératif, mais je passai outre la remarque.

« Tu n'as pas répondu à ma question… »

Malgré la semi-obscurité de la pièce, je pus la voir serrer les poings et se raidir. Je poursuivis.

« Tu la connais ? »

Elle fit un pas vers moi, menaçante.

« Vous n'avez rien qui vous autorise à la garder ici ! »

« Ca c'est ce que tu crois Stella… Mademoiselle Baker a été retrouvée à moins de cent mètres d'une scène de crime et il se trouve qu'elle est l'une des seules personnes ayant pu facilement se procurer l'arme du crime. L'un dans l'autre, je trouve que nous avons de bonnes raisons de la garder ici, au contraire ! »

Elle ne rétorqua rien et j'en profitai pour insister.

« Comment la connais-tu ? »

Mais elle se taisait toujours, refusant obstinément de répondre à mes questions, et je la savais suffisamment tête de mule pour être capable de s'obstiner ainsi pendant des heures… Pour ma part, je n'avais pas longtemps devant moi et je finis par laisser exploser ma colère.

« Réponds-moi Stella ! »

Elle secoua la tête en riant nerveusement.

« Et pourquoi le ferais-je ? Est-ce que je suis en garde à vue ? Faut-il que je vous sorte la formule habituelle… comment est-ce déjà… ah oui ! "Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat" ? Mais allez-y Mac, faites-moi coffrer, ne vous gênez pas puisque j'ai l'impression que ça vous tient particulièrement à cœur ! »

Je m'efforçai de ne pas le lui montrer, mais j'accusai violemment le coup. A vrai dire, je ne savais pas ce qui me faisait le plus mal… De l'entendre tourner notre travail en dérision, travail qu'elle avait toujours exécuté avec passion et dévouement parce qu'elle savait qu'il était juste… Ou bien de la voir piétiner en l'espace de quelques minutes la solide complicité qui s'était naturellement installée entre nous au fil des ans… Ce « vous » qu'elle me jetait au visage, en particulier, était pour moi comme un coup de poignard en plein cœur. Déjà, en Louisiane, elle l'avait utilisé. Mais je ne l'avais pas relevé alors. Je m'étais dit que c'était sous le coup de la surprise, parce qu'elle ne s'était pas attendue à me voir. Mais je me rendais compte à présent qu'elle savait pertinemment ce qu'elle faisait et ça m'horrifiait. Il nous avait fallu près de dix ans pour que le tutoiement vienne de lui-même entre nous, et quelques mots de sa part avaient suffi pour réinstaurer entre elle et moi une distance plus froide que jamais…

Excédé, je l'empêchai d'en dire davantage.

« Arrête Stella ! Arrêtez !... »

Le silence retomba et je soupirai. Moi-même, je ne savais plus comment me comporter vis-à-vis d'elle. Devais-je encore faire des efforts ? Mais elle n'en faisait aucun ! Pourtant, je savais que si j'entrais dans son jeu, plus rien ne pourrait jamais être comme avant… Tout serait définitivement perdu et ça, je ne le voulais à aucun prix…

« Je pourrais très bien te faire coffrer pour refus de coopérer, tu le sais… Crois-tu vraiment que j'en aie envie ? »

Elle garda le silence. Las, je me rapprochai de la glace sans teint et observai un moment notre suspecte. Le regard perdu dans le vide, elle semblait fixer un point invisible et sur son visage s'affichait une expression étrange, à mi-chemin entre l'horreur et la sérénité. Je repris à l'intention de Stella.

« Je ne sais pas pourquoi tu tiens tant à prendre sa défense mais ça m'est égal ! Nous garderons Mademoiselle Baker ici jusqu'à ce que nous ayons rassemblé les preuves de sa culpabilité, et ça ne saurait tarder. Je sais que c'est elle qui a tué le fils Stevenson, le lieutenant Maderos et sœur Marie-Thérèse. »

La réplique de Stella ne se fit pas attendre. Elle se retourna vers moi en criant.

« C'est faux ! Elle n'a rien à voir dans tout ça ! »

« Ah vraiment ? Alors prouve-le moi ! »

Je me retournai à mon tour pour faire face à Stella mais j'eus comme un mauvais pressentiment en croisant son regard. Dans la pupille de ses yeux brillaient des doutes et des craintes que je n'aimais pas y voir. Je croisai les bras et attendis. Elle tenta de dissimuler sa nervosité et prit une profonde inspiration avant de lancer…

« J'étais avec elle le soir où a été assassiné le lieutenant Maderos. »

Je secouai la tête en soupirant.

« Il fut un temps où je t'aurais crue sur paroles Stell', mais plus maintenant… »

« Alors vérifie ! »

Je relevai les yeux vers elle et elle ancra son regard dans le mien avant de poursuivre.

« Elle était à la Nouvelle-Orléans ce soir-là. Elle est repartie le lendemain par le train de 7h. »


Je tiens à remercier tout particulièrement ma Miss pour ses idées et surtout pour le monologue de Thaïs qu'elle a écrit ! Je te fais de très très gros bisous !