Chapitre 16
POV Kathleen Jansen
Je traversai le commissariat en courant, sans prêter attention à l'ambiance pesante qu'il y régnait et aux regards tournés vers le fond. J'aurais déjà dû être là depuis un bon moment… Mac aurait probablement déjà commencé l'interrogatoire quand j'arriverais et l'idée ne me réjouissait guère. J'avais trouvé Mac changé depuis quelques temps. Depuis le début de cette affaire, ou plus exactement depuis son voyage à la Nouvelle-Orléans…
Je soupirai en secouant la tête nerveusement. Depuis son retour, Mac avait toujours soigneusement évité d'aborder ce sujet… Il ne m'avait jamais clairement expliqué ce qu'il était allé faire en Louisiane, mais je n'avais pas eu besoin que l'on me fasse un dessin !
Je filai en direction de la salle d'interrogatoire, déjà prête à entendre les remontrances de Mac. Mais il ne me restait plus que quelques mètres à franchir lorsqu'une jeune femme ouvrit brutalement la porte du local d'observation pour se ruer vers la sortie. Un lourd silence s'abattit aussitôt sur le commissariat, tandis qu'elle s'éloignait sous les regards hébétés de tous les policiers présents. Les yeux chargés d'éclairs, les poings serrés, elle ne se retourna pas un seul instant.
Quant à moi, je m'étais arrêtée un court moment et avais fait un pas sur le côté pour la laisser passer. Il ne m'en avait pas fallu plus pour la reconnaître…
A peine fut-elle sortie qu'un murmure s'éleva dans tout le commissariat. Je me dirigeai vers Danny, Adam et Flack qui attendaient devant la salle d'interrogatoire, les yeux baissés, une moue ennuyée au visage. Je laissai échapper un soupir. Je n'avais pas tout compris à ce qu'il venait de se passer à l'instant, mais je connaissais tout de même un peu les dessous de l'affaire, et je pouvais affirmer qu'il y avait comme une certaine tension à évacuer… Comme pour me donner raison, quelques instants après, Mac quittait à son tour la salle d'interrogatoire en claquant la porte, nous aboyant au passage de reconduire Anaïs Baker en cellule avant de se diriger lui aussi vers la sortie. J'hésitai un moment mais finis par lui emboîter le pas, bien décidée à questionner Danny ou les autres si lui ne se décidai pas à me fournir des explications !
Mac gagna directement le labo mais je fus rapidement distancée, prise dans la foule grouillante des trottoirs new-yorkais. Lorsque j'atteignis enfin le bâtiment de la police scientifique, je me jetai dans l'ascenseur. Quelques minutes plus tard, je trouvai Mac dans son bureau, envoyant valser d'un geste rageur tout ce qui se trouvait alors sur sa table de travail…
« C'est du lieutenant Bonasera qu'il s'agit, c'est ça ? »
Les poings toujours crispés sur le bord de la table, il releva lentement la tête. Je le voyais se retenir pour ne pas exploser plus encore. Je me risquai à entrer dans le bureau et pris soin de refermer la porte derrière moi. Je préférais éviter que des oreilles trop curieuses ne soient tentées d'écouter ce qui allait se dire dans cette pièce… Puis je m'avançai doucement, lentement vers Mac, prenant soin de ne pas le brusquer. Je me mordis les lèvres tandis que je m'efforçais de peser mes mots. Finalement, je me lançai…
« C'est à cause de Stella ? »
Il resta de marbre mais son regard se fit plus noir que jamais ! Je soupirai…
« Ne le nie pas Mac… Je sais que vous lui en avez tous beaucoup voulu lorsqu'elle est partie, et je l'ai vue tout à l'heure. Je l'ai croisée au commissariat. J'imagine ce que tu peux ressentir en ce moment, ce que vous pouvez tous ressentir… Vous teniez énormément à elle et vous n'avez rien compris à son départ précipité, alors la revoir maintenant, comme ça… »
J'aurais voulu lui faire comprendre que sa réaction était normale, quoiqu'excessive. J'aurais voulu l'amener à se confier à moi, à me révéler tous les détails de cette histoire… Peut-être était-ce beaucoup en demander… Peut-être était-ce aussi m'immiscer à l'excès dans le passé de Mac… Mais j'étais intimement convaincue que tout ça était surtout une affaire privée entre Stella et les autres, entre Stella et Mac, et il me semblait normal, partageant la vie de Mac, que je sois mise au fait de ce genre de choses…
Mais il faut croire que toutes les précautions que j'avais prises ne furent pas assez… Quittant son bureau pour aller se poster devant la baie vitrée, il se déroba violemment…
« Arrête avec ça ! Cette histoire ne te regarde pas ! »
Je ne cherchai pas à me contenir…
« Au contraire ! Dois-je te rappeler combien de temps il a fallu à Danny ou à Flack pour travailler avec moi sans qu'ils ne se disent à chaque seconde que je cherchais à remplacer Stella ? Il leur a fallu près de trois mois pour qu'ils m'acceptent pour ce que je suis ! Je ne les blâme pas pour ça, bien au contraire, c'était une réaction tout à fait normale, mais ne me dis pas après ça que cette histoire ne me concerne pas ! Et Lindsay ? Et toi, Mac ? Le temps a passé mais aujourd'hui encore vous réagissez de la même manière lorsqu'on évoque des souvenirs du temps où Stella travaillait encore ici ! Vous vous renfermez sur vous-mêmes et vous vous retenez pour ne pas exploser ! Ca ne peut plus durer ! »
« Tais-toi ! Tu ne peux pas comprendre ! »
Il s'était brusquement retourné vers moi en criant et j'avais tremblé de le voir ainsi. Il était si différent du Mac Taylor timide mais charmant que je connaissais…
Lorsque j'avais débarqué à New-York, tout droit venue de Chicago, il m'avait accueillie à bras ouverts, comme l'avait fait toute l'équipe. Il m'avait sans plus attendre offert de m'héberger, en attendant que je trouve un appartement et afin que je n'aie pas à payer de frais d'hôtel. Au fil de nos premières enquêtes, il avait appris à me connaître et à accorder mes qualités à celles de l'équipe. Très vite, nous n'avions plus eu beaucoup de secrets l'un pour l'autre. Et puis nous étions sortis ensemble… Pourtant, je comprenais à présent que tout ce qu'il m'avait laissé voir n'avait jamais été qu'une façade ! Cette colère qu'il laissait enfin exploser au grand jour aujourd'hui, il la gardait enfouie au fond de son cœur depuis bien longtemps, mais c'était lui ! C'était ce qu'il était ! Et il ne pourrait jamais vivre heureux s'il ne réussissait pas à s'en débarrasser…
La tête baissée, il répéta d'une voix lasse…
« Tu ne peux pas comprendre… »
Je fermai les yeux un bref instant et ne pus m'empêcher de secouer la tête.
« C'est ce que tu crois Mac… Pourtant j'ai bien l'impression d'être une des seules dans ce labo à voir clair dans votre jeu… »
Il ne broncha pas. Je parcourus le bureau dévasté des yeux et commençai machinalement à ramasser quelques papiers. Lorsque j'en eus amassé suffisamment, je me relevai lentement et les déposai sur la table en soupirant. J'hésitai encore un moment. Je pris une profonde inspiration avant de me lancer.
« Ecoute… Je… J'ai demandé à Sinclair de m'accorder un congé. »
Il releva brutalement les yeux et ancra son regard dans le mien, sourcils froncés. Je sentis la tension monter entre nous et m'empressai de poursuivre avant qu'il ne dise quoi que ce soit.
« Je suis navrée de vous laisser tous ainsi en plan sur cette affaire mais j'ai besoin de m'éloigner de New York un moment… »
Il secoua la tête d'un air incrédule avant de fuir mon regard et de s'écarter. Je m'approchai de lui et pris tendrement sa main dans la mienne, le forçant à se retourner vers moi, à me regarder.
« Je t'aime Mac, très sincèrement, et je suis désolée de devoir dire ça mais… Je crois qu'il est préférable pour nous tous de marquer une pause dans notre relation. »
Je retins ma respiration l'espace d'un moment. J'avais peur de sa réaction, terriblement peur. Mais il ne dit rien. Il ferma les yeux, me repoussa doucement, et retourna se terrer dans un coin de la pièce.
« Mac… »
Il porta une main à son visage et se pinça le nez. Il avait l'air complètement perdu, dépassé par tout ce qui était arrivé durant les dernières heures…
« Mac… »
Comme j'insistais, il finit par se retourner vers moi et je m'efforçai de ne pas lui laisser voir combien j'avais mal, moi aussi…
« Comment peux-tu dire ça Kat ?... Pour qui cela serait-il préférable ? »
Je soupirai. Même si elle était dure à avouer, je lui devais la vérité, puisqu'il semblait assez aveugle pour ne pas l'avoir vue de ses yeux…
« Pour toi, Mac. Pour Stella. Et pour moi également, parce que je préfère t'accorder un temps de réflexion, quitte à risquer de te perdre, plutôt que de souffrir par la suite de te voir m'abandonner pour une autre. »
Je le vis hésiter. Il tenta bien de bredouiller quelque chose mais rien ne sortit de sa bouche et il se résigna. Un quart d'heure plus tard, je quittai le labo en direction de la gare centrale. Il fallait que je parte. Loin, très loin…
