Chapitre 21

POV Adam Ross

Je lançai le traçage et fermai les yeux quelques instants en repensant à ma conversation avec Mac, une vingtaine de minutes plus tôt.

J'avais commis une bourde dont les conséquences risquaient d'être désastreuses, alors j'avais préféré le prévenir avant qu'il ne soit trop tard… Lorsqu'il m'avait rappelé pour que je lui précise ce que j'avais pu découvrir en traçant le portable de Stevenson, je m'étais aussi excusé. J'avais expliqué à Mac que j'avais essayé je-ne-sais-pas-combien de fois de les joindre, tous, un par un, que ce soit Don, Danny ou lui… Les portables ne passaient pas dans la cave où ils étaient, mais ça je ne le savais pas encore, alors j'avais commencé à me monter toute une mayonnaise, à stresser et… j'avais appelé Stella. Je n'aurais pas dû, bien évidemment, mais ça avait été plus fort que moi ! Elle était de retour à New-York et elle était toujours la même, alors je ne voyais pas pourquoi je n'aurais pas dû l'appeler, elle, comme je l'aurais fait auparavant… Enfin… Maintenant que j'y réfléchissais, si, je voyais parfaitement pourquoi. Elle était de loin bien trop impliquée dans toute cette affaire. Et surtout, connaissant son tempérament, elle risquait de faire une grosse bêtise…

En y repensant, j'avais dû débiter ça au téléphone à une vitesse incroyable mais Mac avait très bien compris ce que tout cela impliquait. A vrai dire, il n'avait pas même pris le temps de me passer un savon. J'avais bien senti, à sa voix et à la manière dont il avait raccroché, son inquiétude monter en flèche…


Les voitures s'arrêtèrent au pied du tribunal. Mac jeta un rapide coup d'œil en haut de l'édifice. Selon Adam, pour que le signal du téléphone soit aussi net, Stevenson devait se trouver sur le toit, mais on ne pouvait rien voir depuis le bas du bâtiment. Tandis que les autres vérifiaient leurs armes et ajustaient leurs gilets pare-balle, l'expert examina brièvement les alentours, mais il n'y avait aucune trace de Stella… Sans plus attendre, il se rua alors à l'intérieur et se dirigea aussitôt vers les escaliers, bientôt suivi par Flack, Danny, et la dizaine de policiers qui les accompagnaient…


Les bips cadencés de l'ordinateur tirèrent le jeune laborantin de ses réflexions. Un résultat. Il prit une profonde inspiration avant d'ouvrir les yeux, mais ne put que soupirer désespérément en voyant le nom qui s'affichait à l'écran. Stella Bonasera. Le logiciel était parvenu à tracer son portable, à elle aussi. Et elle se trouvait exactement au même endroit que Stevenson…


POV Mac Taylor

Une détonation avait retenti et j'avais encore accéléré le pas, distançant Danny et les autres. A l'instant où je débouchai sur la terrasse, Stevenson tira en direction de Stella. Anaïs Baker n'eut que le temps de s'interposer. Elle prit la balle en pleine poitrine et s'écroula au sol. Le cri que poussa Stella me glaça le sang. Je la vis se pencher sur le corps inerte de son amie en pleurant.

Je me mordis les lèvres. Comment était-ce possible ? Comment en était-on arrivés là ? Je ne comprenais plus rien et j'avais peur. J'avais un mauvais pressentiment. J'avais déjà dû faire face à des situations bien plus tendues. Stella aussi… Mais c'était différent cette fois. J'ignorais ce qui allait se passer, mais quelque chose en moi me disait que tout cela allait mal finir… Et pourtant, incapable de bouger, je regardai Stevenson s'avancer en titubant vers Stella. Lorsqu'il pointa à nouveau son arme sur les deux jeunes femmes, mon cœur manqua un battement. Je portai mon regard sur Stella mais retins mon souffle. Pliée en deux par les sanglots, serrant le corps de son amie contre elle, elle ne réagissait pas. Elle semblait ne plus voir l'homme qui lui faisait face, qui la menaçait ! Je manquai de hurler, de crier pour la prévenir, mais je m'en empêchai, sachant très bien que ça aurait probablement aggravé les choses. Je me mis alors à prier qu'elle se ressaisisse. Elle n'avait plus de temps à perdre. C'était maintenant, ou il serait trop tard ! Elle pouvait encore remettre l'avantage dans son camp ! Mais les secondes défilèrent, oh, sans doute pas plus de quatre ou cinq, qui me semblèrent pourtant une éternité, et Stella ne bougeait toujours pas. Stevenson n'était plus qu'à un mètre d'elle, quelques dizaines de centimètres, prêt à faire feu, lorsque tout s'accéléra. Au moment où le coup partait, elle lâcha soudain son amie pour se redresser, évitant la balle de justesse, qui vint se ficher dans le sol de la terrasse, un peu plus loin. Enfin tirée de ses pensées, Stella se retourna avec effroi vers Stevenson et eut tôt fait d'analyser la situation. Elle porta la main à son holster. Je repris mon souffle en la voyant commencer à dégainer sa propre arme. Quoi que j'aie eu à lui reprocher, je ne pouvais m'empêcher d'avoir horriblement peur pour elle… Mais c'était bon. Elle allait s'en tirer. Si besoin était, je la savais très bonne tireuse ! Elle n'aurait aucun mal à abattre Stevenson avant qu'il ne tire !

J'abaissai mon arme moi-même. Nous étions seuls, tous les quatre sur cette terrasse, et Stella voulait la peau de Stevenson pour venger son amie, je le savais. Je ne pouvais pas lui refuser ça… Si jamais on lui reprochait quelque chose par la suite, il me suffirait de témoigner l'avoir vue tirer en situation de légitime défense, ce qui ne serait probablement pas très éloigné de la vérité. Je ne voulais pas intervenir. Maintenant qu'elle était à égalité avec Stevenson, que le procureur ne représentait plus un réel danger pour elle, je voulais qu'elle puisse régler ses comptes elle-même. Elle était assez grande pour se défendre toute seule, d'autant que le procureur était affaibli... Je n'avais plus rien à craindre.

J'observai Stella. L'arme au poing, elle fixait Stevenson d'un regard noir de haine, les yeux encore embués par les sanglots. Elle commença à reculer lentement pour mettre le plus de distance possible entre elle et son agresseur. Mais je fronçai soudain les sourcils. Elle avait brusquement pâli. Je la vis serrer les dents, ses bras commencèrent à trembler, puis ses jambes… En l'espace d'un instant, toutes mes craintes refirent surface. Je me précipitai vers elle en dégainant mon arme à nouveau mais il était déjà trop tard… Ses jambes semblaient ne plus la supporter. Posant par inadvertance un pied sur une plaque de verglas, elle trébucha. Affaiblie, désorientée, elle s'affala au sol tandis qu'une large tâche de sang commençait à s'étaler sur son haut blanc, un peu en-dessous de la clavicule droite. La première balle…

Le reste ne dura qu'un instant. Je sentis mon estomac se nouer. Elle était blessée, à terre, et j'étais encore trop loin pour pouvoir atteindre Stevenson à coup sûr. Elle était perdue… Dans un sursaut d'énergie, elle tenta pourtant d'attraper son arme de son bras valide, mais avant qu'elle ne l'ait pointée sur le procureur, celui-ci lui tira dans la main, la désarmant en lui arrachant un cri de douleur. C'était fini. Il allait lui porter le coup fatal. Risquant le tout pour le tout, je tirai à mon tour, mais je fus trop imprécis et c'est à peine si ma balle effleura Stevenson…


POV Danny Messer

Je me ruai vers le toit du plus vite que je le pouvais ! J'espérais que les autres m'avaient suivi mais je ne pris même pas le temps de me retourner. Nous n'avions plus de temps à perdre ! Plusieurs coups de feu avaient encore été tirés et je priais seulement que nous n'arrivions pas trop tard, que toute cette satanée histoire ne se finisse pas dans un bain de sang… Prières bien vaines…

Tout était terminé lorsque nous débarquâmes enfin sur le toit, une vingtaine de secondes à peine après Mac, et mon cœur manqua un battement devant la scène qui s'ouvrait devant moi.

Stevenson était à terre, mort apparemment. A quelques pas de lui gisait le corps inerte d'Anaïs Baker. Un peu plus loin encore, celui de Stella…

Quant à Mac, il était là, au milieu de la terrasse, à quelques mètres de moi, l'arme au poing, le bras ballant, incapable de faire le moindre geste, observant ce triste spectacle avec horreur...

TBC...