- Monsieur le Régent ?
Je fis un effort pour me reconcentrer sur l'instant présent.
- Oui ? répondis-je, cherchant rapidement à situer mon interlocuteur.
J'étais à peu près certain que je le connaissais, mais je ne devais pas l'avoir vu bien souvent. Une bonne seconde de réflexion plus tard, son nom me revint. C'était un certain Richard, du Clan de la Lune. Cela faisait des mois que je n'avais plus entendu parler de lui.
- Je souhaiterais présenter mon infant, et lui laisser demander le statut de Nouveau-Né. Madame le Marquis est-elle disponible, ou préférez-vous l'entendre vous-même ?
Le Marquis était présentement en entretien avec un émissaire venu de Nantes. J'envisageai un instant de demander à Richard et son infant d'attendre, mais je connaissais assez bien le Marquis pour savoir que ma décision serait la même que la sienne.
- J'entendrai sa présentation.
Richard se recula d'un pas, et fit signe à son infant d'avancer. Intimidé, il resta figé un instant avant de s'approcher, ce qui me laissa le temps de le dévisager. C'était un très jeune homme, à qui je donnai à peine la vingtaine. Il était très légèrement plus petit que moi, soit nettement en dessous de la moyenne actuelle. Très mince, très pâle, il avait de longs cheveux roux et des yeux verts presque lumineux. Curieusement, il émanait de lui une sorte d'impression diffuse d'étrangeté, alors même qu'il n'avait encore parlé. Je me demandai si j'anticipais sur sa nature de malkavien, ou s'il faisait le même effet à ceux qui ne connaissaient pas son Clan.
Enfin le jeune homme s'agenouilla devant moi, baissa les yeux, et après une légère hésitation se présenta d'une voix douce, teintée d'un infime tremblement.
- Monsieur le Régent, je suis Ariel Janvier, infant de Richard Deniel, du Clan Malkavien. Je requiers votre bienveillance pour m'accorder le statut de Nouveau-Né, et ainsi libérer mon Sire de la Tradition de la Responsabilité.
Je le regardai en silence. Malgré les marques de nervosité qu'il avait laissé transparaître jusqu'alors, il restait calme, presque impassible. Son self-control me plaisait.
- Monsieur Janvier, pouvez-vous me réciter les Traditions ? demandai-je.
- La Première Tradition, commença-t-il lentement, est celle de la Mascarade. Tu ne révéleras ta Nature à ceux qui ne sont pas du Sang ; le faire, c'est renoncer à ton Sang. La Deuxième Tradition est celle du Domaine : Tu es le maître en ton Domaine, tous t'y doivent le respect et nul ne peut y mettre ta parole en doute. Troisième Tradition, poursuivit-il, de plus en plus assuré, la Progéniture. Tu ne peux étreindre un mortel qu'avec la permission de ton Ancien, sans quoi toi et ta progéniture serez détruits. Quatrième Tradition, la Responsabilité : Tant que ton infant n'a pas été reconnu comme notre semblable, tu le commanderas en toute chose et seras responsable de ses actes devant nous. Cinquième Tradition, la Présentation. Honore le Domaine d'autrui. Quand tu entres dans une Cité, tu dois te présenter à celui qui la gouverne ; sans son acceptation tu n'es rien. Sixième Tradition, la Destruction. Tu ne peux détruire ton semblable. Le droit de donner la Mort Finale n'appartient qu'à ton Ancien. Seul l'aîné des tiens lancera la Chasse au Sang.
Il se tut, attendant mon verdict. Bien sûr il avait fait un sans faute. Je ne m'étais pas attendu à autre chose : aucun Sire ne présente un infant qui ne peut au moins réciter ses Traditions. Son attitude m'en apprenait beaucoup plus. Il était nerveux, mais savait se contenir et ne laissait pas sa tension le paralyser. Il était évident qu'il était très conscient de mon statut, et du sien. Il avait parlé d'une voix claire et audible, mais respectueuse. Je le laissai mariner encore quelques secondes, mais il ne se démonta pas, malgré mon regard peu amène. Enfin, je décidai de mettre un terme à son angoisse.
- Ariel Janvier, infant de Richard Deniel, au nom de madame Patricia Gardinier, Ancilla du Clan Toréador, Marquis de Paris, je vous reconnais Nouveau-Né. Je vous souhaite la bienvenue sur la Cité. Vous pouvez vous relever, ajoutai-je avec un sourire.
Janvier se releva, soulagé, et afficha à son tour un sourire, quoique nettement moins assuré que le mien.
- Merci, monsieur le Régent, finit-il par répondre.
Il échangea un regard avec son Sire. Celui-ci parut d'un coup se désintéresser de lui et tourna les talons pour sortir sans autre forme de procès. Laissé en arrière, Janvier parut perdu, et peut-être un peu blessé de ce qui ressemblait à une forme étrange d'abandon.
- Monsieur Janvier, l'appelai-je d'un ton plus détendu que celui, protocolaire, que j'avais employé jusqu'alors, pourrais-je vous poser quelques questions ?
Le jeune homme se tourna vers moi d'un bloc. J'eus le sentiment qu'il s'était retenu de sursauter.
- Bien sûr monsieur, répondit-il, nerveux.
- Détendez-vous, tentai-je de le rassurer. Je suis juste curieux de savoir un peu mieux qui vous êtes, maintenant que vous êtes membre à part entière de cette Cour... Asseyez-vous donc, ajoutai-je en désignant une chaise à côté de la mienne.
Il s'assit. Il hésitait entre me regarder dans les yeux et baisser le regard.
- Alors, cela fait longtemps que vous êtes un Semblable ? demandai-je doucement.
- Un peu moins de huit mois, monsieur.
Je ne pus cacher ma surprise. C'était peu, tellement peu... Puis je me souvins que tous n'étaient pas aussi précautionneux que nous autres ventrues.
- Vous avez été goule avant ? poursuivis-je, curieux.
- Non monsieur.
Il semblait se demander si cela le desservait.
- Ce n'est pas un tort, expliquai-je, j'ai juste tendance instinctivement à considérer les standards de mon Clan.
Janvier parut intrigué. Je le laissai parler, attendant de voir s'il aurait le courage de me questionner.
- Monsieur le Régent... Je vais peut-être poser une question stupide, mais quels sont les standards de votre Clan ?
Je souris.
- Vous savez au moins de quel Clan je suis ?
- Vous êtes ventrue... hésita-t-il.
- En effet.
Je laissai de nouveau un silence, car il m'avait semblé qu'il souhaitait ajouter quelque chose.
- En fait j'ignore votre nom, monsieur... avoua Janvier, gêné.
Je le fixai, un peu désarçonné.
- Jewel Collingwood, me présentai-je, puis j'ajoutai, presque machinalement : Nouveau-Né du Clan des Rois, Régent de la Cité des Lumières...
Il y eut un instant de silence.
- Votre Sire ne vous avait donné que ma fonction ? le questionnai-je.
- Tout à fait...
- Vous n'avez pas à vous en sentir gêné, vous n'y êtes pour rien... Et sinon, pour revenir à votre question première, nous autres ventrues préférons observer longtemps nos élus avant de leur donner l'Étreinte, pour être certains qu'ils feront de bonnes recrues. Il est extrêmement rare qu'un ventrue n'ait pas passé au moins une dizaine d'années en tant que goule avant de recevoir le Baiser. Nous accordons également un soin tout particulier à l'éducation de nos infants, et nous préférons les présenter bien plus tard que ne le font souvent les autres Clans. Cela se compte facilement en années.
Janvier m'écoutait attentivement, apparemment avide de connaissances. Je songeai que son intégration ne devrait pas s'avérer trop difficile.
- Que faisiez-vous, avant que votre Sire vous choisisse ? repris-je.
- J'étais étudiant, monsieur. En littérature.
Je me demandai un instant ce qui avait pu pousser Richard à l'étreindre, puis je me rappelai qu'il était malkavien. Sa raison me resterait probablement nébuleuse même s'il me l'expliquait personnellement.
J'étais à deux doigts de demander son âge à Janvier quand le Marquis entra dans la pièce. Je me levai, imité rapidement par Janvier, et la saluai avec un signe de tête et un sourire.
- Madame le Marquis...
Un coup d'oeil sur le jeune malkavien m'apprit qu'il n'échappait pas à la surprise qui saisissait tous ceux qui rencontraient Patricia Gardinier pour la première fois. Les cheveux courts, les joues un peu creuses, la silhouette globalement trop maigre, le Marquis semblait être née avec ses vêtements d'homme des années quarante, mais cela n'en détonnait que plus avec l'image classique du toréador.
Avec un léger temps de retard, Janvier s'inclina. Le Marquis posa un regard curieux sur lui.
- Bonsoir, monsieur. Pourriez-vous vous présenter ? demanda-t-elle de sa belle voix posée.
- Je suis Ariel Janvier, Inf... Nouveau-Né du Clan Malkavien, se rattrapa-t-il, infant de Richard Deniel.
Le Marquis m'interrogea du regard.
- Je viens d'accepter sa présentation et de lui accorder le statut de Nouveau-Né, confirmai-je.
- Je... J'espère être le bienvenu sur votre Cité, car sans votre acceptation je ne suis rien... ajouta Janvier maladroitement.
- Ne vous inquiétez pas, Ariel, sourit le Marquis. Jewel vous a accepté, et j'ai toute confiance en son jugement. Vous êtes le bienvenu.
- Merci, madame, répondit Janvier, soulagé.
Le Marquis se tourna vers moi. Je devinai à son regard qu'elle souhaitait me parler en privé.
- Monsieur Janvier, je vous souhaite encore une fois la bienvenue parmi nous. J'espère que nous aurons l'occasion de vous voir régulièrement en Elyseum, dis-je au jeune homme.
Il s'inclina poliment et s'éloigna. Je l'observai un instant, et vis que le Gardien de l'Elyseum l'abordait. Il s'en tirerait très bien.
- Je suis à vous, madame, repris-je en direction du Marquis.
Elle m'entraîna vers une salle à l'écart, et ferma la porte derrière nous. Ce n'est qu'alors qu'elle s'autorisa à laisser tomber son masque, et je découvris qu'elle était particulièrement sombre.
- Un problème ? demandai-je aussitôt, inquiet.
- On peut dire ça... L'émissaire nantais a eu beau me répéter que nos Cités étaient les meilleures amies du monde, je suis certaine que le Marquis de Nantes prépare un coup fourré. Officiellement, l'émissaire venait s'enquérir de l'avancée du Sabbat dans la région. En pratique, j'ai le sentiment qu'il venait pour autre chose... Après tout, Paris n'est pas vraiment le dernier rempart de Nantes...
- Vous avez une idée de ce qu'il pouvait chercher ?
Elle haussa les épaules.
- Une prise quelconque sur moi ou la ville pour récupérer du pouvoir ?... suggéra-t-elle.
Cela éveilla un souvenir en moi.
- Madame, nous n'aurions pas le petit-infant du Marquis de Nantes sur la Cité, par hasard ?
Nos regards se croisèrent en silence.
- Plus de pouvoir pour sa lignée... Peut-être même chercher à obtenir mon poste... Oui, c'est possible, admit-elle. Mais nous n'allons pas lui laisser de prise, n'est-ce pas ?
Je souris.
- Bien sûr que non, madame.
Les semaines qui suivirent s'écoulèrent sans vague. Je gardais l'œil sur le petit-infant du Marquis de Nantes -un toréador du nom de Jérôme Dozulé. Il restait relativement discret depuis son arrivée deux ans auparavant ; il n'avait pas de poste, et ne faisait pas trop parler de lui. Je finis par relâcher un peu ma vigilance.
Janvier était assez souvent présent en Elyseum, ce dont je me félicitais. Trop de membres de cette Cour passaient des mois sans donner signe de vie... Je le voyais souvent discuter avec le Gardien. Pour ma part, je passais en Elyseum tous les jours, mais n'y restais la plupart du temps que moins d'une heure. Cela suffit cependant pour que je croise une nuit le Prévôt, Christian Antonikos, particulièrement remonté.
Nous nous étions mutuellement pris en grippe dès sa nomination. Je trouvais ce brujah trop violent et grossier, lui me jugeait sans doute trop collet monté... Nous faisions tous deux des efforts pour rester corrects l'un envers l'autre, mais ce soir-là l'armistice était mort et enterré.
À peine cinq minutes après mon entrée dans l'Elyseum, le Prévôt me hurlait dessus, et seule ma dignité ventrue me retenait de faire de même, ce qui ne m'empêchait pas de lui lancer des répliques acides. Je supposai dans l'un de mes rares instants de recul calme et posé qu'Antonikos devait déjà être bien remonté en arrivant et s'était cherché un défouloir, car à dire vrai je n'arrivais même pas à retrouver le petit détail qui avait servi de point de départ à notre dispute. Bien évidemment le Gardien intervint pour nous faire sortir. Une fois dehors, je lançai un dernier regard assassin au Prévôt, avant de tourner les talons, mais il ne me laissa pas le temps de m'éloigner. Il me saisit par le col de ma veste, me souleva presque de terre et m'assena un coup de poing digne de la réputation de puissance brute de son clan.
Un peu sonné, je réalisai avec un temps de retard que j'étais tombé. Je voulus me relever mais n'en eus pas le temps. Manifestement ce soir Antonikos comptait passer ses nerfs pour les mois d'humiliation subis jusqu'alors sans broncher. J'essayai de saisir son regard entre deux coups de pied, mais il se méfiait.
À ma grande surprise ce fut Janvier qui intervint pour nous séparer. Je ne saisis pas ce qu'il dit au Prévôt, mais celui-ci finit par s'en aller, manifestement furieux. J'essayai de m'asseoir et ne pus retenir une grimace de douleur. J'avais probablement quelque chose de cassé. Je songeai, cynique, que ça me servirait peut-être de leçon. Ne pas énerver un brujah.
- Monsieur, vous n'avez rien de grave ? s'inquiéta Janvier, accroupi à côté de moi.
- Je m'en remettrai... répondis-je, faussement détaché.
Il me tendit la main pour m'aider à me remettre debout. Je la saisis avec reconnaissance. Je dus m'appuyer quelques secondes sur lui pour ne pas tomber, puis je retrouvai mon équilibre. Les jours à venir allaient être fatiguants...
- Qu'est-ce qui s'est passé ? m'interrogea Janvier.
Il avait pris du poil de la bête depuis sa Présentation, à oser me questionner ainsi.
- Rien de spécial... Nous nous détestons cordialement depuis qu'on se connaît, ce n'est un secret pour personne... Je suppose qu'il était déjà sur les nerfs ce soir, et que l'accumulation a fini par le faire craquer...
Je me dirigeai en boitant vers l'un des salons privés de l'Elyseum. Janvier hésita une seconde, puis il me suivit. Je décidai de ne pas relever, et le fis entrer avec moi. Je m'effondrai dans un fauteuil sous le regard pas totalement rassuré du malkavien, qui finit par s'asseoir en face de moi.
- Vous avez quelque chose à me dire ? finis-je par lui demander.
- Euh, pas spécialement... se troubla Janvier. Je suis juste mal à l'aise avec l'idée de vous laisser seul dans votre état...
Je remarquai avec surprise qu'il rougissait légèrement. C'était vrai qu'à la réflexion il n'était généralement pas aussi pâle que la plupart des vampires. Il devait réactiver sa circulation sanguine tous les jours ou presque...
Le silence se fit pesant, aussi je décidai de le rompre.
- Comment se passe votre intégration sur la Cité ?
- Plutôt bien, monsieur... répondit Janvier respectueusement. Monsieur le Gardien a pris le temps de me présenter presque tous les résidents, aussi même si je suis loin d'avoir discuté avec tous, j'ai une certaine vision globale de la ville.
- Et vous vous plaisez ici ?
Il hésita.
- Je... je ne connais rien d'autre, monsieur... murmura-t-il.
Je comprenais ce qu'il voulait dire. En tant que tout jeune vampire, il devait encore être perdu face à sa nouvelle nature, et retrouver un équilibre n'était jamais chose facile.
- Vous allez vous y faire... le rassurai-je.
Il sourit faiblement.
- Merci, monsieur.
Je sentis qu'il avait envie de me questionner.
- Qu'y a-t-il ? demandai-je.
- Je... je ne voudrais pas être indiscret...
- Allez-y. Au pire je ne répondrai pas.
- Vous... vous avez quel âge ?... interrogea timidement Janvier.
Je dus réfléchir un instant.
- Ça doit me faire quelque chose comme cent trente-deux ans.
Janvier pâlit.
- Et bien, remettez-vous... lui glissai-je.
- Je... je vous présente mes excuses. Je ne m'attendais pas à ça...
- Et vous, quel âge ça vous fait ? répliquai-je.
- Vingt-et-un ans, répondit-il faiblement.
À sa décharge, moi aussi j'accusai le choc. J'avais plus de six fois son âge...
- Il va falloir vous y faire... C'est chose commune, dans la société vampirique, relativisai-je.
- Madame le Marquis est plus jeune que vous, non ? demanda-t-il.
- En effet. Qu'est-ce qui vous fait affirmer ça ?
- Son style vestimentaire.
Je souris, approbateur.
- Bien vu. Madame le Marquis a été étreinte pendant la Seconde Guerre mondiale.
Je devinai à son regard qu'il était curieux d'en savoir plus à son sujet.
- Madame le Marquis était une jeune écrivaine quand la guerre a commencé, poursuivis-je. Elle s'est très vite engagée dans la Résistance, et malheureusement elle est morte rapidement. Cependant un toréador l'avait repérée, et a choisi de la sauver pour préserver son talent littéraire.
J'eus un sourire en coin.
- Ça ne s'est pas exactement passé comme il l'avait prévu, vu que mademoiselle Gardinier s'est empressée de retourner dans le maquis pour poursuivre la lutte. Elle est venue s'installer à Paris peu de temps après la fin de la guerre. Si vous souhaitez en savoir plus, n'hésitez pas à aller lui demander, elle est très ouverte à la discussion.
Janvier me remercia timidement. Je ne pouvais m'empêcher de trouver son inquiétude évidente à mon sujet un peu étrange, mais je supposai qu'il avait du mal à réaliser à quel point j'étais plus solide qu'un simple humain. Il manquait de références. Je finis cependant par parvenir à le rassurer, et je partis chasser. Un peu de sang me ferait du bien.
Dans les jours qui suivirent, je tombai sur Janvier à chaque fois que je passais en Elyseum. Il ne venait pas me saluer à chaque fois, mais j'avais l'impression qu'à sa manière il voulait veiller sur moi. Au début agacé par ce petit jeune qui pensait pouvoir aider son aîné, je finis par le trouver touchant. Après tout il ne pensait pas à mal, et souhaitait innocemment me soutenir.
- Que pensez-vous d'Ariel ? me demanda le Marquis d'un ton détaché, un jour que je saluai Janvier de loin comme d'ordinaire.
- Ariel ?
Il me fallut quelques secondes pour me souvenir que c'était le prénom de Janvier.
- Il me paraît... gentil. Plein de bonne volonté. Pourquoi ?
- Oh, comme ça. J'ai l'impression que vous avez une certaine complicité, je me demandais à quoi c'était dû, c'est tout...
Je dissimulai ma gêne comme je pus.
- Il a... pris ma défense face au Prévôt, expliquai-je.
Le Marquis leva un sourcil surpris.
- Il s'est opposé à Christian ? Il a des tripes, ce petit...
- En effet... approuvai-je.
- Et ça ne vous a pas agacé qu'il pense pouvoir faire mieux que vous ?
Je baissai les yeux.
- En l'occurrence, j'aurais difficilement pu... J'étais par terre en train de me faire rouer de coups... avouai-je péniblement.
Le Marquis me fixa, choquée.
- Et vous ne m'avez rien dit ?... laissa-t-elle tomber, incrédule.
- Je n'ai pas voulu vous déranger avec mes problèmes personnels, répondis-je, un peu braqué.
Elle soupira.
- Jewel, bon sang... Vous savez que si Christian dépasse les bornes ainsi, je suis tout autant concernée que vous... Et votre santé m'importe. J'aurais aimé que vous m'en parliez plus tôt.
- Bien madame. Ça ne se reproduira plus... m'inclinai-je.
- J'espère surtout que vous n'aurez jamais besoin de me remonter encore ce genre de problème... Je toucherai deux mots à Christian.
