Mon rêve s'éveille dans la mort
Chapitre 2 : Douce liberté ...
Shinreï venait d'avoir 10 ans, Luciole à peine 5 et leur père était mort deux jours plus tôt. Un peu en avance, mais c'était le plus beau cadeau qu'il leur ai fait à ce jour. De nombreux Mibu, qu'aucun des frères ne connaissaient, vinrent les voir.
Ils étaient sans doute des amis de ce salopard.
Quelque fois, ils demandaient aux deux frères pourquoi ils ne pleuraient jamais. Luciole répondait qu'il détestait l'eau ainsi que les faibles et Shinreï qu'il ne voulait pas creuser des sillons. Les gens ne disaient plus rien et s'en allaient.
Après tout, ils ne peuvent comprendre nos raisons.
Le corps du père s'était transformé en poussière lorsqu'il était mort. C'est ainsi que disparaissent fatalement les Mibu. De cette manière, il n'y a aucun cimetière dans le pays et ça leur permet de se faire passer pour des immortels auprès des autres peuples.
« L'eau ne peut pas causer autant de dégâts sur un cadavre. Le feu lui en est capable parce que le feu c'est le plus puissant. » Lâcha Luciole à son frère en ricanant.
Shinreï avait toujours envie de le noyer lorsqu'il lui parlait si stupidement.
Quelques jours plus tard, les deux frères partirent sans se retourner. Ils finirent par quitter ces terres damnées, suivant l'exemple de l'ex-sage et du démon aux yeux rouges rubis. Sans leur père pour les surveiller, ils pensaient s'en aller sans que se soit su.
Quelle naïveté !
Mais à vouloir ainsi voler de ses propres ailes et atteindre le soleil, l'atterrissage peut être mortel.
Le ciel avait commencé à gémir lorsque les deux enfants trouvèrent un refuge. Ils n'avaient pas encore quitté la forêt et les vents menaçants les avaient dissuadé de le faire pendant la nuit.
Shinreï et Luciole, assis dans le fond de la grotte, ne pouvaient qu'entendre les roulements de tambour et les projectiles que lançaient les astres sur la Terre. Néanmoins, si leur tanière les protégeait du déluge, son inclinaison finit par permettre à la boue de s'infiltrer. Luciole se recula devant ce serpent perverti qui progressait silencieusement. Le petit garçon eut un hoquet de surprise quand le reptile boueux s'approcha de son pied et il se heurta au genou de son frère. Celui-ci le prit dans ses bras et Luciole se recroquevilla de manière à ce qu'aucune partie de son corps ne toucha le sol.
Le contact de la peau brûlante contre la sienne fit frissonner Shinreï. L'aîné sentait le coeur de son frère cogner contre ses côtes et sa respiration réchauffer sa gorge.
Des éclairs zébrèrent l'immensité noire au-dessus d'eux et une lumière blanche vint frapper les parois de la grotte.
« Regarde ! Dis Shinreï en forçant un peu son cadet à se détourner de son kimono. - Cette lumière vient de traits blanc qui tombent verticalement du ciel. Ca s'appelle des éclairs et lorsqu'ils s'abattent sur un combustible, ils se transforment en feu. »
Dans l'obscurité, Shinreï ne discernait plus les traits de son frère, mais son coeur et sa respiration s'apaisèrent peu à peu. Il y eu un flash d'opaline et un bref instant, on vit les dents de Luciole briller sur ses lèvres.
« Tu vois que l'eau et le feu peuvent s'allier, tout du moins se supporter, et donner naissance à une vraie puissance.» Souffla le garçon aux cheveux blancs au creux de l'oreille de Luciole.
L'oeil épuisé, les cheveux par-dessus la tête et un filet de bave dégoulinant d'une bouche entrouverte ; Shinreï venait de se réveiller. Il se leva avec une rapidité qu'il aurait souhaitait faire passer pour de l'entrain et retomba plus vite encore. Avec fureur, le garçon rejeta sur son crâne les mèches blanches qui barraient son front. Son souffle devint fou à mesure que les cheveux s'emmêlaient de plus en plus. Il poussa un grognement enragé et finit par renoncer à mettre de l'ordre sur sa tête.
En s'agenouillant, il comprit la raison de sa chute : la boue séchée avait emprisonné certaines parties de son kimono durant son sommeil. Le jeune garçon tira sur ses habits, mais seules ses manches se dégagèrent. Il tira une deuxième fois. Rien ne bougea. Une troisième fois, toujours rien. Accroupie, il saisit la jambe du kimono à 2 mains et se mit à forcer sur ses bras en même temps que de sautiller sur place. Les traits crispés par l'effort et la colère se transformèrent en un sourire lorsque enfin le tissu céda en un craquement sonore.
Le deuxième son fut cependant nettement moins agréable à reconnaître. La tête de Shinreï venait de heurter une stalactite. La boule de rage qui s'était formée au creux de son estomac explosa et avant de comprendre que ça faisait mal, le garçon avait déjà mis plusieurs coups de poing à la matraque improvisée de la grotte.
« Shinreï, qu'est-ce que tu fais ? »
Luciole se tenait devant l'entrée et Shinreï le rejoignit, sa crise de nerf étant passé subitement. Le cadet entraîna son frère dehors. Il glissa sa main dans celle de l'aîné, mais il la retira rapidement et contempla un moment le sang sur ses doigts. Puis, il gémit visiblement écoeuré et frotta sa main sur le sol, accumulant les saletés dans sa paume au lieu de s'en débarrasser. Il se remit à geindre alors et commença à frotter ses yeux.
« Oh non, non, ne fais pas ça ! Ca va être pire. »
Shinreï posa un genou au sol pour se mettre à la hauteur de son petit frère. Celui-ci se tût et l'aîné compris alors quel grand frère il devait avoir sous les yeux. Luciole l'avait toujours connu plus ou moins pudique et soigné, or aujourd'hui ses vêtements étaient déchirés par endroits et boueux par d'autres. De plus, ses cheveux immaculés étaient désormais tachés de sang.
Luciole approcha ses doigts du front de son aîné, sépara en deux les cheveux qui lui cachaient le visage et les ramena sur ses tempes, sans pour autant les lâcher. Shinreï lui fit une grimace et le cadet referma prestement les mèches, tel des rideaux, en gloussant. Puis tout doucement, le plus âgé le sentit les rouvrir et approcher sa tête. Shinreï avait fermé les yeux, ainsi lorsque le front de Luciole toucha le sien, il émit un « bouh » sonore et releva ses paupières brusquement. Le petit frère se rejeta en arrière, surpris, et poussa un cri strident. Il fit basculer Shinreï sur le côté et en profita pour s'enfuir en rigolant. Mais il hurla véritablement de rire lorsque son aîné le poursuivit en rampant comme le serpent de la nuit précédente.
Shinreï le rattrapa et après que Luciole lui ai sauter sur l'échine ; ils se retrouvèrent tous deux étendus par terre. L'aîné sur le dos avec son bras droit perpendiculaire à son corps et paume contre terre. Le cadet sur le ventre et coincé sous le bras de Shinreï. Tandis que Luciole se tortillait pour se libérer, l'autre garçon le regardait faire en contenant un fou rire. Le plus jeune lutta pour faire passer sa tête et quand il y parvint ce fut pour effectuer plusieurs roulades avant de s'arrêter. Shinreï riait, tant et si bien qu'il fut obligé de s'appuyer contre un arbre pour se relever. Luciole lui lança un regard noir, puis se retira très dignement. Il fit un pas, le vent agita les feuilles au-dessus de lui et les gouttes de pluie restantes lui tombèrent sur la tête. Le petit garçon poussa un glapissement et revint vers Shinreï.
« Et tu veux être un solitaire ? » Le railla celui-ci.
Luciole sauta dans les bras de son grand frère et ce dernier lui essuya une traînée d'eau qui dégoulinait de sa pommette.
« Moi, je déteste l'eau. » Murmura le cadet.
Il hurlait avant d'abattre ses poings, tu hurlais pour qu'il cesse ses coups.
Mes larmes gravaient alors des sillons en travers de mes joues.
De ce père, de notre père, longtemps j'ai voulu te préserver.
J'ai en le coeur lourd, pardonne-moi mais je commence à te détester.
