Un sixième chapitre écrit dans la foulée du cinquième, je profite de ne pas avoir trop de boulot pour l'instant! Pas grand-chose à en dire, je vous laisse le loisir de découvrir... les review sont les bienvenues!

Chap 6 : Dernière confrontation et départ

Debout, une épée à la main, elle s'entraînant. Pieds nus dans l'herbe verte, vêtue d'une simple chemise blanche sur une jupe légère, les cheveux détachés, avec une arme, elle offrait un bien curieux spectacle. Une petite clairière dans un bois de la vallée où coulait une rivière la dérobait aux regards indiscrets. Dissimulés sous un tas de branches, un sac rempli de nourriture, principalement des biscuits, et des gourdes ; une sacoche, contenant une carte, quelques rouleaux de parchemin et des habits de rechange. Elle n'emportait rien d'autre, à part cette épée, qu'elle tenait de son père. Sa tante n'avait jamais osé la lui reprendre même si elle eut bien aimé en faire profiter son fils.

Hoela était prête à partir, le soir même. Elle passerait chez elle pour prendre ses dernières affaires et la nuit tombée, elle irait « emprunter » un cheval. Tout cela sans se faire repérer. La noce était pour le lendemain et chacun avait mis la main à la pâte. Sauf la future compagne… Elle était tellement concentrée qu'elle n'entendit pas les bruits de pas qui firent craquer les branches. Une grande silhouette se détachait sur les arbres et s'arrêta juste derrière elle. Mais son oreille se dressa ; une épée venait d'être dégainée. Elle se retourna et deux lames s'entrechoquèrent à grand fracas. Elle vit en face d'elle une personne qu'elle aurait voulu ne plus jamais apercevoir, car son souvenir réveillait en elle une profonde humiliation et de la colère. Boromir se recula et avec un sourire :

« - Vous êtes adroite !

-Mon père m'a appris à me battre quand j'étais jeune. Mais…que faites-vous ici ? interrogea-t-elle agressivement.

-Le bois est à tout le monde, gente dame ! Aussi bien à vous qu'à moi ! »

Il remit l'épée dans son fourreau et elle posa la sienne. Son cœur battait à tout rompre entre ses côtes, comme s'il voulait s'échapper.

« - Je me languissais de vous, ma chère. Vous m'avez manqué, dit-il, moqueur.

-Ce n'est pas réciproque, rétorqua-t-elle violemment.

-Je suis déçu, vraiment. Moi qui pensais vous conter mes exploits…

-Dont je n'ai absolument rien à faire ! Vos exploits ! Parlons en ! Tuer quelques personnes par ci, par là, discuter des affaires de ce monde avec les Seigneurs du Rohan, regarder les gens faire des courbettes devant vous, bravo ! Vous avez toute mon admiration ! Et laisser votre frère derrière vous fait partie de ces exploits ? »

Si les premières paroles ne l'avaient pas touché, en revanche, cette dernière phrase l'atteignit. Il perdit son sourire.

« Ne mêlez pas mon frère à cette histoire ! » Hoela ne rajouta rien. Le même air de tristesse qu'avait eu Faramir en évoquant son aîné s'était peint sur le beau visage. « Il adore son frère et le rejet qu'il subit le fait autant souffrir que lui » songea-t-elle. Boromir s'approcha de la jeune femme qui recula. Elle changea de sujet.

« - Pourquoi être revenu si tôt ? Si votre père était attendu, vous, vous deviez rester en Rohan jusqu'à l'automne.

-Il me tardait de converser avec la future compagne d'un des hommes les plus reconnus de la Cité, répondit-il avec ironie.

-C'est un homme stupide, qui pense que les femmes sont là pour lui obéir et exécuter ses quatre volontés !

-Oh, vous avez discuté ensemble ?

-Pas du tout, je ne l'ai pas revu depuis la dernière fête. Je le devine.

-J'oubliai que vous êtes différente des autres femmes. Croyez vous sincèrement qu'elles soient égales aux hommes ?

-Et pourquoi pas ? Mais c'est vraiment incroyable que tous les hommes soient convaincus d'être les plus intelligents et les plus capables ! Un jour, vous serez tous surpris de voir ce que les femmes peuvent faire ! Et remarquez ceci : pendant que les hommes meurent bêtement sur les champs de bataille, les femmes ont au moins l'intelligence de rester en arrière et pas forcément par lâcheté ! Elles savent que la plupart des guerres sont inutiles ! Evidemment, cette nuance vous échappe ! »

Boromir voulut mettre fin à ce discours qui le gênait et le dépassait. Que répondre à une femme aussi catégorique qui semblait pouvoir débiter ses arguments durant des heures ?

« Nous sommes revenus pour défendre nos terres. » Il obtint l'effet escompté. Elle interrompit sa verve et le fixa, étonnée.

« - Défendre nos terres ? Pourquoi ?

-De plus en plus d'étrangers parcourent la Terre du Milieu et désirent troubler l'ordre et la paix. Si nos ennemis veulent frapper fort, ils frapperont à Osgiliath.

-Mais… cette cité est encore à nous, non ?

-Oui, pour l'instant. Nous avons réussi à repousser le Mordor jusque là, ainsi que les autres attaquants. Mais nous ne pouvons rien garantir pour le futur, lâcha-t-il d'une voix un peu lasse.

-Mais si Osgiliath tombe un jour… nous sommes perdus.

-Elle ne tombera jamais ! affirma-t-il. Pas tant que nous serons prêts à la défendre. »

Elle le regarda droit dans les yeux. Ses iris limpides plongèrent dans ceux plus sombres de Boromir et le scrutaient.

"Seul le roi du Gondor serait capable de sauver nos Cités si elles étaient attaquées, dit-elle calmement. Et si vos ancêtres dirigent les rênes du royaume depuis des siècles, ils s'en sont que les Intendants. Comme l'est votre père, et comme vous le serez. Jamais vous ne monterez sur le trône" A ces mots, il blêmit et elle voulut se reculer davantage, craignant un coup. Un tronc d'arbre l'empêcha d'aller plus loin. Il se retrouva à seulement quelques centimètres d'elle ; elle crut qu'il allait la frapper. Ses poignets furent prisonniers d'une main large. Bras maintenus derrière le dos, plaquée contre cet homme qui semblait prêt à faire n'importe quoi, le courage lui manqua. Il effleura les lèvres de la jeune femme et l'embrassa. Elle se débattit, la main resserra son étreinte sur les poignets fragiles, et brusquement, elle se rendit compte qu'elle lui rendait ses baisers.

« Non ! » Elle se dégagea avec un cri de rage.

« - Espèce de …

-Non, pas de mots grossiers dans une si charmante bouche ! »

Il se moquait encore d'elle ! Malade de colère, elle le gifla. « Je vous déteste, et je vous haïrai aussi longtemps que je vivrai ! » Il massa sa joue devenue rouge, vaguement furieux. Elle avait eu le dernier mot ! Il la toisa et s'éloigna. Elle observa la silhouette disparaître entre les arbres, ne sachant si elle devait se réjouir ou s'inquiéter du fait qu'il n'ait pas réagi.

Elle cacha l'épée avec les sacs et rentra rapidement. Le soleil déclinait rapidement et la chaleur de la journée allait en diminuant. Elle mit le pied dans la maison au moment où l'astre disparaissait derrière l'horizon, laissant le ciel teinté de rose et d'orange. Elle prit une cape pour se protéger des intempéries ; elle adressa un adieu à la petite pièce qui lui avait servi de refuge. Elle s'apprêtait à descendre la dernière marche mais fut interrompue.

« - Où veux-tu te rendre à cette heure ? » Son cœur fit un raté, sa gorge se dessécha. Son cousin, une coupe à la main,se tenait en face d'elle. « Je… nulle part. » Il n'aurait pas dû être là ! Elle vint vers lui avant qu'il ne le fasse. Et, charmeuse :

«- En fait… comme demain, je dois m'unir à Ernmas, j'ai pensé que… c'est le dernier soir où je suis en mesure de t'accorder ta… récompense.

-Tu es sérieuse ? demanda-t-il, incrédule.

-Bien sûr. Ta mère ne rentrera que dans deux heures, nous avons du temps devant nous. »

Un changement aussi soudain d'attitude aurait dû le rendre méfiant. Mais il était ravi, il allait enfin avoir cette fille qui le narguait depuis des années ! Il s'avança mais elle proposa :

« Il fait suffisamment chaud dans cette pièce. Tu pourrais éteindre le feu. » Il obéit et attrapa le seau de cendres pour étouffer les flammes. Le temps pour Hoela de prendre le tisonnier sur la table et de lui en administrer un grand coup. Il s'écroula, sans un gémissement. Elle y avait mis toute sa force ; elle le retourna et se pencha vers son visage. Il respirait encore.

Elle se releva et sortit de sa poche un bout de parchemin qu'elle accrocha au mur. Elle fut tentée de donner un dernier coup de pied à son cousin en guise d'au revoir mais y renonça. Le papier ferait l'affaire. En rentrant, après avoir soigné son fils chéri, sa tante pourrait lire ces mots « Tu ne pensais quand même pas que je deviendrai la compagne d'un tel homme ? La seule chose que j'espère, c'est que tu en mourras de honte, ta nièce qui part la veille de son union ! Mais les provisions ne seront pas perdues ! Fêtez mon départ ! »

Personne dans les rues. Elle arriva aux écuries et son sang se glaça. Elles étaient gardées ! Elle pouvait franchir la porte de la Cité avec une diversion pour amener les gardes ailleurs mais il lui était impossible de voler un cheval dans ces conditions ! Elle était prête à céder à la panique lorsqu'une main se posa sur son épaule.

Dans l'état de tension dans lequel elle était, elle failli pousser un hurlement strident. Quelle ne fut pas sa surprise en reconnaissant Faramir ! Il posa un doigt sur ses lèvres et lui fit signe de le suivre. Ils arrivèrent près d'une maison non éclairée. Un cheval à la robe noire, sellé, piaffait devant. Hoela interrogea du regard Faramir. Il lui tendit les rênes.

« - Nous n'y seriez pas parvenue seule. Il vous fallait de l'aide. Voici Garth. Il sera un fidèle compagnon.

-Je… merci, » dit-elle d'une voix étranglée par les larmes, de soulagement et de reconnaissance.

Elle s'apprêtait à monter mais elle se retint.

« Faramir… » Elle se jeta à son cou dans un geste enfantin. Il la serra contre lui. Elle l'embrassa délicatement sur la joue. Elle se mit en selle mais avant que la pénombre ne l'engloutisse, elle se retourna.

« Un jour, votre père ouvrira les yeux et se rendra compte de votre valeur. Je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi. Adieu ». Il ne répondit pas, sa gorge refusant de laisser passer les mots.

Elle n'eut aucun mal à éloigner les gardes de la porte. Descendue de cheval, elle prétendit avoir aperçu un homme se glissant dans une maison par la fenêtre. En temps normal, ce simple mensonge n'aurait pas réussi à duper les soldats, connus pour leur méfiance, mais la chance était avec elle ; ceux là étaient novices et incapables de résister à une paire d'yeux bleus papillonnant d'une frayeur feinte.

Le galop du cheval l'entraîna rapidement dans la clairière. On ne donnerait l'alerte que dans deux ou trois heures, les gardes croiraient à une mauvaise plaisanterie. Elle récupéra ses affaires. La nuit était noire et les étoiles semblaient bien seules, perdues dans l'immensité du ciel, sans la lune pour les accompagner.

Hoela admira une dernière fois la Cité Blanche, qui dominait la vallée.

« Nous nous reverrons un jour, j'en suis convaincue… »