Le 8ème chapitre, écrit dans la foulée. Là aussi, il n'y a pas trop d'action mais je suis pardonnée: rappellez vous, Fondcombe, c'est la demeure des sages et des calmes... A savoir si Hoela s'adaptera bien à cet environnement, elle qui a une nature... plutôt explosive! ça sera pour le prochain chapitre! Lisez bien et passez par les reviews ( je répète, ce n'est pas un chantage, lol! Juste pour me faire plaisir, bisous à tous!)

Chap 8 ; Fondcombe

Son cœur s'était arrêté. La main encore tendue, légèrement tremblante, elle se releva, la pointe toujours fixée sur sa gorge. Elle ne pouvait pas voir celui qui la tenait ainsi, mais elle vit parfaitement les autres. Elle était cernée par des arcs, prêts à tirer leurs flèches sur celle qui avait osé mettre les pieds dans cet endroit. Elle leva les mains en signe de paix. Le cercle se fendit pour laisser passer celui qu'elle présuma être le… elle ne trouvait pas le mot. Chef ? Un peu prétentieux et chef de quoi ? Capitaine ? Mais il n'avait pas les vêtements d'un guerrier. Il s'arrêta juste en face d'elle et fit signe aux autres de baisser leurs arcs. Elle soupira, soulagée. Elle ne put détacher ses yeux des visages qui se tenaient devant elle. Jamais elle n'avait vu tant des gens aussi beaux, distingués, à la fois jeunes et vieux, doux et forts. Ce n'était que des iris verts ou bleus qui la regardaient, des traits fins, des chevelures brunes ou blondes, soyeuses.

Ce fut la première rencontre d'Hoela avec le peuple elfique, beau et immuable. Même dans ses rêves les plus fous, emportée par son imagination, elle n'aurait pu forger des êtres aussi… parfaits. L'elfe qui se tenait devant elle était grand et droit, avec des cheveux couleur or, des yeux vifs et perçants et un air sévère et perplexe à la fois. Il parla, d'une voix musicale, dans une langue qu'elle n'avait pas entendu parler par quelqu'un d'autre qu'elle-même depuis des années : « Qui êtes vous, et que faites-vous ici ? » Elle se concentra, cherchant aux tréfonds de sa mémoire la réponse. Puis, après un temps : « Mon nom est Hoela, et je viens quérir protection et secours à Fondcombe » Il la contempla, ahuri. Comment pouvait-elle croire qu'on lui offrirait une protection, à une simple humaine, qui aurait du périr lors de son long voyage ? Son accent était celui du Sud, celui des Hommes. C'était un véritable miracle qu'elle ait réussi à parvenir jusqu'ici. Mais il se garda de porter un jugement trop hâtif, notamment si elle savait parler elfique. De plus, sans qu'il arrive à définir pourquoi, elle ne ressemblait pas à ce peuple mortel. Ses cheveux bruns, sa peau diaphane, et ses immenses yeux limpides et son attitude... il devinait quelqu'un de différent. Qui leur était semblable. Il se reprit :

« - D'où venez vous ?

-Du royaume du Gondor, que j'ai quitté voilà six mois.

-C'est un bien long voyage pour une cause vaine.

-Pourquoi vaine? interrogea-t-elle doucement.

-Dites moi pourquoi nous accueillerons une mortelle en notre demeure ?

-Mon père était un homme vaillant du Gondor mais ma mère n'était pas une mortelle. Elle se nommait Eithne, et c'était une magicienne. »

Un silence étonné suivit ses paroles et un changement se fit. On ne l'observa plus comme une étrangère mais comme pour reconnaître quelqu'un qu'on n'aurait pas vu depuis de longues années. Mais leurs visages restèrent impassibles, ne reflétant aucune émotion.

« - Si cela est vrai, seul le seigneur Elrond sera en mesure de savoir si vous êtes la fille de celle que vous prétendez être votre mère. Car il y a maintenant fort longtemps que la belle et sage Eithne est partie de ces contrées pour des terres lointaines…pour ne pas en revenir. Mon nom est Glorfindel. Mais vous ne pourrez avancer en ces lieux que la vue cachée, pour nous préserver.

-Très bien. »

Il banda les yeux de la jeune femme mais avant qu'ils n'aient pu faire un seul pas :

« - Et Garth ? Mon cheval !

-N'ayez aucune inquiétude. Nous allons vous faire monter, ainsi, c'est lui qui vous emmènera. »

Elle se retrouva sur le dos du cheval ; et si elle n'avait su que des elfes étaient à ses côtés, elle aurait pu se croire seule, tant leurs pas étaient légers et ne produisaient aucun bruit. Elle perdit toute notion du temps et de l'espace.

Les sabots résonnèrent alors sur un sol de pierre ; et elle sentit une douce chaleur ; les rayons du soleil effleuraient enfin sa peau. Une main prit la sienne et l'aida à descendre. On retira son bandeau et elle fut aveuglée par la lumière crue. Une fois accoutumée, elle regarda autour d'elle et en eut le souffle coupé. Elle était sur une terrasse qui surplombait une rive escarpée. Le son de l'eau vive et des cascades retentissaient, les fleurs exhalaient leur doux parfum. Cette lumière qui l'avait d'abord blessée était à présent douce, et dorait les feuilles des arbres. Elle se tourna et admira la verte vallée qui lui faisait face.

Glorfindel la guida alors vers un banc tout proche et lui demanda d'attendre qu'il revienne. Il allait s'enquérir auprès du seigneur Elrond pour savoir quelle conduite adopter. Il la mit sous la garde de deux de ses compagnons. Elle protesta :

« - Je vous donne ma parole que je ne bougerai pas d'ici !

-On accepte une parole que si l'on connaît bien la personne qui la donne. Voici la règle élémentaire de la prudence. »

Elle fit la moue mais ne rajouta rien. Au bout d'un quart d'heure, elle demanda à l'un de ses gardiens :

« - Est-ce bien Fondcombe ?

-Nous le nommons Imladris. Ici vivent les Sages Elfes, seigneurs de l'Eldar. »

Elle l'écouta, bouche bée. Alors qu'elle s'apprêtait à lui poser une autre question, Glorfindel revint.

« Le Seigneur Elrond accepte de vous recevoir. Je vais vous conduire »

Elle vit d'autres elfes en chemin, et leurs atours, ces habits elfiques, magnifiques de par leur simplicité, la faisait rougir de son allure. La maison d'Elrond était plus pour elle un palais, dédié à la beauté, au calme et à la connaissance. Glorfindel la mena à une alcôve, où le lierre avait pris possession des colonnes, du toit. Assis dans un siège en fer forgé, un elfe semblait perdu dans ses pensées. Glorfindel l'abandonna là, devant le Maître de Fondcombe qui leva les yeux vers la jeune femme. Ni vieux ni jeune, mais marqué par les souvenirs, une chevelure couleur de nuit sans étoiles aux reflets bleutés, des iris gris clairs, il paraissait aussi vénérable qu'un roi couronné depuis des décennies. D'un geste, il lui fit signe de s'asseoir en face de lui. Elle se posa sur le siège, un peu mal à l'aise. Il ne dit rien, se contenta de la scruter, comme cherchant un secret enfoui au fond d'elle. Elle n'osait plonger son regard dans le sien mais prenant son courage à deux mains, elle planta ses yeux bleus dans les yeux gris. Ils ne cillèrent ni l'un ni l'autre.

Puis un mince sourire se dessina sur le visage de l'elfe. Et, doucement :

« - Vous ressemblez à votre mère, Hoela.

-Merci, murmura-t-elle.

-Oui… sauf pour les yeux. Les vôtres ont la nuance et la limpidité du ciel d'hiver, comme ceux de votre père. Il n'est venu qu'une seule fois ici, seul, alors qu'Eithne avait choisi de rester chez vous. Il venait me demander conseil. Mais vous, vous recherchez appui et abri.

-Oui. Ma mère… et mon père… cela fait des années qu'ils…sont…

-Morts ? Oui, votre père était une force de la nature mais un seul coup d'épée peut mettre à terre le plus brave des hommes. Il voulait simplement défendre ses biens, vous sauver. Quant à Eithne… ce n'était pas une elfe, mais une grand enchanteresse… sa perte nous a tous affectés. Ne la blâmez pas. Sa place …

-Etait auprès de sa fille ! Elle m'a laissé, et a succombé à son chagrin, en sachant qu'elle m'en apporterait un plus grand encore.Mais... comment savez vous ? Elle est morte loin d'ici…

-La mort de votre père était parvenue jusqu'à nous. Oui, les arbres ont chuchoté entre eux et nous ont appris le malheur. Quelque temps après, une nouvelle étoile s'est allumée au firmament. Eithne venait éclairer la nuit, et dissiper un peu plus l'obscurité. Et une petite fille regardait le ciel, sans comprendre que sa mère la veillait de là-haut. »

Les larmes coulèrent sur les joues de la jeune femme sans même qu'elle ne s'en rendit compte. Elles se perdaient dans les commissures des lèvres délicates, ou descendaient le long de son cou. Mais les pleurs étaient silencieux, apaisants. Elrond se pencha vers elle et effleura le front d'Hoela du bout des doigts.

« - Un jour, vous verrez, vous la découvrirez encore vivante en vous. »

Il se leva et :

« Vous pouvez rester à Imladris aussi longtemps qu'il vous plaira. »

Elle hocha la tête et il partit. Beaucoup de choses l'attendaient. Elle était prête à se découvrir.