Et oui, 20ème chapitre en ligne! Entrée de nouveaux personnages ( attendus?), nouveau lieu et bientôt, nouvelle bataille...
Je vous souhaite un joyeux Noël, avec plein de cadeaux et n'abusez pas trop de la dinde! Et une petite pensée pour moi; mon plus cadeau? Des reviews, tout plein, tout plein!
karmilla: je suis dégoûtée,je n'ai pas réussi à briser le mythe de Sévychou! mais bon, tant pis, ça sera pour une autre fois! En tout cas, merci pour la photo d'hier; on a tous une pensée pour Boro; gloire à toi, Homme du Gondor, à qui je servirai volontiers de femme ( puisque que Karmilla préfère haldirounet, ben, oui, c'est l'effet oreilles pointues et crinière blonde, si c'est pas malheureux!) j'imagine que tu dois être en train de bosser comme une bête pout ton bac blanc (non? pas bien!). Désolée pour ton cadeau de Noël, Boro n'est pas revenu, mais attends, sois patiente... je ne t'en dis pas plus! Je te fais de gros bisous!
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Chapitre 20 ; Edoras
Elle battit des paupières ; ses grands yeux clairs croisèrent des iris plus foncés.
« Vous êtes revenue ! » s'exclama Legolas, en prenant la main de la jeune femme dans la sienne et en la serrant. Elle prit une grande inspiration, et l'air entra dans ses poumons, sensation aussi délicieuse qu'une goulée d'eau fraîche un jour brûlant d'été. Le ciel était encore étoilé au dessus d'elle, même si l'éclat des étoiles se ternissait. A l'horizon, se détachait une fine bande rosée qui annonçait l'aube. Déjà, l'image de Boromir s'éloignait ; déjà, elle n'avait plus le goût de ses lèvres sur les siennes ; déjà, il se transformait en un simple souvenir, pâle reflet de la réalité. Une larme unique coula sur sa joue, qui laissa un sillon salé. Elle essaya de se relever, mais Gandalf l'interrompit dans sa tentative.
« Inutile de tenter de vous mettre debout ! Vous êtes beaucoup trop faible ! Lorsque nous arriverons à la demeure de Théoden, vous recevrez davantage de soins. »
Elle se tourna vers lui ; sa robe blanche tranchait dans l'obscurité. Gimli et Aragorn se tenaient à côté et ils eurent tous deux un sourire, à la fois soulagé et encourageant. Le visage de Gandalf exprimait lui aussi du soulagement :
« - Je suis heureux de voir que vous avez choisi votre chemin.
J'espère que je ne le regretterai pas, dit-elle.
Le temps nous l'apprendra. »
Il siffla ; les trois chevaux s'avancèrent. Legolas aida Gimli à monter, tandis qu'Aragorn soulevait le corps fragile d'Hoela qui s'installa tant bien que mal et s'accrocha au Rôdeur dès qu'il eut prit place sur la monture.Le magicien s'approcha et caressa le front blanc ; immédiatement, sa fièvre diminua légèrement.
« Allons-y ».
Le galop la secouait, mais elle savourait le contact du vent. Le soleil se leva, illuminant les champs d'une intense couleur d'or. Le ciel était d'un bleu profond, dans lequel se promenait paresseusement quelques nuages blancs. Ils chevauchèrent toute la journée ; elle eut le loisir d'observer le cycle de l'astre, qui après être monté au zénith, déclina lentement mais sûrement. Le doré des champs devint moins éclatant, la faible chaleur décrut. Le crépuscule fut apaisant ; seulement des couleurs pâles, qui ne blessaient pas les yeux, déclinaison de rose, de violet et d'orange. Puis l'ombre envahit tout. Quand enfin ils firent halte et mirent pied à terre, même Aragorn était courbatu et las. Le magicien ne leur accorda que quelques heures de repos, durant lesquelles Hoela sombra complètement dans un lourd sommeil sans rêve. Lorsqu'ils se relevèrent, elle se sentait beaucoup mieux, moins faible et parvint même à se hisser seule sur Hasufel. Un vent cruel et glacial soufflait par grandes bourrasques, gelant les cavaliers. L'aurore se leva, claire et brillante. Soudain, Gripoil s'arrêta et hennit :
« Regardez, » murmura Gandalf.
Il désignait les montagnes du Sud au pied desquelles se nichaient de nombreuses vallées. Sur la colline de l'une d'elle se dressait un château d'or ; Hoela reconnut Medusel, demeure des seigneurs du Rohan.
Ils partirent en direction de la colline ; alors qu'ils étaient tout près d'entrer dans Edoras, le magicien fit stopper son cheval, se pencha et ramassa une fleur.
«- Que ces yeux qui brillent dans l'herbe sont donc beaux ! On les appelle « souvenir éternel », ou symbelmynë en cette terre, car elles fleurissent en toutes saisons et croissent où reposent les hommes morts. Voyez ! Nous sommes arrivés aux grands tombeaux où dorment les aïeux de Théoden !
Sept tertres à gauche et neuf à droite, remarqua Aragorn. Il y a maintes longues vies d'hommes que le château d'or fut construit.
Cinq cent fois les feuilles rouges sont tombées chez moi dans la Forêt Noire depuis lors, nota l'Elfe, et cela ne paraît pour nous qu'un court moment.
Mais pour nous, Legolas, comme pour les Rohirrim, cela est si long que l'édification de ce château n'est qu'un souvenir présent seulement dans les chansons, et les années antérieures se perdent dans la nuit des temps, » l'informa la jeune femme.
Le Rôdeur entama une chanson dans une langue lente, avec une puissante harmonie que ses compagnons, sinon Mithrandir, ne comprirent.
« - Que ce chant est triste ! soupira Hoela.
La voici en langage commun, dit Aragorn, aussi fidèlement que je peux vous la traduire :
Où sont maintenant le cheval et le cavalier ? Où est le cor qui connaît ?
Où sont les heaumes et le haubert, et les brillants cheveux flottants ?
Où sont la main sur la corde de la harpe, et le grand feu rougeoyant ?
Où sont le printemps et la moisson et le blé haut croissant ?
Ils ont passé comme la pluie sur la montagne, comme un vent dans les prairies ;
Les jours sont descendus à l'ouest dans l'ombre derrière les collines.
Qui recueillera la fumée du bois mort brûlant,
Ou verra les années fugitives de la Mer revenant ?
Ainsi s'exprimait jadis en Rohan un poète oublié, rappelant la haute taille et la beauté d'Eorl le Jeune, qui vint du Nord »
Un silence ému s'installa, la beauté du chant y était propice. Gandalf brisa l'émotion en les mettant en garde :
« L'emprise de Saroumane sur l'esprit du roi est désormais très forte. Prenez garde à ce que vous dites, nous ne sommes pas les bienvenus. »
Sur ces mots, ils traversèrent les tertres et ils finirent par arriver aux larges murs et aux portes balayées par le vent d'Edoras. Le village était sinistre ; les gens les dévisageait avec une crainte mêlée d'une sourde hostilité. Ils laissèrent leurs montures. « Vous arriverez à vous tenir debout ? » demanda Legolas d'un ton inquiet. La jeune femme hocha la tête, vacilla quelques instants. Puis elle se retourna et prit son épée, posée sur le garrot du cheval, qu'elle dissimula sous sa cape. Elle n'avait pas l'intention de s'en servir mais elle était prévoyante. Ils gravirent un bel escalier de pierre, qui les mena à une immense terrasse. Des gardes attendaient là ; l'un d'eux s'approcha :
« Je suis L'Huissier de Théoden ; mon nom est Hama. Je vous prie d'abandonner ici vos armes avant d'entrer. »
Ils se regardèrent puis chacun donna ce qu'il avait. Aragorn rechigna à remettre Anduril aux mains d'un autre que lui mais il y consentit.
« -Votre bâton, insista Hama auprès de Gandalf tandis que ces hommes déposaient les armes à terre.
Vous n'allez pas priver un vieillard de son appui ?
Le bâton entre les mains d'un magicien peut être plus qu'un simple soutien pour la vieillesse, dit Hama, perplexe. Mais dans le doute, je m'en remets à ma sagesse. Vous pouvez le garder. »
Il vint vers d'Hoela, que Legolas tenait toujours par un bras.
« Pensez-vous que faible comme je le suis, je pourrais porter une lame ? Epargnez vous la peine de me fouiller et laissez moi rentrer », le pria la jeune femme, d'une voix douce qu'on ne lui connaissait pas.
L'homme eut un moment d'hésitation ; elle semblait presque sur le point de s'écrouler, et il devinait qu'elle ne tenait sur ses deux pieds que grâce à l'Elfe qui la soutenait. Il s'effaça.
A l'intérieur semblait régner l'obscurité et la chaleur. Hoela eut un étourdissement tant le contraste était grand avec l'air vif et lumineux du dehors. La salle était longue et large, et de puissants piliers soutenaient la haute voûte. Les décorations étaient riches ; sur le sol, des runes s'entrelaçaient, contant une histoire que celui qui ne parlait pas le langage du Rohan ne pouvait lire. A l'extrémité opposée, face aux portes, s'élevait une estrade avec trois marches ; et au milieu se trouvait un grand fauteuil doré. L'homme qui était assis dedans, le front ceint d'une couronne, était tellement courbé par l'âge qu'il en paraissait nain. Il paraissait moribond, sur le point de s'effondrer. A côté de lui, un autre, les cheveux sombres, le teint maladif, mais aux yeux brillants de sagacité et de ruse.
Gandalf prit la parole tandis que ses compagnons demeuraient derrière lui.
« Je vous salue, Théoden, fils de Thengel ! Je suis revenu car voila que la tempête vient et tous nos amis devraient s'assembler, de crainte que chacun ne soit détruit séparément. »
Aucune réponse. Puis la voix du roi retentit, fragile :
« Maître Gandalf, vous avez toujours été annonciateur de malheurs. Les ennuis vous suivent comme des corbeaux et le plus souvent les pires. Pourquoi vous ferai-je bon accueil, Corbeau de Tempête ? »
Hoela haussa un sourcil ; décidément, le roi ne s'était pas remis de la perte de Gripoil… Mais l'homme à ses côtés parla :
« - L'heure est tardive où ce magicien choisit de réapparaître. Lathspell comme je le nomme, mauvaises nouvelles ; et mauvaises nouvelles font mauvais hôtes.
Grima fils de Galmod, tu es devenu un serpent sans intelligence. Garde donc le silence et garde ta langue fourchue derrière tes dents. Je n'ai pas passé par le feu et la mort pour échanger des paroles malhonnêtes avec un domestique jusqu'à ce que tombe l'éclair ».
Là-dessus, Gandalf ôta la cape grise qui le recouvrait, et leva son bâton. Il y eut un roulement de tonnerre, le soleil fut voilé et toute la salle s'assombrit. Seule restait visible la grande silhouette de Gandalf, haute et blanche. Grima siffla :
« Ne vous avais-je pas ordonné de lui interdire son bâton ! »
Il y eut un éclair, comme si la foudre avait fendu la voûte et Grima s'écroula, face contre terre. Le magicien s'approcha du roi :
« Et maintenant, Théoden, voulez-vous m'écouter ? Voulez vous de l'aide ? Trop longtemps vous êtes resté dans les ombres. » Théoden s'était levé, chancelant. Gandalf vint lui apporter son soutien, et le mena sur la terrasse. Les quatre compagnons les suivirent. Le vent soufflait ; des taches de lumière luisaient dans les vertes plaines, éclaboussant l'herbe.
«- Respirez l'air libre et contemplez vos terres ! dit le magicien.
Il ne fait pas aussi noir, ici, remarqua le roi.
Non, affirma Gandalf. Et l'âge ne pèse pas aussi lourdement sur vos épaules que certains voudraient vous le faire croire. »
Théoden se redressa lentement, comme un homme engourdi d'être resté penché. Il finit par se tenir droit. Et la jeune femme nota que ses rides étaient beaucoup moins accusées. Hama s'avança, légèrement tremblant et lui tendit son épée, dont la garde était incrustée de gemmes vertes.
Les minutes suivantes furent consacrées aux explications, faites à voix basse. C'est au moment où le roi leur annonçait qu'Eomer avait été banni que Grima apparut. La colère de Théoden n'eut pas de bornes. Il empoigna son conseiller, et le jeta à terre. Sans nul doute l'aurait-il achevé si Aragorn ne s'était interposé. Le sang avait déjà trop coulé.
Hoela ne fit pas partager ses pensées, mais en voyant Grima s'éloigner à cheval, elle était convaincue qu'il rejoignait Saroumane ; mieux aurait-il fallu l'égorger.
Il s retournèrent dans la salle du trône ; Gandalf désirait que Théoden se batte. Mais la mort de son fils l'avait affecté ; cela faisait seulement quelques jours qu'il avait trépassé et il ne voulait pas risquer d'autres vies. Hoela tenta de mettre son grain de sel :
« Vous n'avez pas le choix. Vous devez attaquer, vous ne pouvez pas abandonner lâchement ! »
Le roi la fusilla du regard. La jeune femme pinça les lèvres, furieuse. Mais elle était encore malade et ne pouvait tenir une dispute. A ce moment là, la nièce de Théoden arriva. Hoela se tourna vers elle, et la stupéfaction se peignit sur son visage ; elle reconnut la femme qu'elle avait vue dans le miroir de Galadriel.
Hoela et Eowyn se contemplèrent, dans un silence étonné, qui gagna toute l'assemblée. La ressemblance entre les deux femmes était frappante. Deux beaux et pâles visages, dévorés par une paire de grands yeux, clairs et graves ; deux chevelures de couleur complètement opposées, mais qui retombaient toutes deux gracieusement ; deux silhouettes minces et élancées, mais en même temps dures et fortes comme l'acier. Tous ceux qui étaient présents les trouvèrent belles, belles et froides, comme un pâle matin de printemps, frissonnant encore du sorti de l'hiver cruel. Et avec une fierté impassible.
« Eowyn s'occupera de vous, Hoela. Elle a des talents de guérisseuse, » annonça Gandalf.
La belle blonde lui fit signe ; elle l'emmena dans une chambre. Hoela se laissa faire ; sa main fut rebandée. Sa fièvre abaissé par une décoction d'herbes amères qui la fit grimacer comme une enfant, ce qui fit naître un mince sourire chez Eowyn.
« Vous passerez la nuit ici. C'était la chambre de mon cousin. Si vous voulez vous laver, des jarres d'eau sont posées là-bas, près d'une bassine. Vous pouvez les faire chauffer sur le feu. » Et elle partit.
Hoela la prit au mot, et il lui semblait que l'eau la lavait de toutes ses peines, de tous ses efforts des derniers jours. En se recouchant, elle caressa la mince chaîne d'or autour de son cou. Elle s'endormit, le chagrin lui broyant le cœur.
Au petit matin, sa porte fut poussée et on la secoua.
« Mmmmmh…. » gémit elle, dérangée.
« Hoela, debout ! »
Elle se hissa dans le lit. Legolas était là, les bras croisés, amusé par la tignasse ébouriffée et la moue boudeuse.
« - Legolas… le soleil n'est même pas levé ! protesta-t-elle.
Je le sais.
Nous partons déjà pour le combat ?
Non. Le roi a décidé de se réfugier au gouffre de Helm avec son peuple. Nous ne quitterons Edoras que dans quelques heures.
Alors pourquoi êtes vous déjà là ? grommela-t-elle.
Je m'ennuyais, répondit l'Elfe, sans aucune malice.
Pardon !
Vous, les Hommes, dormez deux ou trois fois plus de nous. Je ne savais quoi faire.
J'hésite entre vous pardonnez et sortir dehors avec vous pour faire un tour ou…
Ou ?
Ou vous lancer une jarre pleine, pour punir votre culot et votre insolence ! »
Elle se mit sur ses deux jambes et fouillant dans son sac, prit une brosse, et attacha ses longs cheveux en une lourde queue de cheval. Ils s'installèrent tous deux sur l'immense terrasse ; l'air était doux. Ils regardèrent les étoiles s'éteindre une à une , et l'astre s'élever dans un ciel aussi bleu que les yeux de la jeune femme. Ils parlèrent peu ; pourtant, ils se sentirent plus proches que jamais.
Le jour amena les préparatifs ; les habitants préparaient leurs bagages, qui devaient être légers. Les chevaux étaient sellés et harnachés. Hoela alla dans les écuries pour qu'on lui confie une monture ; elle voulait chevaucher seule. Ce fut Eowyn qui lui donna Brelad, à la robe rousse.
Gandalf arriva vers elle, sur Gripoil.
« -Où allez vous ?
N'ayez crainte, je reviendrai vite. Mais nous ne pourrons résister sans aide. Aragorn saura où regarder. Bonne chance. »
Gripoil disparut au galop ; la jeune femme serra les dents. Mais le magicien n'était plus ; ne restaient plus que les blés courbés, et une immense solitude.
