vraiment navrée pour le retard, mais je suisen pleine période d'examen, ce qui explique le délai, et que chapitre soit si court (et je n'en suis pas très fière!). Je vous souhaite une bonne lecture, n'oubliez pas les reviews et promis, pour me faire pardonner, le prochain chapitre sera beaucoup, beaucoup, plus long et plus instructif.

Chap 23 ; La Bataille

Hoela frappait, tout en évitant les coups. Le flot d'ennemis croissait, sans qu'ils parviennent à le contenir. Elle entendait le Nain compter ses morts, de même que Legolas. Une façon comme une autre d'exorciser la mort pour elle. Elle ne les comptait pas, cela lui aurait donné le vertige.

La pluie tombait toujours, plus drue à présent, et glacée. Elle recula un peu trop face à un ennemi et son pied glissa ; son dos heurta le rempart, et elle manqua de basculer dans le vide. Une poigne ferme la rattrapa et Gimli la ramena les deux pieds sur la terre ferme. Elle hocha la tête en guise de remerciement, le cœur encore battant.

La voix du Rôdeur qui criait lui parvint ; mais elle ne comprit pas. Elle se pencha par-dessus le mur ; un Uruk courait, une torche à la main, le plus vite possible, mais vers quel but ?

Elle n'eut pas le temps d'en voir plus ; une explosion retentit, les pierres volèrent et le mur éclaté laissait une plaie béante. Les corps étaient retombés à l'intérieur des murailles. Les ennemis lançaient l'assaut dans ce point faible ; les hommes étaient pris en tenaille, sans espoir de rester derrière leurs remparts. Elle resta bouche bée. Quelle était cette nouvelle sorcellerie ? Elle dévala un escalier, manquant de se rompre le coup. Elle serait beaucoup plus utile plus bas.

Elle trébucha sur la dernière marche, et valsa juste à côté d'un homme assis, le dos appuyé contre un morceau de pierre, les mains crispées sur son épée.. Elle eut un soupir et commença « J'ai cru que je venais de tomber sur une de ces créatures » et elle lui posa la main sur l'épaule, faisant bouger le corps. Elle hurla en voyant le visage, un hurlement d'horreur et de dégoût. Un seul œil bleu la regardait, opaque dans la mort, la bouche était tordue en un rictus de souffrance ; l'autre moitié du visage… on aurait dit qu'elle avait été déchiquetée à belles dents. Le tout était éclaboussé de gouttes rouge sombre. Elle se releva, dérapa sur la roche mouillée, rattrapa son épée, luttant contre une peur qui tentait de s'insinuer dans son esprit. Ce qu'elle venait de voir lui donnait encore plus de courage pour se battre ; elle ne voulait pas finir ainsi.

La brèche laissait rentrer un flot continu d'Uruk, grands et féroces. Les armes s'entrechoquaient ; d'un côté on luttait avec toute l'énergie du désespoir, mais même cela ne suffisait pas. Les forces étaient trop inégales. Elle vit Aragorn se relever un peu plus loin, Gimli sauter dans le tas d'Uruk. Les Elfes chargèrent, pourfendant. Mais leur immortalité ne servait plus à rien ; ils avaient beau être d'excellents guerriers, à vingt contre un, ils étaient en position de faiblesse. Et pour la première fois depuis des années, la race elfique, la plus noble et la plus sage de la Terre du Milieu, paya un lourd tribut.

Longtemps, ils résistèrent. Ils n'avaient plus d'espoir ; seule la bravoure et le courage, de connaître une mort digne les tenaient encore debout. Soudain retentit un cri « Repliez vous ! Tous sur le bastion ! »

Elle donna un dernier coup d'épée. Elle regarda plus haut ; elle reconnut Haldir à la longue chevelure blonde et à son armure. Mais elle vit, avec l'horreur de ne pouvoir rien y faire, une hache s'enfoncer dans son dos. Elle amorça un demi tour pour le rejoindre mais Legolas arrivait en courant. Il prit le bras mince et la tira violemment, tandis qu'elle se débattait, horrifiée. Finalement Legolas la saisit par la taille et la souleva.

Le Rôdeur se pencha sur L'Elfe qui avait été un de ses amis ; il avait une écume sanglante aux lèvres et il balbutiait :

« Le collier… Hoela… le collier… dites lui… » Il s'agrippa à Aragorn.

Les yeux d'Haldir se voilaient. Ce n'étaient plus des cris sauvages ou de douleur qu'il entendait, ils ne voyait plus ceux de son peuple à terre , mais plutôt un rire léger, souvenir d'une lointaine journée d'été. La sensation du soleil chaud sur sa peau, Eithne à ses côtés qui tournait la tête vers lui. La lumière faisait briller ses iris verts d'un éclat particulier. Tout était si loin et si proche à la fois… en tendant la main, il pouvait la toucher…

Aragorn regarda, la rage au cœur, les yeux de l'Elfe s'éteindre à jamais, le crépuscule condamné à ne jamais revoir le jour se lever. Les yeux avaient cillés pour garder une image de mort et de désolation puis s'étaient ternis. Il se releva et regarda autour de lui. Gisaient des milliers de corps amoncelés, la pierre était teinte de sang, que la pluie n'arrivait pas à laver, et que des dizaines d'années n'arriveraient pas à effacer, témoignage de la souffrance et de la ténacité des Hommes. Tant de violence, tant de haine.

Il se précipita vers les portes ; Hoela, Gimli et Legolas y étaient déjà. La porte était prête à tomber. Le roi se tenait contre le mur, la main sur son épaule ensanglantée. Aragorn s'entretint un court instant avec lui, et fit signe au Nain et à la jeune femme de s'approcher. « -Nous devons leur laisser le plus de temps possible pour consolider la porte.

-Aragorn, où est Haldir, est ce qu'il ? commença Hoela, pressante.

-Pas maintenant, lui répondit-il, son regard lui coupant la parole.

-Très bien. Il y a une poterne là bas. Nous nous retrouverions directement sur le bord de la chaussée et nous pourrions les prendre à revers. »

Ils s'y dirigèrent, et restèrent en équilibre sur la roche. La chaussée était loin ; Hoela et le Rôdeur pouvaient y parvenir sans problème avec un peu d'élan mais les jambes de Gimli ne lui laissaient pas ce choix. Il parut se faire violence et grommela :

« -Lancez moi !

-Pardon ?

-Je ne peux pas sauter aussi loin alors lancez moi ! »

Aragorn aquiesca, et saisit le collet de Gimli, pendant que la jeune femme avait haussé un sourcil étonné, et un peu moqueur. Mais Gimli s'exclama :

« -Et, heu… ne le dites pas à L'Elfe.

-Pas un mot. »

Et tandis qu'Hoela étouffait un rire nerveux, il le lança avec un grand cri. Ils le suivirent de peu. Ce n'était pas pour rien que le Rôdeur les avait choisi ; le Nain fonçait avec sa hache, dur comme le roc ; Hoela pour sa part était plus agile et plus souple, en d'autres termes, plus elfique. Aussi redoutables l'un que l'autre, chacun à leur manière.

Les madriers furent replacés ; mais la porte était perdue. Les grappes au mur, toujours plus d'ennemis sur les échelles.

« Aragorn, Gimli, Hoela ! Sortez de là ! » hurla le roi.

« Sortir ! Je voudrais bien ! s'écria la jeune femme. Mais comment ? »

Elle n'eut pas besoin de chercher plus ; une corde lui tomba dans les mains. Ses deux amis se précipitèrent et se tenant les uns aux autres, ils furent hissés par Legolas. Arrivés en haut du rempart, elle ne put s'empêcher de remarquer :

« Et bien… vous avez des forces insoupçonnées ! »

Mais le « Repliez vous ! Battez en retraite ! » sonnait le glas de tout espoir, et résonna dans la forteresse. Les maigres troupes qui restaient se regroupèrent dans une salle qui avait été celle où siégeait Erkendrand, le maître du Gouffre, qui gisait blessé. Hoela sentit son cœur se serrer quand elle vit qu'il n'y avait pas un seul Elfe. Elle n'eut pas besoin des mots d'Aragorn pour comprendre.

Elle s'assit, et pleura..Des larmes de rage et de dépit. Tout ceci avait-il été en vain ? Et où était Gandalf ? Et pire encore, ses pouvoirs ne lui avaient servi à rien. Absolument à rien.

Elle ferma les yeux ; le visage d'Haldir apparut ; pas celui de la bataille, mais celui serein de la Lorien, lorsqu'il lui avait parlé de sa mère. Le seul fil qu'elle avait réussi à nouer à son passé venait de se briser ; elle eut l'impression de perdre une partie d'elle-même et que sa mère mourait une dernière fois.

«- La forteresse est perdue. Tout est fini, dit Théoden, en regardant les quelques homme encore vivants placer des madriers contre la seule porte qui les protégeait encore des assauts.

-Vous avez dit que la forteresse ne tomberait pas tant qu'il y aurait des hommes pour la défendre ! Il y en a encore, et de nombreux sont morts pour la défendre ! »s'insurgea Aragorn.

Hoela imaginait les scènes qui devaient se dérouler un peu plus bas et plus profond dans les montagnes. Les femmes serrant leurs enfants tout contre elles, les cheveux blonds se mélangeant, les larmes qui coulaient. Même si ils s'en sortaient, toutes auraient perdu un compagnon, un père, un frère ou un ami. Elle pensa à Eowyn qui devait brûler de ne pas pouvoir se battre. Chez certains peuples de la Terre du Milieu, les mères égorgeaient leurs propres enfants pour ne pas qu'ils tombent entre les mains de l'ennemi…

« -N'y a-t-il pas une autre issue pour les femmes et les enfants pour sortir des cavernes ? Y a-t-il une autre issue, s'agaça-t-il devant Gamelin, qui hésitait en regardant le roi. Un roi perdu on ne savait trop où.

-Il y a un passage dans les cavernes qui mène aux montagnes, mais ils n'iront pas loin, les Uruk Hai sont trop nombreux.

-Envoyez un homme là bas qui leur dira de passer dans les montagnes, et barricadez l'entrée ! »

Un Homme fut désigné ; mais pour s'y rendre, il avait besoin d'une torche. Or, plus de moyen d'allumer quelque feu. Hoela prit un bâton et murmura une incantation. Le bois s'embrasa soudain ; elle le tendit à l'Homme et fit une grimace à Aragorn.

« J'aurais au moins servi à quelque chose. »

Théoden ouvrit la bouche d'une voix lasse :

« - Autant de morts… Mais que peuvent les Hommes face à tant de haine ?

-Venez avec moi, proposa le Rôdeur. Venez à leur rencontre.

-Pour la mort et la gloire ?

-Pour le Rohan. Pour votre peuple. »

A cet instant, Hoela vit véritablement le descendant de Nùmenor. Grand, toute fatigue avait disparu de son visage, il se tenait très droit, les yeux gris brillant d'un éclat particulier. Toute l'ancien courage, l'ancienne prestance des rois se retrouvaient dans son maintien. L'effet était si saisissant qu'elle en demeura coite.

« Le soleil se lève. » dit Gimli.

Par la meurtrière jaillissait une pâle lueur grise, qui précédait le lever du soleil. Hoela attrapa une chaise et s'y hissa. Elle aperçut seulement un bout de ciel bleu clair. La journée serait belle. Elle se sentait étrangement sereine. Elle avait passé la nuit et le jour était leur allié. Elle préférait mourir en pleine lumière plutôt que dans une ombre épaisse.

«- Oui, chuchota le roi, qui devint plus assuré. Le cor de Helm mes amis va retentir une dernière fois !

-Oui ! s'exclama le Nain en brandissant sa hache.

-Voici l'heure de tirer l'épée ensemble, ajouta le roi en posant sa main sur l'épaule d'Aragorn. Peut être nous frayerons nous un chemin, ou ferons nous une fin digne d'être chantée, s'il reste quiconque pour chanter nos exploits par la suite. »

Pour Hoela, ce fut comme si le roi du Gondor, qui se tenait dans l'ombre depuis longtemps, se redressait enfin et sortait de l'obscurité. Gimli alla dans l'escalier ; il était chargé de souffler dans le cor, comme un message clamé aux armées d'Isengard : « Nous ne sommes pas tous morts. Et nous défendrons notre vie chèrement. » puis de revenir plus bas pour se hisser sur Arod, tiré des écuries, avec l'Elfe.

Ils montèrent tous en selle ; en tout, ils ne représentaient qu'une cinquantaine de cavaliers tout au plus. Brelad piaffait, semblable à sa maîtresse.

« Cruauté réveille toi. Qu'importe le courroux, qu'importe la ruine et que l'aube soit rouge ! »

Le cor retentit alors dans toutes la forteresse, puissant et faisant vibrer les pierres. Gimli redescendit et monta sur Arod. La jeune femme se pencha vers une table et ramassa un étendard du Rohan qu'elle brandit victorieusement.

Au moment même où la porte cédait, Théoden lançait le cri de guerre du Rohan :

« Courez Eorlingas ! »

Et ils se jetèrent sur leurs ennemis ; au dehors, l'air était frais et clair. Etre à cheval leur conférait un avantage certain et ils furent bientôt à l'extérieur même du Gouffre.

Au loin, sur une colline, deux hommes contemplaient le dernier assaut des Hommes ; et leurs regards accrochèrent l'étendard, le cheval blanc sur fond vert, tenu par une jeune femme qu'ils reconnaissaient grâce à sa longue chevelure brune, nimbée de lumière, nimbée de vie.