Un chapitre arrivé un peu tard, mais un peu plus long que d'habitude, pour me faire pardonner, et mon retard, et la mort d'haldir (j'ai honte!)

Cette fois, les inconditionnels de Tolkien vont être contents car je m'en suis tenue à peu près au livre, j'ai respecté le sort que Saroumane se voyait réservé et qui diffère dans le film.

Encore une fois, je prends un peu de liberté avec les dates, à une ou deux semaines près.

Merci aussi pour vos reviews, je ne le dirai jamais assez mais qui me font toujours autant de plaisir, ne perdez vos bonnes habitudes envers Mr le petit bouton!

Merci à Morgana, pour sa review, je ne peux pas te répondre par le lien mais je tenais à te remercier de prendre le temps de lire mes chapitres!

Dernière question pour un petit sondage: la fin, vous la voulez heureuse ... ou malheureuse? J'ai déjà ma petite idée sur la question mais j'aimerai bien avoir votre avis...

Chap 24 ; Isengard

Elle frappait, l'étendard toujours dans sa main, claquant dans le vent. « Regardez ! » s'exclama soudain un cavalier, au visage éclaboussé d'un sang sombre, mais fendu d'un grand sourire. Elle se tourna dans la direction qu'il indiquait. Une silhouette blanche se détachait en haut de la colline, sur un fond doré, comme une apparition. Une autre le rejoignit et bientôt des centaines, toutes à cheval, tenant des lances qui étincelaient dans le jour neuf. « Eomer » murmura le roi, à côté de la jeune femme. Un cri retentit, lointain, vibrant. Et les renforts s'élancèrent, découvrant le soleil levant, d'une étincelante couleur d'or qui aveugla les Uruk.

Quelques heures plus tard, ils avaient mis leurs ennemis en débandade. Contre toute attente, les Hommes avaient gagné cette bataille, qui était pourtant vouée à l'échec. Les valides s'avancèrent vers une forêt mouvante, dans laquelle se réfugiaient les Uruk en fuite. Eomer ordonna aux cavaliers de ne pas y entrer. Une minute plus tard, les arbres bougèrent, semblant écraser des insectes, dans un impressionnant fracas. Hoela en demeura bouche bée ; jamais elle n'avait vu des Ents, car cela ne pouvait qu'eux, s'avancer aussi près des Hommes et surtout s'occuper des affaires de ce monde et non plus seulement de leurs racines.

Ils devaient enterrer leurs morts et brûler les cadavres de leurs ennemis. Des fosses furent creusées ; des tertres furent élevés en mémoire au courage et à la vaillance de ceux qui avaient péri, dans une nuit noire. Le roi pleura la mort de son fidèle Hama, le capitaine de la garde royale, qui avait rendu son dernier souffle devant la Porte;il fut enterré dans une tombe à part.

Hoela sentit son cœur se soulever devant certains cadavres, qui avaient été à moitié dévorés. Elle cherchait le corps d'Haldir. Suivant les indications d'Aragorn, elle arriva en haut des remparts, où de nombreux Elfes étaient tombés. Il y avait quelque chose à la fois illogique et révoltant de voir des êtres immortels étendus là, le corps transpercé ou tailladé, mais qui gardaient tout de même une immuable beauté. Le Gardien de la Lorien était à terre, étendu de tout son long. Elle s'agenouilla ; ses beaux yeux bleus foncé, crépuscule profond ou aube naissante, étaient grands ouverts et fixaient le vide. Sa chevelure blonde était devenue rousse avec le sang, des cheveux aussi légers que du coton. Elle prit sa main, si froide, si rigide. Elle se releva, et appela deux hommes pour venir l'aider.

Les Elfes furent ensevelis sous un tertre commun, mais elle tint à ce qu'Haldir ait une sépulture bien à lui. Une fois finie, elle posa une simple fleur blanche dessus, qu'elle avait ramassé un peu plus loin sur la colline, une des rares qui n'avait pas été piétinée, une des premières du printemps. A genoux, elle caressa les pétales fragiles. Les larmes coulèrent sur ses joues, de grosses larmes rondes, qui churent sur la terre retournée, comme la rosée du matin.

Bientôt, il n'y eut plus de corps dans le Gouffre ou aux alentours ; mais les cris et les sanglots retentirent et résonnèrent entre les murs. Femmes et enfants apprenaient la mort d'un père, d'un mari, de quelqu'un qui était cher. Eowyn se jeta dans les bras de son frère, et prit Aragorn tout contre elle, dans un geste un peu enfantin. Le bonheur et le soulagement se lisaient sur son beau visage.

Hoela trouva Gimli et Legolas en grande discussion. Ils comptaient leurs prises, et faisaient serment d'accompagner l'un dans les grottes du Gouffre, l'autre dans la forêt de Fangorn, liés par cette profonde amitié qui était née entre eux.

Il fut décidé que l'on enverrait une délégation en Isengard, tout proche. Y prendraient part les membres de la Communauté, Eomer, le roi, et quelques uns de leurs hommes. En tout, pas plus d'une douzaine de personnes. Ils prirent tous du repos, et partirent au crépuscule.

Alors qu'ils quittaient le Gouffre, elle se retourna. Le vent soufflait par violentes bourrasques ; et la fleur qu'elle avait déposée pour Haldir s'envola soudain, minuscule tache blanche qui se perdit très vite dans l'immensité du ciel.

Hoela chevauchait toujours sur Brelad ; Gandalf était à côté d'elle.

« - Que trouverons nous en Isengard ? demanda-t-elle.

-Des réponses à nos questions et des lueurs d'espoir, répliqua le magicien, toujours aussi sibyllin.

-Saroumane n'a-t-il pas eu le temps de s'enfuir ? s'étonna-t-elle.

-Pas si quelque chose ou quelqu'un le retient. Et j'ai bon espoir de trouver des amis à nous, là bas. »

Il y eut un moment de silence. Les étoiles s'étaient toutes allumées au firmament, rivalisant les unes avec les autres pour dévoiler leur éclat. Pour la première fois depuis la mort de Boromir, Hoela dirigea son regard vers Elbereth, toujours plus brillante que les autres.

« C'est la seule chose que je te demande. Tu n'as pas su protéger mon amour, ni certains de mes amis. Veille sur ceux qui restent, que leur route soit facilitée. A Arwen, si elle n'est pas encore passée vers l'Ouest ; et à Sam et Frodon bien sûr à qui la plus lourde tâche a été dévolue. Fais le et je te pardonnerai peut être. »

Legolas arriva tout près d'elle, Gimli ronflant derrière lui.

« - A quoi pensez vous ?

-A Frodon et Sam. Je me demande où ils sont et ce qu'ils font. J'aimerai tellement leur venir en aide.

-Leur destin n'est plus entre nos mains Hoela.

-Je le sais. » répondit-elle, agacée. La question n'était pas de savoir si elle pouvait ou pas influer sur leurs destins; elle aurait seulement voulu pouvoir le faire.

Deux personnes s'éveillèrent en sursaut cette nuit là. Une Elfe qui s'apprêtait à partir pour les Havres Gris, aux yeux gris et aux longs cheveux noirs ; un Hobbit au sommeil agité, à côté duquel dormaient un de ses semblables et une créature d'aspect misérable . Ils levèrent tous deux les yeux vers cette étoile brillante ; pour le second, c'était la seule étoile qui parvenait encore à transpercer le voile noir d'encre du ciel. La première sut ce que cela signifiait et en eut les larmes aux yeux. Mais dans les deux cœurs vibra un même message d'amitié et d'espérance.

Le soleil se leva sur de vertes vallées ; ils passèrent par une forêt aux arbres tordus, et déchirés. Arrivant en vu de l'Isengard, la jeune femme fut coite. L'endroit, qu'elle avait vu peint à Imladris sur de grandes toiles, jadis verdoyant et vivant, n'était plus qu'un infini lac d'eau d'où jaillissaient de sombres fumées âcres. C'était un pays désolé, où ne poussaient plus aucun arbre, mais des buissons d'épines. Au milieu de cette étendue d'eau, Orthanc se dressait, flèche élancée vers un ciel bleu pur, comme échouée là, d'un noir mat.

La surprise fut grande à un détour. Sur un monticule de terre se tenaient deux étranges petits personnages. Pippin levait une pinte de bière vers eux avec un grand rire. Ils étaient un peu plus minces que la dernière fois qu'elle les avait vus, mais sinon, toujours les mêmes. Ils mastiquaient et avaient de longues pipes de bois dans une de leurs mains. Merry était debout et il désigna la tour derrière lui avec un geste ample.

«- Mes Seigneurs, et ma Lady, dit-il en s'inclinant vers Hoela, bienvenue en Isengard.

-Oh, jeunes coquins, s'exclama le Nain outré. Une belle chasse dans la laquelle vous nous avez entraîné ! Et on vous retrouve à festoyer et à fumer !

-Nous sommes assis sur le champ de la victoire et savourons quelque réconfort bien gagné. Le porc salé est particulièrement savoureux, ajouta Pippin, goguenard.

- Le porc salé ? répéta Gimli, l'eau à la bouche à en juger par son ton de voix.

- Ah, les Hobbits, » soupira Gandalf, tandis qu'Hoela, Legolas et Aragorn souriaient.

Les autres Hommes contemplaient les Hobbits avec stupeur et effarement, n'en n'ayant jamais vu auparavant.

«- Nous sommes sous les ordres de Sylvebarbe qui vient tout juste de reprendre les rênes de l'Isengard, affirma Merry.

Qui est ce Sylvebarbe ? interrogea le roi.

-Avant que le fer ne fut trouvé ou l'arbre abattu

Quand la montagne était jeune sous la lune,

Avant que l'Anneau ne fût forgé, ou le malheur ourdi,

Il parcourait les forêts au temps jadis. »

Ils se tournèrent tous vers Hoela qui finissait sa chanson, doucement et mélodieusement

Gandalf approuva et rajouta :

« On le connaît sous le nom de Fangorn. Il fait partie de la race des Ents. Voyez vous ces arbres qui bougent un peu plus loin ? En voici, et c'est vers eux que nous allons. »

Le trajet était court mais leur prit une bonne heure tant ils devaient veiller à éviter les crevasses. Le temps fut suffisant pour les compagnons de se narrer leurs aventures et également pour que le roi se prenne d'affection pour les deux Semi Hommes et vice versa. Merry était derrière Eomer, tandis que Pippin se tenait à Aragorn. Hoela s'entretint avec le Rôdeur.

« -Est –il encore un danger pour nous ?

-Il fut jadis aussi grand que sa renommée le faisait. Son savoir était étendu, sa pensée subtile, et ses mains merveilleusement habiles ; et il avait un pouvoir sur l'esprit des autres, qu'il a sans nul doute conservé. Pour l'instant, les Ents le retiennent prisonniers et avec Grima, d'après ce que nos deux amis nous ont dit. Acculé dans sa tour, n'ayant plus rien à perdre, Saroumane en est d'autant plus dangereux. »

Ils parvinrent au pied de la Tour où les accueillit Fangorn, à la voix roulante et grondante, comme les flots d'un torrent sur les pierres. Il ressemblait à un arbre en tous points, de par sa grande taille, son écorce brune. Il avait une barbe d'un vert foncé et les feuilles formaient une longue chevelure couleur d'espérance. Au dessus de la barbe clignait une paire de grands yeux intelligents et profonds.

Il montra un balcon, presque au sommet de la tour, et la voix de Saroumane s'éleva, mélodieuse et pour tout dire ensorcelante. Nul n'y était insensible ; elle avait le pouvoir de charmer les esprits, et quand d'autres voix parlaient, par contraste, elles paraissaient rauques et grossières. Personne ne rejetait ses appels et ses ordres sans un grand effort de volonté, tant que son maître la dirigeait. Le vieillard s'appuyait sur un bâton, avec une barbe et des cheveux blancs, portant une longue cape blanche, et derrière lui, craintif, tremblait Grima, que la peur rendait encore plus vil et plus pitoyable.

« Pourquoi venez vous troubler mon repos ? demanda-t-il, chagriné, comme s'il n'avait jamais rien fait de mal. Je connais au moins deux d'entre vous. Gandalf, je sais trop bien qui vous êtes pour espérer beaucoup que vous soyez venu quérir aide et conseil. Mais vous Théoden, roi du Rohan, fils de Thengel, vous êtes reconnaissable à vos emblèmes et aux beaux traits de la maison d'Eorl. Que n'êtes vous venu plus tôt et en ami ? »

Il y eut un moment de silence, rompu par les grommellements du Nain, favorable à éliminer tout de suite le magicien et que « tout s'arrangeait mieux avec un bon coup de hache qu'en paroles inutiles. » Le roi avait baissé la tête, un peu perplexe. Mais il la releva lorsque Saroumane continua :

« - Dois je être qualifié de meurtrier parce que des vaillants hommes sont tombés au combat ? Si je suis pour cela un meurtrier, toute la maison d'Eorl est entachée de meurtres ; car ses membres ont mené bien des guerres et attaqué qui les défiait. Cela ne les a pas empêché de faire par la suite avec certains une paix. Voulez vous que nous fassions la paix, mon ami ?

-Nous ferons la paix, répondit le roi empâtée et avec effort, s'attirant des regards stupéfaits. Nous ferons la paix quand vous répondrez de l'embrasement de l'Ouestfolde, des corps des enfants qui gisent sans vie, des corps de mes hommes dépecés après leurs morts. Quand vous pendrez à un gibet à votre fenêtre pour le plaisir de vos propres corbeaux, alors nous serons en paix. »

Hoela ne masqua pas un air d'admiration et de satisfaction ; en revanche, le visage de Saroumane était déformé par la rage. Il était ivre de colère.

« Des gibets et des corbeaux, siffla-t-il. Vieux radoteur ! Qu'est ce que la maison d'Eorl sinon une grange couverte de chaume où des bandits boivent dans les relents, pendant que leur marmaille se roule par terre parmi les chiens ? Voilà trop longtemps qu'ils échappent eux-mêmes au gibet ! »

Il darda son regard noir sur Hoela. Elle plongea ses iris clairs dans les siens. Il avait beau être très loin, son regard était transperçant. Grima recula et disparut. Le magicien ricana, un ricanement sinistre.

« -Vous, Hoela, fille de Budic, qu'avez-vous ressenti en voyant l'homme si cher à votre cœur tomber sous les flèches ? Avez-vous souffert ? Je crois que oui. Cela se lit encore dans vos yeux ! Dire que vous auriez pu faire de si grandes choses, en…

-En m'alliant à vous, par exemple ? demanda-t-elle, froidement.

-Et pourquoi pas ?

-Vous êtes méprisable, cracha-t-elle.

-Méprisable sans nul doute mais encore clairvoyant. Je vous ai vue, Hoela. J'ai vu la vie s'éteindre en vous, votre peau blêmir, vos membres se raidir. Vous connaîtrez une fin douloureuse, très douloureuse, que vous auriez pu éviter si seulement vous aviez attaché un peu plus d'importance au legs de votre mère. Oui, vous connaîtrez le même destin tragique, celui de périr jeune. »

La jeune femme fit reculer un peu Brelad. Une image venait de s'imposer dans son esprit. Elle-même, couchée sur un champ de bataille, un couteau planté dans le ventre, se vidant de tout son sang, la lumière du soleil disséminant des reflets d'or dans ses longs cheveux et faisant miroiter le liquide rouge. Sa poitrine cessait de se soulever et sa tête retombait.

« Le temps ne marquera pas vos traits. Vous resterez jeune et belle pour l'éternité. Vous ferez une très belle morte. On vous enterrera avec de grands fastes, et beaucoup de pleurs. Mais cela ne durera qu'un temps. On fleurira votre tombe, et puis un jour, on laissera les fleurs se faner. La pierre s'érodera, les ronces et les broussailles envahiront la stèle, votre nom s'effacera. Alors, on vous aura oubliée. »

Il avait lu en elle sa crainte de ne pas rester dans les mémoires, et il s'en servait à bon escient. La malice qui s'échappait de Saroumane était grande et malveillante.

« -Mais vous pourriez éviter ce sort cruel. Alliez vous à moi, Hoela. Et votre puissance sera telle que tous vous craindront.

-Gardez vos propositions Saroumane ! »rit-elle, un rire volontairement moqueur. C'était risqué de traiter une proposition faite par un magicien avec une telle désinvolture, mais elle savait que c'était ce qui le blesserait le plus dans son orgueil. Cela ne manqua pas ; il ne semblait plus être qu'un monument de colère et de haine.

Il se tourna alors vers le dernier qu'il connaissait bien, et à qui il ne s'était pas adressé directement. Il n'était pas stupide ; tout espoir était mort pour lui. Ce fut avec une voix subitement grinçante et qui rompit clairement le charme qu'elle avait tenté d'infliger aux autres, qu'il parla, tout en s'appuyant un peu plus sur son bâton, de tout son poids.

« - Vous voulez que je descende, n'est ce pas ? Un homme désarmé descend il parler dehors avec des voleurs ? Je ne suis pas idiot et je n'ai aucune confiance en vous Gandalf, pas plus que dans cette… apprentie magicienne, ajouta-t-il d'un ton méprisant en désignant Hoela d'un mouvement de menton.

-Les traîtres se méfient toujours, répondit Gandalf. Je ne désire pas vous tuer ou vous faire du mal. J'ai le pouvoir de vous protéger ; je vous offre une dernière chance de quitter Orthanc, libre.

-Voilà qui sonne bien, ricana Saroumane. Tout à fait dans la manière de Gandalf le Gris. Si condescendant et si bon. Qu'entendez vous par libre ?

-Libre de tout lien, chaîne ou ordre ; pour allez où vous voudrez, fût-ce en Mordor. Mais vous me remettrez d'abord la clef d'Orthanc et votre bâton. Ils seront le gage de votre conduite. »

L'intéressé éclata d'un rire sauvage, un rire de fou, aussi macabre qu'un cri. Hoela fronça les sourcils, inquiète. Qu'allait il faire ?

« - Et vous voulez les clefs de Barad-dûr je suppose ; et les couronnes de sept rois, et les baguettes des cinq magiciens ! Vous pensez vaincre, n'est ce pas ? En envoyant un Semi Homme plonger l'Unique au cœur de la Montagne du Destin, l'envoyant ainsi à une mort certaine ! En ramenant sur le trône un descendant des rois déchus ? En vous servant de la fille d'une magicienne morte à cause de sa propre faiblesse d'esprit ? Quel plan brillant !

-Votre bâton est brisé Saroumane, » soupira Gandalf en contractant sa propre main.

Il y eut un craquement, comme du bois trop sec que l'on fend ; le bâton était en deux morceaux. Le magicien, aussi brisé que son instrument, poussa un cri et recula pour rentrer dans son repaire. Au même moment, un objet lourd et brillant fut lancé de la fenêtre au dessus du balcon. Il ricocha sur la rambarde de fer à l'instant même où Saroumane le quittait et frôla Gandalf qui fit reculer prestement Gripoil, avant de choir dans l'eau.

« -Le scélérat d'assassin ! s'écria Eomer, furieux, ses yeux clairs flamboyants.

-Non, ce n'était pas dû à l'investigation de Saroumane. A mon avis, c'est un cadeau d'adieu de Langue de Serpent, dit Mithrandir.

-A mon avis, le lanceur a mal visé parce qu'il n'arrivait à déterminait lequel il haïssait le plus, murmura Aragorn.

-Oui, ces deux là vont trouver du réconfort dans leur compagnonnage. Ils vont se tenailler mutuellement en paroles. C'est un juste châtiment. »

Pippin était descendu de cheval ; l'eau lui arrivait jusqu'à la taille. Il se pencha vers la boule, devenue incandescente. Il la ramassa, un air de convoitise passa sur son ingénu visage.

« Donnez moi cela, ordonna Gandalf. Nous avons là un objet précieux mais extrêmement dangereux. ». Il l'attrapa et le recouvrit d'un tissu blanc. La jeune femme remarqua que Pippin avait la tête d'un enfant à qui l'on vient d'enlever un nouveau jeu. Un cri strident jaillit alors d'une des fenêtres. Saroumane venait de découvrir ce qu'avait lancé Grima.

Gandalf confia la garde du magicien et de l'ancien conseiller du roi aux Ents. Ils partirent alors que le soleil touchait la ligne d'horizon. En chevauchant toute la nuit, ils arriveraient en Rohan aux premières lueurs de l'aube.

Comme à l'allée, il y eut peu de paroles. Chacun remâchait la scène, Hoela autant que n'importe qui. Son souffle était un peu saccadé, et ses mains tellement serrées que les jointures en étaient devenues blanches. Elle réentendait en une mélopée tragique ces mots « pour l'envoyer à une mort certaine… j'ai vu la vie s'éteindre en vous… »

Elle secoua la tête pour chasser ces pensées. Encore plus douloureux que sa propre fin était d'évoquer celle de Frodon ; elle se souvenait de leur dernière conversation à tous les deux, alors qu'ils parvenaient près d'Amon Hen. Il faisait nuit, et l'un comme l'autre avait su qu'ils ne poursuivraient pas la route ensemble. Boromir n'était alors qu'à une journée de sa mort.

En songeant à lui, elle éprouva une sensation devenue familière, son cœur quise brisait.Elle calcula sur ses longs doigts fins ; cela faisait à peine un mois qu'il avait succombé, le corps transpercé de flèches grossières. Une fois de plus, comme si elle en était une source, des larmes lui montèrent aux yeux, et sa gorge se serra. Elle eut envie de vomir ; une nausée la submergea, en même temps qu'une vague de chagrin.

Le petit matin était glacé lorsqu'ils sortirent d'un grand bois qui ouvrait sur les plaines des seigneurs des chevaux. Mais la jeune femme resta en queue du groupe, son regard attiré par quelque chose. Ils se retournèrent pour voir ce qu'elle faisait. Elle revint avec un sourire lumineux et leur dévoila ce qu'elle avait trouvé. Une fleur fragile, à peine éclose, aux pétales d'un rose tendre qui frémissait sous les assauts tendres du vent. Elle avait volé à terre mais d'autres poussaient sur un arbre, qui paraissait pourtant mort.

« Même le printemps redonne la vie à ce semblait perdu » dit-elle.

Ils galopèrent et parvint en vue du château de Meduseld ; aussi loin que pouvait le voir Hoela, autrement dit beaucoup moins que Legolas, elle vit une femme se tenir sur la terrasse, ses longs cheveux d'or et sa robe bougeant aux gré des souffles.