Voilà, nous sommes de retour à Minas Tirith! J'ai pris un plaisir particulier à écrire ce chapitre, parce que j'adore la Cité Blanche!

Cette fois, même si je me suis servi un peu du dialogue du film entre Denethor et gandlaf, je me suis appuyée sur le livre, qui faisait de l'Intendant un personnage plus complexe et plus menaçant bref plus intéressant.

Comme d'habitude, désolée pour les fautes éventuelles; mais je serai pardonnée, parce que ce chapitre est plus long que les précédents (je crois que c'est le plus long d'ailleurs, je suis fière de moi!)

Merci pour vos reviews et n'hésitez pas à m'en laisser d'autres! Bonne lecture...

Chap 26 ; Minas Tirith

Le galop résonnait dans sa tête ; Pippin s'était assoupi, à en voir l'inclination du capuchon et la façon dont le magicien le serrait, un peu plus fort, un peu plus fermement. Cela faisait deux jours qu'ils chevauchaient, sans même avoir pris ne serait ce qu'une heure de repos. Elle était épuisée mais ne l'aurait reconnu pour rien au monde. Elle somnolait parfois. Les journées étaient plus chaudes, mais les nuits aussi glacées qu'en plein cœur de l'hiver.

Elle avait reconnu son pays avec une certaine émotion ; son père n'avait-il pas foulé les terres de l'Anôrien quand il n'était encore qu'un jeune homme, à la tête pleine de rêves et d'espérances ? Elle marchait dans ses pas.

La troisième nuit, la lune était ronde et brillante, éclipsant une partie des étoiles. Soudain la jeune femme arrêta Brelad. Au loin une boule de feu venait de s'illuminer et une autre et encore une autre. Le Hobbit poussa un cri de frayeur. Gandalf fit faire demi-tour à Gripoil pendant que la jeune femme s'écriait :

« -Les feux d'alarme du Gondor sont allumés !

-Oui, Hoela et nous ferions bien de nous hâter ! La guerre a commencé et il faut que la situation soit critique pour que Denethor l'orgueilleux accepte de demander de l'aide !

-L'Amon Dîn, l'Eilenach, le Nardol, le Min Rimmon, le Calenhad et l'Halifirien, aux frontières du Rohan, énuméra Hoela. Nos amis partiront bientôt eux aussi en guerre ! Il y a bien longtemps qu'ils n'avaient été allumés et dans l'ancien temps du Gondor, ils n'étaient pas nécessaires car ils avaient les sept Pierres ! »

Pippin s'agita, inquiet.

« N'ayez crainte, lui dit Gandalf, et rendormez vous. Nous allons à Minas Tirith, et nous serons là en sûreté qu'en aucun autre endroit à l'heure actuelle. Si le Gondor tombe, ou si l'Anneau est pris, la Comté ne sera nullement un refuge. »

Et les chevaux furent remis au galop. L'évocation de l'Anneau avait ramené Frodon dans l'esprit de la jeune femme, le Hobbit au courage inébranlable. Etrangement, elle ne se faisait pas trop de souci pour lui en un tel moment. Son cœur lui disait qu'il vivait encore et que Sam veillait sur lui. Oui, d'une manière ou d'une autre, tout n'était pas perdu.

L'aube froide arriva, ces minutes précédant le lever de l'astre, froides et grises. Des murs apparurent, en ruines. Tout ce qui restait du mur de Pelennor. La jeune femme prit soin, en voyant apparaître des silhouettes humaines de recouvrirson visage avec le capuchon, de sorte qu'on ne pouvait pas voir ses yeux, mais seulement une bouche et un menton volontaire. Des coups de marteaux, des cliquetis de truelle et des grincements de roues se faisaient entendre. Les soldats portaient tous des armures ; grands, les yeux clairs, l'inquiétude et la fatigue se lisaient sur leurs traits. Le chef des Homme s'adressa à Gandalf:

« - Oui, c'est vrai, nous vous connaissons Mithrandir, vous savez le mot de passe des sept portes et vous êtes autorisés à passer. Mais vos compagnons, qui sont-ils ? Celui là, est ce un Nain des montagnes ? Et celui là, un vagabond ? Nous ne désirons aucun étranger dans le pays en ce moment, sauf de vigoureux hommes d'armes, en la loyauté et l'aide desquels nous puissions avoir confiance.

-Je répondrai d'eux devant le Seigneur Denethor. Leur valeur ne s'évalue ni par leur taille ni par leur accoutrement, Ingold. Ils ont passé par bien plus de périls que vous tous réunis, et avec un courage et une vaillance égaux aux vôtres. Celui-ci s'appelle Perigrïn et c'est un homme très courageux.

-Un Homme ? s'exclama l'un d'eux et les autres rirent.

-Je suis un Hobbit, cria Pippin, et je ne suis pas plus vaillant que n'importe qui d'autre, sauf lorsque cela est nécessaire. Que Gandalf ne vous abuse point !

-Bien des auteurs de grands exploits ne pourraient pas en dire davantage. Mais lui, qui est-ce ? » demanda Ingold, en désigna Hoela.

Il y eut un silence ; elle hésita, mais elle serra un peu plus fort la bride de Brelad, tout en gardant la tête baissée. Elle ne pouvait pas se découvrir. Ne voulait pas. Pas maintenant .Gandalf eut un sourire mystérieux.

« - Il révèlera son identité en temps utile. Je m'en porte garant.

-Mmmmm… très bien.

-C'est une… heu, un de ceux qui ont voyagé avec moi, dit Pippin. Et Boromir de votre Cité était avec nous ; il m'a sauvé dans les neiges du Nord et a fini par être tué en me défendant contre de nombreux ennemis. »

Personne n'aurait pu le jurer, mais un gémissement de souffrance parut s'échapper de la bouche de l'homme dissimulé. Une espèce de sanglot, irrépressible. Hoela écrasa son poing dans sa bouche pour étouffer ce bruit. A chaque fois que son nom était prononcé, quelque chose se brisait en elle.

« - Chut ! le réprimanda Gandalf. La nouvelle de ce chagrin aurait d'abord dû être annoncée au père.

-Nous nous en doutions, dit Ingold. Il y a eu de funestes présages. Mais hâtez vous, le Seigneur Boromir serapressé de voir qui lui apportera les dernières nouvelles de son fils, Boromir le brave. Sa perte est cruelle et nous pèse chaque jour. Adieu !

-Adieu ! Mais vous n'avez que trop tardé à réparer ce mur ! Le courage sera maintenant votre meilleure défense contre la tempête imminente ! Abandonnez vos outils et aiguisez vos épées ! »

Ils repartirent, l'air fouettant leurs visages. Ils passèrent au-delà du Rammas Echor, sur les champs du Pelennor, riches terres fertiles. Ils avaient aperçu la ville d'Osgiliath, jadis le joyau du royaume de Gondor, qui devait être en plein siège, à en juger par les fumées qu'ils pouvaient voir de loin. Mais les habitations de ces terres, autrefois de grands villages ,étaient vides. La lumière croissait de plus en plus et ils arrivèrent en vue de la Tour de Garde.

Elle descendit de cheval ; même les remontrances de Gandalf n'auraient pu la faire repartir. La ville se dressait devant eux, les murs gris passant au blanc, au fur et à mesure que le soleil rose dardait ses rayons sur la Cité creusée dans la pierre, avec ses sept murs si forts et si anciens. La Tour d'Ecthelion se dressait, brillante, à l'assaut du ciel, à l'intérieur du mur le plus élevé. Elle se détachait sur le ciel bleu, comme une pointe de perle et d'argent, belle et élancée, avec son pinacle étincelant comme s'il était fait de cristaux. Des bannières blanches claquaient joyeusement dans le vent, et des bruits de trompettes vibraient.

« L'avez-vous déjà vue Aragorn ? La Tour Blanche d'Ecthelion ? Scintillante comme une flèche de nacre et d'argent, ses bannières flottant dans la brise du matin… » Les paroles de Boromir, prononcées si longtemps auparavant en Lorien lui revinrent en mémoire. Elle pleura, mais pas de tristesse cette fois. Des larmes qui n'étaient pas amères mais des compagnes réconfortantes. « Je suis revenue chez moi » se dit-elle.

Des cris de joie retentirent à leur arrivée. La Grande Porte, qu'Hoela avait passée dans l'autre sens jadis avec peu de difficulté, était maintenant sans cesse surveillée ; elle s'ouvrit en grand à l'approche de Mithrandir. Les sabots des chevaux claquaient bruyamment sur la vieille pierre ; la jeune femme s'étonna. Il y avait peu de monde dans les rues, pas d'enfants et pas de femmes. En cette heure matinale, cela n'était pas inhabituel. Ce qui l'était, c'étaient les nombreuses maisons closes, qui paraissaient à l'abandon.

Ils parvinrent aux écuries, où Gandalf confia leurs montures. Ils montèrent jusqu'à l'immense terrasse qui surplombait aussi bien la ville que la vallée. Il regarda Hoela ; celle-ci rajusta son capuchon avec d'infinies précautions. Pippin trottinait derrière eux, mais il s'arrêta soudain en s'écriant :

« - Gandalf, Hoela, regardez, c'est l'arbre…

-Ne criez pas mon nom sur tous les toits, Pippin ! le rembarra la jeune femme. C'est l'arbre blanc du Gondor, l'arbre des rois.

-Oui, toutefois, le seigneur Denethor n'est pas le roi, il n'est que l'Intendant, » ajouta le magicien.

Devant les portes de la salle du trône se tenaient les Gardes, vêtus de noir, avec des heaumes brillants faits de mithril. Sur les tuniques couleur de nuit sans étoiles, un arbre blanc en fleur sous une couronne d'argent et des étoiles à nombreux rayons. C'était la livrée des Héritiers d'Elendil et nul ne la portait plus dans tout le Gondor que les Gardiens de la citadelle, comme l'avaient été Boromir ou Faramir, devant la Cour de la Fontaine où l'arbre des rois avait autrefois été fleuri.

Gandalf ne put se retenir de distribuer des conseils à Pippin.

« Ecoutez moi bien. Le Seigneur Denethor est le père de Boromir, et il ne serait guère sage de lui apporter les nouvelles de la mort de son fils bien aimé, bien que je craigne qu'il ne soit déjà averti et que cela lui ait rongé l'esprit. Et ne faites pas mention de Frodon et de l'Anneau, et ne dites rien sur Aragorn, et… »

Le pauvre Hobbit ouvrait de grands yeux inquiets, se demandant comment il allait retenir cette avalanche d'avertissements. Mais le vieil homme choisit une autre issue :

« En fait il serait mieux que vous ne parliez pas du tout. Et vous, Hoela, prenez garde ; pas un mot, pas un geste. Restez en arrière. Sauf si vous préférez vous dévoiler maintenant… »

Elle secoua la tête en signe de dénégation.

« Bien, à votre aise. Faites attention ; si Théoden était un vieillard bienveillant, Denethor est d'une autre race, plus fin et plus subtil, plus fier et plus puissant. Me suis-je bien fait comprendre ? »

Deux murmures approbatifs et la porte fut poussée. La salle était telle qu'Hoela l'avait vue lors de la fête du printemps, des années auparavant. Aussi grande, aussi majestueuse. Mais beaucoup plus froide. Il n'y avait plus de rires, plus de coupes qui s'entrechoquaient, plus de paroles. Un profond silence régnait ; mais ce n'était pas un silence paisible. Lourd, oppressant. Les statues des rois passés veillaient toujours, sévères figures de pierres. Au fond de la salle, sur une estrade précédée de nombreuses marches, un trône, surmonté d'un dais de marbre en forme de heaume couronné ; derrière, l'image d'un arbre en fleur incrustée de pierres précieuses était gravée dans le mur. Mais nul ne s'y était assis depuis fort longtemps, depuis que les rois avaient failli. Au pied de l'estrade, sur la première marche qui était très large, dans un siège de pierre sans ornements et noir était assis un vieillard.

Voûté, il recouvrait de ses mains un objet sur ses genoux. Ils parvinrent devant lui.

« Salut à vous, Denethor, fils d'Ecthelion, seigneur et intendant du Gondor. Je viens vous apporter conseils et nouvelles en cette heure si sombre. »

La voix de Gandalf résonna. Denethor leva la tête, à l'ossature ferme, avec un nez busqué, et de chaque côté des yeux sombres et perçants. En le voyant, on ne pensait pas vraiment à Boromir, mais plutôt à Aragorn. La même prestance se dégageait d'eux, sans doute due au sang presque intact de l'Ouistrenesse qui coulait dans les veines de l'Intendant.

« Peut être êtes vous venu m'expliquer ceci. Peut être êtes vous venu me dire pourquoi mon fils est décédé. »

Et il prit entre ses mains les deux moitiés d'un cor fendu. Elle détourna son regard ; elle revoyait encore Boromir le faire tourner entre ses propres mains. Elle le revoyait tel qu'il était, tout juste mort, le corps transpercé par des flèches grossières. Ses doigts refermés sur son épée.

« Boromir est mort pour nous sauver, mon cousin et moi. Il nous a défendu contre nombre d'ennemis, Meriadoc et moi-même ! Je m'appelle Peregrïn et je vous offre mes services, si humbles soient-ils, en paiement de cette dette. »

Gandalf s'était avancé pour retenir le Hobbit mais Hoela n'avait rien fait. Elle savait que Pippin avait considéré Boromir comme l'un de ses amis. Il s'était agenouillé.

Un pâle sourire passa sur le visage de Denethor, comme un soleil froid par une journée d'hiver.

«-Voici mon premier ordre à votre encontre. Dites moi comment vous vous êtes échappé alors que mon fils ne l'a pas pu, tout puissant qu'il était.

-Même le plus puissant homme peut être tué d'une simple flèche et Boromir fut percé de nombreux traits. J'honore sa mémoire car il était très vaillant et s'il est tombé et a échoué, ma gratitude n'en n'est pas moins grande. »

Les traits de Denethor s'étaient contractés ; sans doute voyait-il devant ses yeux son fils s'affaisser. Gandalf donna un grand coup de son bâton à Pippin et la jeune femme le prit par le collet pour le faire se relever.

« - Monseigneur, vous pourrez pleurer la mort de Boromir mais pas tout de suite. La guerre est imminente et l'ennemi est déjà à votre porte. En tant qu'Intendant, vous avez la charge de défendre cette Cité. Vous avez allumé les feux d'alarme mais ont sont les armées du Gondor ?

-Vous vous croyez sage Mithrandir, mais malgré toutes vos subtilités vous n'avez pas de sagesse. Croyez vous que les yeux de la Tour Blanche sont aveugles ? J'en ai vu plus que vous ne le savez. De la main gauche, vous voulez m'utiliser comme bouclier contre le Mordor et de la main droite, vous cherchez à m'évincer. Je sais qui chevauche aux côtés de Théoden du Rohan. Oui, j'ai entendu parler de cet Aragorn, fils d'Arathorn, descendant d'une lignée en haillons et depuis longtemps privée de sa Seigneurerie. Mais je vous le dis sans détour, je ne m'inclinerai pas devant ce Rôdeur du Nord ! s'enflamma soudain l'Intendant.

-Vous n'avez en aucun cas le pouvoir de vous opposer au retour du roi ! s'exclama Gandalf.

-Quoi qu'il en soit, répliqua le vieil homme, je ne vous ai pas attendu pour faire quérir les armées voisines. Femmes et enfants finissent de quitter la Cité aujourd'hui, et les soldats les croiseront. »

La tension entre ces deux personnages était palpable, comme une ligne de feu prête à s'embraser. Ils se ressemblaient pourtant ; Denethor avait même plus que Gandalf l'apparence d'un magicien. Il était plus royal, plus beau et plus puissant. Cependant, on percevait que le pouvoir et la sagesse les plus profonds appartenaient à Gandalf. Les deux adversaires se regardaient les yeux dans les yeux, comme pour mieux deviner leurs pensées réciproques.

Il leur parla de chambres où ils pourraient se reposer ; demanda à Mithrandir qui était cet homme dissimulé sous ce capuchon et qu'il n'y avait que les gens qui avaient quelque chose à cacher qui ne se montraient pas. Le vieux magicien répondit vertement. Elle n'écoutait pas vraiment, trop occupée à noter les multiples changements qui étaient apparus chez l'Intendant. Ses mains tremblaient sans cesse, un tic nerveux agitait sa bouche. « Il est fou » pensa-t-elle avec effroi. Un bras prit le sien et Gandalf la tira vers lui, tout en faisant signe à Pippin de les suivre. Denethor continuait de serrer contre lui les morceaux du cor brisé.

«Tout est devenu vaine ambition ! Il se cache même derrière son chagrin ! » dit Gandalf, laissant éclater sa colère lorsqu'ils eurent franchi le seuil de la porte. Hoela ne releva pas ; la seule chose qui restait présente dans son esprit, c'était cette phrase poison « Mon Boromir ! Faramir aurait dû partir à sa place ! » Comment pouvait prononcer une phrase aussi atroce, au lieu de se réjouir qu'il lui reste encore un fils ? La réponse de Gandalf l'avait troublée « Boromir était un homme autoritaire, qui prenait ce qu'il désirait. Jamais il n'aurait laissé partir son frère à sa place. »

Dehors, le soleil était un peu plus haut et un peu plus chaud. Dès qu'ils furent assez éloignés des Gardes, elle enleva son capuchon et libéra ses longs cheveux bruns. Ils s'avancèrent sur la terrasse.

«- Cette Cité a tenu mille ans et aujourd'hui à cause de la lubie d'un fou, elle est prête à tomber. L'arbre du roi ne refleurira jamais.

-Pourquoi le gardent ils, alors ? demanda Pippin.

-Parce que nous espérons, répliqua Hoela. Qu'un roi reviendra et que cette Cité redeviendra comme elle était avant de tomber en ruine. »

Ils s'accoudèrent au mur, contemplant la vallée baignée de soleil. Hoela, instinctivement, retrouva la même position qu'elle avait eue lors de sa première rencontre avec Boromir, sur cette même terrasse. Comme elle le haïssait, alors !

« L'ancienne sagesse de l'Ouest a été abandonnée ; les rois ont construit des tombes plus belles que les maisons des vivants et chéri le nom de leur ancêtre plus que celui de leur fils. Des seigneurs sans descendance sont assis dans leurs vieilles salles, méditant sur leurs blasons dans de hautes et froides tours, interrogeant les astres. Ainsi le peuple du Gondor courut à la ruine, la lignée des rois échoua et l'arbre blanc se dessécha. Les rênes du Gondor furent confiées à de simples mortels. »

Ni Pippin ni elle ne répondirent. Ils regardèrent à l'horizon les nuages noirs, annonciateurs de tempête, surmontés d'une lumière rouge sanglante. Minas Tirith avait toujours été en vue du Mordor, qui rêvait d'écraser cette Cité. Comme si le ciel était blessé et qu'il saignait. Des roulements de tonnerre au loin. Hoela savait ce que cela présageait ; les Orques du Mordor détestaient la lueur du Soleil. Aussi une tempête les précédait, pour faciliter leur marche vers la guerre. Dès que l'ombre atteindrait la Cité, tout commencerait.

Pippin se tourna vers eux ;

« -Tout ça est très intéressant. Où irons nous après ?

-Voyons, Pippin, nous ne quitterons pas Minas Tirith. C'est ici que notre destin se jouera.

Et je vous rappelle, rit la jeune femme, que vous êtes au service de Denethor à présent. Il vous fera certainement prêter serment dans les heures qui vont suivre. »

Le Hobbit eut une moue boudeuse. Elle soupira ; devant une seule personne elle aurait pu se montrer. Mais Faramir n'était pas là. Comme s'il avait deviné ce qu'elle pensait :

« Moi aussi, Hoela, j'espère que Faramir sera bientôt de retour. Il protège Osgiliath en ce moment. Bien ; je vais aux nouvelles. Pippin, restez avec notre belle amie. Elle vous fera visiter la Cité, jusqu'à ce que l'Intendant vous fasse appeler. »

Et il les laissa, les bras ballants. Elle haussa un sourcil. La chevelure fut renouée, le capuchon remit et ils descendirent au niveau inférieur. Les femmes portaient des enfants qui pleuraient ; peu d'effets, un sac ou deux par personne. Les hommes quittaient leurs épouses et leurs enfants sans savoir s'ils les reverraient un jour. Les gens se retournaient sur leur passage ; jamais ils n'avaient vu de Semi Homme et rare étaient ceux qui avançaient masqués dans leur Cité.

Pippin s'assit sur le rempart, les jambes dans le vide, pendant qu'Hoela le retenait par les épaules. Les dernières brumes matinales s'élevaient, emportées par le vent d'Est. Au fond de la vallée se voyait le Grand Fleuve, gris et scintillant, serpentant paresseusement et se perdant au-delà de l'horizon où il irait se jeter dans la Mer, à quelques cinquante lieux. De nombreuses routes traversaient le Pelennor et vues de là-haut, paraissaient toutes encombrées, par des charrettes, des personnes et des bêtes. Toutes tournaient le dos à Minas Tirith. Hoela connaissait les refuges de Lossarnach, dans la montagne. Ils les abriteraient jusqu'à ce que le sort de la Terre du Milieu soit décidé.

Bientôt, ils furent rejoints sur les remparts par une foule nombreuse ; des cors résonnaient au loin et des cris s'élevaient des rangs.

« - Forlong ! Forlong !

-Qui est Forlong ? demanda Pippin.

-Forlong le Gros, le seigneur de Lossarnach, » répondit à voix basse la jeune femme.

En tête de la file, un cavalier aux larges épaules et à la vaste panse, portant côte de mailles et casque. Derrière lui, une colonne d'hommes armés, au visage farouche, avec un teint plus sombre et moins grands que les hommes de la Cité Blanche. Ils devaient être deux cents ; faible aide mais néanmoins indispensable. Toutes les compagnies défilèrent peu à peu, à chaque fois en nombre inférieur à celui qui était espéré, et qui était nécessaire. Les Hommes du Val de Ringlo, derrière le fils de leur seigneur. De la Grande Vallée de la Racine Noire, le grand Duinhir avec ses fils Duilïn et Derufïn, et cinq cents archers. Des Anfalas, des hommes équipés sommairement ; aucun d'eux n'était un soldat. De Lamedon, quelques farouches montagnards sans capitaine, et des pêcheurs de l'Ethir. Jirluin le Beau venu des Collines Vertes, avec ses hommes vêtus de vert sombre. Et, en dernier, mais non le plus fier, Imrahil, prince de Dol Amroth, parent de l'Intendant, avec des bannières à l'emblème du Navire et du Cygne d'Argent. Hoela en resta émerveillée. Son père lui avait souvent parlé de ce prince, qui était considéré comme un sage et un courageux guerrier. Elle avait l'impression de redevenir une petite fille, qui écoutait, la bouche ouverte, les yeux écarquillés, les histoires au coin du feu.

La nuit tomba, mais la tempête grondait toujours. Elle raccompagna Pippin à sa chambre, qu'il partagerait avec Gandalf. Il se jeta sur la nourriture, n'ayant rien mangé de toute la journée mais elle fit une grimace de dégoût. Ces derniers jours, elle avait continuellement la nausée, une affreuse envie de vomir. Elle ne voulait rien avaler. Le magicien ne réapparut pas.

Elle descendit jusqu'au niveau de la maison de sa tante. La porte était condamnée, mais une simple jetée d'épaules et elle céda. Elle murmura une parole, et une petite boule de lumière s'éclaira. La poussière recouvrait les meubles. Elle monta l'escalier, et poussa la porte de sa chambre. Tout avait été laissé tel quel. Elle s'approcha de la fenêtre. Retrouvant ses gestes de jeune fille, qu'elle avait eu si souvent ici, elle croisa ses deux mains et leva les yeux vers Elbereth. Tout avait commencé ici, un matin d'hiver, où ses iris avaient eu la teinte exacte du ciel. Et c'était ici que tout se terminerait. « Protège moi »