Un autre chapitre, et avec 5000 mots, c'est la première fois que j'y arrive! La bataille de Pelenor est pour le prochain et autant vous le dire, l'histoire touche bientôt à sa fin... ce qui m'amène à vous demander si vous préféreriez une fin heureuse... ou malheureuse!

Profitez ce de chapitre, car le prochain mettra un peu plus de temps à arriver, bientôt un bac blanc, et la bataille est une scène tellement belle et que j'aime beaucoup, alors je n'ai pas envie de la rater!

Emilie: Tout d'abord, bienvenue, je suis toujours heureuse d'accueillir une nouvelle lectrice! Tu as encore une dizaine de chapitres avant que l'histoire ne se termine, pas de désespoir! Ah, Legolas et Hoela! Tout le monde m'en parle! C'est vrai qu'ils seraient mignons tous les deux… mais tu découvriras ce qui se passera un peu plus tard! je te remercie pour ta review et je te fais de gros bisous!

Bonne lecture et n'oubiliez pas de me donner votre avis!

Chap 27 ; La folie de Denethor

Ce fut un grand bruit qui la réveilla, alors qu'elle venait de céder au sommeil, sur la paillasse jetée à terre qui avait accueillit ses rêves et ses espérances des années durant. La maison tremblait sur ses fondations, telle une feuille bougeant au gré d'un vent violent. La nuit était sombre, toutes les étoiles avaient disparu ; mais à l'horizon, vers Minas Morgul, une grande colonne de lumière verte s'élevait, sinistre, comme un feu pâle, s'attaquant au ciel. L'ancienne cité d'Ithil, la Citadelle des Etoiles, déversait ses armées, qui venaient détruire la Cité Blanche. Elle se recoucha, le cœur lourd, mais ne réussit à dormir que quelques heures.

Quand elle se décida à mettre les deux jambes à terre, l'astre n'était pas encore sorti. Une brume froide s'élevait au loin ; les montagnes étaient teintées de rose, mais un rose délavé, comme voilé. La lumière était étrange. Elle resserra les pans de sa cape elfique contre elle, pour se réchauffer un peu dans la pièce dans laquelle elle grelottait et s'assit sur le rebord de la fenêtre en fronçant les sourcils, inquiète. Elle contempla l'horizon un instant puis sortit de la bâtisse ; les rues étaient désertes, et un silence angoissé y régnait. Elle alla chercher de l'eau à la fontaine, où toutes les autres femmes se réunissaient autrefois, y plongea une jarre et revint dans la grande pièce de la maison pour se laver.

Elle prit un bassin en cuivre sur une étagère et le déposa sur la lourde table de chêne. L'eau y fut versée, dans un bruit léger. Une fine couche de poussière recouvrait tous les meubles, comme une habitation abandonnée depuis longtemps, assez longtemps en tout cas pour que toute vie en ait complètement disparu. Elle y passa le doigt, dessinant une étrange arabesque, puis un ou deux signes elfiques. Elle chassa de son esprit les pensées qui avaient trait à son cousin et à sa tante. Elle les avait haïs, mais elle n'avait jamais vraiment souhaité leur mort,qui avait dû être cruelles en ces temps sombres.

L'eau était glacée ; elle claquait des dents tout en frottant sa peau. Une fois propre, elle remis ses vêtements, fatigués par le voyage. Elle remonta dans sa chambre ; le soleil s'était levé, mais comme elle l'avait craint, c'était un soleil terne dans un ciel gris perle. Ce n'était pas un temps de pluie ; mais l'ombre que le Mordor étendait sur Minas Tirith, prête à retomber sur la ville, comme un piège de brouillard . Un piège étouffant.

Elle se recouvrit de sa cape elfique, ses longs cheveux torsadés dans son dos, le capuchon baissé sur le visage. Elle courut jusqu'aux appartements de Gandalf et Pippin, situés dans une des tours de la citadelle en tambourinant à la porte. Un vieillard qui paraissait épuisé mais aux yeux incroyablement alertes lui ouvrit.

« -Hoela….

-Gandalf, le Mordor, il…commença-t-elle, sans même le saluer.

-Je sais, soupira-t-il. Entrez. »

Malgré la gravité de la situation, elle ne put s'empêcher d'éclater de rire en voyant Pippin. Il flottait dans une tunique noire, frappée de l'arbre blanc et tenait un heaume à la main. Sur un lit à la taille d'un enfant, une petite épée, dans un fourreau noir. Elle se découvrit, et ébouriffa les courts cheveux clairs dans un geste affectueux.

« - Denethor vous a trouvé une place, n'est ce pas ? s'amusa-t-elle.

-Oui, répondit timidement le Hobbit. Mais…

-Vous serez un des Gardes de la Cité, comme l'était mon père quand il était jeune, dit la jeune femme avec fierté. Venez là, que je vous arrange un peu. »

Elle resserra la tunique à la taille, tira sur les pans pour effacer les plis. Gandalf était sur le balcon, s'appuyant sur son bâton. Elle le rejoignit tandis que Pippin essayait son casque, tant bien que mal, qui lui retombait sur les yeux. Des bruits confus montaient des rues. Auparavant, au petit matin, on entendait les jeunes garçons qui s'entraînaient à l'épée, dans un fracas d'armes, les sabots des chevaux sur la vieille pierre, les rires des enfants qui courraient, les femmes qui donnaient les dernières nouvelles. A présent, plus personne ne parlait joyeusement, plus d'enfants, plus de femmes. C'était une cité en guerre, qui se préparait au pire. Qui se préparait à sombrer dans l'ombre et le chaos.

Les iris clairs stoppèrent leur va et vient. Une épaisse fumée noire s'élevait au loin, de l'autre côté du fleuve. Elle se tourna vers Gandalf, qui regardait dans la même direction. Osgiliath, l'ancien joyau du Gondor, brûlait, emportant avec lui des siècles d'histoire, de légende et de mémoire. Des cris retentirent ; ils sortirent en précipitation de la chambre, Pippin sur les talons.

Le magicien se dirigea vers les écuries ; il récupéra Gripoil, la jeune femme se saisit de Brelad. Ils montèrent prestement, Gandalf prit le Hobbit en croupe. Les sabots claquèrent sur les pavés, dans un trot rapide, sous l'œil effaré des hommes qui regardaient leurs compagnons revenir d'Osgiliath en hâte, pourchassés par les Nazguls. Les portes furent ouvertes ; elle renversa la tête vers le ciel. Des hideuses créatures ailées, noires comme le charbon, poussant des cris affreux, voletaient autour des malheureux défenseurs de la Cité renversaient les chevaux, attrapaient les hommes entre leurs serres pour les briser et les jeter sur le sol, jonchant le sol de cadavres.

« Hoela ! cria Gandalf. Couvrez les à droite ! »

D'un coup sec sur les rênes, Brelad fut dévié. Le vent sifflait aux oreilles d' Hoela , mais pas assez fort pour cacher les hurlement de terreur et de souffrance. Son cheval écumait, mais il était prêt à obéir à n'importe quel ordre. Elle vit Mithrandir lever son bâton ; une lumière plus intense que le soleil en sortit, aveuglante et pure. Elle sut ce qu'elle avait à faire ; une boule de lumière jaillit de ses mains et alla à la rencontre d'un Nazgul, qui se cabra, claquant ses ailes. Elle ne pouvait rien faire de mieux que d'effrayer ce monstre, mais elle pouvait au moins aider les Hommes à regagner Minas Tirith.

Elle amorça le demi-tour, et rejoignit Gandalf à l'entrée de la Cité. Certains étaient blessés mais plus encore gisaient morts sur les champs de Pelennor. Elle eut un sursaut en entendant une voix bien connue :

« - Mithrandir ! Ils ont fait une percée dans nos défenses et pris le pont de la rive Ouest ! Des bataillons d'Orcs traversent le fleuve !

-C'est ce que le Seigneur Denethor avait dit ! Il l'avait prédit depuis bien longtemps ! »

Un homme venait de s'exclamer ainsi, auquel la jeune femme jeta un regard peu amène bien qu'il ne put le voir. Elle avait reconnu un des fidèles serviteurs de Denethor, à qui la folie de l'Intendant ne semblait pas avoir effleuré l'esprit.

« Il l'a prédit et il n'a rien fait ! » répondit sèchement Gandalf.

Faramir était tel qu'elle l'avait vu dans son rêve, qui avait peut-être été plus. Ressemblant à Boromir de manière frappante ; les mêmes yeux, les mêmes cheveux, la même prestance et des airs semblables. Le jeune capitaine du Gondor portait une tunique brune, avec l'arbre du roi. Son visage amaigri était tendu, mais lorsqu'il jeta un regard à Pippin, ses yeux s'agrandirent de surprise.

« - Ce n'est pas le premier semi homme que vous rencontrez, n'est ce pas Faramir ? demanda Gandalf, ayant observé le changement d'expression du jeune homme, qui hocha la tête.

-Vous savez vu Frodon et Sam ! s'écria Pippin, joyeux.

-Oui, répondit Faramir, un air soudain coupable.

-Quand ? Où ? le pressa Gandalf.

-En Ithilien, il y a deux jours. Mais ils ont emprunté la route de Morgul et le…

-Le passage du col de Cirith Ungol, acheva Gandalf. »

Pippin les regarda sans comprendre. Hoela sentit un grand froid envahir son cœur. Ce nom était porteur de frayeur et de douleur. Gandalf confia son cheval à la jeune femme, lui demandant de les rejoindre dans leurs appartements. Il devait parler à Faramir avant que celui-ci ne voie son père.

Elle laissa les deux montures dans l'écurie. Son cœur battait à tout rompre. Ses jambes faillirent la trahir. Quand elle arriva, le jeune homme parlait de Gollum ; Pippin n'était pas là. Sans doute lui avait-on trouvé quelque tâche à accomplir dans cette cité au bord de la chute. Il se tourna vers le nouveau venu. Il était perplexe. Cet homme était venu les aider sur Pelennor, et semblait avoir les mêmes pouvoirs que Mithrandir. Mais il avançait dissimulé, de sorte qu'il ne pouvait voir que le bas de son visageet sa bouche. Une bouche étrangement ronde et sensuelle pour un homme.

Il leur raconta tout. Elle admira le courage qu'il avait eu de ne pas succomber au pouvoir de l'anneau, lui plus qu'un autre aurait pu le saisir, pour prouver sa valeur et se faire aimer par son père. Il se leva pour rejoindreDenethor dans la salle du trône ; son menton tremblait légèrement. Elle n'aurait pas voulu être sa place. La fureur de l'Intendant serait sans bornes.

Gandalf se tourna vers elle, les sourcils légèrement haussés. Elle hocha la tête et avant que Faramir n'ait pu atteindre la porte, elle l'arrêta en attrapant son bras. Il baissa les yeux ; la main était fine et blanche, mais marquée de diverses blessures. Une main qui devait souvent tenir l'épée.

Elle passa les mains sur les côtés de son capuchon et l'enleva, libérant une masse de cheveux bruns, voile sombre devant les iris clairs. Et elle dégagea sa chevelure. Il accusa le coup ; il pâlit. Il paraissait paralysé. Elle se balança d'un pied sur l'autre, redevenant la jeune fille timide qu'elle avait été.

« -Hoela, dit-il d'une voix rauque, une flamme s'allumant dans son regard.

-Je suis revenue, répondit-elle simplement.

-Mais comment… je veux dire, pourquoi…

-Pas maintenant. Votre père sera furieux. Personne ne sait que je suis ici. »

Cette voix chuchotant à son oreille, aussi frais que le zéphir un jour d'été , cette pression sur son épaule, quand il était en Ithilien, pensant à son frère. C'était elle. Plus mince, plus triste. Une ombre ternissait ses jolis yeux. Elle avait vieilli. Ils restèrent un moment à contempler les changements survenus chez l'un comme chez l'autre.

« Nous aurons beaucoup à nous raconter, dit Faramir. Vous étiez avec Boromir lorsqu'il est mort, n'est ce pas ? » Elle détourna son regard, pour qu'il ne puisse pas voir les larmes qui y étaient montées. Gandalf leur tournait le dos, mais elle aurait juré qu'il ne perdait rien de leur conversation.

Elle tint à l'accompagner jusqu'à la salle du trône ; l'Intendant recevait son fils en privé, mais elle avait apprit depuis longtemps à se dissimuler. Il fallait avoir un bon sens de l'observation pour découvrir quiconque avait appris son savoir-faire des Elfes et des Rôdeurs.

Le silence régnait entre eux tandis qu'ils marchaient sur la terrasse. Un silence comme il n'en n'existe qu'entre des personnes qui se connaissent assez pour qu'il soit confortable et non rompu. Elle entra avec lui dans la salle. Tous ceux qui s'y trouvaient en sortirent sur un geste de Denethor, mais elle n'eut aucun mal à se faire oublier vers une colonne.Si on la trouvait… tant pis. Elle voulait savoir ce qu'il allait dire à son fils.

Leurs voix résonnaient. Les mots de l'Intendant étaient tous plus secs les uns que les autres. Il accusa Faramir de toujours vouloir jouer le noble et le généreux ; mais encore plus, il lui reprochait de ne pas lui avoir amené l'Anneau. Une phrase broya le cœur d'Hoela « Boromir me l'aurait apporté, lui. Il se serait souvenu des besoins de son père ». C'était faux ; Faramir l'avait très bien compris, lui aussi. L'Anneau aurait dévoré Boromir ; il l'avait fait mentir, changer. Elle-même ne l'avait plus reconnu. Elle l'avait aimé avec ses faiblesses, mais pour lui, l'Unique avait été assez tentant pour l'oublier, elle. Elle n'avait pas besoin d'en entendre plus. Elle recula doucement et par une porte située sur le côté de l'entrée, elle passa dans un autre couloir. Elle erra un instant, un peu perdue, puis fini par trouver une sortie.

Le vent soufflait sur la terrasse, sans relâche. Elle aurait voulu hurler son désespoir, sa rage, et que les souffles emportent tout ça, loin. Elle se laissa glisser contre le mur qui retenaient d'une chute qui à cette hauteur, aurait été mortelle, la tête sur ses genoux. Plus loin dans la Cité, les hommes se préparaient à tenir le siège. La fin, quelle qu'elle soit, était proche.

Pippin balançait ses jambes qui ne touchaient pas terre. Il avait peur. Et à quoi pouvait-il servir, au milieu de tous ces hommes qui faisaient deux fois sa taille, et dont le courage était réputé ? Il ne s'était pas rendu compte qu'il parlait à voix haute.

« C'était bien. Un acte généreux n'aurait pas dû être accueilli avec tant de froideur. Vous rejoignez les Gardes de la Tour ! »

Faramir l'avait rejoint, un sourire bienveillant sur son visage, d'un ton assuré. Le Hobbit vit à quel point il ressemblait à Boromir, qu'il avait apprécié dès le premier abord, admirant la manière majestueuse mais aimable du grand homme. En Faramir, il voyait quelque chose de plus ; un air de haute noblesse, telle qu'en montrait parfois Aragorn, moins imprévue et vague. Un des Rois des Hommes, ceux dont parlait Hoela avec admiration etnostalgie, né à une époque ultérieure et touché par la sagesse et la tristesse de la Race Ancienne. Il comprenait pourquoi les soldats étaient si prompts à faire confiance à leur capitaine, et à le suivre jusque dans la mort. Le Hobbit se tenait sur ses deux pieds, le dos bien droit, et dit, un peu désabusé :

« - Je ne croyais pas qu'ils trouveraient une livrée à ma taille !

-Elle appartenait à un jeune garçon de la Cité, en vérité un jeune sot qui passait plus de temps à tuer des dragons qu'à s'adonner à ses études,répliqua tendrement Faramir.

-C'était la vôtre ? rit Pippin.

-Oui, elle était à moi, mon père me l'avait faite faire.

-Mais je suis plus grand que vous ne l'étiez. Sauf que je ne vais plus grandir moi, sauf en largeur. »

Ils éclatèrent de rire.

« - Boromir a toujours été le soldat, soupira Faramir, des souvenirs lui revenant. Ils étaient pareils lui et mon père. Fiers, têtus comme des mules… mais forts.

-Vous aussi avez de la force, assura Pippin, une force différente. Un jour, votre père s'en apercevra. »

Faramir eut un sourire ; il était troublé. Hoela lui avait déjà dit des choses semblables, il y avait longtemps…

Soudain, le Hobbit remarqua quelque chose dans l'encolure de la tunique. Une mince chaîne d'argent, avec un pendentif d'émeraude en forme de feuille. Il l'avait déjà vu… mais impossible de se rappeler où. L'Homme avait suivi son regard et il y porta la main et il le remit sous la tunique, pour le dissimuler. Il répondit à la question muette.

« Le fleuve n'a pas rejeté que le cor, mais aussi ce collier, accroché à un roseau. Je suppose que mon frère devait le tenir, dans une de ses mains. Je ne sais pas à qui il appartient. Mais si Boromir le possédait, je ne pouvais le laisser dans ces terres, où quelque créature malfaisante aurait pu s'en emparer. »

Il songeait à la fine chaîne qu'il avait vue au cou d'Hoela. Il avait reconnu le collier de sa mère, en or pur, d'une beauté et d'une finesse semblable à cette mère qu'il avait peu connue, qui avait seulement laissé dans son esprit l'image d'une femme belle et douce, qui avait dépéri loin de sa terre natale, malgré l'amour fou que lui portait Denethor, regardant vers la Mer avec mélancolie les jours de beau temps, quand on pouvait sentir les embruns.

Boromir avait-il aimé Hoela ? C'était tout à fait plausible ; il se souvenait des regards que son frère avait jetés à la jeune femme, lorsqu'elle avait paru devant eux pour la première fois, trois ans auparavant. Elle faisait alors plus enfant, plus innocente, mais non naïve. Elle leur avait plu à tous les deux, par sa fierté entêtée, ses paroles réfléchies, son désir de se hisser au dessus des autres femmes, et sa beauté. Jamais il n'avait revu des yeux aussi clairs et limpides…

Et elle, l'avait-elle aimé ? La tristesse que l'on lisait sur son visage en était le témoin. Elle l'avait vu mourir, et sans doute avait-elle préparé son dernier voyage, dans une barque qui, il l'espérait, était allée jusqu'à la Mer. Il aurait souffert s'ils les avaient vus revenir ensemble, mais il souffrait encore plus de la perte de son frère bien-aimé et des sourires mélancoliques de la jeune femme, même si la vie semblait plus être la plus forte et que le temps, il le souhaitait ,guérirait un jour ses blessures.

La Cité s'agitait ; les armées ennemies s'approchaient. Elles guettaient à présent depuis Osgiliath. Les Hommes s'armaient pendant que les Capitaines faisaient leurs derniers plans et leurs dernières recommandations.

Il ne servait plus à rien àHoela de se cacher, aussi bien pour des raisons pratiques que logiques; aussi s'était-elle dévoilée, en s'inclinant devant l'Intendant, qui l'avait regardée avec surprise, puis avec mépris.

Denethor n'avait fait aucun commentaire lorsqu'elle s'était démasquée, sans doute parce Gandalf était là, car ne c'était pas l'envie qui avait semblé lui manquer. Il lui avait simplement jeté un regard noir, qu'elle avait affronté la tête haute. Elle ne devait rien à cet Homme, même si elle le plaignait amèrement. Son esprit avait été dévoré par la mort de son fils, qu'il aimait chèrement. Elle avait pris soin de laisser la chaîne enroulée à l'un de ses poignets pour qu'il ne la visse pas. D'ici à ce qu'il l'accuse d'avoir causé la mort de Boromir, il n'y avait qu'un pas.

Dans le reste de la Cité, c'était l'étonnement qui avait primé. On se souvenait de sa fuite, la veille de son union. Mais son futur époux était mort depuis deux ans maintenant ; sa tante était réfugiée à Losarnach et son cousin avait péri à Osgiliath. Elle fut surprise de voir qu'elle ressentait de la peine. On la trouva changée ; elle n'avait jamais été comme les autres, mais elle était encore plus différente. Plus froide encore. Plus dure. Et en même temps plus fragile. Il n'y eut aucun commentaire ; étrangement, certains semblaient heureux de la revoir. Elle leur apportait une lueur d'espoir ; ils avaient vu ce qu'elle était capable de faire.

Dans la salle du trône, toujours aussi grande et sans chaleur, comme le serait un tombeau, une table était dressée, longue et couverte de mets. Fruits, viande, pichets de vin, cette abondance pouvait même écoeurer. Les fidèles sujets de l'Intendant, Hoela et Faramir regardaient Pippin prêter serment, un genou à terre, sa voix tremblant légèrement.

« Je jure ici d'être fidèle au Gondor et au Seigneur et Intendant du royaume, de les servir, de parler et d'observer le silence, d'agir et de laisser faire, de venir et d'aller en temps d'abondance ou de disette, en temps de paix ou de guerre, dans la vie et dans la mort, dès ce moment et jusqu'à ce que mon Seigneur me délie… »

Sa voix s'éteignit. On l'entendit déglutir avec difficulté.

« -… que la mort me prenne, ou que le monde périsse. Ainsi parlé-je, moi, Peregrïn fils de Paladin et de la Comté des Semi- Hommes.

-Et je l'entends, moi, Denethor fils D'Ecthelion, Seigneur de Gondor, Intendant des puissants Rois. »

Il se leva de sa chaise et tendit sa main vers Pippin qui embrassa la bague, puis s'assit devant la table, tout en remplissant son assiette.

« Je ne l'oublierai pas et je ne manquerai pas de récompenser ce qui est donné : la fidélité par l'amour, la valeur par l'honneur et le parjure par la vengeance. »

Sur ces mots, il se tourna vers son cadet, dont le visage se contracta douloureusement. Ses mains gantées se resserrèrent.

«- Je ne pense pas que nous devrions abandonner à la légère les défenses extérieures, défenses que ton frère a longtemps gardé intactes.

-Qu'aurai-je dû faire selon vous, demanda Faramir, tranchant.

-Je n'aurai cédé ni le fleuve du Pelennor, ni le fort, répondit-il en se versant du vin dans sa coupe d'argent, liquide rouge qui éclaboussa les parois, gouttes de sang s'échappant des veines. Osgiliath doit être reprise.

- Monseigneur, s'écria Hoela, s'attirant la réprobation du reste de l'assemblée, Osgiliath est occupée. Ce serait envoyer vos hommes à la mort ! »

Il ne se donna même pas la peine de regarder cette femme vêtue comme un homme, et qui avait la prétention de lui dire comment agir. Il avait compris pourquoi elle avait plu à ses fils, mais il savait mieux que quiconque que l'amour conduisait à commettre bien des impairs. Qu'il enlevait des forces et de la volonté. Qu'il n'apportait que de la souffrance. Il ne lui répondit pas, mais continua en s'adressant à son fils :

« Il faut prendre des risques à la guerre. Y a-t-il un capitaine ici qui ait le courage d'exécuter la volonté de son Seigneur ? »

Cette interrogation avait été faite tout haut, pour gêner son fils. Faramir n'eut pas à chercher ses mots pour poser la question qui tournait dans son esprit depuis un long moment. Hoela écouta ce cri d'amour déchirant :

« - Souhaiteriez vous donc que nos places eussent été échangées ? Que je sois mort et que Boromir soit en vie ?

-Oui, répondit Denethor sans même un silence, en buvant une gorgée de vin. Oui, je le souhaiterai.

-Puisque vous êtes privé de Boromir, je ferai ce que je pourrai à s a place, » dit-il en s'inclinant devant son père.

Hoela n'en croyait pas ses oreilles. Une colère froide s'empara d'elle. Elle eut envie d'écraser la tête de Denethor dans son assiette. La rage faisait trembler ses mains. Faramir était un Homme digne des Numénoriens, avec du courage, de l'esprit, de la réflexion. Une main de fer dans un gant de velours. Sa seule faiblesse, c'était son manque d'amour. Alors qu'il s'apprêtait à quitter la salle :

« - Père, si je dois revenir, ayez une meilleure opinion de moi.

-Cela dépendra de la manière dont tu reviendras. »

Elle eut une nausée. Il envoyait son fils à une mort certaine et cela ne le dérangeait pas pour manger et même pour se gaver, comme s'il se nourrissait de la vie de son cadet. Elle voulut suivre Faramir, mais il connaissait la Cité mieux que lui, et elle le perdit vite.

Elle retrouva Gandalf dans ses appartements ; elle lui dit tout ce qui s'était passé. Il ne l'autorisa pas à venir avec lui avant qu'elle n'ait revêtu une robe qu'il avait apportée pour elle. Elle l'interrogea :

« - Vous n'irez pas sur le champ de bataille. Vous soignerez les blessés. Ne me demandez rien, et je ne veux pas de protestations. Vous êtes trop faible pur vous battre.

-Je me suis battu au Gouffre de Helm, Gandalf ! Je vais très bien !

-Hoela, pour une fois, faites ce que je vous dit sans me contredire. »

Elle pinça les lèvres, comme elle le faisait lorsqu'elle était enfant quand son père lui refusait quelque chose. Mais Gandalf ne fléchirait pas, elle le savait pertinemment. Elle n'avait pu qu'à s'accomplir, sans discuter.

Les Hommes de la garnison de Faramir s'assemblèrent, en armures et à cheval. On murmurait dans Minas Tirith : « On ne lui a laissé aucun repos. Le Seigneur mène son fils trop durement et il lui faut à présent faire double travail : le sien et celui de son frère. » Ils descendirent les niveaux de la Cité. Les quelques femmes encore présentes, des guérisseuses, jetaient des bouquets de fleur, taches de couleur vives sur la pierre grise et froide. Les sabots résonnaient, les armures étincelaient dans la faible lumière du jour. Les visages de ceux qui observaient les soldats se jeter dans la gueule du loup étaient couverts de larmes.

Hoela et le magicien arrivèrent. Ils bousculèrent les autres spectateurs, et parvinrent au niveau de Faramir.

«- Faramir, votre père est devenu fou ! Ne sacrifiez pas votre vie sans réfléchir, lui cria Gandalf.

-Comment prouver mon allégeance si ce n'est en cet instant ? C'est la Cité des Hommes de Numenor. J'offrirai ma vie avec joie pour défendre sa beauté, sa mémoire et sa sagesse, répondit-il, en continuant à regarder droit devant lui.

En mourant ainsi ? s'exclama Hoela. Ce sera la fin de ta maison, Faramir, la lignée des Intendants aura échoué ! Je t'en prie ! »

C'était la première foisqu'elle letutoyait, excepté dans son rêve. Elle était assez proche pour saisir sa main gauche, qui tenait la bride. Il regarda les yeux clairs noyés de larmes, le beau visage pâle, la mince cicatrice qui courait sur la joue gauche. Il dégagea sa main doucement et la laissa là, frêle dans sa robe bleu nuit, toute simple, qu'elle avait revêtue sur les ordres de Mithrandir, qui voulait qu'elle reste aux maisons de Guérisons. Elle était trop faible pour se battre, lui avait-il dit. Elle avait vu une ombre dans ses yeux bleus, comme s'il redoutait autre chose. Les paroles de Saroumane lui étaient revenues. « Je vous ai vue, Hoela. J'ai vu la vie s'éteindre en vous, votre peau blêmir, vos membres se raidir. Vous connaîtrez une fin douloureuse, très douloureuse,… Oui, vous connaîtrez le même destin tragique, celui de périr jeune »

Gandalf y accordait-il un quelconque crédit ? Il semblait que oui. Elle devait lui obéir, elle en était consciente mais une partie de son être, la plus forte et la plus véhémente, le refusait. Elle voulait se battre aux côtés des autres armées venues prêter main forte au Gondor. Elle voulait combattre sous la bannière de l'arbre blanc, sous laquelle son père s'était battu. Pour honorer la mémoire de ses ancêtres, pour ses amis, Frodon, Sam, Merry et Pippin. Pour Aragorn, Gimli et Legolas. Et pour Eowyn et Arwen.Se défendre pour toux ceux qu'elle aimait. Pour sa Cité. Elle ne voulait pas attendre que la mort vienne la prendre, sans avoir lutté pour sa vie.

Elle entendit le murmure de Mithrandir « Votre père vous aime Faramir. Il s'en souviendra avant la fin. » Elle remonta sur les remparts, où les soldats contemplaient leurs camarades. Les chevaux galopaient si vite qu'on avait l'impression qu'ils ne touchaient pas le sol.Le soleil avait réussi à percer l'ombre, nimbant de lumière armures, casques et lances. Le vent soufflait, secouant sa longue chevelure brune au même rythme que les gerbes de blé dorées et l'herbe verte. Ils formèrent une tête de colonne, tandis que de la Cité en feu des silhouettes sombres se levaient. Elle vit, avec un désespoir grandissant, Faramir brandir son épée, qui lança un éclat de lumière. La bannière du Gondor claquait, noire, comme un mauvais présage. Des flèches furent décochées et la moitié des Hommes chutèrent, se mourant dans l'herbe fraîche. Les autres avançaient puis disparurent dans la brume.

Aucune aube ne se lèverait pour les Hommes ; un crépuscule et ce serait la nuit, épaisse et sans étoiles, l'espoir mort à tout jamais.