Voilà le dernier chapitre... Je ne sais pas trop quoi vous dire, sinon à quel point cela me fait étrange de laisser Hoela et son histoire, qu'il m'aura fallu un an pour terminer. Elle était presque devenue une amie. c'est fou comme on peut s'attacher à nos personnages...
Mais c'est surtout vous que je remercie, tous mes lecteurs, qui l'ont fait vivre, l'ont suivie, et l'ont aimée...
J'espère que cet ultime chapitre vous plaira, ainsi que l'épilogue (ma parole, je vais me faire pleurer moi-même!). pour continuer sur une note plus joyeuse, j'ai bien l'intention de commencer une nouvelle histoire sur la terre du Milieu, et j'ai quelques chapitres déjà prêts...
Je ne répondrai aux reviews que dans quelques semaines car je déménage demain et je n'aurai pas internet avant deux semaines...
Voilà, bisous à tous et bonne lecture!
La statue
Les années s'écoulèrent à Imladris, marquant de plus en plus le déclin de l'art elfique sur la Terre du Milieu. Budic grandissait entre ses deux parents ; il avait quinze ans ans lorsque Hoela prit sur elle de l'envoyer en Gondor pour achever son éducation.
Ce matin là, devant son miroir, elle brossait ses longs cheveux bruns, avec des gestes doux, lorsque son fils entra dans sa chambre. Elle ne se retourna pas, se contentant de l'observer dans la glace. Il se tenait debout, un peu nerveux. Une fois encore, elle admira la façon dont ses traits touchaient presque à la perfection. Ses cheveux bruns encadraient son visage pâle, dans lequel deux yeux gris brillaient d'intelligence. Il était déjà grand pour son âge, mais encore un peu frêle. Il n'avait pas hérité du caractère guerrier de son père et de sa mère ; il ressemblait à Faramir, se perdant dans les livres, les récits, les légendes; réfléchi, il ne prenait jamais une décision au hasard. Parfois, il avait des gestes, des attitudes qui rappelaient tant Boromir qu'Hoela se détournait pour cacher ses yeux pleins de larmes. Elle lui fit face et lui tendit les bras. Il ne s'y réfugia pas comme il le faisait comme il était enfant mais prit les mains fines de sa mère dans les siennes et les serra.
« - Ferez vous le voyage avec nous, Mère?
-Non, mon chéri. Je suis trop fatiguée. Mais Aragorn, Arwen et leurs enfants t'accueilleront bien. Tu découvriras la beauté de la Cité Blanche, la tradition des descendants de Numénor, et l'histoire agitée du Gondor. Tu pars à la rencontre de tes ancêtres. Faramir devrait t'y rejoindre.
-Vais-je voir la tombe de mon père ? »
Hoela se troubla. Il connaissait les exploits de Boromir, son courage, et elle ne lui pas caché ses failles non plus. Ni son amour. Pour elle et pour son peuple.
« - Ton père n'a pas de tombe. On dit que des chutes de Rauros, sa barque alla jusqu'à la Mer et même au-delà. Mais « La Tour de Garde toujours contemplera au Nord
Rauros, les chutes d'or de Rauros, jusqu'à la fin des temps »
Il prit soin de ne pas briser l'émotion de sa mère. Elle secoua la tête et lui sourit, ce sourire tendre qu'elle n'avait que pour les siens.
« - Vous allez me manquer, murmura Budic.
-Toi aussi. Mais j'ai vécu mon temps, à toi de vivre le tien. Tu rencontreras des personnes formidables, qui te conteront la fabuleuse histoire de la guerre de l'Anneau.
-J'aurai aimé connaître Frodon. Je me souviens à peine de lui.
-Tu n'avais que trois ans quand tu l'as rencontré. »
Elle se leva, vacillant un peu sur ses jambes faibles. Elle paraissait plus mince et plus pâle dans cette robe bleue de l'exacte couleur de ses yeux. Elle prit son fils contre elle et le l'étreignit.
« - Comme toutes les mères, je vais maintenant t'abreuver de conseils, voire t'assommer, plaisanta-t-elle. Je ne serai pas longue. Tu appartiens à deux grandes lignées de la cité des rois. Sois en fier mais n'en tire pas vanité. J'ai vu des hommes de grandes familles se conduire comme des lâches et des faibles. Et j'ai vu des hommes sans nom donner leur vie et leur sang pour leur cité. Aime ton pays et chéris tes ancêtres. Et le plus important : ne laisse pas l'histoire de ton peuple et de son courage tomber dans l'oubli. Ce serait les faire mourir une deuxième fois. Tant qu'il y aura quelqu'un pour se souvenir de ce qui a été un jour la Terre du Milieu, au temps des Elfes, des magiciens, des Nains, des Hobbits, des grands rois et de tous les peuples, alors… ils vivront encore.
-je n'oublierai pas, promit-il.
-Bien. Tu peux me laisser. »
Elle se rassit devant son miroir. La porte se ferma doucement derrière elle, mais ne tarda pas à se rouvrir. Legolas contempla la femme qu'il aimait. Elle se passa la main sur le visage ; effleura les quelques rides naissantes au coin de ses yeux, de sa bouche. Sa peau moins claire. Ses cheveux moins vigoureux. Lui, il n'avait pas changé. Les années passaient mais il était un Elfe. Le temps n'arrêterait pas sa main sur lui avant des centaines d'années s'il restait sur cette terre et tout simplement jamais s'il voulait rejoindre les siens. Il se pencha vers elle et lui posa un baiser sur sa joue.
Elle suivit des yeux son fils et son compagnon quitter Imladris. Elle se rappela son premier départ de cette demeure. Elle avait alors neuf compagnons, le cœur plein d'espoir. Fondcombe était encore un lieu de lumière et de beauté. Les eaux chantaient gaiement dans les ruisseaux et les torrents. Les arbres chuchotaient entre eux. Les couleurs rivalisaient pour être les plus chatoyantes possibles. On entendait les voix douces des Elfes, le bruissement de leurs vêtements. On admirait leur perfection. Que restait-il de tout cela ?
Les eaux ne chantaient plus gaiement, mais le clapotement était mélancolique. Les arbres gémissaient. Il n'y avait plus que du gris et du blanc. Tout était figé, pris par un gel soudain. C'était pour cette raison qu'elle avait envoyé son fils en Gondor. Il ne méritait pas cette vie austère, qu'elle et Legolas supportaient très bien après tout ce qu'ils avaient vécu.
L'Elfe partait souvent. Pour rejoindre Gimli, Aragorn ou leurs autres amis. Hoela l'avait accompagné au début, mais ces voyages la rendaient malade. Elle s'affaiblissait peu à peu. Le sang d'Eithne ne coulait pas dans les veines de Budic, et il était à présent impuissant dans celles d'Hoela. Plus rien ne renaissait sous la caresse de ses doigts. Elle en avait pleuré de rage, de colère et de désespoir. Puis elle s'était résignée. Elle devinait son corps usé prématurément par les épreuves. Elle ne deviendrait jamais une vieille femme aux cheveux de neige, aux yeux délavés. Avec elle s'éteindrait la lignée de sa mère.
Pour son compagnon, il était clair qu'Hoela aurait dû suivre les Elfes par delà la Mer ; la magie en elle mourrait au fur et à mesure que les Elfes partaient, et sa vie la quittait de la même façon, telle Arwen qui avait failli périr sous l'Ombre Noire du Mordor
Pourtant, elle ne regrettait rien. L'immortalité n'était pas un don pour elle mais une fatalité. Sa vieaurait été courte, à coup sûr, mais tellement belle et chargée de tant et tant de choses. Rien ne remplaçait cela. Elle avait aimé, souffert, ri, pleuré. Elle avait vécu auprès de personnes qu'on ne verrait plus jamais en ce monde. Elle avait vécu pendant quinze ans complètement heureuse. Peu de gens pouvaient en dire autant.
Lorsque Legolas revint, il la trouva alitée, dans la chambre la plus grande de la demeure. Elle paraissait perdue dans ce lit immense, toute blanche. Il prit sa main glacée. Elle se mourrait. Il voulut dire quelque chose mais elle l'en empêcha. Elle lui dit combien elle avait été heureuse à ses côtés, le bonheur de leur union. Budic qu'ils avaient élevé ensemble et qui deviendrait un homme plein de qualités. Puis vinrent les souvenirs. Leur rencontre. La tendresse de Legolas envers elle. L'amour qu'il lui avait porté. Frodon, Sam, Pippin, Merry, Gandalf, Gimli, Aragorn, Boromir et tant d'autres.
« Retrouve ton père Legolas. Les tiens. Ecoute Ulmo et suis les mouettes blanches. Je sais que jamais je te l'ai dit, mais à présent je le fais sans crainte. Je t'aime. Merci pour toutes ces années. Merci. »
Il pleura. Voir la femme qu'il aimait faiblir sous ses yeux lui brisait le cœur mais il savait que c'était son choix. Elle retrouverait Boromir dans la mort. Et lui ?
« Trouve toi une compagne. Tu n'auras pas de mal. Tu es si parfait, mon amour. Une Elfe comme toi. Qui ne vieillira pas. Qui sera toujours là pour toi. Mais ne m'oublie pas, s'il te plaît. »
Elle se tourna vers la fenêtre. Le vent entrait, les rideaux dansaient. Elle respirait l'odeur du jardin. Et puis, il n' y eut plus cette lumière grise. Il n'y eut plus ce silence entrecoupé de sanglots. Tout changea. La lumière se fit dorée, et le vent frais se transforma en doux zéphyr. Les voiles passèrent du blanc au rose tendre. Le bout de ciel devint bleu foncé. Les cris des oiseaux envahirent la pièce, les rires des Elfes, le bruit léger de leurs pas. Une femme se tenait à présent dans l'encadrement. Vêtue d'une robe de soie verte, ses longs cheveux noirs cascadaient dans son dos. Elle se tourna vers Hoela. De grands yeux verts illuminaient son visage hâlé.
« Maman » chuchota Hoela. Mais sa mère fut bientôt rejointe par son père, par Haldir, par tous ceux qu'elle avait perdu. Et enfin Boromir vint, tout près d'elle. Il souriait tendrement, ses yeux gris pétillant.
« Je t'attends ».
Hoela mourut deux jours plus tard, sans un bruit, sans un gémissement. Ses funérailles eurent lieu à Minas Tirith, et tout le peuple vint faire un ultime adieu à la jeune femme. Aragorn et Arwen avaient choisi la plus belle salle du mausolé habituellement réservé aux rois et aux intendants. Hoela reposait sur un autel en pierre. Habillée d'une robe bleu clair, ses cheveux sombres allant jusqu'à la taille, ceints par le diadème de Galadriel, elle resplendissait.
« - Elle a l'air vivante, chuchota Budic à Faramir, d'une voix rauque.
-C'est vrai, répondit celui-ci, en admirant une dernière fois le visage aux pommettes hautes, le menton pointu, le dessin splendide des sourcils sombres contre la peau diaphane, l'arc émouvant des lèvres, ses mains fines reposant sur son ventre. Comme un très long sommeil. »
Mais ce fut un infime détail qui frappa les membres de la Communauté présents. Le sourire qu'avait Hoela était le même que celui qu'elle avait adressé à Boromir durant leur courte période de bonheur.
La tombe fut scellée, et à la manière des rois et des intendants, une statue de la jeune femme fut élevée dans son tombeau. Assise sur un siège, dans une robe elfique drapée élégamment, une épée dans une main, la pointe à terre, et un livre dans l'autre, Hoela verrait passer des milliers de personnes lui rendre hommage durant des siècles, immuable statue de pierre, rappelant à tous son courage, son intelligence, sa beauté et sa vie tumultueuse.
