Epilogue

On raconte que de l'autre côté de la Mer, là où les Elfes se sont tous rendus, demeurait un Elfe que la mort d'une femme avait rendu inconsolable, et qui finit par se laisser mourir. On dit qu'il pleura cette mortelle, belle comme l'aurore, dure comme l'acier, au courage inébranlable et qui avait choisi de renoncer à l'immortalité qu'on lui offrait. Il pleura jusqu'à ce que les longues années de sa vie se soient écoulées ; mais il savait qu'elle ne serait jamais à lui, et il erra sur Terre, sans trouver le repos.

Durant de nombreuses années, les enfants écoutèrent l'histoire d'Hoela, avec de grands yeux émerveillés ; mais elle se perdit au fil du temps. Les siècles passèrent, les Hommes oublièrent le nom de leurs illustres ancêtres, oublièrent qu'autrefois la terre sur laquelle ils étaient abritaient d'autres Etres, oublièrent ce que furent les Nains, les Elfes, pour ne les garder que dans des contes. Les tombeaux des rois furent enfouis sous les hautes herbes, et le souvenir de la Terre du Milieu telle qu'elle fut disparu tout à fait.

Le monde n'est plus ce qu'il était, et ceux qui y habitent délaissent les anciennes croyances. Mais les quelques hommes qui ont su conserver un reflet de ce qu'était le savoir de ces jours anciens disent que certaines nuits, à côté de l'étoile la plus brillante du ciel, s'en illumine une autre, d'une étrange couleur bleuté. Et ces nuits là, on raconte qu'une femme aux longs cheveux sombres, à la peau pâle et aux immenses yeux bleus clairs comme un ciel d'hiver, vêtue d'une robe couleur de lune, se promène sous les arbres, en chantant d'une voix claire en une langue depuis longtemps éteinte. Elle porte à son cou une mince chaîne d'or, à son front est ceint un diadème de la teinte exacte de ses iris. Elle se promène jusqu'à ce que les étoiles s'éteignent, et lorsque l'étoile bleue disparaît, elle part à cet instant, au moment exact où se lève le soleil, qui darde la Terre de ses rayons.