Il passa devant le poste d'infirmerie. Faisant comme si de rien n'était. Il en profita pour jeter un coup d'œil discret à travers l'embrasure de la porte. Il était là en train d'ausculter une femme.

Rodney avait remarqué la délicatesse par laquelle Carson prenait soin de ses patients. Il était un inconditionnel du travail bien fait sans le bâcler. Et c'était pour lui bien plus qu'un travail.

L'âme même de la citée reposait entre ses mains.

Rodney les fixaient depuis un petit moment, il ne s'était pas rendu compte qu'il était resté planté devant l'infirmerie et il l'avait remarqué. Oui, Carson l'observait depuis seulement quelques instants. Quand Rodney repris conscience de la réalité, il pouvait voir que le médecin arborait une tête surprise, l'air interrogateur.

Rodney, l'air honteux, devint rouge pivoine. Et ne mis que quelques secondes pour cogiter et se dire qu'il devait absolument s'en aller d'ici avant que Carson ne vienne à sa rencontre.

Il fit demi tour en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, et partit en cours. Cette situation n'avait que trop duré. Carson n'eut pas le temps de prononcé le non du scientifique que celui-ci devait déjà être allé se réfugier à l'autre bout de la citée. La peur lui avait noué l'estomac.

°°°O°°°

Il sortit d'un téléporteur et se retrouva dans un endroit apparemment inexploré de la citée. Grande comme elle l'était, c'était facile de trouver un coin pour rester seul. Un endroit où réfléchir à tout et n'importe quoi. Enfin surtout à une chose en particulier ce soir là.

Il s'assit près d'une console, dont il ne savait pas à quoi elle pouvait servir, et il n'en avait pas la moindre envie. Si tant soi peut que ça puisse être une incroyable découverte pour la citée et ses occupants.

Il ramena ses genoux au niveau de son torse et les encercla de ses bras. Les yeux rivés sur le plafond, il chercha à faire le vide dans sa tête. Mais c'était impossible. Comment ne plus y penser ?

A chaque retour de mission, ils devaient tous passer par l'infirmerie pour une vérification de routine. Un moment palpitant pour lui en tout cas. Il les appréhendait toujours, de peur de commettre une erreur, un geste déplacé sans en faire exprès. Parfois et surtout dans ces cas là, on n'est plus maître de ses actes pendant ne serait-ce que un infime moment.

°°°O°°°

Et Carson était son meilleur ami, et c'était là le hic. Cela impliquait de passer beaucoup de temps avec lui. Aussi bien le matin pour dire bonjour amicalement que le midi au mess.

Le repas, d'avant-hier midi lui revient en tête, il avait failli commettre une boulette.

Une partie de l'équipe était là enfin surtout les hommes. Sheppard, Carson et lui bien évidemment. John avait entamé la conversation en parlant des femmes. Un repas ennuyeux se profilait à l'horizon pour Rodney, il l'avait pressenti. Et il avait eu tort. Sheppard taquina Rodney sur la question. Il devint tout rouge, un mélange d'agacement, de timidité et de trouille…

Mais Sheppard insista, et McKay ne pu s'empêcher de sortir sous l'effet de la colère qui semblait monter en lui : ' De toute façon ça ne m'intéresses pas, moi je pré…'

Ce rendant compte de ce qu'il allait dire, il s'arrêta net dans sa réponse et préféra partir de la table du mess le plus vite possible. Rodney n'avait même pas osé regarder la réaction de Carson, il était déjà bien trop honteux de son comportement pour ça. Il ne prit même pas la peine de prend son plateau. Carson et John se demandaient l'air étonné ce qui pouvait bien lui arriver.

Rodney avait su à ce moment là qu'il ne pourrait pas garder son secret à tout jamais. Ils avait qu'à un moment ou un autre, il devrait parler. Dire ce qu'il avait à dire à qui il devait le dire.

°°°O°°°

Cela faisait un long moment qu'il restait là assis, le regard dans le vide. De la nostalgie ? non, sûrement un manque de confiance en lui plutôt. Il cherchait un moyen délicat et subtil pour dévoiler son secret à qui devait l'entendre.

Des idées lui virent en tête mais il savait qu'il n'aurait pas le courage de pouvoir les appliquer. Il était bien trop timide pour cela. Une défaut dans nombre de cas mais aussi une qualité. Il se dit que ça ne servait à rien de se mettre à rêver d'un idéal pareil car c'était bien une utopie à ses yeux.

Des yeux qui commençaient à devenir rouge, irrités. Des yeux qui pleuraient ce que pouvait ressentir son possesseur. De la douleur, de la frustration, un manque d'humanité dans sa vie…

°°°O°°°

Avec le temps, il s'assoupit de fatigue. Il fut réveillé par un bruit qui le mit en alerte. C'était le bruit du téléporteur.

Il releva la tête et aperçu Carson. Il fut surpris et honteux. Ses yeux devaient encore être rougeâtre et son visage très moribond. Il ne put s'empêcher de baisser la tête pour la cacher entre ses bras.

Carson lui dit gentiment : 'Je t'ai cherché partout. Devant l'infirmerie tout à l'heure, tu n'avais pas l'air en forme. J'ai cru que tu voulais venir me parler. Je suis désolé si je n'étais pas disponible mais maintenant c'est bon, je peux t'écouter. Et tu pleures ? Qu'est-ce qui ne va pas ?'

Rodney releva légèrement la tête, ses yeux essayant d'entrapercevoir Carson, il ne voulait surtout pas croiser son regard. C'était bien la chose qui en ce moment même ne devait pas arriver, pour qu'il puisse reprendre ses esprits. Mais Carson s'approcha de Rodney qui sentait sa présence se rapprocher de lui.

Carson releva le menton de Rodney à l'aide de sa main. Si douce au toucher, Rodney ne l'avait encore jamais autant ressenti. Il faut dire qu'il n'en avait jamais trop eu l'occasion. Et se retrouvant le regard plongé dans celui de son 'ami', un regard océanique, les larmes se remirent à couler…