Je me rends compte que je ne sais rien de lui. Cela fait des semaines déjà qu'on le côtoie quasiment tous les jours. Et j'ignorais jusqu'à l'existence de sa famille. Cette révélation me surprend. Non pas que je n'ai jamais songé qu'il pouvait en avoir une, mais il semble voué la totalité de son temps à ses patients.
Je me demande s'il profite suffisamment de sa famille, et si sa famille peut profiter suffisamment de lui. Sa femme et ses deux magnifiques fillettes apparaissent heureuses sur cette photo. Au premier coup d'œil on pourrait penser à la représentation d'un bonheur préfabriqué, elles ont un large sourire toutes les trois, ça semble lisse, presque mièvre. Pourtant, j'ai la sensation qu'il est heureux. J'ai vu la fierté et le bonheur dans ses yeux quand j'ai pris le cadre photo dans les mains pour mieux l'observer.
Est-il seulement conscient que le temps file si vite ? Sait-il que le temps n'est jamais assez long quant il s'agit de bonheur ?
Une question me brûle les lèvres.
J'aimerais avoir l'audace de lui poser. Une relation plus intime s'est liée entre nous. Il est si présent pour Jack, il fait parti de notre vie à présent. Mais j'ai peur de le choquer.
Et si votre femme venait à mourir demain ?
Non je ne peux pas lui demander, c'est bien trop personnel.
J'aurais juste aimé savoir, juste savoir ce qu'il ferait.
Se résignerait-il ? Se battrait-il contre tout pour éviter que la mort l'emmène ?
Je sais c'est stupide !
Je prends peu à peu conscience de mon égarement comme le Docteur Winter me parlait. Je tente à nouveau de me concentrer sur ses paroles, malgré le fait que je ne cesse de penser à sa famille. Quelque part, j'en suis rassurée, il devrait pouvoir comprendre ce que je ressens, et mon acharnement quasi maladif.
Ma demande semble avoir été acceptée, le Docteur Winter me le répète comme s'il avait noté mon manque d'attention. J'ai tant d'espoir que cela égaie l'atmosphère.
Mais comme à chaque fois, j'ai peur aussi, Jack a toujours eu en horreur les surprises. Et cette fois cela concerne les enfants, c'est pour cela que j'ai autant d'appréhension. Il redoute tellement que ses enfants le voient dans un tel état. Les visites de Paul et Lisa sont d'ordinaire fixées à des jours bien précis par le docteur, le plus souvent les jours où Jack ne subit pas d'examens médicaux pour ne pas qu'il soit affaibli.
Et il arrive toujours à faire bonne figure. Mais les enfants ne sont pas dupes je crois, ils ressentent la détresse et la souffrance des adultes. Tous ces sentiments sont si palpables et l'environnement y est si propice qu'ils savent en réalité ce qu'on ne leur a jamais dit avec des mots.
Lisa qui n'a à peine 6 ans – c'est fou comme le temps passe vite – a très rapidement compris que son père était bien plus proche de la mort que de la vie. Avant même que je n'aborde le sujet avec elle. Et depuis elle semble si tourmentée. C'est aussi pour cela qu'il ne faut pas que je baisse les bras. Pour Lisa, Paul et Jack !
Pour qu'on soit encore une famille ! Pour redonner un sens à tout ça.
J'ai envie de briser un peu cette fichu routine qui s'est installée. Ce n'est plus au personnel hospitalier de régler nos moments en famille. Je ne veux plus qu'on suspende nos vies.
Les enfants viendront donc cette après-midi.
Il a cette chaleur dans le regard !
Une lumière qui illumine son visage. Un je-ne-sais-quoi qui le rend terriblement beau.
Cette beauté, il ne la revêt qu'en leur présence. Eux seuls ont ce pouvoir de le rendre si heureux, si vivant. Ils ont cette capacité à lui restituer son humanité pour quelques heures.
Avec eux, il ne joue pas, il ne triche pas.
Peut-être qu'avec ses amis, qu'avec moi…parfois, il se force à se montrer bien, heureux dans le souci du paraître. Mais avec eux, rien de comparable, il ne se force pas. Il ne se permettrait pas de feindre un sentiment. Il est réellement heureux avec eux. Ils font renaître en lui ce qui se meurt peu à peu. Cette spontanéité, cet humour, cette tendresse, cette attention… Tout ce qui fait qu'il est lui.
Ils ont un pouvoir impressionnant sur lui.
En suis-je jalouse ?
A certains moments peut-être, parce que je voudrais être celle qui le fait rire, sourire, celle qui le fait oublier pour un temps ce qu'il est contraint de vivre. Il est beaucoup moins démonstratif mais je sais aussi que je suis aussi celle là pour lui. Une de ses raisons de vivre comme il l'a eu dit.
C'est maintenant que tu dois le prouver Jack ! Bats toi !
En fin de compte je ne suis pas jalouse, car je suis consciente de tout le bienfait que nos enfants lui apportent. Jack essaie de les protéger, de les rassurer en leur montrant qu'il n'est pas réellement un « papa malade ». Qu'il est toujours LUI, celui qui les fait rire, les emmène à la pêche, les fait jouer au base-ball.
Qu'il est encore un père malgré la maladie.
Mon sourire s'élargit comme je vois mes enfants se chamailler pour obtenir les faveurs de Jack. Il me sourit tendrement, et mon cœur s'emballe, j'en avais presque oublié la douceur de ce sourire. Mais ce moment est brisé par Lisa qui prend d'assaut son papa pour le chatouiller. Il éclate de rire avant de lui infliger les mêmes tortures.
Son rire résonne en moi. Il est si vivant !
Ses longs doigts ébouriffer ses cheveux.
Cette petite main s'accrocher à sa blouse d'hôpital.
Leurs bisous échangés.
Les regards qu'il leur accorde.
Les câlins qu'ils partagent.
Le bonheur est si perceptible, si ancré en nous.
« Je t'aime très fort papa ». Ils sont si jeunes, ce serait si injuste. Je ne peux pas accepter qu'ils connaissent la douleur de perdre un parent.
Pour eux…
Reste encore
Les jardins de l'hôpital sont magnifiques, c'est un lieu apaisant presque romantique.
Si Jack était là, il me demanderait certainement si le romantisme a encore sa place dans ce monde si étrange. Il n'a jamais été un romantique convaincu, mais ses attentions connotaient du romantisme, un peu fleurs bleues parfois. Bien sûr il s'en défendrait fermement ! N'allons pas dire de telles choses sur Jack O'Neill, cela nuirait à sa réputation !
Le vent se lève apportant un petit air frais. Je n'ai jamais vraiment aimé le vent, je trouve qu'il rend tout trop éphémère. Mais aujourd'hui cette brise dans mes cheveux m'apaise.
Il faudra bien que je m'accommode à ce temps estival encore une bonne demi heure jusqu'à ce que je puisse rentrer dans l'hôpital. Il n'est pas encore l'heure des visites, même pour moi. Il est beaucoup trop tôt.
Je le savais pertinemment en venant ici, mais je n'ai pas pu me résoudre à attendre seule à la maison, les enfants étant chez Daniel. Attendre dans cette maison si grande, si froide…si austère aussi.
Ce cocon familial qui n'a à présent que le nom, notre maison a tellement changé elle aussi. Elle manque cruellement de vie même avec les enfants quand ils sont là. C'est comme s'ils avaient perçus mon malaise à être à la maison, alors ils ne se sentent plus tout à fait chez eux. Comme si encore une fois, la vie restait en suspens.
Ce n'est plus réellement chez nous de toute manière. Chez nous c'était nous quatre.
Et il n'est pas rentré depuis des semaines déjà…
C'est étonnant comme tout ce qui pouvait profondément m'agacer auparavant, me manque si fortement aujourd'hui. Par essence Jack n'est pas quelqu'un de très ordonné, et qu'est-ce que cela pouvait me faire dresser les cheveux sur la tête. Il savait jouer de ça et je soupçonne qu'il ait volontairement fait traîner quelques affaires, parfois, dans l'unique but de me mettre en colère.
Je sais qu'il aime ça, me mettre en colère, il me dit souvent que je suis belle quand je m'énerve.
Je donnerais tout ce que j'ai pour le voir à nouveau laisser traîner une paire de chaussette sur la moquette de notre chambre, qu'il ne prenne pas la peine de déposer sa tasse de café dans le lave-vaisselle, et qu'il la laisse négligemment dans l'évier.
J'aimerais entrer dans la salle de bain après son passage et être saisi par l'odeur enivrante de son after-shave. J'aimerais me faire chasser de la cuisine quand il décide de faire la cuisine prétextant qu'avec mes talents culinaires on frôle l'intoxication alimentaire.
Je voudrais simplement que la maison revive à nouveau.
Je ne veux plus m'endormir seule dans notre grand lit si froid, je voudrais qu'il m'enveloppe de son corps si puissant et si rassurant.
J'aimerais qu'il soit là au matin quand je vais mal.
Je voudrais seulement qu'il nous revienne, qu'il me revienne.
Je me retrouve à nouveau assise sur ce lit d'hôpital. A veiller le moindre rictus de son visage, à vérifier le moindre souffle s'échappant de sa bouche, à surveiller que dans une seconde d'inattention, il n'en profite pour m'échapper lâchement.
Ma main trace le contour de son visage doucement.
Le plus lentement possible comme pour retenir le temps.
Retenir le temps pour vivre encore quelques secondes d'insouciance, pour vivre ce temps qui nous est volé. Retenir le temps pour vivre tous ces projets inachevés, pour s'aimer encore plus fort et encore plus loin.
Je ne me suis jamais connu si naïve, si pleine d'espoir. Mais je ne me suis jamais sentie si confrontée à la mort, et si consciente qu'elle est d'une rare proximité, qu'elle rode sournoisement. Etrange mélange de sentiments.
Et ses yeux qui ne veulent pas s'ouvrir, qui refusent de me regarder. S'il savait seulement, j'ai encore tant à lui dire. Tant de choses que je ne lui ai jamais dites, que je me suis bêtement contentée de lui montrer, de lui faire ressentir. Une vague de sentiments à laquelle je trouve enfin des mots.
J'aimerai tant lui dire pourquoi mon cœur est plein d'espoir, pourquoi je refuse de le laisser s'échapper si vite.
« On ne brave pas la mort ! » Laissez moi seulement essayer !
Je ferme les yeux comme mes doigts courent sur sa peau, ma main descend doucement de sa nuque pour glisser le long de son bras. Ce corps que je connais si bien, chaque courbe, chaque parcelle de peau, chaque imperfection. Son corps n'est que le prolongement du mien. Nous n'avons jamais formé qu'un.
Mes doigts finissent leur course dans la froideur de sa main.
Alors ma main emprisonne la sienne.
Le réchauffer, le ramener à moi !
Mes yeux s'ouvrent finalement pour se poser sur nos mains. Mes doigts continuent d'effleurer délicatement les siens. Ses mains me rappellent la chaleur de ses étreintes, la douceur de ses embrasses. La délicatesse de son amour.
Les larmes se déversent à présent sur mon visage. Tout ça me manque, la tendresse, la fièvre, les attentions…
Au cours des années, on s'y habitue. Les marques de tendresse deviennent presque des automatismes, c'est plus que naturel. Et puis on se rend compte finalement de leur véritable sens, de leur véritable portée que quand on en est privé. Je prends conscience que les étreintes, les baisers de Jack, c'est vital pour moi. Son amour est comme l'air.
Et je ne désire qu'une chose : pouvoir à nouveau respirer.
Tout doucement je ramène sa main à mes lèvres. J'embrasse délicatement sa paume. Il ne bouge pas, son sommeil semble si profond.
A cet instant j'aurais envie, j'aurais besoin de le réveiller, de lui parler. Qu'il sache enfin ce qui me met dans cet état à mi chemin entre l'excitation et le désarroi. Mais je ne peux pas, je n'ai pas le droit de le sortir de ce sommeil réparateur. Alors je me contente simplement de poser sa main sur mon ventre et de la tenir fermement contre moi.
Si je ne sais pas le retenir, alors qu'il le fasse.
Mes yeux se ferment à nouveau comme j'imagine notre vie à cinq. Cela me semble si doux, si heureux, si prometteur. Une si belle famille, comme on en voit dans les magasines.
On ne peut pas nous voler ce bonheur !
J'ai laissé, l'espace d'un instant, mes pensées vagabonder vers notre vie de famille. Tout ça me fait l'effet d'une douche froide, ça me semble si loin et pourtant cette quiétude date d'il y a quelques semaines seulement.
J'ouvre finalement les yeux lentement pour les poser sur mon ventre. Nos mains à demi entremêlées et nos deux alliances se distinguant de nos longs doigts par leur brillance.
« Jusqu'à ce que la mort vous sépare ! »
Qu'elle essaye seulement, je sais que la vie sera plus clémente, elle me le laissera.
La vie que je porte en moi en a peut-être le pouvoir. J'aimerais tellement croire que cet enfant est un signe d'espoir pour nous dire de ne pas abandonner maintenant.
Ce troisième enfant, cela fait des mois qu'on en parle.
On le désire plus que tout. Rien n'a été programmé, et pourtant il a fallu qu'il se déclare à présent.
Dites moi que ce n'est pas un hasard.
Dites moi qu'il ne me laissera pas seul avec nos enfants.
Dites moi que l'espérance a encore un sens.
Je suis sortie de mes pensées par de lents mouvements provenant du lit.
Jack se réveille doucement. Ses paupières clignotent à plusieurs reprises avant que ses yeux se posent faiblement sur moi. Son regard m'apparaît étrangement chaud aujourd'hui et il m'adresse un tendre sourire.
Je sens mon cœur s'emballer, je fonds littéralement. Est-il seulement conscient de l'effet qu'il produit sur moi ? Je lui réponds par un de mes sourires avant de lui murmurer un « salut » qui a un sens plus profond pour nous deux.
Puis je me penche doucement vers son visage pour capturer ses lèvres. J'essaie de mettre dans ce baiser le plus de douceur et de sensualité possible.
Ce que je croyais être un chaste baiser n'en est pas un.
Je sens la main de Jack m'emprisonner la nuque et sa bouche prendre possession de la mienne avec un fervent appétit.
Cet abyme est si tentant, qu'on me laisse m'y glisser sans fin.
Je sens Jack frissonner de tout son corps quand mes cheveux s'abattant sur mon front, effleurent sa peau. La sensation de contact nous manque tellement !
Grisés par ce baiser, haletants, nous restons front contre front, les yeux mi-clos, quelques secondes, avant que je ne me redresse. Mes doigts retenant toujours aussi fermement sa main contre mon ventre.
On se sourit, bien loin alors de la mort et de la peur que nous côtoyons quotidiennement.
Et à cet instant, c'est comme s'il prenait conscience de sa main sur mon ventre encore si plat. Il observe nos mains protectrices, tout d'abord passif, puis son regard se fait plus interrogatif.
Il me cherche du regard. Ses yeux brillent. Mais à cet instant, je ne sais pas dire si c'est ma propre émotion qui se reflète dans ses yeux. La lueur est intense, presque fiévreuse.
Je baisse mes yeux sur nos mains jointes et j'appuie plus fermement sa main sur mon ventre.
Le sent-il comme je le sens ? Peut-il y puiser la force que je m'efforce de déployer ?
Je le regarde à nouveau. Son regard est à la fois gorgé d'émotion et tout simplement perdu. Il n'ose y croire, il attend confirmation.
« Sam ? » sa voix perce enfin notre doux silence.
« De 9 semaines » je lui réponds simplement.
Ses yeux se ferment et je crois apercevoir une fine larme rouler sur sa joue avant de mourir dans son cou. Je sens sa main se dégager de mes doigts.
Non reste encore, ne me fuis pas !
Mon regard cherche le sien. Quand enfin il rouvre les yeux, je suis rassurée.
Son regard est empli d'une troublante chaleur.
Il se redresse du lit jusqu'à adopter une posture assise.
Un fois assis, le soulagement est total quand je sens à nouveau ses mains sur mon corps. Il m'étreint avec tendresse et je sens ses bras m'encercler comme son visage s'enterre dans mon cou.
Mes bras viennent tout naturellement emprisonner ses épaules, comme je le sens déposer un chaste baiser dans mon cou.
Tout ça est bien trop fort, trop intense…
…La mort ne s'y risquerait pas !
C'est parfois si difficile d'admettre la réalité même si je pense qu'il est impossible d'accepter totalement ce genre de chose. On prend seulement conscience, on reçoit brutalement les coups un à un, on encaisse rageusement. On tente de se relever peu à peu parce qu'il le faut bien. Parce que la lâcheté n'a jamais été mon cheval de bataille.
Et puis vient le temps du « pourquoi ». Pourquoi lui ? Pourquoi nous ?
On se plonge dans un étourdissant questionnement, pensant bêtement découvrir dans quelles circonstances tout cela a pu arriver. On se défend d'avoir déjà assez vécu de malheurs, on se plaint de constater que la vie s'acharne sur nous.
Alors on commence à pleurer, à crier, à hurler sa douleur !
On aimerait que l'humanité toute entière partage la souffrance qui est la notre. On trouve cela tellement injuste finalement. On cherche désespérément quelqu'un à blâmer. Parce que ça fait tellement de bien de pouvoir déverser son lot de souffrance sur quelqu'un.
Puis on ne sait pas trop avec quelle force, on commence à se relever de cette monstrueuse claque qui nous a plaqué au sol.
Et on se gorge peu à peu d'un sentiment qu'on nommait si facilement auparavant et qu'on croyait connaître. On découvre alors son fabuleux pouvoir, sa force communicative. On découvre l'ESPOIR, et on apprend à vivre avec, à en faire son compagnon. Il devient une part entière de vous-même, il devient la vie même !
Et il vous surprend encore par sa puissance !
Toujours croire. Ne jamais renoncer !
Garder son assurance et ne jamais baisser les bras, sous aucun prétexte.
Là est finalement, peut-être la clé de tout.
Avoir foi en la vie malgré la cruauté dont elle est capable, malgré les épreuves qu'elle nous inflige. Croire en la vie, certes, mais ne pas la subir. Toujours tenter de la guider où l'on veut qu'elle aille. Ne pas lui laisser le bénéfice de choisir pour vous.
La vie est si étrange, éphémère et forte à la fois.
Douce et amère.
Elle se résume à si peu de choses en définitive et est pourtant d'une troublante importance.
Comme on dit si futilement « la vie est pleine de surprise » ! Bonnes ou mauvaises.
Trois semaines se sont écoulées depuis que j'ai annoncé à Jack que nous attendions un troisième enfant.
Trois semaines dans la confusion la plus totale.
Trois semaines où l'on a vu l'état de Jack s'améliorer peu à peu.
Les différents tests ont révélé successivement la même chose, la maladie cesse de progresser, c'est déjà ça. Et on assiste même à une nette amélioration de l'état de santé de Jack.
Je ne veux pas savoir comment ou bien pourquoi. Ce n'est pas l'essentiel pour moi, pour nous. Ce qui est important c'est que je retrouve peu à peu ce Jack que je croyais perdu. Je ne me sens plus seule car, regagnant peu à peu de sa vitalité, il a recommencé à me murmurer à l'oreille, à laisser sa main parcourir mon dos, à me sourire tendrement.
Et le plus réconfortant, c'est qu'il me parle, je redeviens sa confidente. Il me confie cette excitation dans laquelle il se trouve mais aussi cette peur qui ne le quitte pas. Il exprime enfin ce qu'il a véritablement ressenti ces deux derniers mois, et pourquoi ce besoin de se murer dans le silence.
Toujours dans un murmure, il évoque souvent le bébé avec des yeux étincelants. Le ton de sa voix se fait doux quand il parle de cet enfant, comme s'il voulait préserver ce que nous partageons. Comme s'il désirait recréer une intimité entre nous qui s'était faite plus discrète ces derniers temps. Et sa main s'abandonne alors sur mon ventre, et mon sourire s'agrandit.
Il redevient attentionné et j'en suis plus que soulagée. C'est si bon de le savoir près de moi, de l'entendre me faire des recommandations, de me demander sans cesse si tout va bien. Comme lors de mes deux autres grossesses, il devient surprotecteur, et je suis forcée d'avouer que j'en ai plus que besoin.
Nous aurait-on finalement entendus ?
Mon espoir n'était pas si vain. Ce combat valait toutes les peines d'être mener jusqu'au bout.
Bien évidemment, il ne faut pas crier victoire trop vite. On cesse de nous répéter que les rechutes sont plus que probables, oui mais dans l'ensemble c'est encourageant ! Et ne me gâchez pas la joie d'avoir retrouvé celui que j'aime !
Il y aura encore un long et pénible chemin jusqu'à la guérison ! Si guérison il y a. C'est peut-être seulement un sursis. Sursis ou non ? Nous allons profiter de ce qui nous est offert, vivre chaque instant dans son extrême profondeur.
Quelques minutes plus tôt quand il a posé ses lèvres sur les miennes…
C'était si intense, si authentique. Mon corps a vibré comme lors de notre premier baiser.
Et ses mains cherchant mon corps.
C'était lui, totalement lui !
Je ne peux m'empêcher de sourire et de rougir comme une adolescente en repensant à ce qu'il m'a murmuré ensuite. L'effet qu'il a sur moi ne s'estompera donc jamais ? Faites que non, j'aime trop ça.
Je traverse, un immense sourire aux lèvres, le parking de l'hôpital, tenant par la main mes deux adorables trésors : Lisa et Paul. Ils sautillent dans tous les sens, et j'ai beau leur avoir répéter de faire attention aux voitures et d'agripper fermement leurs petites mains, ils continuent. Ce sont des enfants ! Je crois que j'en ai oublié combien ils sont encore jeunes. On leur a tellement demandé ces temps-ci. Ils ont besoin que je m'occupe un peu d'eux et moi aussi j'en ai besoin.
Arrivée à la voiture, je jette machinalement un regard vers la fenêtre de cette chambre du 5ème étage.
Et j'ai la sensation que mon cœur manque un battement. La chaleur envahie peu à peu mon corps et mon pouls s'emballe. Et déjà je sourie.
Il est là. A la fenêtre, nous regardant.
Je sens mes yeux me piquer, les larmes ne sont plus très loin. Des larmes de joie, de soulagement, d'amour…
Il se tient là, devant cette fenêtre. Depuis combien de temps ne s'est-il pas levé seul de son lit ? Sa main est collée à la vitre et je suis sûre qu'il nous sourit tendrement. Je peux le sentir, c'est tellement lui cette attitude.
Repoussant mes larmes, je me penche vers mes enfants, en leur montrant du doigt la fenêtre où se trouve Jack.
« Mes poussins, regardez c'est Papa à la fenêtre. »
« PAPA ! Coucou !!! » crie Lisa.
Paul se contente de sautiller en agitant sa main en l'air. Le sourire de Jack doit probablement s'agrandir, tout comme le mien.
Sans que je le prévoie vraiment, un profond soupire s'échappe de mes lèvres. Depuis quand n'ai-je pas été aussi sereine qu'à cet instant ? Depuis quand n'ai-je pas ressenti cette paix au fond de moi ?
Ce sentiment est si bon, si profond…Je ne veux pas qu'il me quitte.
Je fais monter les enfants dans la voiture. Mes yeux se portent à nouveau sur cette fenêtre.
Il est encore là, encore DEBOUT !
Il ira mieux, je ne peux que l'espérer…
Dans quelques jours il sortira de l'hôpital et nous recommencerons à vivre. Tout n'est pas terminé avec cette fichue maladie mais nous la vaincrons. Nous surmonterons tout ça, comme nous l'avons toujours fait, ensemble, unis.
La vie l'emportera, encore !
Et nos préoccupations vont changer…
Fille ou garçon ?
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