Titre : Fruits Love
Disclaimer : Natsumi Tayaka
Genre : Romance et yaoi
Rating : M
Couples : Kyo x
Yuki et Shigure x Ayame
Nouvelle note :
Pardon, pardon... effectivement, comme me l'ont fait remarquer plusieurs lecteurs, il manquait la fin...
J'ai voulu publier à partir d'un mac mais la conversion avait apparemment coupé la fin... Et des problèmes de connexion ont fait que je ne m'en suis pas rendu compte avant aujourd'hui... vive l'informatique...
Encore pardon ! Normalement, maintenant, c'est bon ! "
Note : Et voilà donc l'épilogue ! Je sais, j'ai mis du temps… Mais pour compenser, cet épilogue est vraiment hyper long… " (20 pages !! c'est la première fois que j'écris un truc aussi long !)
Pour que vous ne soyez pas trop perdus, ça se passe deux semaines plus tard, et de temps en temps y a des flash back (mais à chaque fois c'est indiqué)…
Et puis je sais pas ce qui m'a pris, mais pour séparer les parties j'ai pas mis de petits ronds mais des paroles de chanson… qui n'ont rien à voir avec le texte mais qui m'ont bien aidé à le mettre en place… et puis j'aime bien cette chanson, c'est Depuis Toujours de Louise Attaque…
Deux semaines plus tard :
« - Ayame… Attends… Gyah, tu me chatouilles… »
Le chien résistait avec de plus en plus difficilement aux assauts de son amant décidément bien entreprenant…
« - Laisse-moi au moins appeler à la maison… Les enfants vont s'inquiéter si je ne rentre pas à temps pour le dîner…
- Pff… T'es pas drôle… »
Le soleil commençait à peine à décliner au dessus de la résidence de Shigure Sôma lorsque la sonnerie du téléphone retentit dans l'entrée... Entre les murs silencieux, trois lycéens potassaient leurs leçons. Une jeune fille à la chevelure brune se leva précipitamment pour décrocher le combiné. Au bout du fil, un chien dont la respiration était encore haletante :
« - Tohru, je suis vraiment désolé d'avoir à me décharger sur toi de cette énorme responsabilité, mais finalement je crois que ce soir je vais rester chez Ayame… Tu pourras préparer à manger pour les garçons et veiller à ce qu'ils ne fassent pas trop de bêtises ?
- Bien sûr, ne vous inquiétez pas ! Je vais m'occuper de tout !
- Tiens, et tant que j'y pense, pourquoi ne pas inviter quelque uns de vos amis ? De toute façon je ne pense pas rentrer avant demain matin…
- Oh oui, alors ! Ce serait super ! Je vais demander à Yuki et Kyo ce qu'ils en pensent ! »
Et c'est ainsi que lors d'une soirée qui aurait due être studieuse s'improvisa une joyeuse pyjama party…
Les jours ne sont pas éternels
Disait un astre au soleil
Le tour du monde ça je sais faire
Depuis toujours, toujours
Ayame louait un appartement de taille moyenne en centre-ville, non loin de sa boutique. Si Shigure fréquentait cette dernière assez régulièrement, il n'allait chez le serpent qu'en de rares occasions.
Mais ces deux dernières semaines ces habitudes avaient changé du tout au tout… En effet, c'était plutôt frustrant d'être tout le temps dérangé par les enfants, sa responsable d'édition ou le facteur quand il était avec Ayame…
C'est pourquoi ils se retrouvaient à présent presque tout le temps chez le couturier…
Dont les couleurs sont de ces merveilles
Issues d'hier ou du soleil
Issues de toujours, toujours
Ce soir là, Shigure était assis sur le canapé en cuir, un verre de bourbon à la main, tandis qu'Ayame téléphonait à son traiteur pour commander des plats tout faits. Il est difficile d'être un cordon bleu d'exception 24 heures sur 24.
Le chien, comme chaque fois qu'il sortait en ville, avait revêtu un costume trois pièce de grande marque. Pour quelqu'un d'aussi concerné par la mode qu'Ayame, ce costume ne lui inspirait qu'une envie : le retirer pour voir comment le modèle était fait…
S'agrippant à sa cravate, il embrassait fougueusement les lèvres de l'écrivain, le mettant au défi de résister à ses talents de séducteur...
Mais ses élans passionnels furent interrompus par la sonnette d'entrée : il en avait oublié le traiteur... Avec un grognement, il alla ouvrir et signa le reçu, sous le regard narquois de son amant :
« - Bon... On passe à table ?
- Mmf. »
Mais la frustration du serpent ne dura pas, et il ne tarda pas à faire goûter à Shigure tous les plats qu'il avait commandé, en profitant souvent pour lui donner la becquée comme à un jeune enfant...
« - Au fait Ayame… Ça te dirait de faire quelque chose pendant les vacances ?
- Les vacances… ? Oh… Oui, ça serait super !
- Je me disais qu'on pourrait aller aux sources thermales, ou autre part si tu veux…
- Ce serait vraiment super !
- Mais je ne sais pas encore ce que les enfants ont prévu de faire…
- Oh… On a tout le temps d'y réfléchir, de toute façon.
- Oui… »
Le chien et le serpent continuèrent ainsi à s'inventer des vacances idéales, tout deux perdus dans un rêve qu'ils n'avaient jamais pensé réaliser.
Dans le noir ou sous la lumière
Elles se mélangent sous la mer
Se mélangent-elles
depuis toujours, toujours ?
Flash back – Ayame – Dix jours auparavant
Ayame avait passé la nuit chez Shigure, et, en ce dimanche matin, les lycéens n'avaient pas cours. Yuki était allé faire un peu de jardinage. Le serpent décida de le rejoindre. Il ne pénétrait que rarement sur le territoire de son frère, à savoir le potager, et c'était à chaque fois avec le même émerveillement pour les dons d'horticulteur de son petit frère.
Ce dernier était occupé désherber des plants de courgette. Ayame le salua de loin, avec comme à son habitude entrain et bonne humeur.
Yuki posa ses outils, préférant ne pas être armé pour le cas où son frère l'exaspèrerait trop et qu'il lui viendrait des envies de meurtre.
« - Il y a un problème, Ayame ?
- Oh, non, pas du tout. Je flânais sur le boulevard et j'ai eu envie de pousser jusqu'à chez toi...
- ...
- Enfin bref. Tu vas bien ?
- Merci, très bien, et toi ?
- Parfaitement ! Bon, tant que je suis là, pourquoi ne parlerions-nous pas un petit peu ?
- Si t'as ça à faire... »
Yuki se laissa choir au milieu de ses plants de courgettes, et son frère s'assit à côté de lui, prenant bien garde à ce que sa tunique en soie de chine fasse des plis esthétiques…
« - Yuki… Ça fait longtemps qu'on a pas vraiment parlé, tu ne trouves pas ?
- Tu t'es jamais dit que c'était peut-être parce qu'on avait plus rien à se dire ?
- Ecoute… Tu sais très bien que je m'en veux pour tout ce qu'il s'est passé, et que si j'avais pu…
- Arrête.
- D'accord. Tout ce que je veux, c'est qu'on arrête de penser au passé, maintenant, parce que…
- Mais ça ne changerait rien. Même avant ça, c'était exactement pareil.
- Oui, c'était pareil, mais justement, tu ne crois pas qu'il serait temps que les choses changent !
- …
- Je suis ton frère…
- …
- Est-ce qu'on ne pourrait pas… juste parler normalement… comme deux frères ?
- Excuse-moi, mais je ne sais pas comment deux frères se parlent, habituellement.
- Moi non plus… mais il n'est jamais trop tard pour apprendre… »
Yuki soupira. Il ne voulait pas de cette conversation. Il ne voulait pas de son frère dans sa vie. Il ne voulait plus dépendre de qui que ce soit. Et pourtant… Kyo. Kyo était là, et ce n'était pas douloureux. Au contraire. Alors peut-être qu'Ayame n'avait pas tout à fait tort. Peut-être qu'il était temps que les choses changent. Rien qu'un tout petit peu.
« - Bon. Tu veux parler de quoi ? »
Ayame sentit son cœur s'emplir de joie. Cette toute petite phrase, pour lui, c'était déjà énorme.
« - Et bien, je ne sais pas…
- …
- En fait… Il y avait une question que je voulais te poser… Est-ce que ma relation avec Shigure te dérange ?
- Attends… Comment voudrais-tu que ça me dérange alors que Kyo et moi… ?
- Je ne sais pas… Mais je n'ai jamais été quelqu'un de très normal. Alors je comprendrais si c'était en partie à cause de ça que tu refuses de me considérer comme ton frère…
- Ayame… Putain, mais à sortir des conneries pareilles je vois vraiment pas pourquoi tu t'étonnes que personne puisse te suporter plus de dix minutes !! T'es pas plus anormal que moi. Je vois pas pourquoi ce serait pas nous les gens normaux, et les autres les gens anormaux. T'es ce que t'es, au même titre que moi.
- Yuki… Tu as vraiment changé…
- Faut croire que Kyo déteint sur moi…
- …
- Et puis… Même si je t'en ai voulu au point de vouloir te tuer, même si je t'ai détesté plus que n'importe quel autre… je n'ai jamais cessé de te considérer comme mon frère.
- Pardon…
- C'est bon. Tu l'as dit toi-même. Faut arrêter de penser au passé. »
Yuki se leva, sans regarder son frère. Il n'aimait pas dire ce genre de mots.
« - J'ai fini. Avec les courgettes. On rentre ? »
Ayame, heureux et soulagé, se leva à son tour, cette fois-ci sans aucun égard pour la précieuse soie de Chine.
« - Oui ! »
Les deux frères marchaient silencieusement sur le chemin qui traversait l'ombre fraîche des futaies, éclairés par la douce lumière de ce dimanche matin.
Sans hésitation, Ayame prit la main de Yuki dans la sienne.
« - Qu'est-ce que…
- Tu te souviens… Quand je venais te chercher à l'école… Tous les autres, leurs mères leur prenaient la main. Mais moi jamais. Parce que je voulais pas qu'on me voie obligé de baby-sitter mon petit frère. Ce que je pouvais être con…
- …
- J'en ai tellement voulu à maman. Parce qu'elle m'obligeait à m'occuper de toi à sa place. Mais c'était pas contre toi, tu sais. C'était contre elle.
- Je sais. »
Le rat et le serpent marchaient sur le chemin qui les conduisaient à la sortie du bois, main dans la main. Et même si la gêne et le ressentiment persistaient chez l'un comme chez l'autre, il y avait à présent comme un espoir pour les adoucir…
Dis, est-ce que tu pensesQu'il faut arrêter là
Dis, est-ce que tu crois
Que nous deux c'est tendance ?
Dis qu'est-ce que tu vois
Est-ce tout ça c'est immense ?
Le repas se poursuivait, sous la douce musique qu'Ayame venait de mettre sur sa chaîne stéréo. Si le chien était plutôt branché jazz, le serpent lui préférait les musiques du monde, en passant par Cuba et en allant jusqu'en Inde.
Il se sentait ce soir-là plus enclin aux rythmes de la Terre Noire, et avait choisi un CD de Rokia Traore. Les accords chauds de la voix de la jeune femme emplissaient la pièce, se mariant parfaitement avec la décoration moitié traditionelle moitié exotique d'Ayame.
La conversation reprit, déviant sur des sujets plus terre à terre :
« - Au fait… Tu as une date limite pour ton nouveau manuuscrit ?
- Mmh…
- Je te vois pas souvent travailler…
- Pff… Ça peut attendre…
- Ce n'est pas sérieux, tout ça…
- Tu peux parler… T'as combien de jours de retard sur tes commandes de blouses d'infirmières ?
- Ouais, bon, d'accord… »
Une fois le repas terminé, Ayame commenca à débarrasser la table, mais fut arrêté par un chien finalement aussi frustré que lui…
« - Shigure… La vaisselle…
- Ça peut bien attendre demain… »
Shigure entraîna son amant jusqu'à la chambre, ne délaissant ses lèvres que le temps de trouver la poignée de la porte…
Lorsque Shigure se trouva allongé au dessus du serpent, ce dernier à moitié déshabillé, il ne put cette fois encore s'empêcher de l'admirer, de voir tous ces petits détails, inscrits dans son corps et dans ses expressions qui l'empêchaient de faire autre chose que de l'aimer…
Lorsqu'il était avec Ayame, il se fichait bien du reste, il se fichait bien de l'opinion publique. Akito pouvait bien lui briser toutes les phalanges, du moment qu'il ne touchait pas au serpent, alors le reste n'avait plus d'importance…
Les jours ne sont pas éternels
Disait un astre au soleil
Le tour du monde ça je sais faire
Depuis toujours, toujours
Flash back – Shigure –Six jours auparavant
« - Bien. Je crois que cette réunion de travail est terminée.
- Mmh.
- J'espère que pour une fois vous respecterez nos délais……
- Comme toujours.
- Et que vous vous rendez bien compte que je risque ma place à chaque fois que je couvre vos retards……
- Mais oui, mais oui. Sans vous je ne serais rien…
- J'en doute. Oh, et tant que j'y pense, qui était l'étrange femme à longue chevelure argentée que j'ai aperçue en arrivant ?
- L'étrange femme… ?
- Oui, parce que vous comprenez, vous êtes déjà bien assez distrait comme ça, alors si vous vous mettiez en tête d'entretenir une amante…
- Euh… Attendez, là…
- Oh, mais suis-je bête ! Bien sûr ! Ce doit être la mère de vos enfants !
- Mes enfants… !
- Et bien oui, ces trois adolescents que vous mettez toujours sur mon chemin quand j'essaye d'accéder à votre bureau…
- Mais de quoi… !
- Oh, zut, je suis en retard ! Encore merci pour votre manuscrit ! Je vous rappellerais ! »
La responsable d'édition surbookée de Shigure le planta là, encore abasourdi par les inepties qu'il venait d'entendre. En moins de cinq minutes il s'était retrouvé avec une femme, des enfants, et une maîtresse... Et après réflexion, c'était là le schéma exact d'une famille moderne. Mais lui n'avait jamais aimé respecter les normes...
Il soupira. C'était désormais comme cela qu'il devrait se considérer. Hors normes. Oh, avec une famille comme la sienne, il n'avait de toutes manières jamais vraiment pu se considérer comme étant dans la norme, mais là c'était différent, il s'agissait des normes de la société toute entière...
Le chien eut soudain envie de partir, très loin, en un endroit où il ne serait plus obligé de respecter ou de faire semblant de respecter quoique ce soit. Il n'y aurait plus de normes, parce qu'il n'y aurait plus de société.
Il était dans une de ces périodes où la corruption humaine le dégoûtait tellement que si l'anarchie était nécessaire pour être libre, alors il préférait l'anarchie.
Et en cet endroit si secret, qui n'appartiendrait qu'à lui, il n'accepterai qu'une seule personne : Ayame.
Disait la lune à la terre
Dont les couleurs sont de ces merveilles
Issues d'hier ou du soleil
Issues de toujours, toujours
Sous les draps de soie, deux hommes étaient endormis. Le chien et le serpent, un sourire flottant encore sur leurs lèvres séparées à regret, se laissaient emporter au royaume des songes.
Ils ne désiraient rien de plus à ce moment là. Juste la chaleur réconfortante et la douceur de leur amour, pour combattre la froide réalité du monde dans lequel ils étaitaient forcés de survivre…
Dans le noir ou sous la lumière
Elles se mélangent sous la mer
Se mélangent-elles depuis toujours, toujours ?
Chez Shigure, il y avait dans l'air comme quelque chose d'insaisissable, une douce euphorie qui les emportait tous. Les filles comme les garçons avaient répondu par un "oui" enthousiaste à l'invitation de Tohru, à sa plus grande joie.
Même si la jeune fille n'était pas du genre à faire la fête, elle adorait inviter ses amies à la maison, et puis ça avait eu l'air de faire vraiment plaisir à Yuki et Kyo quand elle leur avait annoncé la proposition de Shigure. Le chien savait toujours comment si prendre pour qu'ils ne râlent pas trop de ses absences à répétition...
Dis, est-ce que tu penses
Qu'il faut arrêter là
Dis, est-ce que tu crois
Que tout ça c'est immense
Dis, qu'est ce que tu vois
Est-ce que l'on suit la tendance ?
Yuki se leva précipitamment en entendant la sonnette d'entrée carillonner. Tohru était à la cuisine et Kyo avait subitement disparu, comme souvent. Le regard du rat s'assombrit à cette pensée.
« - Bonjour ! »
Yuki invita Saki et Haru à entrer. Pour une fois, le bœuf avait accepté l'aide que lui avait généreusement proposé Saki, et ne s'était pas perdu. Ils étaient même en avance.
Les deux adolescents retirèrent leurs chaussures et entrèrent dans le salon. Ils posèrent leurs affaires dans un coin et Yuki, n'oubliant pas les règles de la politesse les plus élémentaires, leur offrit à boire.
Saki alla aussitôt après saluer Tohru, toujours en cuisine, qui l'accueillit avec un grand sourire enfariné.
Dans le salon, Yuki et Haru ne parlaient pas, trop habitués à leur propre présence silencieuse. Assis sur le canapé de style occidental, ils fixaient la cheminée en face d'eux. Le bœuf, d'ordinaire si peu concerné par les détails pratiques, eut soudain une idée :
« - Hé… On est en plein été, mais… Ça pourrait être sympa de faire du feu, non ?
- Tiens… C'est vrai, j'y avais jamais pensé. Attends, il y a du bois dehors, je vais en chercher. »
Lorsque Saki revint dans le salon, elle trouva les deux garçons à genoux devant la cheminée, en train de mettre feu à une structure apparemment très étudiée de brindilles et de papier journal.
« - Mais quelle bonne idée… Saviez-vous que le feu était un excellent vecteur des ondes positives ? Les gens associent toujours le feu à un élément destructeur. Mais ils oublient que détruire une chose c'est en construire une nouvelle à la place, et inversement.
- Euh… Non, je savais pas… »
Yuki appréciait beaucoup les amies de Tohru, mais Saki était quand même parfois un peu flippante… Il sourit. Dans la catégorie bizarre, on ne pouvait pas dire qu'il était vraiment mieux. C'est sûr que les rats homosexuels et asociaux, ça court pas les rues.
Saki, suivant sa "flamboyante", inspiration entreprit de disposer partout dans le salon de petites bougies dans des verres multicolores. Tohru et elle adoraient ce genre de décoration. Et puis ondes ou pas, c'était vraiment du plus joli effet.
Kyo entra alors dans la maison, encore essoufflé par sa course. Il n'avait pas vu le temps passer. Juste derrière lui, venaient Arisa et Momiji.
Les sept amis (un chiffre très positif, aurait dit Saki), se retrouvèrent ainsi tous assis sur les innombrables fauteuils et poufs que comptaient le séjour. Tohru, en parfaite maîtresse de maison, prenait les commandes pour l'apéritif.
Quelques minutes, plus tard, ils avaient tous trinqué à leur santé respective. Mais contrairement à ce qu'auraient fait de nombreux adolescents de leur âge, eux étaient sans aucun doute un peu plus matures, car il ne vidaient pas les réserves de whisky de Shigure et ne prenaient que des boissons sans alcool.
Les garçons buvaient du Sprite, les filles étaient au Schweppes Agrum', tandis que Yuki et Kyo carburaient au Cola Lemon... une boisson bien plus néfaste que l'alcool, d'après certains.
Arisa, toujours aussi grande gueule, avait du mal à supporter le style un peu guindé de la déco plutôt traditionnelle de Shigure :
« - Bon, vu que les vioques sont pas là, on va pouvoir parler un peu plus tranquillement... Sérieux, vous trouvez pas que c'est mort, ici ? Je sais pas, on pourrait mettre un peu de musique, par exemple...
- Ouais, ben pour une fois, je suis d'accord avec toi...
- Alors là, si même Kyo s'y met... C'est même pas la peine d'argumenter.
- De toute façon, Haru, t'argumente jamais...
- Pff... Pour quelqu'un d'aussi supérieur que moi, c'est beaucoup plus jouissif de savoir que j'ai raison que de le démontrer...
- Devant de chastes jeunes filles, tu pourrais te retenir, quand même... »
Tohru, qui ne voyait pas très bien de quelles "chastes jeunes filles" Kyo voulait parler mais qui sentait venir la bagarre entre le chat et le bœuf, décida de tout de suite calmer les choses :
« - Aha, mais c'est bon, je suis sûre que il y a plein de CD sympas, ici... Pas la peine de s'énerver... »
La jeune fille se dirigea vers la superbe chaîne Denon du chien, commença à fouiller dans sa collection de CD... et sentit son enthousiasme retomber : aucun doute que ses amis allaient lui faire la tête si elle leur sortait du Arthur Rubinstein ou du Bill Evans...
« - Ouais... Bon... Sinon, si vous voulez, j'ai le dernier single de Gackt...
- ...
- ...
- ...
- ...
- ...
- Ben quoi ? Moi, je suis d'accord avec Tohru, c'est vachement bien, Gackt ! Vous le trouvez pas trop mignon ?
- Franchement Momiji, je savais que t'avais des préférences sexuelles étranges, mais pas à ce point...
- Méééé... T'es méchant, Kyo... »
S'ensuivit alors une grande discussion hautement philosophique où chacun vantait les mérites de son groupe préféré, défonçant au passage ceux des autres à coup d'arguments extrêmement objectifs ("et puis de toute façon, machin, il est trop moche")
Saki, légèrement en décalage, restait persuadée que Moi Dix Mois était le groupe que tout le monde adorait (personne n'osait la contredire, par peur des ondes qui paraît-il pouvaient franchir le mur du son), Arisa et Kyo en étaient presque venus aux mains quand le chat avait décrété, ô, sacrilège, que Mucc était meilleur que Ra:IN, Momiji et Tohru bavaient dans un coin sur des photos de Gackt-sama, tandis que Haru et Yuki regardaient d'un œil amusé toute cette agitation. La musique, si c'était plus récent que les Beatles, ils n'y connaissaient vraiment rien.
« - Au fait, j'allais oublier ! J'ai acheté des Dippas !!
- Tu penses vraiment à tout, hein Tohru ?
- Disons juste que si je le faisais pas, il y aurait personne pour le faire... »
La jeune fille alla chercher les chips et leur sauce épicée en sautillant, ignorant totalement le froid qu'elle avait jeté parmi ses convives... Froid qui soit dit en passant ne dura pas longtemps.
Mais sitôt après, Momiji se mit à pleurnicher sur l'épaule de Tohru, n'ignorant pas que dans sa grande mansuétude elle ferait tout pour lui faire plaisir...
« - Tohruuu... C'est pas juuuste...
- Ah, Momiji, mais pleure pas ! Allez, dis moi ce qui ne va pas...
- Bouhou... J'aime pas la sauce qui pique... Je suis trèèès triste...
- Fallait le dire ! Pauvre petit lapin qui souffre en silence... Allez, sèche tes larmes, je crois qu'il me reste des edamame 1 dans un coin... »
Et quelques minutes plus tard, ledit lapin affichait un grand sourire en grignotant ses edamame, sous les regards réprobateurs de ses amis qui n'aimaient pas qu'il fasse des caprices avec Tohru. Mais le lapin n'avait pas mauvaise conscience : puisque de toute façon ça faisait plaisir à la jeune fille de le consoler...
Tohru, assise entre Saki et Arisa, n'avait effectivement pas cessé de sourire. Il lui suffisait que les gens l'entouraient soient heureux pour être heureuse.
Elle ne regrettait qu'une chose : être obligée de mentir à ses amies à propos de certaines choses. Il y avait d'abord eu la situation "particulière" des Sôma, et maintenant s'ajoutait à cela la relation de Yuki et Kyo... Elle avait d'ailleurs bien failli tout avouer à ses deux meilleures amies deux jours auparavant...
L'idéal aurait été qu'ils restent tous comme en cette nuit, ignorant ce qu'il était bon d'ignorer, et connaissant ce qu'il était bon de connaître.
Les nuits ne sont pas éternelles
Disait la lune au soleil
Il tourne en rond c'est un mystère
Depuis toujours, toujours
Flash Back – Tohru – Deux jours auparavant
Cela faisait déjà une heure et demie que ce cours de physique durait et Tohru, affalée sur sa table, avait renoncé à essayer de déchiffrer l'étrange langue que parlait leur professeur, remplie de chiffres et de lettres sans queue ni tête.
Et elle s'ennuyait ferme... Elle aurait donné n'importe quoi pour que la cloche sonne, pour pouvoir aller courir dehors dans la lumière du soleil et rire avec ses amis...
Elle soupira, mais son attention fut très vite attirée par Arisa, assise à côté d'elle, qui lui faisait passer un bout de papier plié en quatre...
Sentant sa combativité remonter en flèche, elle déplia la feuille et parcourut rapidement le message. Sur le papier, on pouvait voir ces mots, tracés de la main de sa blonde amie :
Je profite de ce cours inintéressant au possible pour te parler de quelque chose qu'on a remarqué depuis quelque temps déjà Saki et moi...
Ça concerne Kyo et Yuki, comme tu les vois plus souvent que nous, on s'est dit que tu devais savoir quelque chose : qu'est-ce qui s'est passé entre eux ??
Et me fais pas le coup que t'as rien remarqué, parce que ici tout le monde a bien vu que y avait un truc bizarre, et Saki arrête pas de me dire qu'ils "émettent des ondes multicolores, même que ça fait comme un mini arc-en-ciel"...
Et t'as pas non plus intérêt à t'endormir avant de m'avoir répondu, lol... Nous avons les moyens de te faire parler !
La jeune fille blanchit : elle était coincée. Raconter des craques quand Arisa et Saki lui mettaient toutes les deux la pression, c'était impossible. Mais bon... elle n'avait pas vraiment le choix. Elle n'avait pas le droit de raconter aux filles quelque chose d'aussi personnel sans la permission de Yuki et Kyo. C'était à eux de voir à qui ils voulaient en parler.
Sachant pertinemment que son amie ne la croirait pas, elle répondit à Arisa :
Vraiment, pour une fois, je ne vois absolument pas de quoi tu parles... Il ne s'est vraiment rien passé ! En tout cas, pas à ma connaissance. Désolée, mais je crois que vous vous êtes fait des idées !
Quelques secondes plus tard, Arisa lui répondait :
Tu sais vraiment pas mentir... Bon, d'un autre côté, ils t'ont peut-être fait jurer de rien dire ou un truc du genre... Ils seraient assez tordus pour ça... Et te connaissant, tu voudras jamais rien nous dire.
Je comprends. Mais quelque part, Yuki et Kyo, c'est un peu mes amis aussi, alors j'aimerais que tu répondes au moins à cette question : ce qui s'est passé, est-ce que c'est quelque chose de bon ou de mauvais ?
Tohru sourit : au moins, à cette question-là, elle pouvait répondre sans problème :
Et bien ça dépend de comment on voit les choses. Il y en a qui verront ça comme quelque chose de mauvais, d'autres comme quelque chose de bon qui finira mal, mais moi je crois que c'est juste bien.
Ce n'est pas très clair, mais... sincèrement, je pense que c'est quelque chose qui ne peux que leur faire du bien, au point où ils en sont.
Arisa et Saki passèrent toute leur soirée au téléphone, au grand dam de leurs parents qui n'étaient pas abonnés à Alice, à parler de ce qu'avait dit Tohru lors de ce finalement mémorable cours de physique.
Il n'y avait rien de très clair, mais toutes les deux se doutaient bien, sans pour autant oser vraiment le formuler, de ce qui avait pu se passer. Le rat et le chat semblaient vraiment être les seuls à ne pas s'être rendu compte de ce que tout ceux qui les avaient fréquentés, même quelques mois seulement, avaient remarqué.
Le fait qu'aucun des deux ne semblait attiré par les filles, le fait qu'ils détournaient le regard quand ils s'apercevaient au détour d'un couloir et croyaient ne pas avoir été vus, ou le fait qu'ils recherchent en permanence le contact physique de l'autre. Toutes ces petites choses qui faisaient sourire leurs amis avant qu'elles ne se soient transformées en une chose beaucoup plus sérieuse...
Disait un homme de l'univers
Dont la longueur est une merveille
Issu d'hier ou du soleil
Issu de toujours, toujours
Tohru passa la tête par la porte de la cuisine pour annoncer à la cantonade :
« - C'est bientôt prêt !! Les filles, vous voulez bien mettre la table ?
- Franchement Tohru, t'as une vision vraiment trop conventionnelle de la femme… Je vois pas pourquoi c'est nous qui devrions mettre la table…
- Mais… Arisa… Je vais quand même pas demander aux garçons de mettre la table…
- Quoi ?! Est-ce que tu insinues que les mecs sont moins efficaces que les filles pour les tâches ménagères ?
- Euh… Mais non, pas du
tout Kyo…
- Je vais te montrer, moi, que les mecs sont bien
moins empotés que les filles… »
S'engagea alors une nouvelle bataille rangée entre Kyo et Arisa, chacun voulant prouver qu'il était capable de mettre la table beaucoup plus rapidement que l'autre...
Heureusement pour la porcelaine de Shigure, Haru, en bon médiateur, était là pour rattraper les assiettes qui volaient avant qu'elles ne se fracassent par terre.
Quelques minutes plus tard, ils étaient tous assis autour de la table, salivant devant les plats appétissants que leur apportait Tohru.
La jeune fille s'était surpassée : que des plats que tout le monde aimait à son menu, comme entre autre des ramen 2, des gyôza 3, du kamaboko au fromage 4, des sômen 5, et les bien sûr incontournables boulettes de riz aux innombrables parfums…
Kyo ne faisait pas exception, et ouvrait comme les autres des yeux brillants sur tous ces délicieux mets. Il suffit parfois de bien peu de choses pour faire plaisir à des enfants pas encore vraiment adultes.
Après le rituel "Bon appétit", le repas put véritablement commencer, dans un silence quasi-religieux.
Mais peu après, la conversation reprit, déviant sans que personne eu pu dire comment sur le lycée. Les examens de fin d'année étaient maintenant vraiment proches, et pour les plus âgés seraient déterminants.
Tohru était à ce moment-là vraiment radieuse, car pour une fois elle n'aurait pas à participer à la session de rattrapage en sciences qui était devenue pour elle un triste usage avant chaque examen. Le travail qu'elle avait fourni et l'aide que lui avaient apporté ses amis avaient porté leurs fruits.
Et même si elle ne s'était pas transformée en génie des mathématiques, et avait encore très certainement des progrès à faire, elle avait compris une chose : le soutien offert par des gens généreux est toujours bon à accepter.
Le repas se déroula dans cette franche ambiance de camaraderie qui caractérise ceux qui se sont assis sur les mêmes bancs d'étude, sentiment renforcé plus encore par le fait que tous souffraient de n'avoir jamais vécu au sein d'une famille nombreuse où il n'y aurait ni haine ni ambiguïté entre les générations.
Lorsque Tohru annonça le dessert, tous crurent que la jeune fille s'était mise en tête de les réconcilier avec leurs familles respectives en les envoyant ad patres pour cause d'indigestion.
« - Est-ce que vous vous rendez compte du temps que ça m'a pris pour les faire ? Allez, quoi... Ils ont pourtant l'air appétissants, mes hotcakes... »
Effectivement, la montagne de hotcakes en question avait l'air absolument délicieuse, mais leur nombre avait par contre quelque chose de dantesque qui avait de quoi effrayer même le plus solide estomac...
Tohru était toujours dans la peur du manque, et il en résultait très souvent ce genre "débordements".
Mais en voyant le visage tout chiffonné de leur amie (c'était à croire que la fréquentation de Momiji lui avait donné de mauvaises habitudes), aucun n'eut le courage de refuser sa part, généreusement arrosée de sirop d'érable.
Une fois le dîner terminé, Tohru commença à débarrasser le couvert mais fut arrêtée par Arisa, qui en avait assez qu'elle fasse tout, et qui imposa arbitrairement aux garçons de s'en occuper.
Yuki dissuada Kyo de râler contre la discrimination positive, et le chat se mit finalement de bon cœur à la tâche. Si c'était pour soulager Tohru... Il lui était encore reconnaissant pour la situation qu'elle avait "provoquée" quelques jours auparavant et qui lui avait permis de discuter avec Kagura...
Dans le noir ou sous la lumière
Ils se prolongent sous la mer
Se prolongent-ils depuis toujours, toujours ?
Flash Back – Kyo – Quatre jours auparavant
Par une douce matinée, une jeune fille bien moins douce s'accrochait hystériquement au bras de Kyo. Kagura, qui avait décidé de faire une visite surprise à son promis, en profitait pour l'accaparer allègrement. Kyo préférant éviter de tâter à nouveau des poings de sa fiancée, n'osait pas l'envoyer balader.
Et pour ne rien arranger, Tohru avait eu la bonne idée de leur proposer de faire une promenade dans la forêt en tête à tête... A croire que le clan des femelles s'était secrètement entendu pour lui pourrir la vie... Mais Kyo avait de bonnes raisons de croire que les plans de Tohru étaient tout autres.
Quand la pimpante femelle sanglier était arrivée et avait commencé à sautiller tout autour du chat, il était avec Yuki. Et Yuki avait détourné le regard. A ce moment-là, Kyo avait eu mal, mal parce qu'il savait qu'il faisait souffrir Yuki. Il était égoïste. Et il s'en voulait terriblement...
Ce n'était pas de la faute de Yuki si Kagura l'aimait. Ce n'était pas non plus la faute de Kagura si elle l'aimait. Il le comprenait sûrement mieux que n'importe qui d'autre, car ce n'était pas de sa faute à lui s'il aimait Yuki.
L'amour n'est pas un crime. On ne peut pas parler de faute. L'amour est une nécessité.
Avec un soupir, le chat prit son courage à deux mains, et entraîna Kagura sous le couvert d'un jeune chêne. Les deux adolescents s'assirent entre les racines de l'arbre, blottis l'un contre l'autre sur un tapis de feuilles et de mousse, comme deux enfants perdus.
« - Kagura... Tu sais... Depuis le temps, on en a jamais vraiment parlé.
- De quoi ?
- De nous.
- ... »
Kagura se taisait, elle se doutait bien de ce qui allait venir, mais elle avait tant espéré qu'elle ne voulait pas croire que tout puisse finir aussi vite…
« - Quand on était petits... Tu étais la seule à ne pas me rejeter. Et pour moi, tu resteras toujours la seule. Je ne sais pas vraiment comment dire ça... J'aime quelqu'un. C'est... un garçon. »
La jeune fille sentit son cœur se serrer. Elle connaissait Kyo depuis tellement longtemps. Et il avait toujours été tellement… prévisible. Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de se sentir trahie. Elle ne voulait pas non plus blesser le chat. C'est pourquoi elle s'efforçait de garder un masque impassible, même si elle savait bien que Kyo pouvait lire dans son cœur comme dans un livre ouvert quelques soit les circonstances.
« - Ah… C'est Yuki, non ?
- Comment... ?
- Ça se voit.
- Pardonne-moi, Kagura.
- Non, c'est moi. J'aimerais juste savoir... Est-ce que c'est de ma faute ? Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal pour que tu cesses de m'aimer ? Parce que moi je t'ai toujours aimé. »
Ce fut au tour du cœur du chat de se serrer. Même si elle ne le montrait pas, Kagura avait elle aussi eu sa part de souffrances à surmonter. Il aurait tant aimé lui éviter une nouvelle peine…
« - Je sais... Pardon... C'est de ma faute... Je crois que je suis incapable de t'aimer. Parce que tu es beaucoup trop bien pour moi... Je ne suis pas fait pour aimer quelqu'un d'aussi pur que toi...
- Ce n'est pas une question de mérite. C'est juste que… Je ne voulais pas te perdre.
- Mais si tu me partageais… Au moins tu saurais toujours où me trouver.
- Oui… »
Kagura se blottit dans les bras du roux, le cœur empli de sentiments qui lui donnaient envie de pleurer. Elle ne pourrait plus jamais l'appeler son "fiancé". Mais paradoxalement, elle se sentait immensément soulagée. Elle n'avait plus à craindre de le perdre.
« - Dis... Tu veux bien m'embrasser ?
- Bien sûr… »
Le jeune homme déposa un chaste baiser sur son front pâle de vierge éternelle, avec plus d'amour qu'un frère aurait jamais pu lui donner.
« - Kagura... Je te promets qu'un jour quelqu'un t'aimera aussi fort que j'aurais dû t'aimer... »
Dis, est-ce que tu pensesQu'il faut arrêter là
Dis, est-ce que tu crois
Que tout ça c'est immense
Dis qu'est-ce que tu vois
Est-ce que nous deux c'est tendance ?
Les garçons commencèrent donc à débarrasser la table, tandis que les filles allaient se changer dans la salle de bain de l'étage. Une dizaine de minute plus tard, elles redescendaient l'escalier en tenue de nuit. Comme disait Tohru, on ne fait pas une vraie pyjama party sans pyjamas.
Saki arborait une chemise de nuit en dentelle noire, Arisa un caleçon moulant et un large tee-shirt aux couleurs de l'équipe nationale de base-ball, tandis que Tohru rougissait dans sa chemise de nuit multicolore ornée de fruits du monde entier...
Hatsuharu, devant un tel déballage de formes féminines, perdit son impassibilité légendaire, et ne pu s'empêcher de rougir sous les sarcasmes de ses cousins. Momiji, quand à lui, était aux anges, trois jolies filles c'était vraiment trop.
Les garçons se hâtèrent donc d'aller eux aussi se changer pendant que les filles réorganisaient les coussins autour de la table basse en vue de la deuxième partie de la soirée, considérée par beaucoup comme la meilleure, à savoir le moment du jeu.
Quand les garçons descendirent, tout était prêt pour la partie, c'est-à-dire les bonbons, le thé, les couvertures douillettes, et bien sûr le fameux plateau de jeu, qui se trouvait présentement être un Trivial Pursuit.
Lorsqu'elles virent les garçons, ce fut au tour des filles de glousser. Hatsuharu essayait de paraître "décontracté" en portant un débardeur noir et un jogger gris, et Momiji était à croquer dans sa longue chemise de nuit blanche à froufrous.
Kyo, qui avait adopté sensiblement le même style que Haru, n'avait d'yeux que pour Yuki. Le rat portait un pyjama tout ce qu'il y a de plus traditionnel, avec un pantalon droit et une chemise de couleur violine en accord avec ses yeux. Le style faisait très "pensionnat anglais".
Le chat ne l'avait que rarement vu en pyjama, étant donné qu'ils ne gardaient en général peu de temps leurs vêtements lorsqu'ils étaient ensemble, et il trouva que cette tenue "d'enfant sage" lui allait à merveille... et lui inspirait surtout beaucoup d'idées.
Ils s'assirent tout autour de la table basse, soudain très concentrés. Comme à chaque fois, ils décidèrent de jouer par équipes, les filles contre les garçons. C'était puéril, mais infiniment plus amusant.
La partie était acharnée, les scores serrés (bien que les garçons soient en tête avec une part de camembert de plus) et le stock de bonbons acidulés presque épuisé...
C'était à présent au tour des filles de répondre à une question, question qui pouvait qui plus est leur faire gagner le camembert rose du divertissement... Toutes priaient pour tomber sur une question portant sur Ally Mc Beal, là au moins elles auraient été sûres de savoir répondre...
Yuki, avec une voix obscurément neutre, leur énonça la question :
« - Dans Harry Potter... Quel est le nom du sortilège mortel ? »
Ce fut alors une véritable crise d'hystérie chez les filles, qui glapirent dans un parfait ensemble :
« - EROS ! »
Au grand dam de Yuki, qui avait espéré que la partie se finisse un peu plus vite :
« - Beuh non, vous êtes trop nulles, c'est Avada Kaedavra... Même moi je le savais... »
Mais l'équipe des filles, morte de rire, n'avait pas l'air de beaucoup s'inquiéter de la perte de leur camembert...
La partie en étant toujours au même stade, Tohru se proposa pour aller faire du thé :
« - Quelqu'un veux du thé ? »
Et tout le monde de répondre par l'affirmative. Mais Yuki voulut soulager un peu la jeune fille, qui s'occupait de tout depuis le début de la soirée :
« - Laisse, je vais le faire. »
Le rat abandonna donc son équipe pour quelques minutes, se retrouvant dans la cuisine en tête à tête avec une casserole d'eau.
Il laissait ses pensées divaguer à la surface de l'eau frémissante, l'esprit un peu embrouillé par la fatigue. Il ne devait pas être loin d'une heure du matin.
Soudain, il sentit quelqu'un se couler dans son dos et passer ses bras autour de ses hanches. Il sourit. Kyo savait toujours comment l'approcher sans se faire remarquer.
Le chat, les yeux clos, avait posé sa tête sur l'épaule de son cousin.
« - Yuki...
- Mmh ?
- Est-ce que tu te rends compte que ça fait plus de six heures que tu m'as pas embrassé ?
- Enfant gâté... »
Yuki se retourna et attira le chat à lui, lui offrant ses lèvres de bonne volonté. Sous le regard bienveillant de la lune bleue, les deux adolescents échangeaient un baiser plein d'impatience tandis que du salon s'échappaient des rires et des bavardages et que la casserole sur le feu menaçait de déborder...
« - Au fait, Kyo... T'étais où avant que les autres arrivent ?
- Oh... Je me promenais. J'ai pas vu le temps passer. Désolé...
- Pas grave... Je me suis inquiété.
- T'avais peur que je me fasse dévorer par le grand méchant loup ?
- Un truc du genre, ouais...
- Tu devrais pas t'inquiéter pour moi... »
Kyo serra à nouveau le rat contre lui, lui murmurant au creux de l'oreille qu'il n'avait pas à s'en faire... Et Yuki voulait le croire, comme il voulait croire à la force de son monde, qui pourtant avait si souvent été sur le point de s'écrouler...
Les jours
Ne sont pas éternels
Disait un astre au soleil
Le tour du monde ça je sais faire
Depuis toujours, toujours
Flash Back – Yuki – Cinq jours auparavant
Dans une des nombreuses salles de classe vides à cette heure de la journée, désertée par des ventres affamés, Yuki trônait sur une chaise, mais n'en menait pas large.
Ses deux adorables cousins avaient réussi à le coincer, et étaient bien décidé à le faire passer aux aveux…
Hatsuharu, assis en face du Prince, ne se départait pas de son impassibilité, contrastant singulièrement avec Momiji qui n'arrêtait pas de sautiller entre ses cousins, laissant par moment échapper des petits cris surexcités. Lui au moins avait l'air de s'amuser.
Le bœuf prit la parole sans plus de détours :
« - Bien. Je suppose que tu sais pourquoi je tenais à te parler.
- Hé, hé ! Pourquoi "je", d'abord ! Moi aussi je voulais lui parler, à Yuki !
- Momiji, je te rappelle que c'est toi qui m'as suivi. T'es pas sensé être là. Alors tu pourrais au moins avoir la décence de faire semblant que t'y es pas.
- Méchant…
- Bref. Yuki. Je te connais depuis assez longtemps pour savoir qu'il s'est passé quelque chose dont tu ne m'as pas parlé. Et je crois aussi avoir remarqué que ça concerne Kyo. »
Yuki soupira. Le sens de l'observation du bœuf l'étonnerait toujours. Il s'était tout de même cru meilleur comédien que ça. Et il avait par dessus tout redouté le moment où il serait forcé de lui avouer sa relation avec Kyo.
Haru l'avait toujours pris pour quelqu'un de fort, quelqu'un qu'on ne pouvait pas briser. Et cela l'avait toujours poussé à vouloir se surpasser. Yuki n'avait pas voulu détruire cette image que le bœuf avait de lui. Alors qu'au fond de lui-même il n'avait pas l'impression d'être quelqu'un de fort. Il avait juste l'impression qu'il n'y avait plus rien à briser à l'intérieur de lui. Mais depuis deux semaines, ce rien avait changé…
Il ne voulait pas avoir à regretter ses sentiments. Il ne voulait pas se sentir coupable… Il ne voulait pas que le regard de Haru change.
« - Yuki… Je ne vais pas te juger. Ni moi, ni personne. Je ne sais pas ce qui a bien pu se passer entre vous, et c'est vrai que ça ne me regarde pas. Mais je ne veux que tu te fermes à moi. Parce que… Tu n'es pas seulement mon but. Tu es mon ami… »
Momiji était à présent immobile, les yeux grands ouverts, buvant les paroles du bœuf et du rat. Il commençait tout juste à comprendre que ce dont il se doutait depuis quelque temps déjà s'était réalisé.
Un sourire vide de sens passa sur le visage du rat. Il n'avait apparemment plus le choix. Se défiler aurait été idiot.
« - Très bien. On va pas tourner autour du problème plus longtemps. Je vais sûrement te décevoir, mais j'aime Kyo. »
Infiniment soulagé, Haru lui demanda doucement :
« - Et est-ce qu'il t'aime, lui ? »
Yuki regarda son ami avec étonnement. Ce n'était pas vraiment le genre de réaction à laquelle il s'attendait.
« - Oui… je crois.
- Alors c'est bien.
- Ça ne te… choque pas ?
- Yuki… Tu n'étais jamais posé de questions sur ta sexualité avant ça ? Ça ne me choque pas plus que si tu m'avais annoncé que tu étais hétéro.
- En fait ce n'est pas vraiment comme ça que je voyais les choses… Mais quelque part, je suppose que tu as raison… »
Yuki se sentait à la fois soulagé et apeuré. Comme s'il prenait soudainement conscience de l'ampleur du choix qu'il avait fait.
Momiji, un sourire jusqu'aux oreilles, ne pouvait plus contenir sa joie :
« - Aha, j'en étais sûr !
- …
- …
- Ben oui, quoi… L'amour c'est comme une équation : faut que ça s'équilibre des deux côtés. Donc c'est plutôt logique que vous soyez ensemble, finalement.
- Si tu le dis…
- Nya, Haru, pourquoi t'es tout le temps méchant avec moi !
- Pour une fois qu'il disait un truc un peu profond…
- C'est sûr que ça vaut toujours mieux que le contraire… si l'on en croit ta logique.
- Je suis un grand incompris… »
Les trois garçons passèrent le reste de leur pause déjeuner à discuter de tout et de n'importe quoi, Momiji et Haru rassurant chacun de leur côté Yuki du mieux qu'ils le pouvaient de la force de leur amitié.
Le rat se sentait un peu plus heureux à chacun des mots de ses amis. Il avait toujours ressenti le besoin de fuir la solitude, sans jamais oser, et ce besoin s'amplifiait dans les moments où il doutait…
Dont les couleurs sont de ces merveilles
Issues d'hier ou du soleil
Issues de toujours, toujours
Une fois la partie terminée (les garçons avaient finalement gagné, à peu de chose près), les adolescents repoussèrent le mobilier pour pouvoir installer les tatamis devant la cheminée. Le séjour était la plus grande pièce de la maison, et ils préféraient dormir tous ensemble que dans des pièces séparées. Heureusement, Arisa et Saki avaient apporté leurs propres tatamis, et ainsi il y avait assez de place pour tous.
Les sept adolescent s'enfouirent sous la masse de plaids et de couvertures qu'ils avaient amassé, la tête près du foyer de la cheminée pour pouvoir regarder les dernières braises rougeoyer...
Les trois filles étaient au milieu, à leur gauche il y avait Haru et Momiji, et à droite Yuki et Kyo.
Momiji commençait à dodeliner de la tête, tandis que les filles achevaient le dernier paquet de marshmallow en les faisant fondre au dessus des braises avant de les faire passer aux garçons.
A cette heure de la nuit, lorsque l'ombre ne permet plus que de distinguer des formes sans fond, c'est-à-dire à l'heure des secrets, tous chuchotaient.
Bien au chaud, sous ses couvertures, et réchauffée plus encore par la présence de ses amis, Tohru avait enfin l'impression d'avoir réussi quelque chose.
Arisa et Saki parlaient de ce qu'elles allaient faire le lendemain, mais leurs propos devenaient de plus en plus incohérents à cause de la fatigue. Elles ne parlaient plus que pour le plaisir de sentir leurs présences.
Yuki était allongé sur le dos, Kyo lové comme un chat à ses côtés, profitant à la fois de la chaleur du feu et de la chaleur du corps de son amant. Le rat et le chat se taisaient, ils n'avaient pas besoin de mots, profondément enfoncés sous le plaid en polaire qu'ils partageaient.
Et de l'autre côté, Momiji s'était endormi sur l'épaule de Haru, son visage paisible incroyablement sérieux et bien plus adorable que quand il se forçait à afficher la bonne humeur qu'il aurait voulu voir autour de lui.
Haru passait une main distraite dans les cheveux du lapin, le regard perdu dans l'obscurité. Même si lui et Momiji n'avaient rien de commun, et peut-être justement pour cela, il ne pouvait pas s'empêcher de considéer le lapin comme le petit frère qu'il n'avait jamais eu.
Tohru, tout doucement, commença à se laisser gagner par le sommeil. Arisa et Saki s'étaient tues. A travers ses paupières à moitié closes, la jeune fille pouvait voir les braises rougeoyantes luire faiblement. L'obscurité et la chaleur apaisantes qui régnaient dans la pièce lui faisaient tout oublier. Elle savait juste qu'à cet instant précis, les choses étaient exactement comme il était bien qu'elles soient.
Dans le noir ou sous la lumière
Elles se mélangent sous la mer
Se mélangent-elles depuis toujours, toujours ?
La nuit s'étendait sur le monde comme une entité mystique, omnisciente et adulée par tous. Son obscurité se faufilait dans les moindres recoins, les éclairant parfois de sa lucidité ou les adoucissant de sa torpeur.
Les sept enfants qui s'étaient endormis en son sein lui confiaient leurs rêves, inspirés par sa présence. Le monde autour d'eux, plongé dans l'aveuglement des ténèbres, n'était plus qu'un concept presque impossible à effleurer du bout des doigts.
La vie comme la mort, l'espoir comme le désespoir, tout cela se dissolvait lentement dans cette encre noire, jusqu'à ne plus former qu'un magma sans nom ni raison, une force formée de leurs rêves à tous, une force qui les poussait à avancer...
Dis, est-ce que tu pensesQu'il faut arrêter là
Dis, est-ce que tu crois
Que nous deux c'est tendance ?
Dis qu'est-ce que tu vois
Est-ce tout ça c'est immense ?
1 edamame : haricots de soja en branches que l'on grignote l'été en apéritif avec du sel.
2 ramen : nouilles chinoises
3 gyôza : raviolis chinois
4 kamaboko : espèce de bâton fait de pâte de poisson à chair blanche, en forme de demi-lune, que l'on mange en tranches fines trempées dans de la sauce de soja assaisonné de raifort rapé.
5 sômen : nouilles fines que l'on mange en été. On les aspire après les avoir plongées dans un bouillon froid à base de poisson, assaisonné de sauce de soja et de gingembre rapé.
Et voilà, pour le coup, c'est la fin ! J'espère que cet épilogue vous aura plu… Merci d'avoir suivi jusqu'ici ! Cette histoire est à présent terminée, on a plus qu'à espérer que nos petits bishôs trouveront leur voie sur le dur cheminement de la vie… (snif, c'est triste de se quitter comme ça…) lol, je sais, je suis chiante avec mes conneries…
Enfin bref, encore merci à tous ! (c'était le mot de la fin)
