Chapitre 7 : La fin d'un mythe

Le week-end s'achevait déjà. Le Soleil s'attardait sur la surface du lac,là-bas,au loin. En bas,les derniers élèves à s'être absentés durant ces deux jours regagnaient le château. Hermione,du haut de la tour Nord,observait ses camarades, amas de robes noires pressé de rejoindre la chaleur des duvets alors qu'un vent glacial soufflait sur cette soirée d'octobre.

Hermione frissonna. Il était temps qu'elle-même rentre. Elle se détourna de la balustrade et fit demi-tour.

Mais elle se figea sur place.

Une ombre...

Elle était sûre d'avoir vu une forme sombre passer furtivement.

Quelqu'un qui venait de s'enfuir par les escaliers.

Quelqu'un qui était là deux secondes auparavant.

Quelqu'un qui l'observait...

Elle tremblait. Et si il ou elle était encore là,dans l'angle,attendant qu'elle descende pour...Pour quoi au juste ? Pour l'égorger peut-être !

Hermione secoua la tête. Ressaisis-toi,tu es à Poudlard,la pire chose qui pourrait t'arriver serait un sort de Pousse-Furoncle !

Néanmoins,c'est avec sa baguette magique pointée devant elle qu'elle entreprit la descente de l'escalier en colimaçon,plaquée contre le mur...

Elle avançait silencieusement,marche après marche,l'oreille aux aguets... Mais,arrivée en bas,elle n'avait rencontré aucun agresseur potentiel. Le couloir,vivement éclairé,était vide. Elle soupira. Forcément une hallucination. Elle rit.

D'étranges phénomènes à Poudlard :une élève soulève le mystère de l'homme en noir !

Le rire s'éteint aussitôt.

L'homme en noir...Et si...Non. Il ne sortait jamais le week-end,pas même pour prendre ses repas dans la Grande Salle. D'ailleurs elle ne l'y avait pas vu depuis l'autre soir. En fait elle ne l'avait pas vu tout court depuis cinq jours. Mais elle avait appris d'un groupe de 4ème années qu'il n'avait jamais était aussi sec et cassant que durant cette semaine.

Il était arrivé à retirer 150 points à Gryffondor en l'espace d'un seul cours pour des prétextes aussi variés que « fait trop de bruit en remuant sa potion », « se présente en cours avec un air ahuri » ou « a terminé son travail bien trop vite pour que cela ait été fait honnêtement » .

Hermione avait jubilé quand Ginny Weasley,sœur de Ron et Gryffondor de 5ème année,lui avait rapporté que Rogue,perdu dans ses pensées,avait laissé brûlé ses robes (enflammées par un jet de potion ratée) et,s'en apercevant,avait congédié toute la classe en s'égosillant,faisant preuve d'un inhabituel manque de self-control.

Hermione connaissait la raison de ce comportement et en ressentait une certaine fierté,même si elle se gardait bien de raconter à qui que ce soit ce qui se passait entre elle et le professeur.

Elle ne pouvait s'empêcher de redouter la confrontation imminente.Car durant ces cinq jours,il lui avait été facile de se complaire de sa « victoire » sur Rogue,n'ayant pas à lui faire face. Elle s'était délecté de son hébétement quand elle l'avait laissé en plan. Elle avait eu l'impression d'avoir le pouvoir sur lui,de tenir les rênes. Enfin,le mythe Severus Rogue,cet homme froid et inébranlable,avait été cassé. Elle l'avait profondément déstabilisé,elle le savait. Quand elle lui avait sorti le grand jeu de l'amoureuse timide,elle avait vu dans ses yeux et senti dans sa voix qu'elle l'avait...ému...

Oui,ému,et ça l'avait surprise,elle se demandait encore si elle n'avait pas rêvé. Mais si c'était vrai,alors sa victoire était encore plus grande. Severus Rogue ému et décontenancé...La fin d'un mythe,oui...

Mais c'était facile de se réjouir quand il n'était pas là,quand elle ne pouvait ressentir la colère qu'il devait surement éprouvé. Demain,elle avait de nouveau cours avec lui,ils allaient se retrouver dans la même pièce,se côtoyer,s'approcher,se frôler... Elle ne savait pas comment ça allait se passer (N.A :moi non plus,c'est pour ça que je gagne du temps !lol !) . Mais elle savait que ce serait dur.

Elle revient à la mystérieuse ombre : si c'était bien lui,qu'est-ce-que...Est-ce-qu'il avait voulu la pousser ! Ou est-ce-qu'il l'observait seulement ? Est-ce-qu'il la suivait depuis le début de la semaine ?

Un groupe de filles de Serdaigle,parlant avec agitation,la coupa dans ses interrogations. Elle se dépêcha de regagner la salle commune des Gryffondor et,répondant distraitement aux bonsoirs de ses amis,elle monta dans son dortoir et s'affala sur le lit à baldaquin. Il était à peine 20 heures mais elle s'endormit aussitôt d'un lourd sommeil.

Mais cette nuit-là,ombres fuyantes,rires et regards sombres vinrent perturber ses rêves.

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Ses cheveux qui flottaient au vent. Sa robe qui claquait sous les rafales. Il n'avait pas pu détacher son regard d'elle.

Il était monté en haut de la tour Nord ce soir-là pour profiter des derniers instants de paix avant une nouvelle psychologiquement harassante semaine. Il voulait prendre un dernier bol d'air,regarder le Soleil se noyer lentement à l'horizon,voir encore renaître sa chère et tendre Lune et,peut-être,passer la nuit à se perdre dans la contemplation des étoiles.

Mais il l'avait trouvée là,elle.

Elle qu'il avait réussi à éviter depuis ce fameux soir.

Elle qui l'avait tourné en ridicule,avait bafoué son égo.

Elle qui lui avait fait perdre sa belle assurance glaciale,qui l'avait presque attendri.

Elle qu'il haïssait.

Elle qu'il admirait...

Oui...Il ne pouvait lutter contre. Elle l'avait pris à son propre jeu.Elle était à sa hauteur.

Il avait d'abord ressenti de la colère,de la frustration. De la honte d'avoir ainsi été humilié. De la haine.

Mais le plan avait parfaitement marché : il la désirait encore plus.

Là,contre la balustrade,devant les dizaines d'élèves en contre-bas qui les fixeraient bouché bée en les pointant du doigt.

Ici,dans l'escalier,leurs cris se répercutant dans tous les couloirs.

N'importe où,mais tout de suite.

Mais elle avait bougé. Et son réflexe à lui avait été de fuir. Comme un lâche. Alors qu'il y a quelques jours il serait resté ; il l'aurait provoquée ; il l'aurait effrayée. Mais aujourd'hui c'était lui qui avait peur. Parce-qu'elle l'avait touché. Même si son discours avait été faux.

Pas temps que vous ne m'aurez pas fait l'amour...

L'important était qu'il y avait crû et l'effet que cela avait produit en lui. Il avait eu envie de...l'aimer.Vraiment.

Alors faites-moi mal...

Il aurait voulu que plus jamais elle ne souffre. Il aurait voulu la protéger de tout et de tous.

Vous m'en faites beaucoup plus en me repoussant...

Il s'en était voulu. Il était la cause de son malheur. Elle l'avait fait culpabiliser,lui ! Mais tout ça c'était du cinéma. Il serra les dents en y repensant,là,dans ses cachots.

Elle avait joué avec ses sentiments...Ses sentiments ? Oh,elle avait fait encore mieux :elle avait réveillé des sentiments enfouis en lui depuis des années et les avait foulés,brisés,anéantis. Avec le plus grand naturel possible. C'était comme si elle l'avait reconstruit pour mieux le détruire ensuite.

Il envoya voler une fiole qu'il avait machinalement saisi.Elle se brisa contre le mur et un liquide verdâtre se répandit au sol.

Oui,il la haïssait. Et le fait de ressentir de l'admiration pour elle lui faisait la haïr encore plus.

Pas temps que vous ne m'aurez pas fait l'amour...

C'est ça,tu parles !

Alors faites-moi mal...

Sans problème...