Chapitre 9 : Après la pluie...

Ils étaient dans la Grande Salle. Il l'observait depuis la table des professeurs. Elle s'en rendit compte et leurs regards se perdirent l'un dans l'autre. Elle lui sourit. Il crut à une hallucination. Puis elle se leva et s'approcha de sa table,sous les regards intrigués de toute l'école. Elle grimpa sur l'estrade, se pencha vers lui et l'embrassa doucement,sous les regards horrifiés de toute l'école. Elle frappa à la porte...

Hein ?

Severus fut réveillé par un bruit qui ressemblait fortement à quelqu'un qui s'acharnait sur une poignée. Il mit quelques secondes à réaliser qu'il était 6h du matin, qu'il était enseveli sous une couverture rejetée à la hâte et que les évènements de la veille, contrairement à son rêve, étaient bien réels. La preuve en était cette jeune fille vêtue de loques qui tambourinait à la porte en essayant désespérément de l'ouvrir...

Il s'extirpa tant bien que mal du lit en désordre et s'approcha d'elle.

« Miss Granger... » dit-il doucement.

Elle sursauta et se retourna vivement vers lui,les yeux écarquillés par une peur incontrolable.

« LAISSEZ-MOI SORTIR !

'Hermione...je...

'N'APPROCHEZ PAS ! JE VEUX SORTIR !

'Chhhhhut...Chhhhut...

' NE ME TOUchez... »

La fin de sa phrase fut étouffé dans un sanglot, alors qu'il la prenait tendrement dans ses bras. Elle le martela de coups de poings sur le torse, mais, voyant qu'il ne réagissait pas, elle abandonna et, les bras ballants, elle se laissa étreindre, la tête enfouie dans la chemise du professeur, les larmes glissant doucement sur ses joues. Puis elle l'enserra à son tour et pleura pour de bon.

Ils restèrent ainsi de longues minutes, silencieux, Severus caressant les cheveux et le dos de la jeune fille en une attitude qui se voulait réconfortante. Puis :

« Pourquoi...snif...Pour...pourquoi !

'Je...je suis désolé...Je suis devenu...fou,je crois. Je n'ai aucune excuse,je le sais...J'ai été monstrueux. Mais puissiez-vous un jour me pardonner...

'Non...jamais...

'Hermione...

'JAMAIS ! »

Elle avait relevé la tête et dardait sur lui des yeux pleins de reproche et de dégoût. Elle s'arracha à ses bras et il reste là, immobile, ne sachant que faire, ne sachant que dire. Qu'y avait-il à dire de toute façon ? Il ne pouvait que s'excuser,encore et encore, même si cela ne servait à rien. Même si cela n'effacerait rien.

« Je suis désolé...

'Oh, voyez-vous ça ! Effectivement ça change tout, je me sens beaucoup mieux !

'Ne criez pas...

'JE CRIE SI JE VEUX ! Je pourrais même hurler ! Mais manifestement les hurlements ne font que vous exciter encore plus ! »

Il ferma les yeux, les traits de son visage se crispèrent en une expression douloureuse. Il avait tellement honte de lui.

Rien à dire,non... Il ne pouvait que l'écouter lui lancer à la figure tout ce qu'il savait déjà, mais qu'elle avait besoin d'évacuer.

« ...êtes-vous arrivé là ? Sale vieux pervers ! Vous étiez tellement frustré que vous avez trouvé que violer une élève serait amusant ! Que ME violer serait un passe-nerfs efficace !

'Je suis désolé...

'JE N'EN AI RIEN A FOUTTRE ! Vous êtes inhumain ! Vous êtes un monstre,oui ! Et dire que...que... »

Il rouvrit les yeux. Ceux de l'élève étaient perdus dans le vide et bordés de larmes, sa bouche s'ouvrait et se refermait successivement, tel un poisson sorti de son élément, comme si les mots ne voulaient pas venir. Il prit une voix la plus douce possible.

« Que quoi, Hermione ?

'Je... J'ai... J'ai crû... J'AI CRÛ QU'IL Y AVAIT DU BON EN VOUS ! Je me suis trompée ! Il n'y a que du mal ! VOUS ÊTES LE MAL ! Vous êtes le mal...

'Non...non...Vous aviez raison... Il y a du bon... Mais... j'ai été contraint de le refouler au plus profond de moi quand...

'Oh pitié, épargnez-moi le couplet sur vos années Mangemort ! Vous l'êtes devenu parce-que vous l'avez voulu et... ET VOUS L'ÊTES ENCORE !

'NON ! »

Elle recula sous le ton dur et ferme de la voix.

Mais il n'était pas en colère. Il était blessé.

C'était une époque de sa vie qu'il voulait oublier, une époque dont il s'était crû libéré depuis la victoire définitive sur Voldemort l'année précédente. Enfin il allait pouvoir être perçu comme un...homme normal...Un homme qui avait commis des erreurs de jeunesse,certes, mais plus comme un Mangemort potentiel...

Alors qu'elle insinue qu'il puisse encore être partisan du Seigneur des Ténèbres et de sa doctrine le peinait terriblement.

Et pourtant... N'avait-il pas violer une "Sang-de-Bourbe" ? Qu'était-ce qu'un Endoloris à côté de ça ?

C'était peut-être comme ça qu'elle le voyait. Comme un Mangemort qui s'était défoulé sur une "sang impur"... Mais non...non...

Il répéta plus calmement.

« Non. Je ne suis plus et ne serai jamais plus un Mangemort, Miss Granger. Et je vous prierai de ne plus porter de telles accusations. C'est une situation qui dépasse votre entendement...

'Je n'ai plus d'ordre à recevoir de vous ! Et quant à mon entendement, je crois avoir été assez confrontée au long de ces six dernières années à Voldemort et à ses troupes pour dire que vous ne valez pas mieux qu'eux !

'Je le sais...Je le sais...Mais vous m'avez mis hors de moi et...

'QUOI ! C'EST DE MA FAUTE MAINTENANT ! VOUS ÊTES UN IGNOBLE VIEUX SADIQUE INCAPABLE DE VOUS CONTRÔLER ET...

'GRANGER PAR PITIE CALMEZ-VOUS ! Calmez-vous... Je n'oserais jamais dire que c'est de votre faute, jamais ! C'est entièrement de la mienne. Mais après cette soirée la semaine dernière et... comment avez-vous appelé ça ? –il renifla- Le Plan-R ? Et bien...

'Le plan-R...- l'interrompit-elle – Hum...J'avais presque oublié. Comme c'est ironique...

'Ironique ?

'Vous voulez savoir en quoi il consistait,ce "plan", professeur ?

'Euh...c'est-a-dire...je pensais que c'était une simple vengeance personnelle, et...

'La première étape oui ! Mais... par la suite... mon dieu c'est presque risible maintenant ! Bon... Par la suite, je comptais... vous provoquer... vous rendre jaloux...avec n'importe qui. Je voulais vous exacerber... évidemment je ne pensais pas que vous tomberiez aussi bas !

'Je suis...

'Je voulais – continua-t-elle sans prêter attention à son énième excuse – que vous vous questionniez. Je voulais voir si vous alliez développer certains...sentiments... à mon égard. »

Severus prit le temps d'analyser l'information.

« Des sentiments ?

'Oui, vous savez, les choses que les êtres humains ressentent grâce à leur cœur ! Oh, mais j'oubliais que vous n'en êtes pas un ! Hum... C'est si dérisoire maintenant...

'Hermione...Vous...Vous vouliez que je tombe amoureux de vous ? »

Il y avait de l'incompréhension dans sa question,mais aussi...une sorte...d'attendrissement. Elle détourna la tête et se tut. Puis un vague sourire désabusé étira ses lèvres, et elle répondit d'une voix très basse, presque un murmure.

« L'amour... Je n'en attendais pas tant de vous... J'espérais... Je ne sais pas... de l'affection, de la tendresse, de la considération... Mais c'est quelque chose dont vous êtes incapable ! – finit-elle gravement.

'Ne soyez pas si dure...

'MOI DURE ? C'est la meilleure ! Venant d'un...d'un... D'UNE CHOSE dépourvue de cœur !

'J'AI UN CŒUR ! UN CŒUR QUI BAT COMME LE VÔTRE ! UN CŒUR QUI EN QUARANTE ANS A ETE TORTURE ET DECHIRE DES MILLIERS DE FOIS ! UN CŒUR QUI NE DEMANDE QU'A SE RECONSTRUIRE ! Un cœur...qui ne demande...qu'à aimer à nouveau... Mais c'est trop tard... C'EST TROP TARD VOUS COMPRENEZ ? En faisant ce que j'ai fais, en jouant avec vous, en... en vous torturant... je vous ai fait du mal, j'ai été horrible... mais je m'en suis fait aussi...Je... je l'ai détruit un peu plus... mon cœur... il agonise... il se meurt, Hermione, il se meurt... »

Il s'arrêta, la bouche ouverte, stupéfait que de telles paroles aient pu s'extraire de lui...et même que de telles pensées aient pu naître dans son esprit. C'était si... si... mièvre ! C'était le genre de discours qui lui donnait la nausée en temps normal...

Et pourtant c'était si vrai.

Toute sa vie on s'était moqué de lui, on l'avait rejeté, on l'avait même battu, il avait été un souffre-douleur. Pour son père, pour ses "camarades" de classe, pour certains de ses professeurs. Il avait eu quelques amis, mais aucune amitié n'avait vraiment été sincère. Il avait aimé plusieurs femmes, mais aucune ne lui avait rendu son amour. Il avait toujours été seul. Il en était arrivé à haïr le genre humain, à devenir pire que ces gens qu'il exécrait, à se créer cette carapace de mépris et de froideur.

Mais un être sans cœur ? Peut-être à une époque. Mais pouvait-on ressentir tant de remords, sans cœur ? Etait-on prêt à mourir pour tout réparer, sans cœur ?

« J'ai un cœur... » répéta-t-il d'une voix encore plus cassée.

C'était à elle de ne pas savoir quoi dire. Elle le dévisageait, ébahie, déconcertée, mais, il aurait pu le jurer, avec compassion. Puis elle détourna les yeux.

« Ouvrez-moi...je dois me dépêcher...il est 6h30...on ne doit pas me voir comme ça... »

Sans la regarder, il leva le sort qui verrouillait la porte. Elle l'ouvrit et fit un pas dehors, mais :

« Miss Granger...Vos retenues pour la semaine... elles sont bien entendu annulées... »

Elle s'immobilisa. Puis, sans se retourner :

« Non. Je viendrai. »

Et elle s'en alla prestement. Il l'écouta s'éloigner, jusqu'à ce que l'écho de ses pas ne lui parvienne plus.

Alors il ferma la porte, y appuya son front... et pleura silencieusement...

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Non. Je viendrai.

Pourquoi ? Pourquoi avait-elle dit ça ? Non... pourquoi voulait-elle ça ?

Il y a encore dix heures, elle aurait voulu qu'il disparaisse, qu'il ne recroise jamais son chemin.

Et là, elle venait de dire qu'elle reviendrait, tous les soirs. Pourquoi ?

Elle s'arrêta à l'angle de deux couloirs, s'appuya contre le mur, et se laissa glisser jusqu'au sol. Le contact dur avec la pierre quand elle s'assit raviva quelquepeu sa douleur, mais elle n'avait pas aussi mal qu'elle l'aurait pensé. Elle soupira.

Quand elle s'était réveillée ce matin, dans ses bras, elle s'était jeté hors du lit, horrifiée par la proximité de ce corps répugnant, de cet affreux visage, et par ce souffle chaud et malsain dans son cou...

Puis elle avait vu la fiole vide et le baume par terre. Elle avait vite deviner ce qu'il avait fait. Mais son attention tardive était tellement dérisoire à côté de ce qu'il lui avait fait subir. A côté du fait qu'il l'avait...qu'il l'avait...Les mots n'avaient pas voulu prendre forme dans son esprit, mais les images étaient là. Dégoûtantes. Répugnantes.

Elle avait renfilé à toute vitesse les lambeaux de ses vêtements et avait voulu s'enfuir avant qu'il ne se réveille. Mais elle avait oublié le sort. Elle s'était acharnée cinq bonnes minutes sur la porte avant qu'il ne s'extraie des bras de Morphée (whao...).

Il avait essayé de la consoler cet enfoiré ! Et elle s'était laissée aller un instant.

Puis ils avaient eu cette...discussion, si tant est que l'on puisse en avoir une en ces circonstances. Elle l'avait senti si repentant...triste même... S'il ne s'était pas passé ce qu'il s'était passé, elle aurait pu ressentir de la pitié. Mais les faits étaient là.

Et puis ensuite...

J'ai un cœur... il se meurt...

Il l'avait touchée. Malgré ce qu'il avait fait. Au-delà de la haine, du dégoût, au-delà de la colère, elle avait ressenti de la compassion.

Elle l'avait vu.

L'homme sensible et torturé qu'elle avait cherché derrière la carapace sèche et imperturbable, elle l'avait vu.

Et elle voulait le revoir...Elle...

« Eh bien, eh bien ! Quelle trouvaille intéressante ! Une petite Gryffondor qui a fait quelque...folie on dirait ! Il faut absolument signaler ça à notre cher concierge...

'Peeves, non ! Je t'en supplie !

'Peeves, je t'en supplie ! – singea-t-il méchamment – Hihihi ! ELEVE DANS LES COULOIRS ! ELEVE... »

Hermione s'enfuit en courant, le fantôme à ses trousses. Heureusement, elle parvint au portrait de la Grosse Dame avant l'arrivée de Rusard et...

« Sprouf à corne ! »

...se rua dans la salle commune. A son grand soulagement, elle était vide. Elle se glissa silencieusement dans son dortoir, jeta ses habits déchirés sous le lit, enfila son pyjama,et attendit.

Dix minutes plus tard, quatre réveils sonnèrent simultanément, et quatre mains émergèrent des draps pour les éteindre.

Sans attendre que ses camarades s'éveillent complètement, Hermione fila dans la salle de bain.

Elle sursauta en voyant son reflet dans le miroir. Elle était blanche comme un linge, ses cheveux formaient une masse indéfinissable, et les cernes sous ses yeux descendaient jusqu'au bout de son nez.

Elle disciplina du mieux qu'elle put sa chevelure ébouriffée, fit disparaître les cernes à l'aide d'une formule magique, mais elle ne put rien faire contre la pâleur de son teint.

Elle se déshabilla pour prendre une douche. Mais elle ne voulut pas se regarder dans la glace, ni même baisser les yeux sur elle. Elle avait peur de voir ...des marques,des marques de doigts,rouges, comme gravées au fer dans sa peau, de voir les ecchymoses qu'elle sentait sur ses cuisses. Elle ne voulait pas être confrontée à la réalité. Elle voulait oublier.

J'ai un cœur...il agonise...

Elle se glissa dans la cabine de douche. Le contact de l'eau sur elle la fit d'abord frémir,il était quasi-insupportable. Puis elle se réhabitua.Elle voulait se laver de cette nuit. Elle ne voulait plus y penser.

J'ai été monstrueux...

Mais elle ne pensait qu'à ça. Même si ses pensées étaient complètement désorganisées, sans signification véritable, confuses...

Je suis désolé...

Elle voulait...pardonner ?...Non ! S'expliquer, oui, parler. Mais pardonner...pardonner...

Elle attrapa une serviette. S'y enroula. Sortit de la douche. Et cria de frayeur !

« Hey,hey, calme-toi, ce n'est que moi !

'Oh...excuse-moi, j'ai...j'ai crû...

'Tu as crû qu'un des gars était entré, c'est ça ? Tu sais bien qu'ils ne peuvent pas monter !

'Oui...oui...je suis bête parfois !

'Dis, tu es toute pâle, tu es malade ? »

Hermione ne répondit pas et sortit sous le regard inquiet de Parvati Patil. Dans la chambre, Lavande Brown était occupée à s'étirer voluptueusement tandis que les deux autres élèves semblaient s'être rendormies. Hermione s'habilla rapidement et redescendit dans la salle commune.

Elle tomba sur Harry, Ron et Ginny.

« Bonjour, 'Mione ! –lancèrent-ils en chœur

'Bjour...

'Oh mais t'es toute...

'Pâle, je sais ! –coupa-t-elle un peu trop sèchement – J'ai mal dormi, c'est tout !

'Tu m'étonnes ! On t'a attendue jusqu'à minuit hier soir ! Qu'est-ce qu'il t'a fait faire l'autre tordu ? Trois cents potions ?

'Moi je parie que t'as dû astiquer tous ses vieux chaudrons ! C'est toujours comme ça pour moi !

'Ou alors elle a dû copier 5000 fois "Je ne suis qu'une sale Gryffondor stupide et arrogante" !

'Un peu de tout ça on va dire... – marmonna Hermione entre ses dents – En tout cas il m'a retenue jusqu'à une heure du matin, c'est pour ça que je suis fatiguée.

'Non mais quel connard ! Quelle enflure ! Quel...

'Quelle ordure ! S'il t'attaque une seule fois aujourd'hui, je te jure que je...

'Que tu ne feras rien qui pourrait nous faire perdre encore plus de points ? Très bien, Harry, c'est ce qu'il y a de mieux à faire !

'Mais...

'Mais rien du tout ! Allons manger, d'accord ?

'Bon... »

Ils se dirigèrent vers le couloir, mais quelqu'un retint Hermione par la manche : Ginny Weasley. Elle attendit que les garçons se soient éloignés, puis elle chuchota :

« Hermione...J'étais encore debout à une heure...Tu n'étais pas là...

'Euh...eh bien...j'ai...j'ai dû revenir à 1h30 !

'Je me suis couchée à 3h...J'étais inquiète, Hermione...Et appremment,j'avais de bonnes raisons de l'être...Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

'Ginny, c'est...je ne veux pas...non, tout va bien, ne t'inquiètes pas !

'Tu es sûre ?

'Oui ! Allez, viens manger !

'D'accord... Mais si tu as quelque chose à dire, 'Mione, je suis là, c'est compris ? »

Hermione lui sourit nerveusement et elles rejoinrent Harry et Ron.

Ce matin-là, Severus Rogue ne déjeunat pas dans la Grande Salle...