Chapitre 12 : Deuxième révélation (ah ben quand même !lol !)
Vous n'êtes plus seul
Avait-il bien entendu ou était-ce le fruit de son imagination ? Obnubilé par son idée de la protéger de lui-même, il n'avait cerné que des parcelles de ce qu'elle avait dit. Le reste avait sonné à ses oreilles mais était resté sur le palier. Mais maintenant qu'elle était partie et qu'il se retrouvait seul dans le silence glacial des cachots, les mots revenaient à la charge, tambourinaient dans sa tête. Il fut bien obligé de leur ouvrir la porte de son esprit.
Je ne veux pas vous perdre... Risquer de vous voir emmené loin de moi... Vous n'êtes plus seul...
En d'autres circonstances, il aurait pu penser qu'elle était... tombée amoureuse de lui. Ou du moins qu'elle s'était énormément attachée à lui. Mais comment aurait-ce été possible dans le cas présent ? A moins de faire preuve d'un époustouflant masochisme, elle ne pouvait décemment pas s'être amourachée de lui. Alors que voulait-elle dire ? Vous n'êtes plus seul... Parce-qu'elle était là ? Parce-qu'elle était là pour lui ? Pour l'aider ?
Severus renifla. C'était tellement ironique. C'était elle qui avait besoin d'aide, de réconfort, et c'était elle qui lui proposait ça à lui. Lui qui ne méritait que haine et rejet, depuis toujours. Le pire était qu'il l'avait encore blessée en refusant...la seconde chance qu'elle lui laissait. La seconde chance que personne à part Dumbledore ne lui avait accordé. Un sourire de gratitude s'afficha sur ses lèvres à la pensée du généreux, quoique loufoque, vieillard. Comment aurait réagit ce cher Albus s'il avait refusé son aide ? S'il l'avait repoussé comme il venait de repousser Hermione ? Oh, il serait sûrement revenu à la charge, encore et encore, jusqu'à le faire craquer et accepter pour avoir la paix !
Mais Hermione n'était pas Albus. Et il n'avait jamais rien fait de mal à Albus. Alors, comment pouvait-il ignorer la main qu'elle lui tendait ? Il aurait du prendre cette main égratignée, la panser, la guérir à jamais...et se guérir avec. Tout ce qu'il avait trouvé à faire, c'était agrandir la blessure, les condamner tous les deux.
Hermione n'était pas Albus, non. Peut-être que cette main ,elle ne la dirigerait plus jamais vers lui, peut-être qu'elle la laisserait saigner jusqu'à ce que la vie la quitte. A cause de lui.
Severus donna un coup de point violent sur la tranche du bureau, s'ouvrant la main au niveau d'une phalange. Il ne pouvait pas laisser faire ça ! Il devait réagir, il ne pouvait pas l'entraîner dans son dépérissement.
Il massa un moment son poing douloureux, l'air absent, sans remarquer le sang qui perlait de la plaie et s'étalait sur sa paume droite. Puis il prit un parchemin, une plume, et commença à écrire. Quand au bout d'une heure il eut fini, il se relut soigneusement, puis partit pour la volière.
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Il ne comprenait rien ! Il croyait que c'était mieux pour eux de ne plus jamais se revoir ! Mais elle voulait exactement le contraire. Elle voulait le revoir, chaque jour, chaque heure, chaque minute ! Et comment se permettait-il de refuser son pardon ? C'était elle qui aurait dû le mépriser, le bannir de sa vie, et c'était lui qui la repoussait ! Il ne voulait pas de son aide ! C'était ça ! Il ne voulait pas d'elle. Et c'était ce qui la blessait le plus. Parce-que elle, elle voulait de lui.
C'était incroyable, inexplicable, mais inévitable. Elle ne pouvait lutter contre ce qu'elle ressentait. Même si elle ne savait pas exactement quoi... Elle voulait être avec Severus. Avec le nouveau Severus. Il n'y avait plus de jeu pervers. Il n'y avait presque plus de viol. Il n'y avait plus que son cœur qui battait à tout rompre quand il l'avait regardée de son air triste et désemparé, son cœur qui s'était déchiré quand il ne l'avait pas retenue. Il n'y avait plus que la souffrance. La souffrance...amoureuse. Voilà ,le mot était sorti... Amoureuse...de Severus Rogue ?...C'était une phrase si étrange. Surtout après ce qui s'était passé. Mais elle ne savait pas vraiment dire si elle l'était. Elle n'était même pas sûre de savoir ce qu'était l'amour en fait.
Mais à quoi bon penser à ça, puisque de toute façon il n'y aurait jamais de retour. Il ne voulait pas d'elle. Et bien soit, il ne la reverrait plus ! Plus jamais ! Elle n'irait plus à ses cours. Elle n'irait plus dans la Grande Salle. Elle ne le reverrait plus...
Hermione enfonça la tête dans son oreiller pour dissimuler ses pleurs. Elle ne s'endormit que bien des heures plus tard.
Au matin, elle fut réveillée par une sorte de tapotement vif et apparemment furieux. Elle tira le rideau de son lit à baldaquin. Ses camarades semblaient dormir profondément. Elle se leva et avisa immédiatement la source du bruit.
Derrière la fenêtre close, par laquelle les premières lueurs du jour (quelle heure est-il bon sang ?) éclairaient doucement la chambre, Hermione distingua la silhouette d'un grand oiseau qui se détachait dans la lumière. Un corbeau.Avec une lettre. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. L'oiseau noir ne pouvait appartenir qu'à une seule personne. Elle ouvrit prestement la fenêtre et reçut un croassement réprobateur de la part du volatile. Il devait être là depuis des heures. Il attendit en bougonnant, du moins autant qu'un corbeau pouvait le faire, qu'elle détache le parchemin de sa patte et s'envola dans un grand battement d'ailes, non sans lui avoir donné un coup de bec vengeur sur le bout des doigts. Hermione le regarda un moment voler vers son refuge et un repos bien mérité, songeant en soufflant sur ses doigts endoloris qu'il était bien l'animal de son maître. Puis elle décacheta en tremblant la lettre, s'attendant au pire, et lut.
Très chère Hermione.
Les mots se bousculent dans mon esprit, je ne sais comment vous faire part de tout ce qui me préoccupe.
Peut-être pourrais-je commencer par m'excuser, encore et encore. Pour l'autre soir d'abord, mais j'ai crû comprendre que vous m'aviez accordé votre pardon. Ce qui m'amène à ma seconde apologie. Parce-que j'ai eu la stupidité, la cruauté même de refuser ce pardon que je vous avais pourtant quémandé. Ce pardon qui a dû vous coûter énormément de force pour pouvoir me l'offrir. Et moi, imbécile que je suis, je vous ai repoussée.
Alors, Hermione, ma chère, ma douce Hermione, excusez-moi encore. Excusez-moi de n'être qu'un idiot incapable de s'ouvrir aux autres. Excusez-moi de ne pas comprendre votre bonté et d'avoir bafoué la chance de rédemption que vous m'avez si généreusement laissée. Excusez-moi d'avoir voulu décider pour vous ce qui était le mieux. Excusez-moi d'être à ce point renfermé sur moi-même pour vous avoir laissé croire que vous ne m'avez pas profondément touché. Excusez-moi de n'être que moi, cet homme effrayé par ses propres sentiments.
Excusez-moi aussi pour la confusion de cette lettre, mais c'est l'état dans lequel je me trouve. Je suis confus. Et désespéré.
Revenez, Hermione ! Revenez, je vous en conjure ! Je ne pourrai souffrir de vous savoir encore plus malheureuse à cause de moi. Si c'est ce que vous voulez, revenez. C'est ce que je veux aussi. Que vous soyez là, auprès de moi. Excusez-moi de ne pas m'en être rendu compte plus tôt. Le fait est que j'ai besoin de vous, Hermione. Alors, s'il vous reste ne serait-ce qu'une once de compassion envers moi, et si c'est toujours ce que vous désirez, revenez.
Je ne veux plus être seul.
Je ne veux plus être loin de vous.
Je veux pas vous perdre. Nous perdre.
Revenez. S'il-vous-plaît.
Sincèrement vôtre
Severus Rogue
Hermione relut la lettre une fois, deux fois, cinq fois, dix fois, jusqu'à ce que des larmes de bonheur brouillent définitivement sa vue. Nous...
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Severus n'avait pas été tout à fait honnête, ni avec Hermione, ni avec lui –même. Il n'était pas effrayé par ses sentiments. Il était au contraire effrayé par la perspective de ne plus jamais pouvoir ressentir.
Mais elle lui avait montré, deux fois, qu'il en était capable. Il était encore capable de ressentir des choses agréables...et envers elle. Quand il lui avait écrit avoir besoin d'elle, cela lui était finalement apparu comme une évidence. Même s'il avait du mal à l'accepter. Il considérait toujours qu'il ne la méritait pas. Mais il avait laissé parler son cœur et non sa raison pour une fois.Tant et si bien qu'il s'était demandé si ce qu'il ressentait pour elle n'était pas de l'amour. Mais il avait repoussé momentanément l'idée. C'était bien trop tôt pour le dire. Et les choses étaient trop confuses pour qu'il se prononce à ce sujet. A moins que ce ne soit lui qui les rende inutilement confuses...
Il n'avait aucune idée de l'effet que produirait sa lettre. Il avait même hésité à l'envoyer. Peut-être qu'elle ne la lirait même pas. Peut-être qu'elle réagirait mal , excédée par ses changements incessants d'attitude. Peut-être qu'elle le trouverait ridicule ! Ou peut-être qu'elle reviendrait...
Seulement, il finit avec une certaine douleur par écarter cette dernière possibilité quand , à 20h30, il se trouva être toujours seul dans ses appartements. Dépité,il revêtit sa plus chaude cape et décida d'aller faire une promenade nocturne dans l'air plus que frais du parc.
Il ouvrit la porte, sortit...et se cogna dans quelque chose qui tomba à terre. Retenant un juron, il baissa un regard furieux vers le sol et constata que le quelque chose en question était en fait un quelqu'un...ou plutôt une quelqu'une. Son expression se radoucit aussitôt.
« Hermione ?
'Je vais rester longtemps par terre ou vous comptez m'aider à me relever ?
'Oh, pardon ! »
Il lui tendit la main. Quand elle y glissa la sienne et qu'il referma doucement sa prise, le temps sembla s'arrêter. Ils cessèrent de respirer et se fixèrent un long moment, ne sachant comment réagir au contact. Finalement, Hermione commença à se redresser et Severus la tira vers lui. Il lâcha la petite main et croisa instinctivement les bras, adoptant sa posture habituelle. Ils étaient à quelques centimètres l'un de l'autre. Il se décida à briser le silence.
« Vous êtes en retard. – dit-il gentiment,avec un petit sourire
'Je suis étonnée que vous ne soyez pas venu me chercher à 20h02 pétantes... »
Severus se crispa à l'allusion, choqué qu'elle ait mis un tel détachement dans sa remarque. Il commença à balbutier des choses incompréhensibles, mais elle lui sourit faiblement. Il ferma alors la bouche et la regarda d'un air embarassé. Elle le contourna et pénétra sans rien ajouter dans ses quartiers, dont il n'avait pas eu le temps de clore l'accès. Il resta là un instant, pensif. Elle était revenue. Donc elle avait lu. Et elle ne semblait ni furieuse, ni vraiment moqueuse.
Il la regarda depuis le couloir. Elle était déjà dans le fauteuil. Il sortit de sa léthargie et alla l'imiter.
« Je crois qu'il serait temps d'avoir une discussion tout à fait franche. – lui dit-elle alors qu'il s'asseyait en face d'elle
'Que voulez-vous dire ?
'Je veux dire qu'il y a des points dans une lettre que j'ai reçu ce matin qui méritent d'être éclaicis. Et des points plus personnels aussi. Et quant à moi, il y a plusieurs choses que je devrais vous dire.
'Vous êtes sûre que vous êtes prête ? Parce-que si c'est à cause de mes remarques d'hier...
'Non, pas du tout. Et puis, il n'y a pas que ça dont je veux m'entretenir. J'ai besoin de tout vous raconter.
'Bien,je vous écoute. »
Il se trouvait un peu ridicule. Il venait dans sa lettre de lui confesser des choses qu'il n'aurait jamais pensé pouvoir dire, et là, devant elle, il se comportait comme rien de plus qu'un psychomage ! Il ne manquait que le divan...
« Attendez. – reprit-elle – Quand je parlais d'une conversation franche, je voulais dire, vraiment franche. Il y a des choses que j'aimerais savoir, et d'autres que j'aimerais dévoiler, mais je ne suis pas sûre que nous arriverons à être tout à fait honnête sans...une petit aide... »
Il arqua un sourcil et fronça l'autre. Où voulait-elle en venir ?
« Puis-je vous demander de préciser votre pensée ?
'Eh bien...Je me disais...qu'une petite dose de VeritaSerum ne serait pas superflue...- proposa-t-elle très rapidement
'QUOI ? Mais...Hermione...Vous savez que son utilisation est sévèrement contrôlée, et qui plus est potentiellement dangereuse !
'C'est vous qui me dites ça ? – ironisa-t-elle
'Euh...Oui...Bon... - bafouilla-t-il en retrouvant soudainement la mémoire – Mais... Vous êtes sûre que c'est ce que vous voulez ?
'C'est indispensable. Je n'y arriverai pas sinon. Et j'émet des doutes pour vous aussi.
'Vous pensez que je pourrais vous mentir ?
'Non...J'en suis sûre. » répondit-elle avec un sourire en coin
Touché. Severus n'était pas sûr de vouloir prendre le risque de dévoiler des choses bien trop secrètes, notamment sur son passé. Mais il lui faisait confiance. Elle ne se permettrait pas d'aller fouiller dans ce qui ne la concernait pas, comme il ne se permettrait pas de la faire pour elle...enfin plus...A ce moment, il se rendit compte de la foi qu'elle devait avoir en lui pour lui demander cela, malgré tout ce qui avait pu se passer en cours ou dans cette pièce. Il en fut profondément ému.
« Bien. Si c'est ce que vous voulez.
'Oui. »
Il se leva et se dirigea vers une des nombreuses étagères qui meublaient le mur derrière lui. Il déplaça de nombreuses fioles et bouteilles avant de trouver, bien caché derrière, le flacon qui l'intéressait. C'était un flacon qu'il gardait pour menacer les élèves lors des terribles interrogatoires dont il avait le secret. Il sourit intérieurement à ce souvenir. Puis il fit volte-face.
« Je peux encore le reposer, Hermione.
'Non, emmenez-le. »
Il s'exécuta lentement, comme pour lui laisser encore le temps de revenir sur sa décision. Mais elle était déterminée.
« Je vais boire en premier, afin que vous ne pensiez pas que je pourrais vous laisser faire et me défiler ensuite.
'Je n'aurais jamais pensé ça. »
Il lui sourit gentiment et porta le liquide à ses lèvres. Il en but une gorgée, c'était bien suffisant, les effets dureraient déjà plus d'une heure. Le goût était infect. Il ressentit pendant quelques secondes un léger mal de tête. Il avait oublié. Cela faisait plus de vingt ans qu'il n'avait pas ingurgité cette potion. C'était cet enfoiré de Potter et son sale cabot qui...Mais bon, l'heure n'était pas à l'amertume. Il lui tendit le récipient et elle but à son tour. Il hésita à parler le premier. Mais le dilemme ne se posa pas longtemps, étant donné qu'elle ne tarda pas à ouvrir la bouche.
« Demandez-moi.
'Comment ?
'Demandez-moi comment j'ai vécu ça, pourquoi je réagis ainsi, demandez-moi de vous raconter !
'Vous êtes sûre ?
'Ou...Non ! Raaah, c'est efficace ! Mais ce n'est pas grave, il le faut, alors demandez-moi.
'Bien. Racontez-moi, Hermione. Qu'est-ce...qu'est-ce qui vous est arrivé cette...C'est difficile de jouer à ça vous savez ? Bon...Que vous est-il arrivé cette semaine ?
'Cela remonte à plus loin que cette semaine.
'Racontez-moi.
'Voilà...Depuis des semaines, non des mois, j'étais attirée par un homme...Un de mes professeurs. Vous voyez de qui je veux parler bien sûr.
'Oui – répondit-il, mais sans oser sourire
'C'est arrivé sans prévenir. Il m'a plu c'est tout. Je le trouvais séduisant sous ses airs revêches. Intelligent. Intéressant. Mais il était si froid. Parfois sa voix me glaçait le sang ! Je ne pouvais rien lui dire, et pourtant ça me rongeait. Je pensais tout le temps à lui. J'avais...envie de lui. – elle rougit – Mais ça me paraissait absurde. Moi, seize ans, élève studieuse et soi-disant irréprochable, et lui, professeur acariâtre – elle ignora son air courroucé – de vingt-cinq ans mon aîné. J'avais honte de penser à de telles choses. Et sans pouvoir en parler à personne en plus. Quelle honte ça aurait été ! Euh...pardon... - ajouta-t-elle en remarquant finalement ses lèvres pincées – En plus j'étais sûre qu'il me détestait. Et puis , un jour, en classe, je ne sais pas ce que je lui avais fait, mais il m'a fait tester une potion. Du VeritaSerum. Il m'a posé des questions indiscrètes. Je le haïssais de tout mon être à ce moment-là ! Et...je l'ai dit. J'ai dit que j'avais envie de lui. Il m'a giflée. J'étais effondrée. Je pensais avoir la confirmation de ma bêtise, que jamais il ne s'intéresserait à moi. Et puis le soir, je me suis rendue à la retenue qu'il m'avait donnée et j'ai vainement essayé de me justifier, pour sauver la face. Mais il ne m'a pas crûe bien sûr. Et alors, il est devenu bizarre. Il m'a déshabillée. Je ne savais pas quoi penser, ni quoi faire. Je ne comprenais plus. Et ensuite, enfin, il m'a touchée. J'étais dans ses bras. J'étais heureuse. Puis ça s'est arrêté aussi vite que ça avait commencé. Il a voulu que je le touche. Je pensais que c'était une sorte de jeu. Mais non,il se moquait vraiment de moi. Il m'a rejetée comme une moins que rien ! »
Elle fit une pause, la gorge serrée. Severus souffla un « Désolé » qu'elle ne sembla pas entendre. Elle reprit.
« Je lui en ai terriblement voulu. J'ai voulu me venger. Je lui ai fait croire que j'avais plus qu'une simple attirance pour lui. – Severus se renfrogna malgré lui – Ce n'était pas tout à fait faux, je commençais à ressentir des choses sans le vouloir. – Il la dévisagea avec un intérêt nouveau – Mais j'ai exagéré tout ça. Et j'ai fini par le laisser en plan. Il n'a pas apprécié. – elle eut un sourire amer
'En effet. »
ça lui avait échappé. Il s'excusa pour l'interruption et elle continua.
« Et puis, c'est après...que tout a dérapé. Honnêtement, au début, j'étais plutôt fière de moi. J'avais triomphé du terrible professeur imperturbable ! Ne grognez pas, vous savez comme il peut être ! Bref, j'étais fière. Mais peu à peu ,j'ai perdu de ma superbe. J'avais un peu peur de sa réaction. Et j'ai même fini par avoir des remords, ce que j'avais fait était plus digne d'un vil Serpentard que d'un Gryffondor ! »
Elle eut un petit rire au grognement contrarié qu'il émit. Puis la tristesse se peint sur son visage.
« Mais ce jour-là, mon orgueil l'a emporté sur ma peur et mes remords. Je l'ai provoqué une fois de trop. Il m'a mis une nouvelle retenue. Une semaine de retenue en fait. Je ne suis pas allée à la première. J'avais à nouveau trop peur. Il était furieux. Il est venu me chercher. J'étais tétanisée. Je pensais que j'allais recevoir le savon du siècle. Mais ça a été bien pire que ça. Il... Il...
'Vous n'êtes pas obligée de continuer, Hermione. Je...Il sait la suite.
'Il ne sait pas tout. »
Severus fronça les sourcils. Les yeux de son élève étaient humides. Il savait que c'était une mauvaise idée. Mais il n'eut pas le temps de suggérer de nouveau la fin de l'aveu.
« Demandez-moi ce que j'ai ressenti après.
'Hermione...
'Demandez-moi bon sang ! Ce que vous pouvez être contrariant !
'Qu'avez-vous ressenti ? – abandonna-t-il
'Je le haïssais. Profondément. Je lui avais fait confiance. Je voulais qu'il soit le premier, malgré tout ce qui nous séparait. C'était devenu un peu plus qu'une histoire de sexe. J'avais entraperçu des choses chez lui qui m'avaient surprise et touchée. Mais il avait agi en brute. En monstre. Je me suis sentie trahie. Je pensais qu'il n'était en fait rien de mieux que le sinistre et cruel Mangemort qu'il avait été ! Oh ! Désolée ! »
Le visage de Severus s'était crispé, mais il était plus triste qu'en colère. Après tout, elle ne disait que...la vérité.
« Continuez.
'Le lendemain, cependant, j'ai eu l'impression que le monstre était...mort. (1) Et que l'homme derrière s'était enfin libéré. Il était si triste, si désespéré. Oh, je ne l'ai pas excusé bien sûr, mais je n'ai pas pu m'empêcher de le prendre en...en...
'En pitié ?
'Non...plutôt en affection...C'était étrange. Je savais que j'aurais dû le détester de toutes mes forces. Mais après l'avoir vu comme ça, je n'y arrivais pas. Je n'y arrive pas. Parce-que je sais qu'il n'a pas voulu ce qu'il s'est passé et qu'il s'en voudra à jamais. Et parce-que je sais que ce n'était pas vraiment lui. Ce que je ne sais pas, c'est pourquoi il s'était créé ce personnage et avait fini par se faire avaler par lui et perdre le contrôle.
'Parce-que j'...Parce-qu'il était faible et lâche.
'Parce-qu'on l'avait fait souffrir ?
'Oui.Hermione...
'Je n'ai pas fini, Professeur. Vous voulez savoir pourquoi je suis revenue le voir après ?
'Oui.
'Je suis revenue ce soir-là parce-que j'avais besoin de clarifier énormément de choses dans ma tête. Et j'avais besoin que ce soit avec cet homme...avec ce nouvel homme. Mais ça, je ne me l'expliquais pas. Le problème, c'est que j'étais tétanisée devant lui. Pourtant, il s'est montré attentif, compréhensif. C'était la moindre des choses, d'accord. Mais il semblait même encore plus mal que moi. Ce qui m'a confirmé qu'il n'était plus le même. Le soir suivant, il a eu une altercation avec une amie à moi. – Severus renifla – Elle s'inquiétait pour moi. Je me suis rendu compte qu'il était urgent que je fasse quelque chose, mais j'étais perdue. Je ne savais pas comment m'en sortir. Même si je ne voulais pas me l'avouer, mais sentiments à son égard grandissaient. J'en avais honte. Je trouvais ça anormal, déplacé. Oui... Je me faisais honte. C'était invivable. Il fallait que je lui dise ce que j'endurais, le conflit qu'il y avait en moi. Je ne savais pas ce qui me poussait vers lui comme ça. Mais encore une fois il m'a repoussée ! Pour mon bien, pensait-il, l'imbécile ! – Cette fois, Severus ne releva pas, bien trop repentant et bien trop d'accord – J'étais déconfite. J'étais désespérée. J'étais anéantie. Encore plus que ce fameux soir. Et puis... »
Elle marqua une nouvelle pause. Manifestement elle était arrivée là où elle voulait en venir depuis le début de son long monologue. Monologue durant lequel Severus avait lui-même repassé les évènements selon son point de vue et avait comparé. Si selon sa propre opinion, il méritait de croupir à Azkaban, le récit de la jeune fille lui avait fait se demander s'il n'était pas en fait bon pour Sainte-Mangouste ! Comment avait-il pu être aussi aveugle ? Comment avait-il pu croire qu'elle s'était jouée de lui par pure méchanceté et non par dépit ? Et qu'elle n'était pas venue ce soir-là pour le rabaisser un peu plus ? Il n'avait pas seulement été inhumain, il avait frôlé la folie paranoïaque !
Une nouvelle vague de remords, de honte et de dégoût l'avait envahi. Puis elle avait prononcé le mot « sentiments », et toute son attention s'était reportée sur ces trois syllabes. Il l'encouragea le plus doucement possible.
« Et puis ? Dites-moi, Hermione. Qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ?
'Et puis ce matin j'ai reçu une lettre. Une lettre de lui. Une lettre magnifique. – Severus rougit – Je l'ai lue et relue des dizaines de fois. Je n'osais pas y croire. Je me demandais s'il ne disait pas les choses qui y étaient écrites juste pour être gentil.
'Non. Il était sincère. – ils se sourirent légèrement
'Il y avait tant de souffrance dans ses mots. Et tellement de tendresse dissimulée aussi. Ce n'est qu'à la cinquantième lecture je pense que j'ai vraiment compris pourquoi c'était à lui et à lui seul que je devais parler. Pourquoi je ne voulais pas qu'on me l'enlève...
'Pourquoi ? » demanda-t-il en pestant intérieurement contre le tremblement de sa voix
Hermione le regarda droit dans les yeux. Et avant même qu'elle n'ouvre la bouche, il sut.
« Parce-que je vous aime. »
