Premier Age

Le mari, les femmes et leurs amants

Notre histoire ne figure dans aucun conte ni aucune légende car j'avais refusé de la raconter jusqu'à ce jour. C'est donc du 100 exclusif. Ca se revendra cher sur le marché.

Tout commença le lendemain de mon 14ème anniversaire. La veille, j'avais eu droit à un jour de congé mais ce jour-là, j'étais forcée de travailler. Donc en ce jour maudit des dieux, je moissonnais mon champ comme tous les jours. Mon rang ne devait pas me prédestiner à travailler dur : j'étais fille de Finarfin et princesse elfe. Mon père m'en voulait depuis le jour de ma naissance, le 1er janvier de l'an 100 du Premier Age - pratique pour calculer mon âge : j'avais 100 ans de moins que le monde -. Mais naissance avait coûté la vie à ma mère, c'est pourquoi mon père m'avait réduite en esclavage dès l'âge de 5 ans. Je logeais avec les servantes derrière deux-trois bottes de foin faisant office de mur. Je n'avais jamais vu mes quatre frères. Je connaissais seulement ma soeur, nommée Galadriel, qui assez souvent, surtout en hiver, volait de la nourriture sur la table familiale pour me la donner. Ma soeur me comprenait et savait que je n'avais pas assez à manger, comparé à tout le travail que je fournissais. Elle était révoltée contre ce système horrible mais elle ne pouvait rien faire contre notre père, considéré comme le patriarche tout puissant, ayant droit de vie et de mort sur ses enfants, en particulier sur moi. Comme si ça avait été de ma faute si ma mère était morte en couche...

Donc, comme tous les jours, je moissonnais mon champ de blé - le blé était mûr en janvier, on était dans l'hémisphère sud - et cela commençait sérieusement à me brouter quand j'entendis des hurlements de l'autre côté de la plaine. Une armée ennemie se dirigeait droit sur nous. Nous étions habitués à ces attaques incessantes : notre peuple était en guerre depuis le commencement du monde, à cause d'un fou mégalo qui voulait le gouverner. Je courus vers le palais de mon père et hurlais :

- Nous sommes attaqués !

- Je sais ! répondit au loin la voix sèche de mon père. Moissonne et tais-toi.

- Je vais me faire buter.

- Ces mecs n'ont rien à te reprocher, tu n'es qu'une servante. Et puis, tu sais te battre.

Il ouvrit la porte, me fila une épée et la referma en me disant :

- Ne me déçois pas, ma fille. Le sort de tout le royaume est entre tes mains...

Il était marrant, lui... il me considérait comme sa fille que deux minutes avant que je ne me fasse assassiner par une armée d'orques enragés - sympa le père... -.

- Si tu te bats bien, tu seras augmentée, ajouta-t-il.

- Et si je me fais refroidir ?

- Je prierais pour le statut de ton âme.

- Enfoiré !

Adieu la probable augmentation. Mais traiter mon père d'enfoiré était sans doute la dernière chose que je risquais de faire dans toute ma vie qui allait s'achever alors qu'elle venait à peine de commencer. Tant qu'à faire, autant mourir après avoir dit à son père tout ce qu'on avait sur le coeur. Le lendemain, il ne pourrait plus m'en vouloir, je serais partie au paradis des elfes - paradis dont je doutais de l'existence mais bon, on va pas disserter là-dessus.

Je ne savais pas me battre. Je ne savais que couper du blé et faire le ménage... entre nous, c'était déjà pas mal car mon père, lui, ne savait ni se battre, ni couper du blé, ni faire le ménage : c'est pourquoi il se planquait dans son palais à chaque nouvelle attaque : un vrai lâche qui n'avait rien d'un roi. De plus, il comptait me marier à notre ennemi, le Seigneur des Ténèbres l'année suivante. Il pensait - à tort - que mon mariage pouvait changer quelque chose à la situation politique.

Son armée était connue comme la plus impitoyable du monde - et également la plus pitoyable - : elle semait la mort et la désolation partout où elle passait.

Je pris donc ma faucille (sans marteau) dans une main, mon épée dans l'autre et mon courage dans les deux : tant qu'à mourir, autant le faire dignement.

Je me battis tant bien que mal. En fin de compte, je n'étais pas si nulle que ça... ou alors, les orques ennemis étaient trop bêtes - ce qui était aussi une possibilité envisageable -. J'en tuais un bon millier - respect, s'il vous plaît -.

Puis, je vis une nouvelle armée, bien plus nombreuse. Epuisée et prise de panique, je partis me cacher dans ma chambre - le cagibi de 2m² entouré de bottes de foin -. Puis, je me rendis compte de mon erreur : si ces couillons ennemis avaient des torches, je finirais brûlée vive.

Fort heureusement ils n'en avaient pas. Je surveillais la scène depuis ma fenêtre - le trou de 10cm sur 20cm entre deux bottes de foin - et je vis arriver un beau - et preux - chevalier. Il me vit et s'approcha de ma fenêtre. Mon instinct de survie me disait de me planquer mais je ne pouvais détacher mon regard de lui. J'entendis beugler :

- Vous voyez quelque chose, monseigneur ?

- Non rien, ils ont tous déserté, cette bande de lâches, répondit le beau et preux chevalier.

- On se casse, vous venez ?

- Minute, partez devant, je vous rejoindrai. (il me fit signe de me taire)

- Hein ? Pourquoi ?

- Mais bordel ! Faites ce que je vous dis ! J'ai une envie pressante, j'arrive. Non mais faut les mater, ces orques !

Ce mec - si c'en était un - venait de me sauver la vie. Evidemment, il comptait pisser dans mon jardin mais bon, je comptais nettoyer plus tard. Pour le moment il s'éclipsa, disparut de mon champ de vision et entra chez moi. Je courus me réfugier à l'autre bout de la pièce. Il me dit :

- N'ayez pas peur, je ne vous ferai aucun mal.

Il manipulait les genres avec aisance et savait adapter son langage aux circonstances. C'était un mec bien. Je devais être la seule dans tout le royaume à penser ça de lui. Car de toute évidence, il était au service de notre ennemi.

Il s'approcha de moi et me dit :

- Depuis 114 ans que je parcours cette terre, de ma vie, je n'ai jamais rencontré de créature aussi belle que vous.

Je le regardais, l'air de dire : « c'est à moi qu'il cause ? Il a des problèmes d'yeux ».

- Vous n'en avez pas vu beaucoup alors. Mais il est clair que comparée à votre armée, je suis potable.

- Vous êtes plus que sublime.

- Voyez-vous, je n'ai jamais vu ma tronche dans un miroir...

- Qu'êtes-vous au juste ? Seule une princesse peut être aussi belle.

- Je suis une princesse, voyez-vous... réduite en esclavage par son propre père qui m'en veut à mort.

- Pourquoi donc ?

- Ma mère est morte en me mettant au monde. Je n'avais qu'une minute, je n'y pouvais rien.

- Vous étiez la combientième ?

- La sixième.

- A ce niveau-là, les risques de mort en couche sont élevés.

- Je n'en peux plus de cette vie.

Il me prit dans ses bras et me dit :

- Des temps meilleurs viendront. Vous avez la vie devant vous.

- Vous parlez d'une vie... je vais épouser le Seigneur des Ténèbres.

- Il n'est pas si terrible que ça...

Je m'écartais soudain de lui :

- Pourquoi ? C'est vous ?

- Non. Lui ne prendrait jamais le risque de venir sur un champ de bataille : Il se planque dans Son palais.

- Il a tout d'un grand seigneur, ironisais-je.

- Vous l'avez dit. C'est plutôt un grand imbécile. Mais ne le Lui répétez pas le jour où vous l'épouserez.

A nouveau, il m'enserra de ses bras puissants. Je me sentis défaillir tandis qu'il disait :

- Nous nous reverrons bientôt.

- Emmenez-moi avec vous, le suppliais-je.

- Je ne le peux, pour votre sécurité. Vous êtes trop jeune et trop fragile. La vie chez moi est très dure. Mais ne vous inquiétez pas, devenir une pondeuse du Seigneur des Ténèbres ne sera pas votre destin.

- Mais qui êtes-vous ?

- Je ne peux vous le dire car vous allez me haïr.

Il m'embrassa sur le front et partit aussi vite qu'il était arrivé.

J'eus du mal à reprendre mes esprits mais je savais que je n'avais pas rêvé : un beau et preux chevalier inconnu me serrait dans ses bras à peine deux minutes auparavant.

Mon père débarqua, me tirant de mon rêve :

- Mais qu'est-ce que tu fous ?

- Hein ? (l'info monte au cerveau, est analysée et la réponse redescend) J'ai essayé de ne pas me faire buter. Je crois que je mérite mon augmentation.

- On verra ça à un autre moment. Qui était exactement ce type ?

- Je l'ignore, Père.

- Il ne t'a pas touchée au moins ?

- Mais non ! Il a été très respectueux, plus que vous.

- Il est le mal en personne. Je t'interdis de t'approcher de lui.

- C'est vous, le mal en personne, pas lui.

Il me gifla violemment et me dit :

- Tu m'as compris ?

- Oui.

- Je tiens à te garder intacte avant ton mariage.

- Ce mariage ne rime à rien.

- Je t'ai demandé ton avis ? Non ! Alors va nettoyer le champ !

En tant que fille obéissante, je lui obéis, ce jour là et ceux qui suivirent (sans avoir une quelconque augmentation). Mais le souvenir du beau et preux chevalier hanta mon esprit une année durant.

Un an plus tard, j'allais me marier... Mais bon, c'était un mariage arrangé entre mon vieux et le futur marié et surtout un mariage forcé pour moi. J'avais 15 ans et j'allais déjà être casée. Mon père étant serré niveau budget, il avait eu la chance de trouver le seul type qui ne demandait pas de dot : il s'en foutait, il avait déjà une femme. Mon père voulait me marier à cette chose nommée Melkor (il n'avait plus droit à ce nom) pour essayer d'assurer une paix entre mon peuple, c'est à dire les elfes et le sien, c'est à dire les orques, les balrogs, bref, toutes ses armées, quoi.

Que je sois sa femme ou pas n'aurait rien changé à la situation : ce crétin de Melkor n'aurait jamais songé à stopper cette guerre qui durait depuis le commencement du monde et ne rimait décidément à rien, à part à dépeupler la Terre du Milieu. En plus, j'avais jamais vu sa bouille (à Melkor, pas à la Terre du Milieu) mais finalement, niveau tronche uniquement, il était potable, autant que l'eau d'Evian, quoi. De loin, on aurait dit Joe Dalton, le petit super stressé et surexcité, qui saute de partout (vous voyez Sarkozy dans les Guignols ? et bien pareil).

Finalement, je n'ai jamais regretté d'avoir épousé le Seigneur des Ténèbres, enfin, l'Emmerdeur en Chef du monde, car, grâce à lui, je n'étais plus elfe de maison, à l'image de Dobby, mon lointain cousin génétiquement modifié. J'étais destinée à m'emmerder comme un rat mort dans cette fichue forteresse, sans espoir d'en sortir un jour, ni de vivre une vie normale avec un mari normalement constitué qui m'aimerait. Ce n'est pas que Melkor ne m'aimait pas, mais bon, je ne suis devenue pour lui qu'une pondeuse de mômes.

Au contraire de Blanche-Neige, ce n'était pas un prince charmant qui m'a avait arrachée à mon triste sort d'elfe de maison. Ce prince-là était d'une autre espèce : il était prince des ténèbres. Et il n'était pas grand, ni beau ni preux. Il était petit, sec, assez potable - tout dépend de ce qu'on appelle potable -, mais il était surtout un vrai lâche, bien loin de l'image que j'avais d'un supposé prince charmant, inexistant dans mon cas.

Le grand jour était arrivé. Nous étions à Valinor, l'île des Valar (des dieux, quoi) et c'était la première fois que j'y mettais les pieds ; ce qui n'était pas vraiment le cas pour mon très cher et pas franchement tendre époux. J'étais habillée en noir (« Vous avez déjà vu une Reine des Ténèbres en blanc, vous ? » avait dit Melkor) et mon idiot de père me conduisit à l'autel au milieu de l'environnement paradisiaque (le seul point positif de la journée). Iluvatar, le créateur du monde, se tenait derrière l'autel. Il dit :

- Si nous sommes réunis ici, c'est pour célébrer l'union inutile qui va unir cet ex-Valar à cette elfe par les liens sacrés du mariage...

Franchement, Iluvatar avait raison : cela ne servait à rien de me marier à Melkor, l'ex-Valar. Enfin vint la question :

- Melkor, bien que tu n'aies plus le droit à ce nom, veux-tu prendre pour épouse Sulring fille de Finarfin ici présente ?

- Ben, mouais, pourquoi pas, répondit-il d'un air « bof, m'en fous. Va pour une autre femme. La polygamie, c'est pas si mal que ça. ».

Bien que surpris par la réponse, Iluvatar poursuivit :

- Sulring fille de Finarfin, voulez vous prendre pour époux la chose autrefois nommée Melkor ici présente ?

- Ah, parce que j'ai le choix ? fis-je. Trop cool. Alors je dis non.

- Elle dit oui, dit mon père, passablement énervé.

- Père, vous m'emmerdez.

- Tais-toi ou je lui demande de te transformer en orque : tu lui seras plus utile.

- Je n'ai pas besoin de votre autorisation pour transformer des Elfes en Orques, voyez-vous, fit Melkor, lui rabattant le caquet. Et si vous continuez, je vous amène à Angband et je le fais avec vous.

- Bon, je répète ma question, coupa Iluvatar qui avait visiblement assez des disputes entre mari et beau-père. Sulring fille de Finarfin, voulez vous prendre pour époux la chose autrefois nommée Melkor ici présente - deuxième édition - ?

Je ne répondis rien. Mon père devint rouge de fureur. Il m'envoya un coup de poing dans le ventre.

- Mpf. Ouille, dis-je.

Iluvatar prit ça pour un « oui » et dit :

- Bon, si vous êtes d'accord, et même si vous ne l'êtes pas, je m'en fous, je vous déclare unis par les liens sacrés du mariage. Embrassez-vous.

Melkor se vit obligé de m'embrasser. Il le fit, mais sans trop de convictions.

- Merde ! Où j'ai fourré les alliances ? fit une voix dans la foule restreinte (30 péquenots).

- Sauron, tu veux une claque ? T'as un QI de balrog, toi ! s'énerva Melkor.

- Ne vous fâchez pas, Maître, je les ai retrouvées, fit le dénommé Sauron qui avait pris une teinte rouge pivoine qui lui allait fort bien, d'ailleurs (il était mimi, comme ça. Ce gars devait sans doute être un tombeur de filles). Mais le pauvre était garçon d'honneur. Quelle manque de chance, je l'aurais plus vu à la place de l'époux...

Il s'avança, enfin, rampa vers l'autel et tendit les alliances à son maître. Melkor s'empara de la mienne et me la colla avec le minimum de délicatesse au doigt (s'il avait été trop doux ç'aurait pas été drôle). Personnellement, je n'avais jamais vu une bague aussi moche : elle était noire comme l'âme de Melkor (en admettant qu'il en aie une) et avec une tête de balrog dessus (sur la bague, pas sur l'âme de Melkor). Quant à la sienne (la bague de Melkor, pas celle du balrog), c'était la même chose avec la tête de l'orque élu premier prix de laideur de l'année : il devait être son général : par la suite, j'ai pu remarquer que chez les orques, les plus laids étaient les plus gradés (faut bien que ça serve à quelque chose, d'être moche).

- En espérant que cela t'aidera à retrouver la bonne voie, dit Iluvatar à Melkor.

Melkor le regarda, l'air de dire : « Laisse bèt' mon vieux, je suis irrécupérable et même pas recyclable ».(ah bon, il pollue ?)

Mon père quant à lui, essaya de bien se faire voir : il dit à mon mari :

- Soyez assuré, Seigneur Melkor, que ma fille sera soumise et obéissante.

- En vérité, elle n'aura pas le choix.

Je bouillonnais de rage. J'eus envie de piquer l'épée de Melkor et de pourfendre à la fois mon père et mon mari. Mais je me retins. Il y avait trop de témoins ce jour-là.

Sur ce, nous avons pris le bateau pour rejoindre la Terre du Milieu. Manque de pot, les orques aux rames ramaient mal : j'avais le mal de mer (tu parles d'un voyage de noces...). Melkor fit comme si de rien n'était. Au bout d'un mois, nous sommes enfin arrivés sur la terre. Melkor et moi avons été mis sur des chaises à porteurs. Mon estomac tanguait en même temps que la chaise, c'était atroce. Nous étions escortés par les 30 péquenots ayant assisté au mariage. J'insistais pour marcher avec eux. Melkor me dit :

- Punaise, t'es contrariante... On dit que moi, je suis chiant, mais toi, t'es pire.

Mais il me laissa les suivre à pied. Tant mieux. Nous sommes arrivés dix jours plus tard à Angband. La forteresse me faisait penser à une prison (elle l'était aussi ; elle était multi usages et Melkor l'avait eue en promo) : d'un style gothique avec plein de pics (visez la rime), noire comme la nuit et l'âme de celui qui y vivait, fermée par un double grand portail en fer (voyez les Chartreux, ben pareil), gardé par une espèce de bête moche et terrifiante. Je ressentis une impression étrange lorsque la porte se referma derrière nous, comme si mon destin se scellait en même temps que la porte se refermait, comme si j'étais moi aussi prisonnière de ces murs. On nous fit un banquet de bienvenue, ce qui me dégoûta à jamais de manger de la bouffe made in Angband. Puis on me conduisit dans mes appartements. Contrairement à ce que je pensais, ceux-ci étaient très jolis, on se serait presque cru dans un palais de Valar à Valinor, avec la verdure en moins (allez essayer de trouver un arbre à Angband... bonne chance, Melkor a dû tous les fumer...). Mais je savais bien que j'avais peu de chance de quitter un jour cet endroit.

Je fus présentée à la Première Epouse, nommée Miriel. Elle me paraissait assez sympathique, et surtout, comme moi, pas très ravie d'être retenue prisonnière ici.

Trois jours plus tard, j'eus l'immense surprise de voir débarquer une elfe inconnue dans mes appartements. Elle me semblait assez étrange mais je n'en montrais rien. Elle ne parlait pas et était accompagnée par mon mari qui me la présenta. Elle se nommait Elwing et était sa Troisième Epouse. Je me disais que mon mari n'avait vraiment pas perdu son temps. Il ne s'était pas embarrassé d'aller la chercher à l'autre bout du monde ni de l'épouser officiellement à Valinor. Il l'avait importée d'une ville lointaine où vivait un grand roi, lequel avait accepté d'offrir sa seconde fille au seigneur des ténèbres, espérant ainsi conclure une paix entre leurs deux peuples qui se haïssaient depuis des siècles. Mais rien n'y fit. La pauvre Elwing était condamnée à rester dans cette forteresse pour le restant de ses jours, sans que sa captivité eut changé quelque chose à la situation politique. Son destin ressemblait étrangement au mien.

Elle me salua brièvement puis prit place dans ses appartements, à côté des miens. Je n'en entendis jamais plus parler durant les cent ans qui suivirent. Elle était enfermée dans sa condition de concubine ignorée, comme nous l'étions toutes.

Par la suite, mon cher et pas tendre époux ne prit même plus la peine de nous présenter ses épouses. Il en avait d'ailleurs accumulé une certaine quantité en une dizaine d'années.

Deux ans plus tard, mon mari (enfin, la chose qui me servait de mari) était toujours aussi aimable, comme une porte de prison ou la porte de sa forteresse, c'est pareil... Il était aussi toujours autant obsédé par sa guerre qui n'en finissait pas (la guerre de mille ans, avant celle de cent ans). Ce jour-là, il avait convoqué ses généraux (et quelques serviteurs en civil), dont celui représenté sur son alliance : c'est d'un romantisme, mais c'est Melkor, qu'est-ce que vous voulez... A son âge (vieux comme le monde), on n'allait pas le changer.

Mon destin a basculé ce jour-là. Parmi les laiderons orques se trouvait un homme (enfin, il était impossible qu'il ne soit qu'un homme) d'une beauté éblouissante qui contrastait beaucoup avec les orques. Aucun être vivant ne l'égalait, que ce soit sur terre, au ciel ou à Valinor. Je croisais son regard. Mon sang ne fit qu'un tour. Il nous fut impossible de détourner les yeux l'un de l'autre pendant dix bonnes minutes, temps au bout duquel Melkor s'aperçut que son beau gosse de général en chef avait l'air d'avoir une apparition.

- Bon, t'as fini de reluquer ma femme, oui ? fit-il.

- Ce n'était pas ce que je faisais. J'ai eu une vision, mentit le gars.

Sa voix était douce et mélodieuse. Je n'en avais jamais entendue de pareille.

- T'es voyant, maintenant ?

- Depuis toujours, Maître.

- Ah bon, c'était pas dans ton CV. Au fait, qu'as-tu vu ?

- La victoire, votre victoire, monseigneur.

- Envoyez toutes les légions. Ne cessez l'assaut que lorsque la cité sera prise. Tuez les tous.

- Ben pourquoi ? fit le beau mec.

- Fais ce que je te dis ! Tu connais la politique ici : JE parle et vous, vous obéissez.

Après ces ordres très pacifistes, les généraux se prosternèrent une nouvelle fois devant Melkor et s'en allèrent à reculons. Avant de sortir, le gars sur qui j'avais flashé et dont j'ignorais le nom me lança un dernier regard dont je ne pus saisir la signification et que je ne pus jamais oublier.

Désormais, il hanta mes jours et mes nuits pendant des années. La nuit, ce n'était pas Melkor que je voyais, mais lui. J'étais sûre de l'avoir déjà rencontré auparavant mais je n'arrivais pas à me souvenir de son nom : en vérité, il avait refusé de me le dire. Il me hantait depuis des années déjà, depuis ce jour où il était venu au palais de mon père et l'avait attaqué. Ce jour-là, il m'avait sauvé la vie et je n'avais jamais pu l'oublier. Etais-je en train de tomber amoureuse ? Sûrement. Je me disais que si je ne trouvais pas le moyen de le voir encore une fois, j'en mourrais. Il fallait à tout prix que je l'oublie. Une elfe de ma condition, une fois mariée, n'avait pas le droit d'aimer un autre que son mari, enfin, c'était en théorie, ça, mais en pratique, c'est différent. Dans ce cas-là, il y avait de quoi déprimer. Une elfe normalement constituée aime et est aimée en retour, alors espérer de l'amour venant de Melkor... Ce type était incapable d'aimer, rien qu'à voir le temps qu'il passait dans mon lit. J'en suis arrivée à me demander pourquoi il venait me voir - et me sauter - si peu de temps. En fait, je n'étais pour lui qu'une de ses 100 pondeuses de mômes, rien qu'une usine, récompensée quand elle marchait et engueulée quand elle ne marchait pas ou pondait une fille. A peine mégalo, mon mari compter épouser encore 363 femmes après moi. Comme si deux ne lui suffisaient pas...

J'appris la dure loi de la vie dans la forteresse chez la 1re épouse, nommée Miriel. Nous n'étions justes bonnes qu'à pondre des mômes. Nous étions gardées au plus profond de la forteresse comme un trésor inestimable auquel personne, à part le seigneur des lieux, n'avait le droit de toucher, et dont la plupart des habitants ignoraient l'existence. Notre vie se résumait à passer 5 minutes avec notre mari lapin (et encore, je suis généreuse) dans l'année toujours le même jour de l'année et à la même heure : un planning spécial avait été prévu à cet effet. Il restait à espérer que nous ayons un jour un héritier mâle. S'ils étaient des garçons, les enfants que nous avions de lui nous étaient retirés dès leur plus jeune âge et élevés à la dure, à la spartiate. Mais nous étions reconnues alors pendant quelques années et recevions des privilèges. Mais si l'enfant était une fille, elle restait dans l'anonymat et nous devions l'élever seules. Le même cirque se répétait toutes les années à des jours bien précis : le mien était le 2 janvier, le lendemain de mon anniversaire - vous parlez d'un cadeau - et celui de Miriel était la veille (tout un programme...).

Melkor avait un grand projet depuis qu'il m'avait épousée : avoir 365 femmes. Une par jour, ce qui augmentait ainsi ses chances d'avoir un héritier mâle. Il en épousait en moyenne une tous les trois jours. Ce n'était pas la fièvre acheteuse qui s'était emparée de lui (ni la fièvre aphteuse d'ailleurs) mais quelque chose du même genre sauf que les marchandises étaient des femmes elfes. Certaines considéraient comme un honneur d'être mariées à un type pareil. Elles avaient sans doute pour ambition de devenir favorites, et maîtresses du monde si jamais - oh grand malheur - Melkor arrivait un jour à régner sur le monde. Si ce jour maudit arrivait, le monde serait alors vide de tous ses habitants, du moins, ceux qui auraient refusé de se soumettre à son autorité, parmi eux, mon peuple. Ne vivrait alors dans le monde que des innommables orques et quelques humains peu scrupuleux, préférant trahir leurs ancêtres plutôt que de se faire tuer.

Un an après, j'allais le voir (à vrai dire, j'en avais assez de jeûner). Il me dit :

- Bonjour Sulring, comment tu vas bien ?

Ce type avait une mémoire d'éléphant, pour arriver à mémoriser aussi vite les noms de ses épouses.

- Ben... ça baigne quoi. Et vous ?

- Perso oui. Il fait beau, il fait chaud... (la vie coule comme une chanson quand on sait qu'une fille est aimée d'un garçon) bon trêve de plaisanterie, si t'es venue me voir ce n'est pas pour parler de la pluie et du beau temps.

- En fait, c'est assez délicat à exposer. Disons que... je crève la dalle.

- Mais pourtant on a fait un grand banquet hier pour mon mariage avec ma 160ème épouse. Je ne comprends pas (du ton Raphaël Poulain)

- Sauf votre respect, c'est vraiment infect, ce que vous nous faites servir.

- Ah. C'est de la viande d'orque...

- Tout s'explique !

- Ouais en fait j'en ai tellement que...

- Mais figurez vous que je suis une elfe et que les orques étaient des elfes avant. Donc ça fait un peu cannibale, votre truc.

- Ecoute, qu'est-ce que tu veux, au juste ?

- Quelque chose de mangeable, j'en sais rien moi... vous savez, nous les elfes utilisons une sorte de pain de route qui nourrit très bien, ça s'appelle du lembas.

- Mais c'est infect ce truc ! Ca n'a pas de goût !

- C'est déjà moins pire que de la viande d'orque. Et puis, il en existe des aromatisés : à la vanille, à la fraise, au chocolat, même à l'ananas... et puis vous avez des salés aussi : au jambon, au saucisson, au boeuf, au poulet... et même au fromage...

- Bon, écoute Sulring, si je commençais à me plier à tous les souhaits de mes épouses, je n'en finirais pas, alors si tu veux importer du lembas, tu le fais mais tu te débrouilles !

Je le quittais, pensant « vous n'aviez qu'à pas être polygame ». Finalement, je m'arrangeais avec ma suivante Eärwen pour importer du lembas (non mais faut pas pousser !)

Un jour, ma suivante, qui me servait aussi de voyante - suivante multi-usages, en promo - , me prédit mon avenir, comme tous les ans.

- Un danger vous menace, fit-elle. Il s'agit d'un maïa, il menace votre coeur. Vous l'avez déjà rencontré mais vous ignorez qui c'est et vous désespérez.

Ca y était ! C'était lui, l'inconnu de la salle du trône, qui m'obsédait depuis si longtemps. J'ignorais encore ce qu'il pensait de moi, mais si je le faisais venir, je n'oserais jamais lui avouer mes sentiments, rien que par crainte de sa réaction et celle de Melkor par la même occasion. Pourtant, je tenais à savoir qui il était. Je répondis donc :

- Dis-moi son nom.

- Sauron.

- C'est joli.

- Vous trouvez ? Ce nom signifie l'abominable.

- Peu importe. Le mien, c'est pas mieux, ça veut dire vent froid.

- Il est le plus fidèle serviteur du Maître. Il n'y a pas d'être plus cruel et plus abominable - d'où son nom - que lui. Et sa beauté légendaire n'a d'égale que sa cruauté.

- Fais-le venir.

- Je doute que ce soit une bonne idée. Aucune femme ne peut lui résister. Vous mettrez votre vie en danger vis-à-vis du Maître et vous sombrerez dans le désespoir.

- Au stade où j'en suis... Bon, fais-le venir.

Elle s'exécuta. Quelques heures plus tard, celui qui m'avait hantée pendant près de quatre ans entrait. Il enleva son chapeau, se recoiffa (parce qu'il le valait bien), me fit un grand sourire, montrant ses dents d'un blanc immaculé ting et se prosterna aussitôt devant moi et me demanda :

- Puis-je savoir pourquoi vous m'avez fait mander, ma Reine ?

- Laisse-nous, ordonnais-je à ma suivante.

Elle s'exécuta, l'air pas rassurée. Je m'avançai vers lui, en tremblant légèrement. Il ne fallait pas qu'il sache ce que je ressentais. Mais de toute évidence, il l'avait déjà deviné.

- Ma chère, j'avais ouï dire de votre beauté mais je ne croyais personne tant votre éloge était grande. Je me rendais compte qu'il ne pouvait en être autrement.

Je le regardais d'un air enchanté, émue par le fait que non seulement il était beau comme un dieu mais qu'aussi, il avait plus qu'un grain de maïs dans le crâne, contrairement à la plupart des individus masculins que j'avais croisés jusque là.

- Il est inutile de vous agenouiller devant moi. Car nous sommes tous les deux dans la même situation, soumis à la volonté de Mel...

- Ne prononcez pas Son nom, me coupa-t-il à voix basse. Il y a bien longtemps qu'Il ne le mérite plus.

- Soumis à Sa volonté, concluais-je. Quant aux raisons pour lesquelles vous êtes ici, il n'y en a point. Je tenais à m'assurer que c'était bien vous.

- Moi qui quoi ? Qu'est-ce que j'ai encore fait ?

- Depuis ce jour dans la salle du trône, je n'ai cessé de penser à vous. Est-ce vrai que vous avez eu une apparition ?

- Non, mais je ne pouvais pas Lui avouer que je vous contemplais. Mon esprit s'était aventuré hors de l'espace et du temps, et je nous voyais, moi à Sa place et vous à mes côtés.

- Si seulement ceci pouvait arriver...

- Cela arrivera, mais quand, ça, je l'ignore. Dans le fond, c'était bien une vision. Nous sommes destinés à nous unir pour le meilleur et pour le pire.

Dans le fond, il était voyant.

- Quel âge avez-vous ? lui demandais-je.

- A peu près 125 ans (vieux comme le monde, quoi).

- Vous ne les faites pas.

- L'âge n'a aucun impact sur moi, ma belle. Je suis immortel. Et vous, quel âge avez-vous ?

- 21 ans.

- C'est bien jeune pour une Reine des Ténèbres.

- Je L'ai épousé à 15 ans.

- Je me souviens, je vous avais vue. C'était moi, l'idiot au QI de balrog et qui croyait avoir perdu les alliances. A cette époque, je pouvais choisir entre rester à Son service ou m'en aller. J'ai choisi de rester.

- Qu'est-ce qui vous a décidé ?

- C'est mieux payé ici et surtout, je souhaitais pouvoir vous rencontrer. J'ai enfin eu cette chance aujourd'hui. Je n'y croyais plus.

- Je me demande si vous êtes sincère. Disons que, enfin, ça paraît trop gros, quoi...

- Complètement irréel ? Mais ça ne l'est pas. Pour la première fois de toute ma vie, je dis la vérité.

- Ecoutez, j'aurais quelque chose à vous dire.

- Allez-y, je suis toute ouïe. Et si ça peut vous rassurer, je ne le dirai à personne. Si vous dites qu'Il est un vieux schnoque de tyran sanguinaire et que vous ne pouvez pas Le sentir, je ne dirai rien. Ou si par exemple...

- Sauron, taisez-vous un peu, lui dis-je.

Je pouffais de rire à la description de mon mari en vieux schnoque de tyran sanguinaire. Je doutais de sa parole (à Sauron, pas à mon vieux schnoque de mari) - après tout, il était connu des services de police (Sauron toujours, pas mon vieux schnoque de mari) comme le pire menteur et trompeur du monde, doué pour séduire les gens avec sa belle apparence puis les tromper, les exploiter et les corrompre. Mais je n'allais pas reculer, pas maintenant. J'allais dire ce que j'avais sur le coeur et qui me tourmentait depuis tant d'années.

- Sauron, je vous aime, lui dis-je d'une traite.

Sur le coup, j'ai regretté de l'avoir dit. Il leva les yeux vers moi et me considéra d'un air étonné, paraissant presque idiot. Suivirent ensuite dix minutes d'un silence pesant pendant lequel nous sommes restés en contemplation mutuelle et béate. J'aurais donné n'importe quoi pour disparaître à ce moment-là, mais j'étais clouée au sol, dans l'incapacité de bouger. Il répondit enfin :

- C'est une blague ? Si c'est le cas, c'est franchement pas drôle.

Je ne m'attendais pas à cette réponse. De toute évidence, il ne me faisait pas confiance.

- J'ai une tête à blaguer ? Mon cher Sauron, je pensais que vous aviez une meilleure opinion de moi. Je vous aime et c'est la vérité. Mais Lui dire la même chose, cela s'appellerait de l'hypocrisie. Vous aviez raison : C'est un vieux schnoque de tyran sanguinaire.

- Dans ce cas-là, je peux vous dévoiler mon coeur moi aussi. Je n'osais pas vous le dire. Vous paraissiez tellement irréelle et inaccessible. Vous êtes si belle. Depuis que je vous ai vue dans la salle du trône, votre visage m'a hanté tous les jours et toutes les nuits. Moi aussi, je vous aime, et ce, depuis la première fois que je vous ai vue. Maintenant, c'est dit, lâcha-t-il avant de soupirer comme s'il était libéré d'un grand poids.

- Oups, problème, lâcha ma suivante qui était revenue entre temps.

- Que fais-tu ici ? lui demandais-je.

- Je suis venue voir si tout allait bien.

- Tout va bien, très bien, fis-je d'un air rêveur sans pouvoir détacher mon regard de Sauron.

Ma suivante s'en alla en lâchant un grognement qui voulait dire : « et merde, j'en étais sûre ».

- Elle a raison, dit-il (Sauron, pas le grognement). Nous n'avons pas le droit de nous aimer.

- Je sais, nous ne sommes pas libres. Il nous tient sous Son contrôle et nous ne pouvons rien y faire. Mais je prends quand même ce droit et je vous ordonne d'en faire autant. Et si ça ne Lui convient pas, Il ira voir à Valinor si j'y suis. Et tant pis si je risque ma vie. Je n'ai plus rien à perdre. Et vous ?

- Il y a longtemps que je n'ai plus d'espoir d'être libre. Plus rien ne me raccrochait à la vie avant ce jour. Vous m'avez redonné espoir. J'attendais ce moment depuis 7 ans, le moment où je pourrais enfin vous revoir.

- De quoi parlez-vous ?

- Vous aviez dû vous battre contre la moitié de mon armée : votre père vous avait abandonnée sur le champ de bataille.

- Alors c'était bien vous, le grand et beau preux chevalier qui m'avait sauvé la vie... je n'avais pas capté sur le coup, il ne faut pas m'en vouloir.

- Je ne vous en veux pas, ne vous inquiétez pas. Seulement vous devez encore ignorer comment votre peuple m'a appelé.

- Je sais juste que votre nom veut dire l'abominable. Le mien veut dire vent froid, c'est pas mieux. Sinon, je ne vois pas en quoi cela pourrait poser un problème.

- On m'appelle Sauron le détesté. C'est pour ça que je ne vous ai pas crue au début.

- Ah. Maintenant vous pouvez me croire. Je serai celle qui ne suivra pas cette règle.

- S'Il l'apprend, nous sommes morts. Mais bon, si vous le souhaitez... Je risquerai ma vie pour vous. Rien ne pourra vous arriver tant que je serai avec vous.

- S'il vous plaît, cessez de parler, So-so.

Il étouffa un rire, s'approcha de moi, me regarda. Il me prit les mains - elles étaient glacées - et il fit jouer son souffle sur mon visage. Après ce long et langoureux prélude, il m'embrassa enfin. Ce fut le meilleur moment de toute ma vie. La température de mon corps augmenta et je souhaitais que cet instant s'éternise, comme toujours après un vrai premier baiser d'amour.

- On est cuits, dis-je quand ce fut fini (et ça en mis du temps avant que cela ne finisse, mais il me laissa pantelante de désir).

- Je sais mais personne, même pas Lui, ne peut quoi que ce soit contre notre amour.

Il répéta l'opération, cette fois plus longtemps (imaginez le temps qu'il a pu durer ce second baiser !). Il m'allongea sur mon lit, il voulut commencer ce qu'on fait habituellement à cet endroit-là, mais il se ravisa à temps et décolla son bec du mien à mon plus grand regret.

- Il vaut mieux s'en tenir là pour l'instant, me dit-il.

- Ah bon ? Pourquoi ?

- Vous êtes trop jeune pour ce genre de choses.

J'étais à deux doigts de lui coller deux tartes (ou, simplification par 2, à un doigt de lui coller une tarte).

- Trop jeune ? Vous me prenez pour qui ? Si c'est ce à quoi vous pensez, je l'ai déjà fait avec Lui. Cela fait deux mois. Et ça a duré moins de temps qu'il faut pour le dire : Il est comme le Concorde, c'est un supersonique. Là, j'attends déjà un enfant. Disons, qu'en plus, Il avait déjà essayé quelques années auparavant mais j'étais encore dans l'incapacité physique de faire des mômes.

- Pardonnez-moi, je ne souhaitais pas vous offenser.

- Cela ne fait rien, mais vous avez raison : il faut d'abord mieux se connaître.

- Je peux vous faire une confidence, je ne l'ai jamais fait avec qui que ce soit, car personne avant vous ne m'avait aimé tel que je suis et pas comme l'abominable et cruel Sauron le détesté. Evidemment, un casier judiciaire comme ça, ça n'aide pas. Mais, je l'avoue, j'ai déjà commis d'horribles crimes, je n'étais pas moi-même à ces moments-là. Chaque fois, Il me contrôlait et je ne pouvais rien contre Son influence.

- Je comprends. Ce n'est pas tous les jours facile.

- Puis-je disposer ?

- Oui, vous avez mon accord. Vous partez en guerre, non ?

- Si, et je trouve cette guerre stupide.

- Quand reviendrez-vous ?

- Dans six mois au mieux. Pourrais-je vous revoir à mon retour ?

- Quand vous voudrez. Je ne fais rien de toute la journée et la nuit, quand Il ne vient pas me sauter, je dors.

- Ah bôôôôôn ?

- Oh, ça va, on dirait Melkor et son humour à deux balles, qui plus est, cette remarque est un tantinet déplacée dans votre bouche...

- Evitez de prononcer Son nom, je vous prie. Bon, je dois partir. J'ai été enchanté de faire votre connaissance, Sulring fille de Finarfin, Oh ma bien aimée. (il avait le don de me faire rougir de plaisir)

- Moi aussi, Sauron, fils de... de qui au fait ?

- Personne, j'ai été créé en même temps que les autres Ainur : une sorte de génération spontanée, voyez-vous.

Sur ce, il m'embrassa une dernière fois et sortit, me laissant allongée dans une léthargie quasi-totale, et dans une attente que lui seul pouvait combler. Mon corps était en train de bouillir : il atteignait les 100°C. Ma suivante, Eärwen, entra et me sortit de mon rêve.

- Je vous avais prévenue, c'était une folie de le faire venir ici, me dit-elle en m'aidant à me relever.

- Et oui, tu avais raison, j'avais tort et le tort tue. Maintenant, verse-moi un seau d'eau sur la tête, histoire que je refroidisse. Ou va chercher des glaçons, ce sera plus efficace. Non, finalement je vais prendre un bain froid.

- C'est votre dernier mot ?

- Oui.

Elle me remplit aussitôt un bac rectangulaire qui faisait office de baignoire d'eau glacée.

Quelques sept mois plus tard, j'étais sur le point d'accoucher (donc, j'étais effectivement enceinte, quoi...). Un orque fit irruption dans mes appartements.

- Mais, dégage, toi ! Qui t'a permis de rentrer ? lui criais-je.

- Ne vous mettez pas en colère, ô Sulring, notre Reine...

- Ca va, accouche.

- Ce sera bientôt votre cas, fit cet idiot en riant.

- Au lieu de faire de l'esprit, dis-moi ce que tu fous là.

- C'est Sauron qui m'envoie. Il demande à vous voir, il est revenu.

- Très bien, mais dis-lui de venir, je ne peux pas me déplacer. Allez, grouille ! T'attends quoi ? Que j'accouche ?

Il s'exécuta. Une heure plus tard, j'étais allongée et je beuglais comme un goret qu'on égorge. Pour la première fois depuis neuf mois, Melkor était à mes côtés. Il voulait s'assurer que je lui aie bien pondu un héritier mâle. Parce que d'après lui, une héritière ne servait à rien : il n'imaginait pas une fille lui succéder ; il n'imaginait même pas un mâle, sauf peut-être Sauron lui succéder sur le trône de l'Emmerdeur en Chef du monde, autrement dit, du Seigneur des Ténèbres. A propos, Sauron venait de se pointer.

Melkor se contenta de lâcher de son ton idiot habituel :

- Sauron, qu'est-ce que tu fous là ? C'est pas ton môme, c'est le mien !

Sauron prit aussitôt une teinte rouge orangée - le rouge pivoine lui allait mieux - et chercha à se justifier. Il n'allait pas dire ce qu'il pensait : « bien sûr, c'est ton môme mais je suis venu voir ta femme parce que je suis fou d'elle ». Il se ressaisit pourtant rapidement et répliqua :

- Pour savoir si ce serait un garçon ou une fille.

- Parce que tu savais qu'elle était en cloque ?

- Je l'avais vu... (qui a Vu verra. Vu ?)

- Ah oui, c'est vrai, il paraît que t'es voyant.

Il se tourna vers moi et beugla :

- Bon alors, t'accouches, oui ?

- Si le môme a le même sale caractère que vous, ça promet, lui lançais-je. Et puis, patience est mère de vertu, alors si ça te va pas, tu vas voir à Valinor si j'y suis pas ! Pigé ? On n'emmerde pas une elfe qui accouche !

Sauron éclata de rire. Il fut le seul. Melkor nous lança un regard plus noir encore que son âme (et ce n'est pas peu dire) et un silence pesant s'installa. Il fut rompu par le cri de mon enfant quelques instants plus tard. Melkor y jeta un coup d'oeil (sur l'enfant, pas sur le cri).

- Et merde ! C'est une fille ! Qu'est-ce que je vais faire d'une fille, moi ?

- Ben, elle vous succédera. Après tout, Cléopâtre aussi était une femme. Elle a bien régné.

- Cléopâtre était Reine des Ténèbres, peut-être ? brailla Melkor, furieux.

- Non, mais si son nez eut été plus long, cela aurait changé la face du monde, dit-on.

- M'en fous, lâcha mon adorable mari.

Il s'en alla en claquant la porte, ravi d'être père. Je jetai moi aussi un coup d'oeil au fruit de mes entrailles (qui était béni) et que ma suivante venait de me donner.

- Elle est magnifique, comme sa mère, fit Sauron d'un air ébahi.

Je le regardai, l'air de dire « quel amour, ce gars ». Mon ventre se mit à dégonfler comme un ballon crevé et retrouva sa platitude habituelle (pratique, même pas besoin de faire un régime. Bienvenue dans le pays de l'imaginaire.). Je lançai à l'amour de ma vie :

- Il faudrait peut-être lui trouver un nom.

- Ilmarë, dit-il d'un ton rêveur.

- Pourquoi pas. C'est joli. Vous connaissez quelqu'un de ce nom-là ?

- Ilmarë est une maïa, comme moi. Elle est la servante de Varda, l'épouse de Manwë. Longtemps je l'ai aimée mais elle me haïssait car j'étais à Son service. Mais maintenant, j'ai l'habitude, d'être détesté.

- Vous n'êtes pas le seul. Pour ma part, j'étais la dernière d'une famille de six enfants. Les cinq autres ne m'ont jamais acceptée, ma naissance à coûté la vie à ma mère et mon père s'est débarrassé de moi il y a sept ans en me faisant épouser Mel... euh, Lui, quoi. Dans le fond, je lui en suis reconnaissante, il m'a menée à vous. Sauron, je vous aimerai toujours.

- Il y a intérêt, oui, fit-il en riant. Je peux la prendre ?

Je lui prêtais ma fille (à rendre dans 15 secondes, dernier délai, sinon, c'est une amende) et il resta quelques instants à la contempler. Elle lui souriait. Puis, il me la rendit et m'embrassa encore une fois. Je ne pus m'empêcher de dire :

- Ca pique, vous auriez pu vous raser.

- Je n'ai pas eu le temps, dit-il d'un air indigné et charmé. Je reviens de la bataille. (à croire qu'il passait son temps à se battre, ce qui était le cas)

C'est à ce moment que Melkor entra de nouveau, histoire de se donner bonne conscience - encore fallait-il qu'il en ait une, de conscience.

- Sauron, dégage, et arrête de draguer ma femme ou je te castre, ordonna-t-il.

- Mais ce n'était pas mon intention, Monseigneur, fit-il avec un sourire hypocrite jusqu'aux oreilles (sa spécialité).

- Fais ce que je te dis, et puis va te raser, t'as une drôle de tête.

Il sortit en grommelant « quel emmerdeur, çui-là... ». En vérité, Sauron ne haïssait pas son maître. Il était pour lui comme un père spirituel, qui lui avait tout appris. Mais comme individu normalement constitué, il avait des défauts. Sauron s'en voulait assez de lui piquer sa femme - moi - mais il n'avait pas beaucoup de regrets, vu que son maître en avait plus de 300 (des femmes).

- Bon, qu'est-ce qu'on en fait ? fit Melkor le père spirituel en désignant ma fille.

- Comment ça, « qu'est-ce qu'on en fait » ? Si vous n'en voulez pas, je l'élève seule (ça m'occupera). Point.

- Bon, si tu y tiens. Appelle-la comme tu veux et dans 15 ans, on la mariera à Sauron, comme ça, il arrêtera de te draguer.

Et il sortit en claquant la porte une nouvelle fois. Ma parole, il ne changera jamais et la porte en subira les conséquences. Et ma pauvre fille avait déjà son destin tout tracé (pas si horrible que ça, d'ailleurs), alors qu'elle avait à peine dix minutes. Ici nous ne pouvions jamais choisir le destin de nos enfants - légitimes -, et encore moins le nôtre.

Je l'ai appelée Ilmarë (je n'avais pas envie de me casser le bol à lui trouver un autre prénom). Pendant deux ans, je l'ai nourrie au biberon, puis aux lembas aromatisés. Quant à moi, je devais normalement me nourrir pour survivre, mais depuis mon arrivée à Angband, j'avais perdu tout appétit mais de temps en temps je mangeais un ou deux lembas aromatisés, histoire de survivre. Bizarrement, la seule chose qui me faisait vivre était l'amour que me portait Sauron et que je lui rendais. Cet amour était plus fort que tout et personne ne pouvait quoi que ce soit contre.

Un soir de cette année là, je la couchais dans son lit en lui chantant un vieux chant elfique, supposé être une reprise de la musique des Ainur, ce dont je doutais. J'avais écouté et appris ce chant pendant mon enfance. Mon père avait acheté le CD en promo mais je savais d'avance qu'on nous avait quand même roulés. Bref, je chantais ce chant (bien joué) à ma fille lorsqu'Eärwen vint me voir. Ma fille, pas contrariante, s'était déjà endormie depuis belle lurette (un ange, je vous dis). Dans le cas contraire, j'aurais grondé Eärwen pour m'avoir dérangée.

- Ma Reine ! fit-elle.

- Eärwen, chut ! lui ordonnais-je. Ma fille vient de s'endormir.

Elle se pencha vers son berceau et me dit :

- Comme elle est mignonne. Elle vous ressemble.

- Elle a deux ans, je te rappelle. Bon, que se passe-t-il ?

- Le Seigneur Sauron demande à entrer, il s'est caché derrière la porte.

Je l'entraînais hors de la chambre et lui dis :

- Fais-le entrer.

En tant que suivante obéissante, elle le fit entrer, puis me dit:

- Ne faites rien de compromettant.

- D'accord. De toute façon, Sauron est un être très responsable...

- Mouais enfin tout est relatif. (merci Einstein)

- Il connaît les risques, ne t'en fais pas.

Elle se retira. Aussitôt mon bien aimé Sauron partit fermer la porte à clé. Puis il se précipita vers moi et m'embrassa passionnément.

- Vous êtes bien pressé, mon ami, lui dis-je.

- Je n'ai pas beaucoup de temps, je suis très occupé en ce moment.

- Vous êtes très occupé depuis environ deux ans, en fait.

- Vous m'en voyez navré. C'est ça d'être chef des armées, vous êtes marrante, vous.

Je le regardais attentivement. Et s'il aimait une autre femme avec qui il passait ses jours et ses nuits ? Cette pensée me glaçait. Je m'efforçais de la chasser de mon esprit mais elle ne tarda pas à revenir.

- Qu'est-ce qu'il y a ? me demanda-t-il, l'air inquiet.

- Sauron, vous en aimez une autre.

- Quoi ? fit-il d'un air indigné. Mais vous savez que je n'aime que vous et que tout mon être est déchiré de ne pas pouvoir être plus souvent à vos côtés.

Je le serrais très fort contre moi. Il m'embrassa longuement (à croire qu'il ne savait faire que ça, mais bon, c'était déjà un point positif). Je lui tombais dans les bras et dans les pommes en même temps. Je me réveillais allongée sur mon lit avec Sauron qui me caressait le visage. Il me dit :

- Qu'est-ce qui vous est arrivé ?

- Rien de grave. C'est juste que je ne mange pas beaucoup en ce moment.

- Pourquoi ?

- Parce que la viande d'orque, c'est dégueulasse.

- Je suis d'accord. Mais ça l'arrange, Lui : Ses orques en bouffent bien.

- Si Ses orques sont cannibales, c'est leur problème, pas le mien. Bon on ne va pas passer la soirée à discuter bouffe quand même ?

- Non. Vous disiez donc ?

- J'ai attendu ce moment depuis si longtemps. Depuis deux ans je vous attends mon cher amour.

- Et bien je crains que vous ne dûssiez m'attendre encore deux ans.

- On devrait se voir plus souvent et plus longtemps.

- C'est la rareté et la rapidité de nos rencontres qui les rendent tellement précieuses. (il avait déjà ce mot-là à la bouche)

- Mouais mais il y a rare et court et rare et court.

- Hein ?

- Rare et court : 10 minutes tous les mois et rare et court : 10 minutes tous les deux ans.

- Ce serait suspect si je venais plus souvent.

- N'étiez-vous pas prêt à tout pour moi ?

- Si bien sûr mais je ne veux pas mettre votre vie en danger. Soyez assurée que je préférerais grandement passer toute ma vie à vos côtés, mon amour.

- Quand repartez-vous ?

- Demain.

- Restez dormir ici.

- Euh... Il viendra me chercher demain à la première heure et s'Il me trouve ici, c'en est fini de nous.

- Démissionnez alors !

- Si je démissionne, je serai banni de la cité, voire du royaume et je ne pourrai plus du tout vous voir... et attendre, c'est pas votre truc apparemment.

- Sauron, restez encore un peu.

- Je dois y aller, mon amour, dit-il avant de m'embrasser une dernière fois.

Puis il sortit et rappela ma suivante logeant juste à côté. Elle m'aida à m'habiller pour la nuit puis je m'endormis comme une masse. Je n'eus aucune nouvelle de mon bien-aimé pendant deux longues années qui me parurent invivables.

Le jour de ses quatre ans, je lisais à ma fille le récit de la création du monde et ce qui suivait, ce qui apparemment, la passionnait : tous les soirs depuis presque un an, elle écoutait cette légende avant de s'endormir.

- Qui c'est, Melkor ? me demanda-t-elle.

- Le plus puissant des Valar, le Seigneur des Ténèbres et ton père par la même occasion, mais, occasionnellement, uniquement.

- Et comment ça se fait que je l'ai jamais vu ?

- Il aurait préféré un fils. Vois-tu, c'est un gars ingrat et égoïste : il fait des mômes et ne s'en occupe même pas. Ici, nous sommes 365 usines à mômes. C'est gai...

Soudain, Ilmarë poussa un hurlement perçant, pointa son doigt en direction de la porte et se cacha les yeux avec son autre main. Je me retournai. C'était un orque, un orque idiot qui ne savait toujours pas qu'on frappait avant d'entrer, ou plutôt, dans mon cas, on prenait rendez-vous, autrement dit, on demandait une audience.

- On frappe avant d'entrer, tête de con ! hurlais-je, hors de moi. Tu as fait peur à ma fille !

- Pardonnez-moi, je viens de la part de Sauron. Il demande à vous voir de toute urgence.

Mon sang ne fit qu'un tour quand j'entendis son nom. Nous allions enfin nous revoir après tant d'années (deux, en fait). Mais ici, nous étions forcés de cacher nos sentiments. Beaucoup de gens pensants vivants ici (j'exclus les orques, ça va de soi) n'existaient que par le paraître et ne s'occupaient que de dénoncer les autres au chef de nous (Mé-mel), ou pire, de les accuser d'actes qu'ils n'avaient pas commis. Peu de gens étaient au courant de notre relation et je ne tenais pas à ce que la moitié d'Angband le sache. Mon rêve secret était de m'enfuir d'ici avec Sauron, dans un endroit où nous pourrions mener notre propre vie, loin des contraintes de ce monde. Cette utopie restait à l'état de rêve car mon bien aimé Sauron était trop lié à Melkor pour fuir, et où qu'il aille, Melkor le retrouverait et risquerait de le tuer (et moi avec). C'est pourquoi je ne montrais rien de ma joie et dis :

- Qu'est-ce qu'il me veut ?

- Il veut vous sauter.

- Je ne suis pas une pomme de terre, ni une crêpe.

- Ca va, je plaisantais. Je crois que vous lui plaisez. Mais il ne m'a rien dit. Il veut vous voir.

- Ah, je lui plais ? Bref, j'avais compris qu'il voulait me voir, pôv'nouille !

- C'est qui, Sauron ? demanda ma fille.

- Un serviteur de ton père qui aurait pu se déplacer. Et je ne sais même pas où il habite.

- Qu'est-ce qu'il te veut ?

- Je n'en sais rien pour l'instant. Je ne suis pas voyante.

Je confiai ma fille à Eärwen, ma suivante et suivais le laideron orque (d'accord, ça s'appelle un pléonasme) dans les couloirs interminables d'Angband, l'enfer d'acier, tel était le nom de la résidence, enfin, de la forteresse bien fortifiée de Melkor. Celle-ci était située au Nord des Terres du Milieu sur les terres glacées du royaume d'Angmar, en gros, dans un trou perdu.

Environ une heure plus tard, je trouvai enfin les appartements de mon bien aimé. Ils se situaient au rez-de-chaussée d'une grande tour noire. Je sonnais et entrais.

- Ma Reine, dit-il en s'inclinant et en me baisant la main. Vous êtes encore plus belle que la dernière fois que je vous ai vue.

- Vous aussi... Et pourquoi m'avez-vous fait venir ici ?

- C'est plus prudent d'être ici que chez vous : Il vient trop souvent vous voir et nous serions découverts. Comment va votre fille ?

- C'est un ange, pas comme son père.

- Elle vous ressemble, un ange tombé du ciel.

- Oui. Elle est passionnée par le récit de la création du monde.

- Je l'ai vécue, je pourrais lui raconter si vous le souhaitez.

- J'en serais ravie mais c'est risqué pour nous. Euh, dites, So-so, je peux entrer ?

- Euh oui, bien sûr. Pardonnez-moi.

Il me fit entrer dans ses appartements. Je fus ébahie par tant de splendeur. Cependant, je n'eus pas trop le loisir d'en profiter. Sauron me sauta dessus et m'allongea sur le sol.

- Vous êtes fou, lui dis-je. Qui plus est, il n'est guère décent de me sauter dessus de la sorte.

- Oui, je suis fou de vous. Et je ne puis faire comme si cela n'était pas le cas.

- Et s'Il l'apprend ?

- N'ayez crainte, Il n'en saura rien.

- Non, attendez ! Pas maintenant !

- Quand alors ?

- Ben je sais pas, un autre jour, à votre convenance...

- Je n'en puis plus d'attendre. Laissez-vous faire. Vous êtes en sécurité ici : Il ne pourra pas nous surprendre.

- C'est votre dernier mot ?

- Oui, c'est mon dernier mot, Jean-Pierre.

- Et si je tombais en cloque ?

- Quesquellemechieelle ? C'est quoi ce langage ? Et puis, ça n'arrive qu'aux autres.

- Bon ok, j'en ai ras le bol de parler trop recherché ! Alors, voilà.

Je nouais mes bras autour de son cou et fermais les yeux. Lorsque nos lèvres se rencontrèrent, un doux et long frisson m'envahit. Il promenait ses douces mains sur mon corps et cherchait les lacets de ma robe. Précisons que j'avais une couche assez impressionnante de fringues. Quand il arriva au corset - torture encore d'actualité dans notre royaume de dégénérés mentaux -, il défit avec langueur les lacets qui retenaient la dernière pièce de mon habillement.

- Je ne peux plus me passer de vous. Je vous veux pour l'éternité auprès de moi. Je veux vous garder jusqu'à la fin des temps.

J'étais devenue totalement impuissante contre lui. Je n'avais plus la force de bouger, ni de parler ni de penser. Je lui dis faiblement :

- So-so, taisez-vous et finissons-en.

- Finissons-en ? C'est pas une corvée quand même !

Il me souleva et me porta jusqu'à son lit. Puis il dit :

- Le sol n'est pas confortable.

J'acquiesçais en lui murmurant mon amour... et... (censuré, bon voilà, quoi, je vous passe les détails)

Le lendemain je me réveillais à ses côtés, plus exactement dans ses bras. Tous les événements de la nuit dernière me revenaient en mémoire. Il se réveilla lui aussi et me dit :

- Bien dormi ?

Ce mec était vraiment doué pour coller des phrases qui n'avaient vraiment rien à voir avec le contexte.

- Ben oui, pas longtemps mais très bien, lui dis-je en souriant.

Il m'embrassa et répondit :

- Le soleil vient de se lever (encore une belle journée, on est heureux de retrouver l'ami Ricoré). Il faut que vous partiez.

Je me résignais à cette évidence. Il valait mieux que je regagne mes appartements.

Je fis un détour chez Miriel, la Première Epouse, histoire de me trouver un alibi. Elle aussi semblait avoir passé une nuit agitée : elle avait les cheveux en pétard.

- Comment allez-vous ? me lança-t-elle.

- Bien, et vous ? Vous avez la tête de quelqu'un qui n'a pas dormi de la nuit.

- C'est le cas. D'ailleurs, j'aurais besoin que vous me couvriez. Si on vous demande ce que j'ai fait cette nuit, dites que nous avons discuté. Vous m'avez prédit mon avenir, enfin, baratinez, quoi.

- Je vois. Faites de même pour moi.

- Vous L'avez trompé, vous aussi ?

- Oui.

- Bienvenue au club des femmes adultères de Mé-mel. (20 balles l'adhésion annuelle)

J'ai souri puis j'ai ajouté :

- Finalement, je ne le regrette pas. Enfin, Il comprendra que nous ayons besoin d'une compensation : c'est un supersonique.

Elle éclata de rire et me fit entrer. Je remarquais un mec inconnu dans son plumard.

- Bon, je vous présente Galadrond. Ca veut dire « dôme de lumière ».

- C'est joli.

- Et vous, c'était avec qui ? Et pardonnez-moi pour ma curiosité.

- Sauron, Son plus fidèle serviteur.

- J'en ai entendu parler, la terreur de la Terre du Milieu.

- C'est pas une terreur. Il est merveilleux.

- Vous l'avez bien choisi, il est beau gosse. Que signifie son nom ?

- L'abominable... Non, je ne plaisante pas.

- Vous pouvez partir l'esprit libre, je ne dirai rien. Je sais ce qu'il en coûte aux amants et aux femmes infidèles s'Il nous découvrait.

- Quoi ?

- Je l'ai lu dans un texte juridique volé à mon mari.

Elle fouilla dans le tiroir de sa table de nuit et en ressortit un petit livre. Elle l'ouvrit et me lit le passage en question :

- « Les amants seront roués, castrés, écartelés, écorchés, décapités et exposés au musée de la cité. Quant aux femmes, elles seront rasées et engagées dans l'armée. »

Je blêmis. Ma consoeur me dit :

- Le vôtre est suffisamment intelligent pour ne pas risquer de s'exposer à un tel risque.

- Par contre, vous, vous vivez dans la peur tous les soirs.

- J'ai un moyen de ne pas me faire prendre. Mais je n'ai pas le temps de vous en parler aujourd'hui. Il faut que vous repartiez dans vos appartements. Mais soyez tranquille, je ne dirai rien. Par contre, faites attention à la 3ème épouse, elle ne me semble pas très commode.

Je ne l'avais vue qu'une fois, quand on me l'avait présentée. Mais en majorité, les concubines se serraient les coudes ici. Il n'y en avait qu'une, celle-ci justement, qui ne cherchait qu'à dénoncer ses voisines mais personne ne la croyait, pas même notre mari commun. Du reste, il s'en fichait royalement.

Je repartais donc l'esprit libre vers mes appartements. J'ouvrais la porte et tombais sur Melkor.

- Bonjour, Monseigneur, fis-je en m'inclinant et en tremblant de peur.

- T'étais où ?

- Chez Miriel. Je lui ai lu son avenir, elle a lu le mien et nous nous sommes racontés nos vies. Votre Première Epouse est vraiment très gentille, vous l'avez bien choisie.

- J'avais pas le choix, comme pour toi. J'en ai 365 comme ça. En gros, une par nuit. C'était ton tour cette nuit.

« Ah merde, j'avais complètement oublié. La prochaine fois, je regarderai mon planning avant d'aller chez So-so chéri » me dis-je.

- Tu n'étais pas là alors tu attendras l'année prochaine, reprit mon adorable mari. En tous cas, je ne crois pas trop à ton alibi. Je t'ai dit : tu me trompes, je te saigne.

« Super, c'est ce qu'on appelle un mari amoureux et pacifiste » pensais-je.

- Tu ne t'y tiens pas, continua-t-il. Avoue ! Tu t'es fait Sauron !

« Merde ! Comment il a deviné ? Oui, je me le suis fait ! Et alors ? C'est mon droit ! Vous êtes un supersonique, j'ai droit à une compensation ! », pensais-je. Pourtant, je lui répondis :

- Pas du tout, Monseigneur ! Je vous suis et je vous serai toujours fidèle, Monseigneur.

- Mon oeil.

J'espérais de tout mon coeur qu'il ne pouvait pas lire dans mes pensées. Je lui faisais les yeux doux, histoire de paraître le plus sincère possible, et lui déclarai :

- Vous savez que je suis incapable de vous mentir, Monseigneur.

Mon air angélique suffit à le convaincre. Il partit vérifier mon alibi. Je poussais un soupir de soulagement et regagnais mes quartiers. Je découvris avec stupeur Eärwen (ma suivante) dans mon lit.

- Eärwen, qu'est-ce que tu fous dans mon plumard ?

- Euh, fit-elle en rougissant, pardonnez-moi ma Reine.

- Je te pardonne tout ce que tu veux sauf si tu Lui as dit où j'étais. Bon, qu'est-ce que tu fous dans mon plumard, deuxième édition ?

- Ne vous trouvant pas, le Maître a dû se contenter de ce qu'il y avait, moi en l'occurrence.

- Ah, et que Lui as-tu fourni comme explication ?

- J'ai dit que vous étiez sortie et que j'ignorais où vous étiez.

- Merci, je t'en suis extrêmement reconnaissante. Où est ma fille ?

- Elle dort encore. Elle dormait déjà quand Il est arrivé. Il ne lui a rien demandé.

Je poussais un autre soupir de soulagement. Ma fille savait où j'étais et elle Lui aurait dit la vérité s'Il l'avait demandée.

- Maîtresse, fit Eärwen d'un air soucieux, où étiez-vous ?

- Chez So-so, enfin, chez Sauron.

- Que s'est-il passé ?

- Je te le dirai si tu sors de mon paddock.

- Votre quoi ?

- Mon lit, bon sang de bois !

Elle bondit hors de mon lit et m'écouta lui raconter l'erreur fatale que j'avais commise.

- Maîtresse, c'était une pure folie. Vous n'auriez jamais dû y aller.

- Je sais. Je n'y peux rien, je l'êêêêêêême. Maintenant, c'est trop tard, je ne peux plus retourner en arrière.

Ce n'était pas fini. Quelques jours après, je commençais à avoir des sortes de nausées et m'évanouissais assez souvent. Je mis ça sur le fait que je faisais une indigestion de lembas au jambon (rupture de stocks dans d'autres parfums). Mais, un jour, je me rendis compte que les lembas n'y étaient pour rien et que mon ventre avait légèrement enflé. J'appelais ma suivante.

- Eärwen !

- Ouais ? fit-elle en arrivant de ses quartiers.

- D'abord on ne dit pas ouais, on dit oui ma reine.

- Oui ma...

- Bon ça va pour cette fois. Dis, tu trouves pas que j'ai grossi ?

Elle me regarda longtemps de profil et me dit :

- Un peu du ventre mais cela ne se remarque pas si on ne le sait pas.

- Eärwen, j'ai beaucoup de retard.

On était quand même début janvier. Mon horloge biologique me le disait car de chez nous, il était impossible de différencier les saisons. Même le jour et la nuit étaient difficiles à séparer car le ciel était tellement noir que même le soleil ne parvenait pas à percer les ténèbres.

- Vous voudriez dire que vous êtes... ?

- Oui. Tu me jures de garder le secret ?

- Je vous le promets. Mais en quoi cela poserait-il problème que vous soyez enceinte ? Vous l'avez déjà été, je me trompe ?

- Non non. Mais le problème c'est que... tu vois ce que je veux dire. Ca m'apprendra tiens !

- Ecoutez, Il n'en saura rien. Normalement Il devait venir vous voir le jour où vous êtes allée chez Sauron. C'était il y a un mois. Donc Il ne reviendra pas avant 11 mois donc vous avez largement le temps de le mettre au monde (ça c'est du raisonnement). Vous comptez le garder, n'est-ce pas ?

- Oui, je ne pourrais me résoudre à tuer mon enfant même s'il ne fait que 3cm de long et qu'il ne pense pas encore. L'embryon n'en reste pas moins un être vivant et il faut le respecter.

- De toute évidence ma reine, vous êtes contre l'avortement.

- Absolument. Bon, changeons de sujet...

- Avant, j'aimerais vous demander quelque chose.

- Dis.

- La prochaine fois que vous irez chez Sauron, regardez votre planning. Parce que votre mari, il est bien gentil mais c'est vraiment un supersonique et cette année, c'est moi qui suis passée à la casserole.

- Tant que tu ne deviens pas sa 366ème épouse... (ben oui, pour les années bissextiles). Mais bon, ne t'inquiète pas, je ferai attention. Dis, connaîtrais-tu par hasard des passages secrets dans la forteresse ?

- Genre ?

- Ben... un entre mes quartiers et ceux de Sauron...

- Non. Mais j'ai discuté avec la suivante de la 1re épouse et j'ai appris que votre consoeur avait un passage secret depuis ses quartiers jusqu'à ceux des hommes et autres individus masculins et potables.

- Alors c'est comme ça qu'elle fait pour avoir autant d'amants sans jamais se faire prendre ! (genre la lumière qui s'allume)

Il était vrai que la 1re épouse collectionnait les amants, en vérité, elle en prenait un à l'année. Comme elle était décidément un canon de beauté, elle parvenait facilement à changer.

- Semblerait oui.

- Bon, je vais la voir. Il faut que je lui parle. Je reviendrai demain matin.

Elle me jeta un regard plus que significatif, signifiant qu'elle avait tout à fait compris que je n'allais pas voir Miriel pour ses beaux yeux... Je mis un long manteau noir sur moi et partis, laissant là ma suivante, qui pour une fois n'avait pas besoin de me suivre.

Quand j'arrivais à destination, Miriel me dit :

- Sulring, vous tombez mal.

- Je m'en doute. Votre chéri va venir ce soir ?

- Oui. C'est pour ça que vous tombez mal. Vous me jurez de garder le secret ?

- Evidemment. Car je vous en serai toujours redevable de ne rien lui avoir dit sur Sauron et moi. Alors comme ça, il existe un passage secret menant aux quartiers des hommes ?

- Oui, je ne peux le nier.

Juste pour me donner raison, un mec sortit du placard de ma consoeur et lui dit (à ma consoeur, pas au placard) :

- Je dérange ?

- Non, non, bien sûr que non, chéri. Je te présente Sulring, la 2nde épouse qui voudrait bien utiliser notre passage.

Je regardais le chéri de Miriel, la pris à part et lui dis à voix basse :

- Dites donc, c'est pas le même.

- Nous avons changé d'année donc j'ai changé d'amant.

- Ah d'accord. Vous faites un roulement, comme ça ?

- Oui. Mais vous savez le précédent était peut-être potable mais il avait un QI d'orque.

- En effet, cela ne devait pas monter haut dans ce cas-là. Et celui-ci ?

- Il a un pois chiche dans le cerveau, fit-elle en haussant les épaules. Mais il fait des efforts.

- Je crois qu'être au service de Mé-mel, à moins d'y être préparé, doit vraiment atrophier le cerveau. Par contre, pour Sauron, ce n'est pas le cas. Il bosse pour Mé-mel depuis le début alors il s'est adapté.

- Vous l'aimez toujours autant ?

- Je n'aime que lui et n'aimerai que lui, pour toujours.

L'autre commençait à s'impatienter :

- Bon, Miriel, t'es bien gentille mais bon, on s'y met là ! Je ne me suis pas tapé toute cette longue route pour rien ! (un pressé, ce mec... en même temps, c'est un mec...)

J'empruntais une torche (au cas où le passage ne soit pas éclairé, ce qui était le cas) et pris congé. Ce passage était interminable jusqu'à ce que, au bout d'une heure environ, je me retrouve au milieu d'une cour pavée avec différentes tours (noires pour la plupart). J'allais vers celle de mon chéri et sonnais à la porte (j'ai trouvé la porte parce qu'il y avait marqué « Sauron » dessus).

- Oui ? Entrez.

- Vous êtes drôle, vous. C'est fermé à clé.

Il reconnut ma voix et m'ouvrit. Aussitôt son visage s'éclaira d'un grand sourire qui se figea soudain. Il me dit :

- Vous avez pris un énorme risque.

- Vous savez que je risquerais ma vie pour vous voir. En plus, j'ai pris un passage secret.

- Ca existe ça ? fit-il d'un air étonné. Ici ?

- La preuve, vous l'avez sous vos yeux. Bon, Sauron, vous êtes bien marrant mais dehors je me les pèle...

- Oh pardon, entrez donc. Vous savez, je suis tellement troublé par votre présence que...

Je lui posais un doigt sur les lèvres, disant :

- Vous n'avez pas à vous excuser, mon amour.

J'entrais, enlevais mon manteau et m'assis sur le lit. Il me dit :

- De combien de temps disposez-vous cette fois ?

- J'ai toute la nuit, mon cher. Je suis à vous.

Fou de joie, il commença à m'embrasser passionnément et me serra très fort contre lui.

- Vous m'avez tellement manqué...

- Euh, on s'est vus il y a un mois à peine...

- C'est trop long... dites donc, vous avez pris du bide ou je me trompe ? (Sauron et la délicatesse, ça faisait deux)

- Vous ne vous trompez pas. Je me suis remise à manger, mentis-je pour ne pas l'alarmer.

- C'est très bien, ça...

Puis soudain, je m'évanouis. Je me réveillais quelques minutes plus tard.

- Que s'est-il passé ? me demanda mon bien-aimé.

- Ben apparemment, je suis tombée dans les pommes.

- Non, mais j'avais compris... mais que vous arrive-t-il ?

- Je n'en sais rien, sûrement le stress et la peur d'être découverts.

Il se leva et alla fermer à clé la porte de ses quartiers. Puis il me prit dans ses bras et me dit :

- Alors, rassurée ?

- Oui.

Je lui tombais dans les bras comme au premier jour.

Le lendemain, je partis vers 4h du matin : le temps de trouver le passage et de l'emprunter à nouveau sans me faire choper par la garde des orques qui se mettait en place vers 5h30. Il fallait dire aussi que So-so était un lève tôt. Les grasses mats, c'était pas son truc manifestement. Je passais donc par les quartiers de la 1re épouse qui me dit :

- Alors ?

- Merci beaucoup. Comme ça je pourrai voir So-so plus souvent.

- So-so ? s'étonna-t-elle.

- Ben oui, je ne vais pas l'appeler Ron-Ron quand même. Ron-Ron, c'est une marque de boîtes pour chat.

Deux mois plus tard, la situation avait empiré. Mon ventre grossissait de jour en jour. J'attendais effectivement un deuxième enfant. Ce fut Ilmarë qui me fit prendre conscience de ma folie. D'un air innocent, elle demanda :

- Maman pourquoi tu as un gros ventre ?

- Ah oui, tiens, ben... Merde ! Bon, bah autant te le dire tout de suite, tu vas bientôt avoir un petit frère ou une petite soeur.

- Génial ! Trop cool !

Je me réjouissais de la voir si heureuse et insouciante. Elle partit jouer dans sa chambre, préparer sa poupée à je-ne-sais-quelle-cérémonie. Mais je me demandais quelle tronche ferait Melkor s'il le savait (que j'étais enceinte de Sauron, pas qu'Ilmarë était partie jouer dans sa chambre).

Je fis aussitôt convoquer Sauron. Celui-ci se pointa, l'air étonné.

- Sauron, la situation est grave.

- Ah bon ? Pourquoi ? dit-il d'un air étonné.

- Oui, lui dis-je en me retournant et en lui montrant mon - énorme - ventre.

- Vous êtes enceinte ! C'est formidable !

- Sauron, c'est vous le père.

- Q-quoi ? bégaya-t-il. C-comment ? Vou-vous en êtes sûre ?

- Les dates correspondent, ça fait trois mois, au cas où vous l'auriez oublié... Hein, ça n'arrive qu'aux autres ? Mon oeil, tiens ! Vous vous souvenez, il y a trois mois ?

- Comment aurais-je pu l'oublier ? C'était la meilleure nuit de toute ma vie... et celle d'il y a deux mois n'était pas mal aussi...

- S'Il l'apprend, nous sommes morts.

- Vous ne risquez rien. Il vous aime...

- Mouais, enfin, je suis une pondeuses de mômes, pas son grand amour.

- Dans tous les cas, il dira que c'était de ma faute.

- Et que risquez-vous, alors ?

- Au mieux, il me castre, au pire, il me tue.

- Ce serait une pure folie de Sa part que de Se priver de Son serviteur le plus redoutable.

- N'empêche, j'aurais le choix entre être eunuque ou mort.

- Ou aucun des deux. Faites profil bas et Il ne se rendra compte de rien. Qui plus est, castré, notre dernière nuit ne risque pas de se reproduire... Ce qui, je dois l'avouer, risque de me contrister beaucoup.

- Ainsi donc, vous m'aimez ? C'est pour de vrai ?

- Ben voyons ! Et ce gros bide, il prouve quoi ? Des prunes ? Espèce d'imbécile va !

Il prit un air triste. Le voyant de la sorte, je lui ouvrit mes bras. Tel un enfant, il vint s'y blottir. Il fut émerveillé par le bébé qui commençait tout juste à bouger. Séduit, il m'embrassa longuement, tout en caressant mon ventre tout juste rebondit. Puis, comme il y a trois mois, il commença à me déshabiller (dans quelle galère suis-je en train de me fourrer ?).

Eärwen nous surprit.

- Maîtresse, vous êtes folle ! Faire ça ici ! Le Maître peut débarquer à tout moment !

Manque de pot, un messager de Melkor se pointa. Il n'eut pas le temps d'ouvrir la porte qu'Eärwen le mit dehors, prétextant que j'étais occupée et qu'elle ferait passer le message. Elle arriva devant nous, l'air complètement paniqué :

- Le Maître arrive !

Je me dégageais à regret de l'étreinte de mon bien-aimé. Celui-ci se planqua sous mon lit et je me rhabillais en vitesse, un peu n'importe comment, d'ailleurs. Ma suivante m'arrangea un peu et Melkor entra. Il n'avait vraiment pas choisi le bon moment. Il me dit :

- Tu sais, je m'en veux un peu d'avoir douté de toi, ma chère. Je sais bien que tu m'es fidèle. Il y a trois mois, je t'ai soupçonné injustement d'adultère mais j'avais tort.

Sauron, sous le lit, était sur le point de pouffer de rire. « Sulring, fidèle ? Ben ça, c'est une première ! », pensait-il. Je lui fis signe de se la fermer.

- Par contre, je n'ai pas confiance en ma Première Epouse, continua Melkor. Tu lui as servi d'alibi, je pense. Bref, je suis venu me faire pardonner. En fait, je vais te dire la vérité : cette année étant bissextile, nous sommes le 29 février donc c'est ton tour aujourd'hui : c'est toi qui a cet immense privilège. Il y a quatre ans, c'était Miriel (la 1re épouse). Tu sais, c'est difficile à gérer ce genre de choses.

« Vous n'aviez qu'à avoir moins de femmes, pensais-je, même si dans le fond, ça m'arrange. Je vous ai pas dans les pattes quand j'ai envie d'aller voir So-so ».

Je l'ai laissé faire. Ma foi. Il pulvérisa le record : une minute à peine. A ce stade-là, ce n'est plus un supersonique, c'est un lapin. Cela a duré tellement peu de temps que Melkor n'a même pas réalisé que j'étais enceinte (mais pas de lui) et que Sauron était sous le lit. Tant mieux. Puis il se retira et je dis à mon bien-aimé - encore sous le lit - :

- Partez maintenant, cela vaut mieux, même si nous n'avons pas fini. D'ailleurs il serait préférable que nous ne renouvelions pas l'expérience.

- Ah bon, pourquoi ?

- Nous avons failli être pris. C'est trop risqué, mon amour.

- Mais j'aime prendre des risques pour vous. Quand je suis avec vous, nous ne risquons rien, notre amour nous protège de tout, y compris de l'autre lapin.

Là ce n'était plus du courage, c'était de la folie pure. Je le renvoyais chez lui. Et puis je ne croyais pas vraiment que l'amour, aussi fort fût-il protégeait de tout. Cela me semblait être une théorie pas très scientifique et je ne croyais pas vraiment aux théories non scientifiques.

Six mois plus tard arriva ce qui devait arriver : mon môme. Melkor n'était même pas au courant : à vrai dire, il avait d'autres préoccupations : il était parti en mission je ne sais où récupérer je ne sais quoi avec l'aide de je ne sais qui... Bref, il n'était pas là, quoi.

J'étais assistée par ma suivante, par l'amour de ma vie (toujours le même) et par la Première Epouse qui avait changé d'amant. En plus, il est vrai qu'elle ne se retrouvait jamais enceinte, il faudra que je lui demande quel est son contraceptif un de ces quatre - quand j'aurai accouché, quoi - .Je mis au jour un magnifique petit garçon, le portrait craché de son père. Celui-ci (le père, pas le portrait craché) était complètement ébahi, il se disait « youpi, j'ai eu un fils ». Puis vint la question d'Eärwen :

- Comment allez-vous l'appeler ?

- A vous l'honneur, mon amour, lui dis-je. Vous êtes doué pour trouver les prénoms.

- Il est clair que « Sauron junior », ça ne lui ira pas, lâcha Eärwen, hilare.

- Dites donc, il est hors de question que mon fils porte le même nom que moi, surtout que ce nom maudit signifie l'abominable. Alors, infliger ça à mon fils, non ! brailla Sauron, sur les nerfs.

- Ne vous fâchez pas, mon trésor, elle plaisantait.

- Pour le nom, j'ai eu 6 mois pour réfléchir, je n'avais que ça à faire. Eldarion, ça vous va ?

J'acquiesçais et contemplais à mon tour mon fils, l'un des êtres les plus chers que j'avais au monde. Puis, Eärwen nous laissa méditer sur notre nouvelle condition de parents.

- Qu'allons-nous devenir ?

- Je n'en sais rien, je ne suis pas voyant, contrairement à ce que je Lui ai dit.

- Enfin, s'Il n'est pas content, Il ira voir à Valinor si j'y suis pas. Et puis zut. Il n'aura qu'à se débrouiller avec Ses 364 autres concubines.

Je crois que même les sultans, les califes et les phares à On (pharaons quoi...) n'ont pas fait mieux.

- 364 !

- Ben oui. Une par jour, ce qui fait un rendement d'environ 100 enfants par an. Et vous, vous en avez combien ?

- Combien pensez-vous que l'on peut en avoir si on se fait appeler le détesté ?

- C'est pas une raison. Personne ne peut L'encadrer, Lui, ça ne L'empêche pas d'avoir des tonnes de femmes. Mais je crois qu'en fait Il est 365 fois cocu.

- S'Il essaie de me séparer de vous et de l'enfant, je Le tue.

- Mais vous êtes fou ! Personne ne peut Le tuer, C'est un Valar.

- Et moi, je suis un maïa, c'est l'espèce d'en dessous. Nous sommes tous deux des Ainur, des êtres bénis, enfin, on l'était au début. Toujours est il que s'il fait ça, je fais un malheur !

Quelques mois plus tard, un soir, je réussis à coucher mes deux enfants (le cadet, Eldarion, était insupportable). Quand enfin, je m'écroulais, épuisée sur mon lit à moi. Soudain, j'entendis frapper à ma porte. Pour moi ne se présentaient que deux options : ou c'était Sauron qui était venu voir son fils, ou c'était Melkor, et dans ce cas-là, ça risquait de chauffer pour mon matricule. Il se demanderait comment j'avais bien pu faire pour faire un gosse toute seule... surtout que le coup de l'Immaculée Conception, on le lui avait déjà fait. Mais coup de bol, ce n'était pas lui. C'était Miriel. Je lui ouvris, rassurée.

- Quel bon vent vous amène ici ?

Elle commença à me faire un discours argumentatif digne de Nicolas Sarkozy :

- Franchement, ne trouvez-vous pas qu'on s'ennuie ici ?

- En vérité, comme j'ai eu un autre enfant il y a trois mois (trois moâââ), je n'ai pas encore eu l'occasion de l'ennuyer. Mais avant, je dois avouer que je m'enquiquinais royalement...

- En même temps, nous sommes reines...

- Très juste.

- Etre reine des ténèbres, c'est assez ennuyeux, comme boulot... et dire que nous sommes 365 à porter ce titre...

En vérité, ce titre était plus honorifique qu'autre chose. Les ténèbres étant par définition abstraites, on ne pouvait en aucun cas régner dessus...

- Qu'attendez-vous de moi au juste ?

- Du soutien. Si je vais Le voir seule, Il ne m'écoutera pas. mais si, nous, Ses 365 épouses, allons faire pression sur Lui, là, Il nous écoutera.

- Oui, c'est sûr qu'Il perdrait Sa crédibilité s'Il n'arrivait même pas à calmer une révoltes de Ses épouses. Mais comme Il est macho et borné, cela reste à voir.

- Il est Seigneur des Ténèbres aussi... il ne faut pas Lui en vouloir.

Le lendemain, elle réunit donc les 363 autres concubines chez elle.

- Puis-je savoir pourquoi vous nous avez toutes réunies ici ? demanda l'une d'elles.

- Et bien, ne trouvez-vous pas qu'on s'emmerde là ?

- C'est notre boulot... répondit la même.

- Ouais c'est ça, répliqua Miriel, pas convaincue. Du genre : « je suis reine des ténèbres, je me fais chier pour 100 balles de l'heure et j'assume ». Et bien moi, j'en ai ma claque et vous aussi !

- OUIIIIII ! s'exclamèrent-elles toutes en choeur.

- Alors allons le lui dire !

- NOOOON !

- Vous avez la trouille ?

- OUIIIIII !

Bande de poules mouillées...

- Vous ne savez dire que oui et non ?

- NOOOON !

- Tant mieux. Alors on y va.

Personne ne bougea.

- Ecoutez, vous allez toutes finir par mourir d'ennui si vous continuez.

Elles se turent. Elles admettaient enfin que leur consoeur avait raison. Nous partîmes donc vers les appartements de notre mari commun en criant jusque là-bas un slogan inventé par Miriel et qui correspondait bien à notre situation :

- Mariage esclavage ! Mariage esclavage ! Mariage esclavage ! Mariage esclavage !

Melkor nous ouvrit et le silence se fit. Seules Miriel et moi continuions à scander :

- Mariage esclavage ! Mariage esclavage !

- Ecoutez, désignez quelqu'un pour négocier avec moi, voulez-vous.

Toutes les femmes reculèrent - sauf moi - . Melkor me dit :

- Tiens, Sulring, c'est pour révolutionner le système alimentaire ?

Je jetais un regard assassin à mes consoeurs et répondis d'une petite voix :

- Non, non. Mais je maintiens que la viande d'orque, c'est infect.

- OUAIIIIS ! s'exclamèrent les 364 autres qui avaient apparemment retrouvé la voix.

- Bon qu'est-ce que tu veux ? me fit notre mari commun.

- Nous sommes venues faire une requête.

Il me regarda l'air de dire : « je suis nul en elfique, je ne comprends pas quand c'est trop recherché et j'assume ». En tant que Seigneur des Ténèbres, il était normal que son cerveau ait été quelque peu atrophié. Fallait pas lui en vouloir. Je traduisais :

- On a un truc à vous demander.

- Accouche.

- Nous nous emmerdons comme des rats morts, voyez-vous.

- Ok, je mettrai en place quelques distractions.

- Genre ?

- Combats de gladiateurs.

Sa réponse me conforta dans l'idée que ce mec était vraiment un tyran sanguinaire, enfin, un Seigneur des Ténèbres, quoi. Mais pour une fois, il tint parole. Il fit construire une arène au centre de la forteresse. Les combats avaient lieu tous les deux mois et duraient deux jours. Ces jours-là, Melkor invitait toutes les têtes pensantes à son service, Sauron compris, en plus de ses 365 femmes, car en vérité, les têtes non pensantes - c'est à dire les orques - se retrouvaient dans l'arène, pas dans les gradins. A vrai dire, je passais plus de temps à regarder Sauron sur les gradins d'en face qu'à regarder le combat. Mais bon, voir des orques qui s'entre-tuaient, ça allait bien cinq minutes, mais voilà quoi. Je pensais à mon chéri : lui ne devait pas être dépaysé car il vivait ça très souvent.

Par la suite, Eldarion m'a fait les 400 coups : ce môme était insupportable (je ne sais pas de qui il tenait, en fait si, mais j'arrivais pas à l'admettre). Mais au bout de 10 ans, il s'était calmé. Je décidai donc de lui révéler la vérité ainsi qu'à sa soeur.

- Voilà. En fait, vous n'êtes que demi-frère et demi-soeur. Je suis votre mère à tous les deux mais vous n'avez pas le même père.

- Comment ça ? fit Eldarion, indigné. Ilmarë m'a dit que j'étais le fils de Mel... enfin, de Lui.

- Ilmarë, tu as dit ce qu'il fallait.

- Je n'ai jamais su la vérité, Mère, me rappela-t-elle.

- Je vais te la dire. Mais il ne faudra en parler à personne, et encore moins à Lui. Voilà, Ilmarë, tu es bien la fille de mon mari, le Seigneur des Ténèbres. Pour faciliter les choses, on l'appellera Mé-mel ou SDT.

Eldarion éclata de rire. Puis il demanda d'un air grave :

- Qui est mon père ?

- Sauron.

- Quoi ? s'exclama Ilmarë. Le SDT veut que je l'épouse. Je ne veux pas être la belle-mère de mon frère !

- Je te comprends. J'ai fait une erreur et je le reconnais. Je n'ai pas recommencé depuis. Voilà, vous savez tout. Et pour sauver les apparences, on ne dira plus Sauron, mais So-so.

Eldarion éclata à nouveau de rire. Il dit :

- Mé-mel (et non pas Bé-Bel) et So-so, c'est pas mal. Qui pourrait se douter que l'on parle du Seigneur des Ténèbres et de son plus fidèle serviteur ?

- Les personnes concernées. C'est pourquoi il vous faudra faire très attention.

Mes enfants gardèrent le silence pendant des années. Ils n'ont rien révélé sur ce que je leur avais dit.

Ilmarë se trouva un petit ami, le jour de ses 14 ans. Il s'appelait Glorfindel, ce qui signifiait « tête d'or », comme le parc - à croire qu'il n'y avait que mon chéri à moi qui avait un nom à coucher dehors : qui aurait voulu s'appeler l'horrible ? Pas lui, en tous cas - . Pour en revenir à Glorfindel, il était assez mignon mais semblait ne pas avoir plus qu'un pois chiche dans le crâne, comme tout serviteur de Melkor qui se respectait - on sort Sauron du tas - mais il était quand même assez gentil. Celui-ci rêvait d'épouser Ilmarë, mais évidemment, il n'osait pas demander sa main à son père, ce que je comprenais aisément.

Le matin de ses quinze ans, Ilmarë petit déjeuna avec Melkor et moi. Lui mangea de la viande d'orque - à vrai dire, il en bouffait matin, midi et soir - et nous, des lembas aromatisés - nous en mangions aussi matin, midi et soir -. Ilmarë s'en mangeait un à la fraise quand Melkor lui dit :

- Ca te dit si je te marie bientôt ?

- Quoi quoi ? Non mais ça va pas ? répondit-elle environ une bonne minute après - le temps de capter l'info et de la faire monter au cerveau -.

- Ben quoi ? On est tous passés par là. Regarde moi par exemple : niveau mariages arrangés, j'en ai eu tellement que je n'avais plus de doigts libres pour les alliances.

En tout, il en avait 20 sur lui : dix sur les doigts de mains, et dix sur les doigts de pieds (une preuve pour vous que Melkor était normalement constitué, avec 10 doigts de mains et 10 de pieds - mais niveau cerveau, ce n'était pas trop ça quand même -). Les 345 autres, il les avait mises dans un tiroir.

- Père, pourrais-je choisir mon mari ?

- T'aura le choix entre ceux qui se présenteront.

- Cool.

- En fait, t'as vu « Marjolaine et les millionnaires » ?

- Père, la télé-réalité, c'est pas vraiment mon truc, voyez-vous.

- Et bien, elle avait le choix entre 15 millionnaires. Chaque semaine, elle en éliminait un et celui qui restait devait l'épouser. En fait, je n'ai pas regardé la fin. C'est Sauron qui l'a regardée.

Melkor ne s'était pas abaissé à ce point-là ; Sauron, si. Mais je pense qu'il l'avait fait pour bien se faire voir par son maître, lequel poursuivit :

- Ben toi, ce sera pareil. Sauf qu'au lieu que ce soit des faux millionnaires, ce sera des vrais généraux.

Ilmarë blanchit. Son chéri à elle n'était pas général donc il ne pourrait pas participer.

Melkor, voyant que sa fille ne réagissait pas, finit son plat infect et se retira. Une semaine plus tard, il mit en place une nouvelle émission - pour les rares qui avaient la télé - sur la chaîne nationale, appelée « Ilmarë et les généraux ». Quinze gars concouraient. Parmi eux se trouvait un général orque qui évidemment, comme tout orque gradé, était d'une laideur incroyable. Sauron aussi fut inscrit d'office. Cela ne l'enchantait pas d'essayer de séduire ma fille mais il se plia aux ordres de son maître - il n'avait en réalité pas le choix -.

La veille du début du concours, j'avais convoqué Sauron. Celui-ci me dit :

- Je m'arrangerai pour me faire éliminer dès le début, pour être avec vous.

C'est à ce moment-là que ma fille décida d'intervenir :

- Non, justement. J'ai une meilleure idée.

Elle convoqua son chéri à elle et nous réunit tous dans ma chambre - ma chambre : cellule de crise ? - . Elle commença à nous parler en ces termes :

- Tous les concourants, à part Sauron, ont un pois chiche dans le crâne.

- Donc moi non, en déduisit Sauron. Merci du compliment.

- Taisez-vous je vous prie. Comme mon chéri n'a pas pu s'inscrire au concours vu qu'il n'est que colonel - il serait temps de monter en grade, vois-tu mon coco -, la solution la moins pire qui s'offre à moi est d'épouser Sauron.

- Non ! m'énervais-je.

- Maman, laisse-moi finir. Justement, si je le choisis et l'épouse, mon père n'aura plus aucun soupçon sur vous deux. De plus, vous pourrez vous voir plus longtemps et plus souvent. Par exemple, maman, tu pourras venir nous voir : tu verras ton chéri et tu te débrouilleras pour amener le mien. Comme ça, tout le monde sera content.

- Ilmarë, tu es un génie, d'avoir pensé à une telle stratégie, lui dis-je.

- J'ai hérité ça de mon père. Il faut bien qu'il ait des qualités.

- Et moi, tu m'oublies ? râla Glorfindel.

- Mon chéri, j'ai quand même une dette envers ma mère : c'est elle qui m'a mise au monde. Je me dois de lui rendre service. De toute façon, tu ne concours pas. Et tu préférerais quoi ? Que j'épouse un orque ou un autre dont le QI s'en rapproche ?

L'autre ne répondit pas, se tourna vers Sauron et lui dit :

- Si vous la touchez ou lui faites quoi que ce soit, vous m'en répondrez.

- A moi aussi, ajoutais-je.

Sauron nous regarda d'un air paniqué. Puis finalement, je le serrais dans mes bras pour le rassurer en lui disant :

- Vous ferez de votre mieux, comme vous pourrez. Et participer à cette émission stupide ne changera rien aux sentiments que je vous porte, quoi que vous fassiez.

Le concours commença le lendemain. Melkor organisa une soirée à laquelle il convia sa fille - évidemment -, les quinze concourants, la 1re épouse - c'était son tour ce soir-là - et moi. Ma fille s'était mise sur son 31 et tous les candidats bavaient devant elle. Il est vrai qu'elle était vraiment superbe, dans une robe de soie jaune d'or. Elle alla se poser avec son papa adoré - enfin, tout est relatif - sur un trône double au fond de la salle de réception. Je me tenais à ses côtés et j'attendais. Les concourants s'étaient tous ramenés en pensant « si j'épouse la fille du maître, je serai bien vu et monté en grade » (pas intéressés, les mecs...). En fait, Melkor avait bien plus de 15 généraux mais il n'y en avait que 15 qui avaient le droit de concourir (comme il y avait eu 15 millionnaires pour Marjolaine). Les 14 premiers à déposer leur candidature furent pris ; le 15ème était Sauron, inscrit d'office. Les autres, n'ayant pas déposé leur candidature assez tôt, furent mis sur liste d'attente, mais comme personne ne se désista, ils ne furent pas pris. (ça c'est du raisonnement)

Le chambellan commença à présenter les candidats dans l'ordre d'inscription :

- Le sieur Pierrot Gibot le pas beau, général en chef de la 12ème division, dit il en se bouchant le nez.

Le « pas beau » était un euphémisme. Ce type était vraiment très laid - c'était un orque aussi, il ne fallait pas lui en vouloir -. Il s'inclina devant ma fille. Une odeur pestilentielle envahit l'espace tandis qu'il parlait :

- Je suis enchanté de faire votre connaissance.

Ma fille fit une drôle de tête, non seulement à cause de l'odeur, mais surtout parce qu'elle était étonnée que ce genre de chose innommable puisse parler. Elle fit un signe de la main, signifiant : « circulez ou je vais étouffer ». Elle savait déjà qui elle éliminerait en premier.

- Le sieur Caïus Bernardus Plessyus, général en chef de la 1re division.

Devant nous se pointa un homme assez beau et qui semblait avoir de l'esprit. Il était prêtre et assez bon vivant - la bonne bouffe, c'était souvent chez lui... et il ne mangeait pas que des lembas aromatisés -. Il s'inclina devant ma fille, lui fit un baisemain et dit :

- Je suis ravi de vous connaître. Vous êtes d'une beauté éblouissante. Vous avez les lèvres rouges comme la rose, les cheveux noirs comme l'ébène et le teint blanc comme la neige.

- Vous êtes bien gentil, mais je ne m'appelle pas Blanche-Neige et je ne compte pas manger une pomme empoisonnée dans les jours à venir. Mais j'apprécie quand même.

Caïus Bernardus Plessyus se retira. Le chambellan annonça le suivant :

- Le sieur Philippo Chanio l'idiot, général en chef de la 6ème division.

Un grand dadais à l'air niais se pointa devant ma fille. Il semblait bien brave. Il lui dit :

- Ravi de vous connaître je suis.

Pour moi se présentaient deux possibilités : ou il imitait un certain Yoda (un Jet-D'ail), ou il ne savait pas mettre les mots d'une phrase dans l'ordre. Il fut remplacé par le suivant :

- Le sieur Démetre la tapette (à mouches), général en chef de la 5ème division.

Cet individu se présenta. Il était à la limite du potable... moi qui croyais que tous les généraux de Melkor étaient des grands et preux chevaliers virils, beaux et musclés... les deux seuls correspondant à ce signalement étaient le fameux Caïus Bernardus Plessyus - niveau muscles, c'était pas ça quand même - et évidemment Sauron chéri.

Donc Démetre la tapette se pointa et dit à ma fille :

- Je ne croyais pas pouvoir vous voir.

- L'espoir fait vivre, lâcha ma fille d'un air blasé.

- Le sieur Brice de Nice roi de la glisse, général en chef de la 7ème division, annonça le chambellan qui commençait à mourir d'ennui.

Il arriva devant nous. Il avait une drôle de tête, des cheveux blonds pas coiffés, un T-Shirt jaune taille 12 ans et un pantalon noir taille 92 ans. Il dit :

- Salut, ça baigne ?

- Ben oui, lâcha ma fille, genre : « comment il parle à la fille du chef, lui ? ».

- Vot'père, il aurait pas mis les doigts dans la prise en se lavant ce matin, non ?

Effectivement, il avait les cheveux en pétard. Mais peut-être pas à ce point. Brice continua :

- Cassé !

- Bon, là, c'est mes couilles que tu casses là. Suivant ! ordonna mon époux bien-aimé, renvoyant le roi de la casse dans le reste du groupe.

- Le sieur François Bayroud aux grandes oreilles, général en chef de la 10ème division.

Ses oreilles étaient effectivement immenses. Il aurait pu s'envoler avec.

- Je suis euh heureuh de faire euh votre connaissanceuh, fit-il d'un air pas très enjoué.

- Suivant ! ordonna Ilmarë.

- Mêêê euh !

- Elle a dit suivant ! ajouta Melkor. Alors tu fais comme elle a dit elle.

- Le sieur Nicolas Bavoux le baveux, général en chef de la 11ème division.

Il était laid, pas autant que Pierrot Gibot l'orque, mais pas loin. Il arriva en bavant devant ma fille, lui déposa un baiser baveux sur sa main, et repartit en bavant. Les téléspectateurs, s'il y en avait, devaient être morts de rire, à voir le niveau intellectuel des généraux de Melkor, ce qui laissait supposer du niveau intellectuel désastreux des soldats. C'était bien pour cette raison qu'ils se faisaient tous zigouiller et que la guerre n'en finissait pas car mon époux n'était jamais en rupture de stock à ce niveau-là.

- Le sieur Laure Da Vinci, euh Da Silva la pouffiasse, générale - des eaux - en chef de la 13ème division, dit le chambellan qui commençait vraiment à avoir du mal.

A notre plus grande surprise, une femme se pointa. Elle était sapée comme une pute - d'où son titre - et mâchouillait un chewing-gum qui lui donnait l'air d'une vache, un air encore plus idiot que celui qu'elle avait. Elle fit :

- Ouaich Princesse Ilmarë.

- Ouaich la pouffiasse, répondit Ilmarë sur le même ton.

La fille se tira et Ilmarë regarda son père d'un air inquiet :

- Père, je croyais que les femmes ne pouvaient pas intégrer l'armée.

- En principe oui, mais celle-ci a un QI d'orque, et comme elle voulait s'engager, je l'ai mise avec les orques.

- Le sieur Leonardo Di Carpaccio le beau, général en chef de la 3ème division.

Les avis étaient partagés sur sa supposée beauté. Bref, il y avait mieux. Je me souvenais de lui : je l'avais déjà vu dans un film parlant du naufrage d'un bateau - par contre, j'étais incapable de me rappeler le nom du bateau -. Il n'était pas gros, pour tout dire, il était épais comme un sandwich SNCF ou une planche de surf, pour faire plaisir à Brice qui ne savait même pas surfer. Il s'inclina devant ma fille, lui fit un baisemain en disant :

- Si vous saviez comment je suis heureux de vous connaître enfin.

- Désolée mais je ne sais pas... je ne lis pas dans les pensées.

- Le sieur Thierry Au Gagnant le dépressif, général en chef de la 4ème division.

Celui-ci avait une bonne tête, il était à peu près potable. Par contre, il mesurait 1.80m de haut, 40cm de large et 10cm d'épaisseur (volume occupé : 0.072m3). Celui-ci aussi devait plus ou moins faire la grève de la faim : il ne devait sûrement pas digérer la viande d'orque. Il dit lentement :

- Bonjour princesse.

Il s'était foulé... Il n'osa pas s'approcher à moins d'un mètre d'elle et se retira aussitôt pour laisser la place au suivant.

- Le sieur Dominique Ravaine l'idiot, général en chef de la 9ème division.

Ma fille laissa échapper un bâillement sonore quand le second idiot se pointa. Il avait l'air plus idiot encore que l'autre. Il était allé chez le coiffeur la veille et s'était fait faire des pointes qui lui donnaient l'air encore plus idiot et prétentieux que d'habitude. Il dit :

- Salut. T'es bien roulée, finalement.

- Je te signale que ma fille n'est pas une clope, précisa Melkor. Dégage ! Suivant !

L'autre se tira et le chambellan annonça :

- Le sieur Patatas Fritas mètre cube, général en chef de la 14ème division.

Arriva alors un mec obèse et trop laid - ce n'était pas un orque -. Il mesurait un mètre de haut, un mètre de large et un mètre d'épaisseur, d'où son titre. Il mâchouillait un chewing-gum qui lui donnait l'air d'être une vache. Lui aussi avait un QI d'orque. Ilmarë ne le laissa pas s'approcher, de peur qu'il ne l'écrabouille par son poids et passa au suivant. Elle en avait ras le bol, et le chambellan aussi :

- Le sieur Jean de la fontaine, le fabuliste, général en chef de la 8ème division.

- Avec une majuscule à Fontaine, je vous prie, fit l'intéressé.

Il avait un peu la tête dans les nuages mais était potable. Il servait plus de fabuliste que de général. Son maître aimait bien qu'il lui raconte des histoires.

Il s'inclina devant ma fille et laissa sa place au suivant.

- Le sieur - comme l'huile d'olive - Qinshihuangdi le magnifique, dit-il avec peine, genre « y a pas moyen d'avoir des noms pareils », général en chef de la 2ème division.

Un homme vraiment magnifique - il portait bien son titre -, de style asiatique, se pointa devant nous. J'en avais entendu parler : il était très ambitieux, venait de très loin, avait unifié tous les royaumes de son continent d'origine en un seul et unique et n'avait qu'une petite ambition : devenir immortel (à peine mégalo, le gars). Il fit un baisemain à ma fille et lui dit :

- J'ai beaucoup voyagé mais jamais je n'ai rencontré de créature aussi belle que vous.

- Oh... fit-elle, touchée par le compliment.

Comme quoi... à part Sauron et Caïus Bernardus Plessyus, il existait dans les armées de Melkor des types beaux, virils, intelligents, musclés... bref, des preux chevaliers comme on les aime.

- Dis donc, Qin, fit Melkor, ne commence pas à draguer ma fille.

- Sauf votre respect, monseigneur, ce sera le but de l'émission...

- Et bien ne prends pas d'avance.

- Et enfin le dernier mais non le moindre, que je vous demande d'applaudir...

- Bon, le chambellan, t'accouche ! s'énerva Melkor.

- Le grand, le beau et ténébreux Sauron le détesté, le chef de eux.

Sauron rougit : il n'était pas habitué à se faire traiter de grand, beau et ténébreux, surtout par un chambellan.

Mon coeur battit de plus en plus vite à mesure qu'il approchait. Il s'inclina devant ma fille, lui fit un baisemain et dit tout bas :

- Une seule personne vous surpasse en beauté et en grâce...

Et en plus, il était poète... Il était vraiment parfait. A cet instant, il me jeta un regard brûlant à faire fondre les calottes glaciaires du pôle.

- Qui donc ? chuchota ma fille.

- Votre mère...

- C'est de famille, commenta Ilmarë en lui faisant un clin d'oeil.

- Bon c'est fini, ces messes basses ? râla Melkor, le seul dans les 2m à la ronde à ne pas avoir entendu. Sauron, tu retournes avec les autres.

Il se releva, me jeta un dernier regard et retourna avec les autres. Mon coeur, quant à lui, reprit un rythme normal, à savoir 60 battements à la minute.

Puis mon cher et pas tendre époux dit au chef d'orchestre de lancer une valse. Il partit danser avec sa 1re épouse. Ilmarë partit vers ses prétendants et se choisit le fameux Qinshihuangdi. Quant à moi, je la suivis d'un air innocent et allais voir Sauron. Celui-ci me dit :

- Je suis navré ma Reine, mais je danse comme un manche à balai.

- N'avez-vous pas pris des cours ?

- Je n'ai pas le temps : je combats tout le temps. Et les RTT ne sont pas en vigueur ici, à vrai dire, elle ne le seront jamais. Mais vous savez, j'utilise le peu de temps que j'ai pour vous voir, vous.

Je jetais un regard inquiet à côté, histoire de surveiller mon mari que la 1re épouse entraînait de l'autre côté de la salle - vive la solidarité féminine -. Sauron se leva et me prit dans ses bras. Mon coeur s'emballa à nouveau. Sauron me dit :

- Je sens votre coeur qui bat de plus en plus vite. Il faudrait peut-être qu'il se calme.

Je souris et me laissais aller. Finalement, Sauron n'était pas si mauvais que ça en danse. Moi, par contre, de mon côté, j'étais incapable de faire le moindre pas et manquais à chaque instant de m'effondrer sur le sol. Sauron me disait :

- L'idée de votre fille est excellente, ma douce. Nous pourrons nous voir plus souvent.

- Je ne souhaite que cela, mon aimé. Mais s'il vous plaît, baissez le son, on pourrait nous entendre, lui murmurais-je à l'oreille.

La danse s'achevait. Sauron me raccompagna sur mon trône - que ma fille avait squatté au début de la soirée -, il m'aida à m'asseoir et me fit un baisemain. Il en profita pour me glisser un mot dans la main. Je surveillais mon mari, de retour avec la 1re épouse, pas franchement ravie, et dépliais le papier. Dessus était écrit : « ce soir, je passerai par le passage ». Melkor se tira avec sa 1re épouse et je courus vers Sauron. Celui-ci me regarda et me dit :

- Je vous manque déjà ?

- Oui. Mais ce soir, ce n'est pas possible.

- Pourquoi ?

- Il vient chez Sa 1re épouse.

- Ah... et demain, chez vous, n'est-ce pas ?

- Ben ouais.

- Cette idée me répugne au plus profond de mon être.

- Je sais, mon amour, sachez qu'il en est de même pour moi. Mais nous n'y pouvons rien. Mais venez après-demain, je vous attendrai.

- Comme vous voudrez... ah mais merde !

- Surveillez votre langage ! Mais quel est le problème ?

- Dans cette émission stupide, votre fille ira voir chacun des concourants chez lui à n'importe quel moment et nos appartements sont surveillés. Je ne pourrai en sortir. Je n'aurais pu que ce soir...

Il me jeta un regard suppliant.

- Non. S'Il vous voit sortir du placard de la 1re épouse, ça n'ira pas. Je ne veux pas que vous risquiez votre vie pour moi.

- C'est ce que je fais depuis une quinzaine d'années, et je continuerai. Par contre, si ça vous rassure, je ne passerai pas par le passage.

- C'est censé me rassurer ?

- En un sens oui... vu que Lui sera occupé par Sa 1re épouse, Il n'ira pas surveiller les couloirs ; Ses orques si, mais bon, ils sont bigleux.

- Mais Il nous gonfle, ma parole !

- Il est Seigneur des Ténèbres, c'est Son rôle.

J'éclatais de rire puis partis avec mon bien-aimé vers mes appartements. Une fois arrivés, je fermais à clé la porte. Sauron me plaqua contre et m'embrassa avidement. Quand il eut fini - cela a mis un certain temps -, je lui dis :

- Vous êtes bien pressé, mon ami... aujourd'hui aussi, vous ne resterez que 10 minutes ?

- Non, non. J'ai toute la nuit.

- Très bien.

Je me dégageais de son étreinte, me déshabillais et me couchais. Il fit de même et...

Il partit vers 4h00 du matin, comme à son habitude. J'avais hâte d'être au jour où je pourrais enfin faire la grasse matinée dans ses bras... Toujours est-il qu'il n'avait pas besoin de beaucoup de sommeil, 5h tout au plus. Il rentabilisait son temps. Son maître aussi... enfin, lui le rentabilisait trop : c'était un lapin.

Ce soir-là, il vint d'ailleurs me voir et fit le lapin comme d'habitude. Puis il m'emmena chez lui dans son bureau, où attendaient les 364 autres épouses. Il alluma la télé et regarda le résumé de la journée. Décidément, c'était vraiment son truc, la télé réalité.

Un des concourants s'était déjà fait éliminer : il s'agissait de Pierrot Gibot le pas beau. Ilmarë l'avait viré parce qu'il était trop moche, sentait trop mauvais et que jamais dans sa vie, elle ne s'abaisserait à ce point : elle préférait mourir que d'épouser un orque, aussi gradé fût-il.

Par la suite, Ilmarë vira un prétendant tous les trois jours. Elle poursuivit par Patatas Fritas mètre cube, craignant d'être écrabouillée mortellement pendant la nuit de noce... surtout que ce type était lourd dans les deux sens du terme (3,5T, hauteur limitée à 2,50m). Puis vint Laure Da Silva la pouffiasse : ma fille n'était pas portée sur les femmes, qui plus est, lorsqu'elles mâchouillaient des chewing-gum à longueur de journée et avaient des QI d'orque, voire de troll. Ensuite arriva Dominique Ravaine l'idiot, ma fille l'ayant trouvé superficiel, sa grandeur ne résidant que dans son grade et dans la taille de ses pointes sur la tête - look pas très apprécié dans l'armée de Melkor (vous comprenez, ce n'était pas très pratique pour mettre un casque) -. Après fut viré Nicolas Bavoux le baveux, décidément trop baveux et trop salissant. Suivit ensuite Brice de Nice le roi de la pisse - surnommé ainsi par Melkor, lequel n'ayant pas vraiment apprécié le coup des doigts dans la prise - puis Démetre la tapette, étant comme son nom l'indique, une tapette et ensuite, Philippo Chanio l'idiot - du village -, tellement idiot et bien brave qu'on se demandait comment il avait fait pour monter autant en grade.

Il ne restait que 7 concourants. Le match se resserrait mais je savais déjà qui ma fille choisirait. Par contre, en dehors du marché que nous avions conclu, elle s'était attachée au dénommé Qinshihuangdi, le trouvant décidément à son goût, ce que je comprenais aisément. Il venait d'une contrée lointaine, le royaume de Qin et il était à la recherche de l'immortalité. Il était venu ici, avait été engagé dans l'armée et en 5 ans, il était passé de simple soldat à général en chef. Ce mec était une tête, je vous le dis : il avait un avenir prometteur.

Elle chassa ensuite Jean de la Fontaine, n'étant pas vraiment branchée fables et ne trouvant pas spécialement passionnante l'histoire d'un corbeau qui se fait tirer son munster - si si, c'était un munster - par un renard ou celle de la cigale qui crève la dalle. Le suivant fut François Bayroud aux longues oreilles, ma fille étant exaspérée par la quantité phénoménale de « euh » qu'il produisait à l'heure (environ 2000). Thierry Au Gagnant le dépressif fut éliminé également, car sa déprime s'avérait contagieuse et tellement profonde que rien ne pouvait l'en sortir ; d'un autre côté, il ne fallait pas lui en vouloir : il était plutôt pacifique... et pour un général du Seigneur des Ténèbres, ce n'était pas spécialement le pied. Leonardo Di Carpaccio suivit : il était trop prétentieux pour prétendre à la main de ma fille et celle-ci (ma fille, pas sa main) en avait assez de le voir se vanter et de se pointer sur son balcon, les bras en croix, en hurlant : « je suis le maître du monde ! ». Etant prêtre, Caïus Bernardus Plessyus fut lui aussi congédié, mais il ne resta pas loin et suivit attentivement les dernières péripéties.

Il ne restait alors que le bel asiatique, Qinshihuandgi (Qin pour les intimes) et Sauron, mon bien-aimé à moi. Ilmarë semblait très amoureuse de Qin - et réciproquement - et elle s'en voulait d'avoir à le virer. Mais bon, une promesse était une promesse. L'autre soupirant d'Ilmarë, Glorfindel - celui qui n'avait pas été pris - , était furieux. Il vint me relancer jusque chez moi. Il me dit :

- Vous pouvez dire à votre fille que c'est fini entre nous !

- Mais calmez-vous ! Elle joue la comédie.

- Non mais quoi, elle lui colle aux basques, au chintock !

- Comprenez la aussi... ce type est vraiment très beau et très intelligent.

- Parce que je ne le suis pas, moi ?

- Je ne prendrais pas parti, je resterai neutre, sinon ce serait Sauron qui me ferait une crise. Mais perso, je vous trouve pas mal.

- Faites pression sur elle ou je raconte tout à votre mari !

- QUOI ?

- Oui, je Lui dirai tout, sur Sauron et vous, je dirai pourquoi votre fille le choisira lui...

- Mais puisque c'est Sauron qu'elle épousera, pourquoi vous m'en faites un flan ?

- Elle épousera Sauron mais le trompera avec le chinois.

- Qinshihuangdi qu'il s'appelle...

- Comment elle peut vouloir épouser un type avec un nom aussi barbare ?

- Ce n'est pas de sa faute si ses parents étaient tordus.

- Vous vous foutez de moi ? C'est lui qui l'a choisi, son nom ! Ses parents l'avaient appelé Zheng ! C'était plus simple !

- Je vous prierais de me parler autrement, rappelez-vous que je suis reine d'ici.

- Ouais ouais...

- Et je vous assure que si vous racontez tout sur Sauron et moi, nous démentirons vivement cette rumeur - même si elle est fondée - et qu'entre la voix d'un petit colonel de rien du tout et celle de Son chef des armées et de Sa femme, Il aura vite fait son choix alors lâchez-moi les basques !

- C'est quoi des basques ? demanda Eldarion qui venait d'arriver.

- Eldarion, retourne dans ta chambre. Et pour ton information, les basques sont des chaussures.

Eldarion retourna dans sa chambre et Glorfindel se tira, jurant qu'il se vengerait et causerait ma perte et celle de Sauron. J'espérais de tout coeur qu'il ne mettrait jamais ses menaces à exécution, mais cela m'aurait étonnée, borné comme était ce type... Je laissais échapper un soupir et pris un bain pour me détendre. Ma suivante me lava les cheveux - ça vous fait une belle jambe, hein ? -.

Le lendemain, Ilmarë avait pris sa décision : elle avait viré Qinshihuangdi devant la caméra. Elle lui avait dit :

- Tu sais, je n'ai rien contre toi, mais c'est des raisons personnelles que je ne peux pas t'expliquer ici devant mon père et toute la Terre du Milieu - du moins, ceux qui ont la télé -. Pardonne-moi.

Il partit en pleurant... le pauvre coco. Mais il savait qu'elle l'aimait mais était tenue par une sorte de serment, c'est pourquoi elle ne pouvait pas l'épouser.

A la plus grande joie de Melkor, sa fille épousa Sauron. C'est à lui qu'incomba la tâche de les marier. Il expédia la cérémonie à laquelle il avait convié toutes les têtes pensantes de ses armées, autrement dit, aucun orque. Il conduisit sa fille à l'autel sacrificiel au milieu de la forteresse et se plaça derrière. Elle (la fille, pas la forteresse) était sapée en noir façon veuve sicilienne (ou veuve noire) et tirait une tête de six pieds de long, ce qui se comprend. A sa place, je n'aurais pas voulu épouser l'amant de ma mère.

Elle venait d'être élue Miss Angband 133 du Premier Age, et ce, pour 5 ans (un quinquennat, comme pour les Présidents de la République en France). Elle était aussi candidate au concours Miss Angmar - qu'elle allait gagner, vu qu'elle était la seule concurrente parce qu'il n'y a pas un péquenot en Angmar - et au concours Miss Terre du Milieu.

- Si nous sommes réunis ici, c'est pour célébrer l'union qui va unir par les liens sacrés du mariage ce maïa à cette demi-elfe, demi-valar, enfin, à ma fille, quoi. Bon, on ne va pas y passer la journée. Ilmarë, fille de moi-même, veux-tu prendre pour époux Sauron le détesté ici présent ?

Ilmarë n'eut même pas le temps d'ouvrir le bec pour dire non que Melkor répondit à sa place. Puis il posa la même question à Sauron et répondit oui à sa place. Puis il s'apprêta à partir et dit :

- Zut, j'oubliais. Je vous déclare unis par les liens sacrés du mariage. Grouillez-vous de vous embrasser et moi, je vous laisse, j'ai une tonne de boulot. Bon, ça vient ?

Ils furent obligés de s'y mettre sans conviction - ce n'était pas l'amour fou.

- Voilà, fit Melkor. Une bonne chose de faite. Vous avez intérêt à consommer votre union. Et toi, Sauron, je te castre si tu ne me ponds pas un petit-fils.

Ah, Melkor et l'esprit de famille... En plus, le pôv' pitchoune, il avait toujours pas compris que les mecs sont dans l'incapacité de pondre des mômes.

Heureusement, Sauron ne suivit pas cet ordre. Pour éviter la castration, il fut obligé un jour d'annoncer à Melkor que sa femme ne pouvait pas avoir d'enfant. Jamais, il n'osa la toucher, ce qui leur permit de devenir bons amis. La première nuit, ils firent juste croire à Melkor qu'ils avaient consommé leur union. En vérité, Sauron la traitait plutôt comme sa fille que comme sa femme. Ilmarë, pour sa part, vit en secret Qinshihuangdi qui ne vieillit pas d'un poil tout le temps où il resta là. Il croyait avoir enfin trouvé les terres immortelles. Quant à Sauron et moi, notre amour resta platonique, pour éviter le pire, mais on se voyait souvent (enfin, dix minutes tous les ans). Il venait avec sa femme chez moi voir Eldarion, qui vivait caché aux yeux de tous. Il me dévorait du regard à chaque fois qu'il me voyait, et au prix de grands efforts, il s'est abstenu de me sauter dessus mais il en a rêvé des milliers de fois : sa pulsion refoulée est ressortie en rêve. Cependant, il m'embrassait fougueusement dès que nous nous retrouvions seuls. (eh, il fallait bien compenser).

Eldarion mon fils sortit avec beaucoup de filles : il avait le pouvoir de séduction de son papa. Sauf qu'il en ramenait chez moi tous les soirs, ce qui eut pour conséquence de m'empêcher assez souvent de dormir. Il avait du mal à mener une vie normale, dans un appartement pour lui, au lieu de squatter mon chez-moi. J'y pensais : j'aurais dû l'appeler Tanguy.

Un soir où il faisait particulièrement du bruit, je tapais contre la cloison (niveau isolation, c'était pas la joie ici) en criant :

- Eldarion, j'aimerais bien dormir je te prie ! Baisse le volume sonore !

Sa petite amie (plus grande que lui d'où l'absurdité de la dénomination) lui fit :

- C'est qui ?

- C'est ma mère... Ca te pose un problème ?

- Du tout.

Elle sortit de sa chambre et vint me voir. Elle était pas mal de loin, blonde, ce qui m'étonnait fort venant d'un endroit sans soleil. Elle me dit :

- Pardonnez-moi Madame de vous déranger.

- Bon, ça va pour cette fois. Mais baissez le volume je vous prie, pour les jours à venir.

Elle obéit. Je commençais à peine à m'endormir quand je fus réveillée par un baiser dans le cou. Sauron était revenu. Il me dit :

- Je ne vous dérange pas au moins ?

- Non, non, j'ai consulté mon planning, j'ai encore 10 mois de libres. Alors dites-moi, cette fois, c'est encore 10 minutes ou me ferez-vous l'immense honneur de rester un quart d'heure ? (visez la rime)

- Dame Sulring, cessez d'être aussi cynique.

- Je ne suis pas cynique, mais réaliste. Alors ?

- Je suis là pour trois jours.

- Trois jours ? répétais-je. Mais vous allez utiliser tout votre crédit pour les 1000 ans à venir !

- Voir réflexion précédente.

Il se coucha à mes côtés, me prit dans ses bras, m'embrassa tout en cherchant à me dévêtir (il savait tout faire en même temps, lui). Je le repoussais gentiment, disant :

- Ce n'est pas pour jouer la femme emmerdante, mais je suis vraiment épuisée ce soir.

Il desserra son étreinte, histoire que je puisse respirer, me reposa sur mon lit et me dit :

- Ca ne fait rien, mon amour. Je veillerai sur vous pendant cette nuit.

Ce qu'il fit. Je me réveillais le lendemain, assez tard. Sauron me dit :

- Vous avez fait du lard ce matin. Il est 11h. (il a l'horloge dans le pif, lui)

- Ne m'en voulez pas. Je n'ai pas dormi durant toute la semaine.

- Pourquoi donc ? Etes-vous préoccupée par quelque chose ?

- Non non, c'est juste notre fils qui fait un peu trop de bruit le soir.

- Oh... quel âge ça lui fait ?

- 30 ans.

- Il serait temps qu'il s'installe chez lui.

- Il m'aide à supporter vos longues absences : quand il ne ramène pas une fille ici, nous passons nos soirées à discuter de choses et d'autres. Il a beaucoup d'esprit, comme vous.

- Je pourrais dire la même chose de votre fille. Elle est la gentillesse incarnée. Les soirs où je ne peux venir chez vous (quand Lui vient par exemple) et que votre fille n'amène pas son chéri, nous passons de longues heures à discuter.

Je passais trois jours et trois nuits merveilleux en sa compagnie. Je réalisais que j'en étais vraiment amoureuse. Ce mec était parfait - comme quoi ça existe - , pas très disponible mais parfait. Mais le jour de son départ dut arriver. Je lui dis :

- Je refuse de vous voir partir.

- Il le faut pourtant. J'ai encore une semaine pour mettre au point la stratégie d'attaque avec les autres. Si vous saviez comme j'en ai marre...

- Emmenez-moi avec vous. Je sais me battre et votre voyage vous paraîtra moins insupportable si je viens.

- Vous voudriez vous engager dans l'armée ?

- Oui.

- Je refuse formellement. Je ne veux pas que vous mettiez votre vie en danger à cause de moi. De plus, Il (Lui quoi) refusera que vous y alliez.

- Il n'est pas obligé de le savoir. Et puis, vous pourriez faire pression sur Lui. Je sais que vous êtes très influent.

- Mais oui... Il me demandera : « pourquoi tu tiens à avoir ma seconde épouse dans ton armée ? » ; « parce qu'elle se bat très bien » et borné comme Il est, Il refusera.

- Il est peut-être borné, mais vous l'êtes aussi. Sauron, vous êtes un macho misogyne.

- QUOI ?

- Oui.

- Je ne veux pas vous perdre, Sulring, me dit-il, les larmes aux yeux, et je préfère me séparer de vous pendant dix longues années que de risquer de vous voir mourir au combat. Je n'en ajouterai pas plus. Je vous aime et refuse qu'il vous arrive quoi que ce soit.

Il prit congé. Je partis aussitôt voir Melkor. Non mais, ça n'allait pas se passer comme ça ! J'en avais vraiment ras le bol de ce monde que seuls les hommes pouvaient diriger. Melkor me vit arriver d'un assez mauvais oeil.

- Alors quel est le problème encore ?

- Euh...

- Ecoute, tu es déjà venue me dire que t'en avais marre de la viande d'orque. J'ai fait importer des lembas exprès...

- En fait, c'était moi et seulement moi qui m'en occupais... mais justement, pendant qu'on y est, à propos des repas, si on pouvait ajouter un sanglier ou deux...

- Un sanglier ? Et puis quoi encore ? Pourquoi pas avec vue sur la mer ?

- Euh...

- Ecoute Sulring, tu me gonfles. Alors, bouffe mise à part, je continue. Ensuite, tu pousses tes consoeurs à la révolte.

- C'était pas moi, c'était Miriel.

- Ah celle-là aussi, faut se la farcir.

A croire qu'il considérait sa 1re épouse comme une dinde à servir pour Noël... mais même si elle et d'autres jacassaient comme des pintades, ce n'était pas une raison.

- Bon alors, qu'est-ce que tu me veux ? reprit mon adorable mari.

- Je voudrais m'engager dans l'armée.

Il arrondit les yeux :

- T'as fumé un arbre ?

- Euh non. Il n'y en a pas ici. Vous savez, ça manque de verdure ici...

- Bon, pourquoi tu veux t'engager ?

Il changeait de conversation. Décidément, la reforestation d'Angband, c'était pas pour tout de suite.

- Je m'ennuie, lui répondis-je.

- Alors fais de la couture, occupe toi de tes gosses ! T'es une femme, non ?

- Figurez vous que j'en ai ma claque de faire de la couture et que mes gosses sont suffisamment grands pour se débrouiller seuls.

- Tu veux que je t'en fasse un autre ?

- Personnellement, non.

- Ben alors ! Arrête de râler ! explosa-t-il.

- Bon, je suis engagée ou pas ?

- NON !

- Monseigneur...

- NON !

- Seigneur Melkor le plus grand de tous...

- Non, j'ai dit. Et quand je dis non, c'est non ! Et ça sert à rien de me flatter.

- Je sais me battre !

- Je n'en doute pas. Mais une fois sur le champ de bataille, la peur et l'horreur envahiront ton coeur et tu n'auras plus qu'une envie : fuir. La guerre est le domaine des hommes, Sulring.

- Mais...

- Ecoute, aucune femme n'a jamais été engagée dans mon armée et il est hors de question que ça change.

- Et la Laure Da Silva ?

- Elle n'était pas considérée comme une femme. Elle avait un QI de troll. Et vu que ce n'est pas ton cas, tu n'as pas à m'en parler. Tu ne sais pas ce que c'est que la guerre tu as toujours vécu dans un esprit pacifique.

- Euh, en fait...

- Tu peux disposer, me coupa-t-il, résolu à ne pas m'engager.

Je m'en allais, pensant : « il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. Macho, va ! ». J'allais voir Sauron qui me dit :

- Alors ?

- Il n'a pas voulu que je m'engage.

Il poussa un soupir de soulagement et me dit :

- Ce serait préférable, pour votre sécurité. Je ne veux pas que vous risquiez votre vie pour moi.

- Vous risquez bien la vôtre pour moi. Alors c'est un juste retour des choses.

- Mon amour, murmura-t-il, réalisant enfin l'ampleur de l'amour que je lui portais.

Il m'embrassa tendrement et me dit :

- Savez-vous vous battre ?

- Evidemment !

Me libérant, il partit chercher deux longues épées – mais vraiment longues, pas façon cure-dents - et m'en tendit une, disant :

- Prouvez-le. Et dans le cas où vous auriez le dessus, ce dont je doute, ne me tuez pas.

- J'en serais incapable, mon amour.

Il fondit sur moi et à sa plus grande surprise, j'esquivais toutes ses attaques. Notre combat dura près d'une heure (voyez Kill Bill, et ben pareil), temps au bout duquel je désarmais enfin mon adversaire et le fis tomber au sol. Je le plaquais au sol et pointais mon épée sur lui. Il me dit :

- Vous êtes très douée avec une lame, mais lorsque ce genre de scène se reproduira, vous ne devrez pas hésiter à trancher la gorge de votre adversaire.

- Mais mon cher Sauron, si je ne l'ai pas fait, c'est parce que c'était vous...

Il me fit un clin d'oeil et sans crier gare, m'arracha mon épée des mains et me plaqua au sol.

- Ah ça, vous ne vous y attendiez pas, me fit-il.

- Non, mais ça ne me dérange pas, voyez-vous.

S'ensuivit ce qui devait suivre (ça faisait longtemps). Le lendemain, Sauron m'annonça que j'étais engagée, ce dont je fus ravie. En vérité, il n'avait pas le choix, car, recevant des ordres de la femme de son chef, il était obligé d'y obéir. Nous sommes donc partis la semaine suivante. En attendant, j'informais ma suivante de mon départ.

- Mais vous n'en avez pas le droit ! s'exclama-t-elle.

- J'ai tous les droits.

- Sauf celui de désobéir au Maître.

- Tu vas pas te mettre à penser comme Lui non plus ?

- Ma reine...

- Il n'y a pas de « ma reine » qui tienne (ni de parrain d'ailleurs). J'y vais.

- La vie sur un champ de bataille n'a rien à voir avec la vie que vous menez ici.

- Je le sais, ne t'en fais pas. Prends ma place auprès de Lui. J'en ai pour deux ans.

- Oh non !

- Quoi ?

- Cette année, je vais encore passer à la casserole !

- Je suis désolée, Eärwen.

- Oh vous savez, vous n'avez pas à l'être. Ca m'occupe...

- Merci. Je t'en serai toujours redevable.

- C'est Lui qui risque d'être surpris.

- Tu sais, Il a tellement de femmes que s'il y en a une qui manque...

- Je vous rappelle que même s'Il est Seigneur des Ténèbres, Il n'est pas complètement idiot pour autant.

- Au pire, t'avisera.

- Ouais. Toujours est-il que je vous serai toujours fidèle quoi qu'il arrive et quoi qu'Il me fasse.

- Merci Eärwen.

Je pris congé et partis chez mon bien aimé pour me préparer. Il me dit :

- Je pars à dos de balrog. Ne croyez pas que ça m'enchante mais bon. Je ne peux pas vous emmener avec moi car ça paraîtrait louche.

- Comme vous voudrez mon chéri.

- Je veux dire par là que vous serez obligée de marcher avec l'armée des orques.

- Je ferai comme ça vous arrangera le mieux.

J'étais prête à aller jusqu'au bout du monde - avec l'armée des orques - pour lui. Je passais la nuit chez lui et le lendemain, il me déguisa comme il pouvait en soldat, rentra mes longs cheveux dans mon armure - qui pesait une tonne - et nous partîmes pour le fameux lieu.

Nous y sommes arrivés trois jours plus tard, en pleine nuit. Nous avons décidé d'attendre le lendemain avant de déclarer les hostilités : aucun pékin de l'armée ne tenait debout : tous - et moi également - n'aspiraient qu'à une chose, du repos et une bonne grasse matinée, ce que Sauron (chéri) nous accorda. Il construisit sa tente en quelques minutes : il était habitué au camping. J'entrais dedans et il me dit :

- Ca change d'Angband...

- C'est clair. Mais c'est sympa, le camping...

- Vous tenez le coup ?

- Il le faut bien.

- Vous savez, il n'est pas trop tard pour faire demi-tour.

- Non, je me suis engagée et j'irai jusqu'au bout de mon engagement (engagez-vous qu'ils disaient... vous verrez du pays, qu'ils disaient), jusqu'à ma mort.

- Mon amour, ne parlez pas de malheur.

Il me prit dans ses bras et m'embrassa comme jamais. Puis il commença à me déshabiller. Je le repoussais gentiment, disant :

- Pas ce soir, s'il vous plaît, je suis épuisée.

Lui apparemment ne l'était pas. Evidemment, il ne s'était pas tapé tout le chemin à pied. Mais il respectait mon choix :

- Comme vous voudrez, mon amour.

J'enlevais quatre de mes cinq couches de vêtements et m'écroulais comme une masse. Sauron veilla sur moi pendant mon sommeil. Cependant, le lendemain, je mis un certain temps à réaliser ce qui s'était passé (mon cerveau mit un certain temps à se brancher et à s'allumer). Je vis Sauron qui s'était déjà sapé dans sa magnifique armure à la César qui lui donnait l'air d'être très beau et très musclé (ce qu'il était), un vrai beau preux chevalier comme on les aime. Je lui dis :

- Dites donc, j'espère que l'armée que vous affronterez aujourd'hui ne sera pas composée de femmes parce que si c'était le cas, aucune ne parviendrait à vous résister.

- Rassurez-vous car ici, comme à Angband, les femmes ne sont pas censées se battre mais j'apprécie quand même le compliment.

Il s'apprêta à partir et je lui dis :

- Mais attendez-moi !

- Vous avez encore besoin de repos, répondit-il en venant au bord de mon lit. Le voyage vous a épuisée. Vous combattrez demain.

Il se pencha vers moi et m'embrassa une dernière fois avant de partir. Puis je me rendormis comme une masse. Le combat faisait rage à côté mais je n'entendis rien. Je me réveillais au milieu de l'après-midi, la tête dans le seau. J'entendais de partout des cris d'horreur. J'avais les larmes aux yeux. Si seulement j'avais pu arrêter ce carnage. Mais je ne pouvais rien faire. J'aurais pu à la limite supplier Sauron se stopper cette guerre mais il ne m'aurait pas écoutée, de peur de se faire trucider par Melkor. J'entendais Sauron qui appelait ses soldats à poursuivre le combat. Il le faisait à contrecoeur car je savais que ce qu'il désirait le plus était d'être à mes côtés à l'abri dans la forteresse plutôt que de se battre au milieu de nulle part.

Ces sombres pensées occupaient mon esprit jusqu'au retour de Sauron. Il revint donc, enleva son armure à la César et s'écrasa comme un Boeing 747 - façon de parler : tous les Boeing 747 ne s'écrasent pas - sur mon lit.

- Alors ? lui demandais-je.

- Mon cher amour, je suis épuisé. J'ai laissé les autres continuer le combat. J'avais besoin de vous voir et j'en avais assez de me battre.

- Oh mon chéri...

- Ma douce aimée...

Franchement, le nombre d'expressions que nous utilisions était assez impressionnant...

- Sauron, battons en retraite, repartons chez nous.

- Vous êtes folle ? Il nous tuerait !

- Sauron...

- Je ne peux rien contre Son influence, vous le savez. Mais je sais que des jours meilleurs pour nous viendront. Un jour, je l'espère proche, je serai libre et vous aussi. Nous serons libres de nous aimer en paix, sans avoir à nous battre contre la moitié de la Terre du Milieu. Mais pour l'instant, nous devons nous plier à Ses ordres.

Il se coucha à mes côtés, me prit dans ses bras et s'endormit aussitôt. Moi aussi.

Le lendemain tôt, je me réveillais et vis mon bien-aimé en train de se saper. Il me dit :

- Voulez-vous vous battre aujourd'hui ?

- Oui, je le veux.

- Comme vous voudrez. Alors habillez-vous, nous allons bientôt partir.

Je lui obéis et sortis. Pour la première fois, je vis le paysage qui s'étalait devant moi : une cité à l'origine blanche, à feu et à sang sous le soleil de ce début de journée. Sauron rappela ses soldats au combat. Nous nous sommes longtemps battus.

Mais sous un soleil écrasant du milieu de l'après-midi, en plein duel contre un gars, je me sentis défaillir. La tête me tournait et ma vue se brouillait. J'enlevais mon casque et fis une longue respiration. Mon adversaire, lui, fit une drôle de tête et me dit :

- Vous êtes une femme ?

- Ben oui. Ça se voit tant que ça ?

- Je vous dénoncerai à votre maître. Il est aussi strict que nous sur ce point. Une femme non autorisée à être sur un champ de bataille mérite la mort.

- Je m'en fous. Et puis, je vous souhaite bonne chance pour entrer dans Angband. Aucun de nos ennemis n'y est jamais parvenu.

A ce moment-là, Sauron chéri se trouvait avoir un petit moment de répit. Il me vit tourner de l'oeil tandis que mon adversaire s'apprêtait à me tuer. Il me hurla :

- Sulring, attention !

Je ne captais pas. Il courut vers moi et pourfendit mon assaillant. Puis je lui tombais dans les bras et perdis connaissance.

Je me réveillais quelques heures plus tard, dans sa tente. Il se jeta sur moi, me serra fort contre lui et me dit, la voix brisée :

- J'ai cru que je vous perdais à jamais.

- Ce n'était rien, mon amour, le rassurais-je en lui caressant les cheveux. J'avais trop chaud dans mon armure, et le soleil tapant fort sur moi, j'ai perdu connaissance.

- L'essentiel est que vous soyez réveillée et en vie.

L'un impliquait l'autre mais bon, il était sous le choc, il ne fallait pas lui en vouloir.

- Il serait préférable que vous ne combattiez plus.

- Je pourrais encore, mais juste le matin et sans armure. (pas contrariante la fille)

- Sans armure ? Vous êtes folle ?

- Lorsque nous nous sommes battus en duel, vous ne m'avez pas touchée une seule fois. Alors à moins que vous ne soyez vraiment pas doué, ce dont je doute, il s'avère que je peux me débrouiller sans, et même mieux, car je ne suis pas gênée par le poids de l'armure. De plus, vous avez vu vous-même que je me suis très bien débrouillée aujourd'hui.

Je l'avais convaincu. Il m'embrassa de partout, et se disant que j'avais besoin de repos, n'alla pas plus loin.

Durant le mois qui suivit, je me battis donc en robe rouge pour cacher les traces de sang cinq heures par jour (de 7h à 12h) 7 jours sur 7 aux côtés de mon bien-aimé Sauron. Je fus la première femme elfe à s'être battue, qui plus est, en appliquant les 35h sans le savoir.

Un soir, je vis rentrer mon chéri dans sa tente, l'air épuisé. Il me dit :

- J'en ai marre...

- J'espère qu'un jour, après toutes ces années de bons et loyaux services, Il vous libérera.

- Je l'espère depuis le jour où je vous ai rencontrée, m'assura-t-il avant de m'embrasser.

Notre baiser dura un certain temps (voire un temps certain) puis nous avons reçu la visite d'un type inconnu. A notre plus grand regret, So-so dut décoller sa bouche de la mienne et s'apprêta à chasser l'importun. Il empoigna son épée et la pointa sur le gars. Celui-ci recula, un peu - beaucoup - mort de trouille et fit d'une toute petite voix :

- Navré de vous déranger à un tel moment, Seigneur Sauron...

- Qu'est-ce que tu me veux ? Et d'abord, qui es-tu, pour venir me déranger dans ma tente à cette heure-ci ?

- Jafar, premier ministre de la cité que vous assiégez, conseiller du roi.

- Ah quand même... mais tu serais pas un peu suicidaire sur les bords ? Venir te jeter dans la gueule du loup...

- Je ne fais qu'obéir à mon roi, contrairement à mon homonyme qui rêve de se faire Jasmine, la fille du roi et qui est fou de jalousie parce qu'un gars nommé Aladdin sort avec...

- Je me fiche de la vie de ton homonyme...

- Seigneur Sauron, j'ai entendu parler de votre magnanimité... vous ne tuez pas de premier ministre après 20h...

- Euh, moi c'est Sauron... tu vois ce que je veux dire ? Sauron le sanguinaire, la terreur de la Terre du Milieu...

- Mais...

- C'est vrai, je ne tue pas passé le coucher du soleil. Et heureusement que mon maître n'en sait rien sinon ça chaufferait pour mon matricule. Bon qu'est-ce que tu fous dans ma tente, deuxième édition ?

- Nous aimerions une trêve d'une dizaine de jours, afin de célébrer nos ancêtres. C'est très important pour nous. C'est une tradition chez nous.

Sauron me regarda d'un air dubitatif et me dit :

- C'est une autre culture...

- Après tout, pourquoi pas ? dis-je. Nous passerions donc également nos journées ensemble.

- Moui, ça me paraît négociable...

- C'est vrai ? s'écria Jafar. C'est formidable ! Ah c'est mon roi qui va être content.

- Seulement, j'ai aussi une faveur à te demander, vois-tu...

- Laquelle, Monseigneur ?

- Ne dis rien à personne sur ce que tu as vu ici.

- Promis.

Il se tira. Sauron me regarda et me dit :

- Il a eu du bol, ce mec. Il pourra bien prier ses ancêtres pour les remercier. Bref, c'est vraiment une autre culture...

- Vous voyez, il n'y a pas que notre culture dans le monde.

- Encore heureux... (long silence pendant lequel il me jeta à nouveau un regard à faire fondre les calottes glaciaires du pôle). On en était où ?

Nous avons donc repris là où nous en étions et avons poursuivi... franchement, sur ce point de vue-là, c'était vraiment le pied, de s'engager dans l'armée...

Mon chéri accorda donc la trêve de dix jours tant désirée par le premier ministre aux habitants de la cité assiégée.

Une nuit, au milieu de cette période, je me réveillais le bas du ventre taché de sang. Je compris vite ce qui s'était passé : j'étais enceinte et avais fait une fausse couche. Sauron, lui, n'avait pas imprimé. Il m'emmena à l'hôpital de la cité - qui, coup de bol, tenait encore debout - et me fit passer pour sa femme pour y être accepté. Ceci ne suffit pas : Sauron dut en plus payer le prix fort pour me faire soigner. Il prit le nom de mon père, Finarfin (ça faisait moins louche) et me fit entrer. Je fus soignée par un toubib gynéco qui dit à Sauron :

- Vous pourriez peut-être vous occuper un peu plus de votre femme, monseigneur.

Sauron le prit au mot et me chouchouta pendant une bonne semaine jusqu'à ce que je sois entièrement remise. Puis il décida de lever le siège.

Mais il ne s'y prit pas assez tôt. Les dernières journées de trêve s'étaient écoulées et à la plus grande surprise des habitants de la cité, les armées de Sauron semblaient attendre les ordres de leur maître - qui, n'étant pas dédoublable (en deux énantiomères), ne pouvait être à la fois à mes côtés et sur le champ de bataille -. Un jour, Sauron s'était mis sur le balcon de ma chambre et il vit ses troupes étalées devant lui devant la cité. Elles se mirent toutes à scander en choeur son nom, sous l'ordre d'un sous-chef absolument crétin qui ne savait pas ce que le mot discrétion signifiait. Mon gynéco, venu me voir, comprit tout de suite. Il m'attira à lui et me colla un poignard sous la gorge. Il dit à Sauron :

- Levez le siège ou je la tue.

Je lui lançais un regard suppliant. Il se retourna vers ses troupes et leur dit :

- Levez le siège !

Les armées s'exécutèrent. Mon gynéco m'envoya sur Sauron et rit :

- Alors comme ça, Sauron le grand au coeur d'acier a donc une faiblesse.

Il sortit et nous enferma à double tour. Nous fûmes par la suite transférés dans une prison, bien pire que chez nous d'ailleurs. Nous étions situés au dernier étage d'une grande tour blanche d'environ 50m de haut. Un des geôliers vint nous voir : il se nommait Reggio et se baladait avec une banane autour de la taille sur laquelle était écrit son nom: il avait l'air franchement ridicule. Il regarda Sauron et lui fit :

- Alors comme ça, c'est lui, Sauron. Le caïd, la terreur, Monsieur-j'ai-fait-peur-à-toute-la-Terre-du-Milieu. Alors dehors t'étais peut-être une star, un héros, mais ici, t'es rien du tout. Le seul vrai chef, c'est moi. Alors t'as deux possibilités : ou tu te tiens tranquille et tout se passera bien, ou tu continues à jouer les caïds et là je vais te pourrir la vie. Et pour ce qui est de pourrir la vie des gens, je m'y connais, c'est mon métier. Et ta chérie, c'est qui ?

- Vous croyez que je vais vous le dire ?

- Sauron, vous commencez mal là... lui dis-je.

- Elle a raison.

- Une des femmes de mon maître.

- Et bien... commenta-t-il. Toujours est-il que t'as intérêt à te tenir à carreau. Je commencerai déjà par te priver de ta bien-aimée et par tout raconter à ton maître si tu me les prends trop. Capiche ?

- Oui.

- Oui qui ?

- Oui chef, soupira So-so.

- Souviens-toi de ce que je t'ai dit.

Il frappa à la porte de la cellule pour qu'on lui rouvre. Personne ne répondit. Sauron avait un sourire au coin des lèvres, genre « pour qui il se prend ce petit ? S'il croit que moi, Sauron, serviteur du Seigneur des Ténèbres, vais moisir ici jusqu'à la fin du Premier Age... ». Finalement, on lui ouvrit. Le type se tira, pas très rassuré. Je me jetais dans les bras de Sauron et fondis en larmes.

- Calmez-vous, ce n'est pas de votre faute, me dit-il.

- Si. Je n'aurais jamais dû venir ici.

- Arrêtez de culpabiliser, ça ne sert à rien.

- Nous ne pourrons pas sortir d'ici. Si jamais Il nous en fait sortir, ce sera pour nous tuer tous les deux. Qu'allons-nous faire, mon amour ?

- D'abord, vous allez vous calmer et vous reposer un peu. Je vais réfléchir à une stratégie. Faites-moi confiance, je nous sortirai de là et Il n'en saura rien.

Il essayait plus de se convaincre lui-même. Je me couchais et m'endormis malgré tout. Lui aussi fit de même. Nous nous sommes réveillés en plein milieu de la nuit. Il était saisi d'une illumination. Il me dit :

- Bougez pas.

- Pourquoi ? Qu'avez-vous en tête ?

Il ne répondit pas et se posta devant la minuscule fenêtre à barreaux. Il arracha les barreaux et évalua la distance qui nous séparait du sol. Je lui dis :

- Vous comptez sauter par la fenêtre ?

- Oui.

- Vous êtes fou ?

- Si je le suis, cela ne peut être que de vous.

- Sauron chéri...

- J'y vais et ensuite je vous rattraperai.

Il sauta par la fenêtre et atterrit sur ses pattes (comme les chats). Puis je sautais à mon tour et lui tombais dans les bras au sens propre du terme. Nous avons ensuite fui le plus loin possible de la cité. Nous étions sur le point de rattraper notre armée, en attente 1km plus loin quand nous sommes tombés sur Eärwen ma suivante.

- Que fais-tu ici ?

- Le Maître vous cherche : il sait que vous avez intégré l'armée. Et j'ai cru bon de vous prévenir. Je savais que vous seriez engagée dans l'armée de Sauron alors j'ai fait des recherches pour trouver où vous étiez censés être. Une fois arrivée, j'ai appris que vous étiez emprisonnés dans la cité. Mais bon, vous vous en êtes sortis, c'est ce qui compte.

- Je serai d'avis pour ne plus jamais assiéger cette cité, fit Sauron.

- Bonne idée, approuvais-je.

- Ma reine, il faut que vous rentriez le plus tôt possible, me dit Eärwen.

- Demain, ça te va ?

- Oui.

Nous sommes donc revenus au campement pour la nuit. Je me retrouvais à nouveau dans la tente de Sauron. Je l'embrassais alors comme jamais. Puis il me dit :

- Sulring, il vaudrait mieux dorénavant, que notre amour reste platonique.

- Pour éviter de nous faire à nouveau enlever par un gynéco...

- Entre autres oui.

Nous nous sommes alors endormis comme deux êtres parfaitement responsables. Le lendemain, comme promis, je repartis donc pour Angband. Sauron, quant à lui, attaqua une autre cité et Melkor ne sut jamais rien de notre enlèvement par le gynéco, du lever de siège et de l'emprisonnement. Il fallait vraiment qu'il soit aveugle ou qu'il s'en fiche complètement. J'optais pour la première solution et Sauron pour la seconde.

Un siècle plus tard, Ilmarë eut un enfant avec Qin. Evidemment, Melkor crut que c'était celui de Sauron et le lui retira dès son plus jeune âge. Furieuse, Ilmarë voulut s'enfuir d'Angband avec Qin pour ne plus jamais y revenir. Elle vint nous dire adieu, à Sauron et à moi :

- J'en ai assez. Je me tire avec Qin. Je ne Le supporte plus, mon père. Il m'a retiré mon enfant !

- C'est un enfoiré... je te l'accorde.

- Il va l'élever dans le mal et je ne peux le tolérer. Je veux que ma fille ait une éducation normale, c'est pourquoi je vais l'enlever et que nous allons fuir tous les trois. Et vous ? Vous venez avec nous ?

- Nous ne pouvons partir d'ici, lui dis-je. Il nous tient sous Son contrôle et si jamais nous désobéissons, Il nous tue.

J'avais les larmes aux yeux : j'allais laisser ma fille partir et je ne pouvais pas m'enfuir avec elle. Melkor me le paierait. Ce type était vraiment un enfoiré.

Ilmarë retrouva sa fille, âgée de deux mois et partit avec son chéri au loin, dans son royaume à lui, qui était dans le même état qu'il l'avait laissé : le temps ne s'écoulait pas à la même vitesse là-bas. Qin épousa Ilmarë et unifia les sept royaumes de son continent : ils n'en formèrent qu'un, l'Empire du Milieu, appelé plus tard la Chine : Qin fut le premier empereur de Chine. Il était parti en quête d'immortalité mais même si son séjour à Angband l'avait empêché de vieillir un temps, il n'en restait pas moins un humain mortel. Ma fille renonça à son immortalité pour lui, refusant de le voir mourir un jour. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants dans cet empire naissant et qui perdura des millénaires durant, même si beaucoup de gens en payèrent le prix. Mais c'était le seul moyen pour Qinshihuangdi d'unifier ces cultures si différentes. Il régna plus par la force que par autre chose. Il était fort et déterminé même si certaines de ses actions semblaient impardonnables. C'était le prix à payer si l'on voulait diriger un si grand empire. Mais je ne me doutais pas encore qu'un jour, je vivrais la même chose.

Sauron fut alors marié de force à une autre des filles de Melkor. (et qui disait que ça n'ennuyait que les femmes, les mariages arrangés ?) Celle-ci fut très coopérative. Elle ne souffla mot de notre histoire et se prit un amant par an, qu'elle récupérait chez la 1re épouse : elle était en manque, son mari ne la comblant pas. Sauron ne voulait pas me trahir, il avait vraiment le sens de l'honneur. Il ne pourrait jamais aimer une autre que moi alors il acceptait les infidélités de sa femme sans broncher. Il passait par le passage secret pour venir me voir et croisait un des amants de sa femme... et oui, c'était aux hommes de se déplacer... la chambre de la 1re épouse servait de salle de transit. Elle ne s'en est jamais plainte.

La veille de mes 200 ans de mariage avec Melkor (il n'était pas là pour le centenaire), j'allais le voir et lui dis :

- Monseigneur, demain, c'est notre anniversaire de mariage.

- Ah merde ! J'ai oublié une fois de plus !

Mais quel boulet...

- 200 fois de plus.

- Ah ouais ? Bon, je vais modifier mon planning. Je passe chez toi ce soir. Ce sera rapide.

- Ouais, comme d'habitude.

- Bon, si ça ne te plaît pas, c'est le même prix. Je n'ai pas que ça à faire et ça me décale tous mes rendez-vous. Et puis, je te signale que c'est ton père qui a voulu que je t'épouse, pas moi. En fait, j'étais le seul à vouloir de toi sans avoir la dot en prime - le fric, ça ne m'intéresse pas. J'avais déjà une femme et elle ne me servait à rien. J'en ai eu 363 de plus depuis, les Elfes me poussent à la consommation, c'est fou. Et si ça ne te convient pas, prends-toi un amant. Sache que du côté des mariages, il n'y a pas de service après-vente. Tu prends ce qu'on te donne et tu te tais.

Les mariages arrangés n'avaient rien à voir avec Darty : on ne bénéficiait pas du prix, du choix et du service après-vente... (le contrat de confiance) Que voulez-vous, on n'était pas évolués.

Il passa cependant la nuit avec moi (pas Darty). Il me combla même car ce soir-là, il ne joua pas au lapin, comme quoi, il savait prendre son temps quand il voulait. Le lendemain, il me posa cette question étrange :

- Qui c'est, So-so ?

- Je n'en sais rien, pourquoi ?

- Pendant toute la nuit, tu n'as pas cessé de brailler ce nom.

- J'ai dû rêver. Mais je ne m'en souviens plus.

- Tu lui répétais que tu l'aimais.

Mon inconscient venait de me trahir. J'avais rêvé de Sauron, encore une histoire de pulsion trop souvent refoulée. Mais à cet instant, Melkor se disait que j'avais juste déliré le temps d'un rêve et que « So-so » ne correspondait à personne de précis. Mais ce jour-là, une personne en qui je croyais avoir confiance me trahit à son tour. Melkor avait reçu une lettre anonyme, disant : « Sa Majesté est cocu. Votre Reine n°2 vous trompe avec Sauron. ». Au début, il n'y a pas cru : de loin, je n'avais pas une tête à le tromper. Il me demanda :

- Sulring, tu me trompes ?

- Mais quelle idée bizarre ! Je n'aurais pas idée de vous tromper quand même ! Qui vous a donné cette idée saugrenue ?

- Une lettre anonyme.

- De qui ?

- Mais qu'est-ce que j'en sais ! Elle est anonyme, je t'ai dit !

Peu après, les accusations devenaient plus répétées.

Un jour, alors que j'étais allée voir Sauron chez lui, nous avons failli nous faire prendre. Ce jour-là, j'étais arrivée chez lui. Il m'avait comme à son habitude, accueillie les bras ouverts et embrassée comme jamais. Avait suivi ce qui devait suivre. Je m'étais endormie dans ses bras quand on entendit frapper à notre porte. Je me réveillais en sursaut et jetais un regard paniqué à Sauron. Si on nous découvrait ici, c'en était fini de nous. Il alla ouvrir. Heureusement, ce n'était que la suivante de la 1re épouse. Mais elle semblait paniquée. Elle avait couru jusqu'ici et nous dit :

- Il arrive. Tout est fini. Il a emprunté le passage secret de ma maîtresse.

- QUOI ?

- C'est un type qui Lui a tout dit. Il arrive dans une dizaine de minutes.

- Mais racontez-nous tout.

- Je rangeais les affaires de ma maîtresse quand je L'entendis, Lui, arriver, accompagné par un autre gars répondant au nom de Glorfindel, il me semble. Le Maître semblait furieux. Ma maîtresse ne l'était pas moins. Il lui a dit : « Alors comme ça je suis cocu ? ». L'autre a dit : « Oui, je vais vous le montrer. Dans le placard il y a un passage secret. Vos deux premières épouses l'empruntent presque tous les soirs ». Il a alors ordonné à ma maîtresse d'ouvrir le placard. Elle a dû s'exécuter et Lui a vu que ce que lui disait l'autre était vrai. Il est allé dans le passage secret et Il arrive.

- Merci de nous avoir prévenus. Maintenant pars avant qu'il ne soit trop tard, lui dis-je, refusant qu'elle soit mêlée à cette histoire.

- Bonne chance, nous souhaita-t-elle.

Elle repartit aussitôt vers ses quartiers. Je m'habillais à la hâte et partis chercher l'épouse légitime de Sauron que je retrouvais quelques étages plus haut dans la même tour. Elle commença à me gueuler dessus quand elle me vit débarquer chez eux :

- Non mais vous vous croyez où ?

- Désolée, mais la situation est grave. Votre père a trouvé le passage secret et Il arrive.

- QUOI ?

- Grouillez-vous !

Elle ramassa à la hâte ses affaires et descendit à toute allure. Elle se retrouva dans le lit de Sauron avec Sauron dedans... J'entendis mon mari débarquer avec le traître. Je me cachais derrière la porte tandis qu'ils entraient en trombe. Je me glissais à l'extérieur tandis que mon mari fermait la porte. Je restais derrière à écouter ce qu'ils se disaient. Melkor se mit à beugler en montrant du doigt sa fille qui était enroulée autour de So-so qui, lui-même, l'embrassait de partout :

- C'est pour ça que tu m'as fait venir, pauvre connard ?

- Mais je vous jure, Maître. Elle était là il y a à peine une heure ! Je les ai vus !

- Ah parce qu'en plus t'es voyeur ?

- Du tout.

- Ou alors t'as vraiment des problèmes de vue pour confondre ma fille avec ma seconde femme.

- A vrai dire, ce sont toutes les deux des charmantes dames elfes.

- Evidemment ! Puisque l'une est ma fille et que l'autre est ma femme ! C'est tout ! Si j'ai épousé cette fille sans dot c'est bien parce qu'elle était super belle, ce qui compensait le fait qu'elle avait pas de dot - on peut pas tout avoir dans la vie - ! J'allais pas épouser un gros laideron même si elle avait eu une grosse dot ! Non mais tu me prends pour qui ?

Il le prit par la peau du cou et le flanqua dehors. Je réalisais que j'avais vraiment trop traîné. Je me précipitais dans le passage secret et me retrouvais chez la 1re épouse. Celle-ci me dit :

- Vous vous en êtes sortie ?

- Oui, tout va bien. Je ne sais comment vous remercier.

- C'est ce qui s'appelle la solidarité féminine... On est toutes dans la même galère alors autant s'entraider.

Elle entendit alors les pas de notre mari commun se rapprocher dangereusement de son placard. Elle me conseilla de partir avant qu'il ne soit trop tard.

Ce que je fis. Je retournais dans mes appartements, me couchais comme si de rien n'était et fis semblant de dormir quand mon mari débarqua. Il me réveilla. Je grognais un coup puis il commença son interrogatoire.

- T'étais où cette nuit ?

- Ben dans mon lit, c'te blague ! fis-je, essayant de paraître furieuse d'avoir été réveillée.

- Ah. Quelqu'un peut le confirmer ?

- Ben ma suivante...

- Oui, enfin, je ne suis pas sûre d'elle à 100. C'est une femme. Et les femmes se soutiennent toujours entre elles.

- Parce que vous ne vous soutenez pas entre vous, vous les hommes ?

- Euh si. Bon, désolé de t'avoir réveillé.

Il prit congé et passa un savon à Glorfindel qui passa du stade de colonel à celui de soldat... bien fait pour lui. Il savait ce qu'il en coûtait à s'en prendre à la 2nde épouse...

Mais ce n'était pas fini. Un jour, quelques semaines plus tard, Melkor débarqua dans mes appartements, l'air furieux, m'accusant de le tromper. Je démentis formellement cette rumeur. Il n'écouta pas. C'en était trop pour lui. Il me traîna dans la salle du trône et me confronta à mon accusateur. C'était Miriel, la Première Epouse et fournisseur officiel d'amants de ma fille. Son propos s'appuyait sur celui de Glorfindel - l'ex d'Ilmarë s'était recyclé et était entré dans le cycle « amants de Miriel » et sur ceux de la 3ème épouse, la fameuse Elwing que je connaissais à peine mais haïssais déjà. Heureusement, ils ne savaient rien sur Eldarion, l'enfant illégitime (il a quand même 188 ans).

- Miriel, qu'avez-vous dit ?

- La vérité, dit-elle en me lançant un regard noir. Sur Sauron et vous.

- Il n'y a jamais rien eu entre Sauron et moi ! m'indignais-je.

- Vous mentez ! hurla Glorfindel. Il me l'a dit ! Il m'a dit texto : la n°2 est trop bonne, tu devrais l'essayer.

« Sauron, avoir dit ça ? Il est con ou quoi ? Glorfindel a fumé un Ent » pensais-je.

- Sauron et vous n'êtes que des pauvres cons. Et vous, Miriel, qu'est-ce que je vous ai fait ?

- Vous avez dit la vérité à Melkor sur moi.

- Jamais ! Je vous avais donné ma parole !

- Vous mentez ! répéta Glorfindel.

- Je vous sers d'alibi quand vous vous tapez Sauron et voilà comment vous me remerciez !

- C'est totalement faux, Maître, croyez-moi.

Je m'étais jetée aux pieds de Melkor et le suppliais, les larmes aux yeux mais il détourna le regard.

- Vous mentez ! répéta une nouvelle fois Glorfindel.

- Vous, la ferme (célébrités) ! hurlais-je. On dirait un vieux disque rayé !

- N'essayez pas de vous innocenter, Sulring, lança alors Elwing. Même si vous ne vous en êtes jamais rendue compte, je savais tout. Et j'ai attendu le bon moment pour le dire. Après l'échec cuisant de Glorfindel, j'ai à nouveau essayé. Ah, ça, vous vous étiez bien arrangée ce jour-là, pour faire disparaître tous les soupçons qui pesaient contre vous.

- Elwing, je ne vous ai jamais rien fait. Vous êtes une pouffiasse.

- Et voici la preuve que je disais vrai ! lança Elwing, triomphante.

- Faites entrer l'accusé ! (sur France 2 tous les mois à 20h50) ordonna le chef de nous.

Sauron entra dans la salle. Il était enchaîné et traîné par deux orques puants. Il me jeta un regard désespéré.

- Qu'avez-vous fait ? lui demandais-je.

- Pardonnez-moi, ma Reine. Il m'a soumis à la torture.

- Sauron, je vais vous castrer !

- Melkor l'a déjà fait. Il m'avait promis que si je disais la vérité, Il me libérerait pour que je puisse vous retrouver. Comme un con, je L'ai cru.

Il éclata en sanglots. Je me précipitais vers lui, le serrais dans mes bras et l'embrassais désespérément. Glorfindel sourit et dit à Melkor :

- Vous voyez ? Vous en avez la preuve sous vos yeux, Maître.

- Je m'en doutais depuis longtemps. Mais je l'ai juste fait castrer - sans anesthésie, sinon, ça ne vaut pas le coup. Normalement, je devais le rouer, l'écorcher, le castrer, le décapiter et l'exposer sur la place publique, pour l'exemple. Mais bon, ça ne sert à rien de le rouer, il ne ressent aucune douleur. L'écorcher abîmerait sa belle tronche et il ne pourrait plus tromper nos ennemis. Et puis, je n'aurais pas eu l'idée de le zigouiller, il m'est tellement utile, commenta Melkor.

Puis il s'avança vers moi et demanda :

- Je suis supposé savoir quoi à propos de Miriel ?

Alors je compris. Melkor n'était pas encore au courant. Ce n'était qu'un faux prétexte. Miriel m'en voulait mais pour une autre raison. C'était sûrement Elwing qui l'avait entraînée dedans. Elle ne m'aurait pas trahie d'elle-même. Mais elle allait quand même me le payer. De toute façon, je n'avais plus rien à perdre. Je lui lançai un regard noir et déclarai :

- Maître, elle vous trompe avec Glorfindel le disque rayé. Puis elle change d'amant tous les ans et les refile à la femme de Sauron (qui ne se l'est jamais fait parce que je le lui avais interdit... on avait un accord).

Sauron approuva. Il était prêt à dire n'importe quoi pour nous permettre de recouvrer notre liberté, surtout qu'il n'avait jamais pu encadrer Glorfindel, le crétin qui prétendait à la main de sa femme, partie depuis longtemps avec le Premier Empereur de Chine.

- Ah ouais ? lâcha Melkor.

Il ne savait pas trop quoi dire d'autre, tellement il était furieux d'avoir perdu sa dignité et d'être vu cocu par la moitié d'Angband.

- Je vous comprends, Monseigneur, lui dit Sauron. Ma femme me trompe aussi.

- Tout le monde en salle de torture, et que ça saute ! NON MAIS !

Melkor fit signe à ses orques de nous emmener en salle de torture, juste à côté de la salle du trône (pratique, comme emplacement). Cette salle terrifiait tout le monde. Tous avaient peur d'avoir à y passer un jour. On disait que l'on je pouvait pas en ressortir vivant. Quant à moi, si je devais mourir, ce serait aux côtés de mon bien-aimé.

Il nous fit attacher sur des tables d'écartèlement (Miriel, Glorfindel, Elwing et moi). Sauron ne subit pas le même sort, car Melkor lui avait déjà arraché ses aveux - et ses rubignolles par la même occasion. Il s'avança vers Glorfindel, lui colla une baffe et s'écria :

- Glorfindel, tête de couillon, espèce d'enculé de traître !

Je pouffais de rire. Ce langage n'était pas digne de Sauron. Enfin, je pense que quand on se fait arracher les bijoux de famille, on dit un peu n'importe quoi. Bref, Sauron s'avança vers moi.

- Soyez tranquille, je n'ai rien dit sur Eldarion, me dit-il à voix basse.

Je poussais un soupir de soulagement. Eldarion était sauvé. Melkor s'avança vers sa Première Epouse et commença l'écartèlement.

- Dis la vérité ! ordonna Melkor.

- Sulring n'a jamais rien dit sur moi. Oui, je vous trompe, Monseigneur, car vous êtes un supersonique et j'ai besoin de compensation. Je change d'amant tous les ans et les refile à votre fille, la femme de Sauron - la nouvelle - qui entre parenthèses, ne se l'est jamais fait pour ne pas trahir ma consoeur. Et oui, j'ai eu des enfants illégitimes, des tas ! hurla-t-elle au comble de la douleur.

- Tant qu'il y a des mâles dans les tas, je m'en fous, fit Melkor. Bon, suivant !

Les orques détachèrent Miriel de l'engin de torture. C'était mon tour.

- Je sais l'essentiel, dit mon tortionnaire de mari. Combien de fois tu te l'es fait ?

- Une seule fois. J'ai arrêté ensuite car c'était trop risqué. On a pu se maîtriser, nous !

- Bien, ton cas est moins pire. De toute façon, il a déjà eu sa punition. Il sera muté.

- Votre clémence m'honore, Monseigneur, fis-je.

Il me détacha de l'engin. Venait le tour de Elwing.

- Alors, qu'est-ce que tu reprochais à ta consoeur ?

- Tout ! Elle avait tout pour elle ! Elle me méprisait au plus haut point !

- Je ne vous ai jamais rien fait ! protestais-je vivement.

- Sulring, t'as déjà eu la parole, maintenant tu la boucles ! ordonna notre tortionnaire commun. Continue.

Elle continua tandis qu'elle continuait également à se faire écarteler. Ses propos étaient vides de sens et complètement incohérents. Même Melkor, qui avait l'esprit plus tordu que tout autre être vivant sur cette terre, n'y comprit rien. Il décida de la détacher de la table. Elle fut aussitôt bannie de la cité.

- Ce n'est pas la prison qu'il lui faut, c'est l'asile psychiatrique, commenta notre époux sanguinaire commun.

Glorfindel tête de couillon, voyant que c'était son tour, commença à pâlir.

- Avais-tu une raison d'en vouloir à ma 2nde épouse ? interrogea Melkor.

- J'en voulais surtout à Sauron, je j'ai jamais pu le sentir.

- Je m'en doute. Ce n'est pas pour rien qu'on l'a appelé le détesté. Mais qu'est-ce qu'il t'a fait ? Perso, je n'ai rien contre ce gars, sauf quand il se fait ma femme. Alors ! Accouche !

- Je n'attends pas d'enfant.

- Ah, tu veux jouer au plus fin avec moi ? D'accord, fit Melkor, ses yeux lançant des éclairs.

Il sortit un poignard de sa ceinture et le colla sous la gorge du mec.

- Ceci est une lame de Morgul. Si tu refuses de parler, je te poignarde avec et tu mourras lentement et dans d'atroces souffrances. Juste avant que tu n'expires, je te donnerai à manger à mes balrogs affamés. Alors, il vaut mieux que tu parles.

Alors il avoua tout.

- J'aimais Ilmarë, votre fille et c'était réciproque. Mais vous avez engagé Sauron à ma place dans le concours. Elle m'a laissé tomber pour son chinois.

- Le Premier Empereur de Chine, je te prie ! ajouta Melkor. Bon, continue.

- Je ne l'ai pas supporté. Sulring m'avait promis qu'elle m'aiderait à reconquérir le coeur de sa fille.

- Même pas vrai ! m'insurgeais-je.

- Sulring ta gueule ! Quant à toi, sache qu'on ne conquiert pas une femme elfe comme on conquiert une ville, l'informa Melkor. Conquérir une ville est un jeu d'enfant à côté. Pour les femmes, on ne peut pas les prendre par la force.

- Parce que vous y connaissez quelque chose, vous ?

- Oui, je te signale que j'en ai 365.

- Elles vous trompent toutes, et Sulring la première.

- Miriel aussi et avec toi en plus. Pauvre con !

- Je suis à l'image de mon maître.

Melkor changea de couleur. Il n'avait jamais été aussi furieux. Il poignarda aussitôt son serviteur idiot. Celui-ci poussa un hurlement de goret qu'on égorge, hurlement que l'on identifiera plus tard à celui d'un Nazgûl qui braille.

- Pourquoi faut-il toujours avoir recours à la violence pour apprendre la vérité ? fit Melkor, dépité. Que cela vous serve de leçon... Apparemment, je n'avais pas la même notion de la fidélité que vous... et ce type avait un QI d'orque.

- Qu'est-ce que je pouvais bien lui trouver ? me demanda Miriel.

- Aucune idée, mais vous auriez pu mieux le choisir, répondis-je d'un ton glacial.

Le mal était fait. L'amour de ma vie était muté et castré et je n'avais plus aucune chance de le revoir un jour.

Je me retrouvais quelques jours plus tard dans mes appartements avec Eärwen, Ilmarë et Eldarion. J'étais inconsolable et avais perdu le goût à la vie. C'est alors que je reçus une visite inattendue : Miriel, la 1re épouse.

- Que faites-vous ici ?

- Bien que vous ne puissiez pas me croire, j'étais venue vous demander pardon.

- J'ai une tête à vous pardonner ?

- Quand j'ai su la vérité, il était trop tard. On m'a manipulée et mise devant le fait accompli. Je vous jure, je n'ai jamais souhaité ce qui s'est passé. Heureusement, cet idiot ignorait que vous aviez eu un fils. Je le savais mais je n'ai rien dit.

- Encore heureux, sinon je vous aurais tuée s'il était arrivé quoi que ce soit à Eldarion.

- Ah ? Il s'appelle Eldarion ?

- Oui, et cela fait 188 ans qu'il s'appelle comme ça.

- En fait, j'étais venue vous dire que votre bien-aimé n'était pas encore parti. Il voulait vous voir une dernière fois.

- Il est où ?

- Ici, qu'il me dit.

Je me jetai dans ses bras.

- Il m'a donné l'autorisation de vous voir, dit-il. Sulring, mon amour, je vous demande pardon pour tout.

- Sauron mon chéri, je vous pardonne. Vous n'aviez pas le choix.

- A cause de l'autre crétin...

- C'est trop tard. On ne peut plus revenir en arrière. Finalement, je ne regrette rien. Nous avons vécu heureux pendant près de 200 ans.

- Mais le destin nous sépare. C'était inévitable. Notre histoire ne pouvait pas connaître une fin heureuse. Mais moi non plus, je ne regrette rien. A part que la castration, ça fait un mal de chien.

- Je suis sincèrement désolée.

- Pas grave. On s'y fait à la longue.

- Où allez-vous maintenant ?

- Sur une île au milieu de l'océan : Il n'a pas voulu m'en dire plus.

- Emmenez-moi avec vous.

- Non. Je voudrais bien mais Il vous empêchera de partir. Et puis, vous appartenez à ce monde. Vous avez des enfants ici. Ils ont besoin de vous et vous d'eux.

Il avait raison. Je n'aurais pu vivre en sachant mes enfants - même s'ils atteignaient les 200 ans - restés ici où l'on ne pouvait être en sécurité et où l'on était soumis aux sautes d'humeur de Melkor qui pouvait vous trucider 500 000 péquenots en un clin d'oeil - et ouais, c'était quand même un Valar, à l'origine.

- D'accord, fis-je résignée. Mais je vous retrouverai, je vous le promets.

Il n'avait pas vraiment l'air convaincu. Je ne l'étais pas plus. Il m'embrassa une dernière fois. Cela dura tellement longtemps que Melkor eut le temps de débarquer entre-temps.

- Bon, les amoureux, il va falloir vous séparer, fit-il.

Il restait impassible et insensible à notre désespoir.

- Allez, Sauron, lâche ma femme, c'est l'heure de partir.

Il dut employer les grands moyens pour nous séparer : 10 orques de chaque côté. Ces mêmes orques emmenèrent l'amour de ma vie au loin. Celui-ci me cria d'un ton déchirant :

- Je vous aimerai toujours.

- Moi aussi, je vous aimerai toujours, lui répondis-je sur le même ton.

Et je m'écroulais sur le sol, en larmes (moi, pas le sol). Melkor s'avança vers moi, histoire d'essayer de me consoler. Il me dit :

- Je suis désolé, je ne fais qu'appliquer le règlement.

- C'est vous-même qui vous l'êtes imposé. Normalement vous ne suivez aucune règle.

Il ne répondit pas mais il savait que je disais la vérité. Il descendit à ma hauteur et me serra contre lui. A cet instant, il paraissait presque humain et sociable. Une larme coula de ses yeux.

(Melkor ayant un semblant d'humanité, c'était un scoop)

J'envoyais un jour, deux ans plus tard, une lettre à Sauron, sans trop d'espoir. J'écrivais : « Mon amour, je désespère de jour en jour. Je ne vous oublie pas et vous aime de plus en plus chaque jour alors que nous avons été séparés. La vie à Angband est ennuyeuse à mourir, cela ne fait que me rappeler douloureusement votre absence. Je donnerais n'importe quoi pour pouvoir vous retrouver. Je harcèlerai Melkor jusqu'à ce qu'il me dise le nom de cette foutue île, au milieu de l'océan qui nous sépare. Ne perdez pas espoir, mon amour, je sais que nous nous retrouverons un jour, quelles que soient les circonstances, rien ne nous empêchera de nous aimer. o Sauron mon chéri, si vous recevez cette lettre, répondez-moi, je vous en supplie ! Dites-moi où vous êtes ! Je vous embrasse. A bientôt. Signé : Sulring d'Angband, malade d'amour pour vous ». Je l'avais envoyée à l'adresse : « Sauron, sur une île quelque part dans ce vaste monde ». D'accord, ce n'est pas très précis, mais je n'en savais pas plus.

Malgré tout, il répondit huit ans plus tard (la poste, on a tous à y gagner). « Ma chère Sulring, j'avais perdu espoir jusqu'à ce que je reçoive votre lettre. Votre absence m'est insupportable. Cette île aux couleurs de paradis m'est semblable à l'enfer sans vous. Je m'ennuie à mourir. Seul l'espoir de vous revoir un jour me fait vivre à nouveau. Ma messagère de ... (mon île) à Angband me drague. Elle voudrait que je me la fasse. Pas de bol, je suis eunuque. Si vous aviez vu sa tête quand je le lui ai dit : à mourir de rire. Ce fut la seule fois où j'ai ri depuis que je suis à ... Je souhaiterais pouvoir m'échapper pour vous retrouver enfin. Pourquoi la vie est-elle si cruelle avec nous ? Venez me chercher, je vous en supplie. Je suis enchaîné à ..., prisonnier comme tant d'autres. Je vous aime et vous embrasse (de partout). Signé : Sauron le détesté (et déprimé par la même occasion) ». Manque de pot, Melkor avait contrôlé le courrier et il avait apparemment effacé le nom de l'île de mon bien-aimé. Puis il avait rajouté en bas de la page : « Sauron, t'es chiant ».

Non mais, de quoi il se mêle, Melkor ? Il m'emmerde, à la fin !

Je fis convoquer la femme de Sauron - sa deuxième -. Elle me dit :

- Vous tenez le coup ?

- Non. Je n'en peux plus. Je ne peux même pas partir à sa recherche. Mon mari m'en empêche. J'en ai assez. C'est pourquoi je vous supplie de m'aider.

- Je le ferai. Entre femmes elfes, on doit se serrer les coudes.

- Oui, fis-je, ravie de voir une féministe dans ce monde gouverné par les hommes. Elle partit donc chez son papa (Mé-mel) pour qu'il lui dise où il avait envoyé Sauron, à défaut d'avoir laissé Sauron nous le dire. Elle revint quelques heures plus tard avec une tête de déterrée. Elle claqua la porte et cria :

- Pauvre connard !

- Je suis d'accord, lui dis-je mais ma porte n'y est pour rien.

- Pardonnez-moi.

- Oh, vous savez, vous n'avez pas à vous excuser, je ne suis pas ma porte et vu que mon pseudo don d'empathie est quelque peu limité, je ne peux savoir ce qu'elle ressent.

Mon fils trouvait ça bien amusant mais il trouvait également qu'il y avait d'autres choses plus intéressantes à s'occuper que de ce que ressentaient les portes. Il dit :

- Bon alors ?

- Il n'a pas voulu. J'ai essayé tous les arguments possibles et imaginables.

- Racontez-moi tout.

- Alors d'abord je suis arrivée dans l'antichambre. J'ai dû prendre un numéro et attendre comme à la sécu. Deux heures après, mon père m'a reçue. Je lui ai demandé de me dire où il avait envoyé mon mari. Evidemment il s'est posé des questions. Je lui ai dit que j'avais trouvé mon mari adoré fort à mon goût, ce qui était vrai.

- Cela ne m'étonne pas. Ce gars était parfait, répondis-je avec une pointe de tristesse dans la voix. Et ensuite ?

- Il m'a dit : « C'est Sulring qui t'envoie ? » - « Non. » - « Tu me prends pour un con ? » - « Du tout, Père. Vous êtes le plus intelligent de tous. »

- Ouais, enfin, ça se discute.

- Très juste. Il m'a dit : « Je sais tout. Je sais que c'est elle qui t'a envoyée. J'étais au courant de votre marché. » Je n'ai pu le nier alors j'ai dit que vous étiez désespérée et l'ai supplié de vous aider. Il a refusé. Je lui ai dit qu'il était un enfoiré.

- Vous aviez raison, commenta Eldarion. Et qu'a-t-il trouvé à répondre ?

- Je cite : « Je suis Seigneur des Ténèbres, c'est normal. Maintenant, tu dégages et tu fais entrer le suivant. »

- Il fait chier ! dit élégamment Eldarion. Il faut que je voie mon père !

- Eldarion, surveille ton langage ! Et qu'est-ce que tu lui veux ?

- Me tirer. J'en ai marre !

- Vois-tu, tous ceux qui mettent les pieds ici ne désirent qu'une chose dès leur arrivée : foutre le camp.

- Je vais Le voir et Il a intérêt de me dire où Il a envoyé mon père !

- Non, surtout pas ! S'Il apprend que tu es le fils de Sauron et pas le Sien, Il te tuera.

- Tu penses ! Il s'en tape, je suis un héritier potentiel.

- Non, j'ai dit.

- T'es aussi têtue que Lui.

- Je ne veux pas que tu risques ta vie pour moi. Ton père a déjà risqué la sienne pour moi. Résultat : il s'est fait castrer et muter - destin peu enviable -. Et encore heureux que Lui l'appréciait beaucoup sinon Il l'aurait tué. Mon pauvre chéri... dis-je en pleurant.

Je m'assis sur mon lit, sortis la lettre de Sauron de ma table de nuit et la serrais contre moi (la lettre, pas la table de nuit), en disant :

- Je vous retrouverai mon amour, quel que soit le temps que ça prendra, et même si je dois fouiller toutes les îles de la terre.

- Allez Lui demander, ça ira plus vite - demandez à Chronopost, ça ira plus vite -, me conseilla Eärwen.

- Ca ne servira à rien, soupirais-je, résignée.

- Vous avez promis à Sauron de le retrouver alors vous devez le faire pour l'amour de lui.

Eldarion l'approuva. Je pris donc mon courage à deux mains et allais voir Melkor. Evidemment, il refusa. Il me dit :

- Peut-être, je te le dirai un jour si tu fais tout ce que je te dis.

Je fus donc obligée de me plier à sa volonté et de subir ses sautes d'humeur pendant près de 2000 ans. Et il refusait toujours de me révéler l'endroit. La seule chose qui me faisait tenir le coup était l'espoir fou qu'un jour, je puisse revoir mon chéri de toujours, que je n'étais jamais parvenue à oublier. Mais cet espoir diminuait d'année en année.

Un jour, n'en pouvant plus, je me jetai à ses pieds et lui dis en pleurant :

- Monseigneur, je vous en supplie, dites-moi où vous avez envoyé Sauron.

- Sulring, tu m'emmerdes. D'abord, je ne suis ni ton seigneur, ni ton maître, je suis ton mari, donc tu n'es pas mon esclave, tu es ma femme alors arrête avec « monseigneur ».

- Melkor, mon amour...

- Tiens, c'est bien la première fois que tu m'appelles comme ça. Essaie encore.

- Mé-mel mon chou, ça vous va ?

- J'ai une tête de chou ?

Je le regardais attentivement : il n'avait pas vraiment une tête de chou.

- Et puis ne commence pas à m'appeler Mé-mel, continua-t-il, parce que si tu changes une lettre, ça fait mamelle. Ca ne me va pas.

J'essayais donc de m'y prendre par les sentiments, en admettant que Melkor en ait à mon égard.

- Melkor, mon chéri, si vous continuez, je vais finir par mourir de désespoir.

- Ah.

- Vous vous en foutez, hein ?

- Euh, oui.

- Est-ce qu'il existe au moins une chose dans ce monde à laquelle vous tenez ?

- Oui, ça.

D'un geste de la main, il me montra trois pierres étincelantes serties dans sa couronne d'acier. J'ignorais ce que c'était mais elles venaient de Valinor et Melkor les avait volées.

- Ah, c'est joli, oui.

- Tu t'en fous ?

- Sauf votre respect, oui, complètement. C'est quoi au juste ?

Melkor ne répondit pas. Il se montrait toujours aussi impassible. Je saisissais la lame de Morgul qu'il mettait sous son oreiller : les rares fois où il dormait, c'était avec ce genre de poignard empoisonné sous l'oreiller - plus tard, des américains reprendront cette tradition avec un flingue.

- Dans ce cas-là, je préfère mourir tout de suite, dis-je à Melkor.

Et je me la plantais dans le coeur. J'ignore quelle fut la réaction de Melkor à cet instant. Je m'écroulais sur le sol.

Il me sembla voir les rivages de Valinor, sûrement le paradis. Mais ce n'était pas fini. J'entendais la voix de Melkor au loin. Je lui disais :

- Laissez-moi crever en paix.

Comme d'habitude, il ne m'a pas obéi. Je me réveillais dans ses appartements. Par je ne sais quel sort, il m'avait ramenée à la vie. De loin il me disait :

- Réveille-toi, ma Reine, mon amour.

C'était bien la première fois qu'il m'appelait ainsi. J'ouvris à moitié les yeux.

- Heureusement, j'ai pu te sauver à temps.

- Pourquoi avez-vous fait cela ?

- Je ne veux pas te perdre. Tu es tout ce qu'il me reste - mes 364 autres concubines se sont tirées parce qu'elles s'ennuyaient trop.

Après plus de 2000 ans de bons et loyaux services, les usines à mômes de Melkor pouvaient bien prendre leur retraite. Melkor avait eu son compte : une armée de plus de 200 000 gosses, dont les trois quarts n'étaient pas de lui.

- Tu vois, c'est ce qui me manque. Malgré mes allures de « je m'en fous », j'ai moi aussi besoin d'être aimé, ce que je ne suis pas : je suis plus détesté que Sauron le détesté, c'est un comble.

- Commencez par donner puis vous recevrez. Je vous le promets.

- Si j'avais su, ça aurait pu marcher entre nous.

- Possible. (ouais, enfin, ça se discute... avec Delarue)

- Ouais enfin... c'est sûr que comparé à Sauron, le choix est vite fait. Lui est beau et moi, je suis trop laid...

- Mais vous savez, ce qui compte, ce n'est pas la beauté du corps, mais celle de l'âme.

- Ah ben là aussi, je suis mal barré.

- Pas tant que ça en fait...

Qui disait qu'il était irrécupérable ? Ah oui, lui-même...

- Ne m'aimes-tu pas un peu malgré tout ?

- Si, un peu, mais plus encore aujourd'hui, maintenant que vous m'avez sauvée de la mort.

Pour la première fois en 2200 ans, je ne détestais pas mon mari. Je l'embrassais comme jamais je n'aurais osé le faire auparavant.

- D'accord, t'as gagné.

- Gagné quoi ?

- Puisqu'il faut que je te le dise pour que tu n'essaies plus de te tuer avec MA lame de Morgul, je vais te le dire : j'ai envoyé ton cher Sauron sur l'île de Tol-Sirion. Cherche sur une carte, tu devrais la trouver. Et pas touche à ma lame (c'est ma mienne).

- Merci.

- Alors fais ce que tu veux, vas-y ou pas, l'essentiel est que tu arrêtes de pleurer tout le temps. Je ne tiens pas à te garder à tout prix auprès de moi, je veux juste ton bonheur. Mais je te préviens, il se peut qu'il t'ait oubliée.

- Non, c'est impossible, il m'avait promis.

- Les choses changent en 2000 ans. Tu peux disposer, va le retrouver.

Je n'aurais jamais cru ça de lui : Melkor, un sentimental, c'était une première, un coup à aller à « incroyable mais vrai ». De toute façon, je n'y croyais pas des masses : il n'avait pas de coeur... en vérité, je m'en fichais, il m'avait dit où se trouvait mon bien-aimé.

Je retournais donc dans mes appartements. Il restait Eärwen. Eldarion avait disparu.

- Vous êtes enfin de retour, ma Reine, fit Eärwen.

- Où est mon fils ?

- Les choses ont changé pendant votre absence.

- Je sais, Il me l'a dit.

- Le prince Eldarion s'est enfui peu après votre départ. Il s'est rendu compte que le monde ne se résumait pas à Angband. Il est allé chez les elfes et a rejoint leurs rangs. Il en avait parlé avant à sa petite amie, qui me l'avait rapporté. Il comptait en parler à son père aussi, c'est pour cette raison qu'il voulait le voir.

Ainsi, Eldarion avait trahi sa famille.

- Si tel était son destin, on ne pouvait rien y faire. L'important, c'est qu'il soit heureux.

- Vous m'en voulez ?

- Non, tu n'y es pour rien. Ilmarë aussi a fui, avec le Premier Empereur de Chine, en plus.

- Votre bien-aimé vous a envoyé une lettre, m'informa-t-elle. Il y a longtemps. Le Maître a dû le savoir et l'en empêcher par la suite.

Elle me la fit voir. Elle avait été blanche, sans indication sur le nom de l'île. Il y était écrit : « Sulring, Seconde Reine des Ténèbres, forteresse d'Angband, royaume d'Angmar, Terre du Milieu. » So-so avait écrit : « Ma Reine, notre correspondance a dû être découverte : Il a dû effacer le nom de mon île. C'était mon seul espoir. Malgré ce maudit océan qui me sépare de vous, je ne vous oublie pas. Vous resterez dans mon coeur pour l'éternité. Je vous aime et vous aimerai toujours, ma Sulring chérie, la seule qui ait réussi à faire fondre mon coeur d'acier. Je vous embrasse. Signé : Sauron le déprimé ». Venait ensuite une note destinée à Melkor : « Maître, vous êtes un emmerdeur, insensible à mon désespoir. Ce n'est pas parce que je suis détesté que je ne peux pas aimer. Même si j'ai perdu ma dignité, mon coeur brûle d'amour pour votre seconde épouse, BORDEL ! Et votre méchanceté ne pourra rien y faire. Autre chose encore : mêlez-vous de vos affaires ! ». Et là, Melkor avait rajouté : « Sauron, va te faire ! ».

Ce qui me faisait délirer dans l'histoire et que Sauron en avait écrit plus à son maître qu'à moi... Mais bon, je m'en foutais. On allait enfin se revoir après 2000 ans de séparation.

Je me disais que j'aurais mieux fait de partir en bateau à la recherche de mon aimé plutôt que d'attendre que Mé-mel mon crétin de mari me dise où il l'avait envoyé. Cela dit, il existait des milliers d'îles en ce vaste monde et vu que je n'avais aucune idée de la tronche de l'île où Sauron était prisonnier et que je n'avais pas non plus le moindre sens de l'orientation, j'aurais été mal barrée. Quant au coup que ça devait être mon coeur qui me mènerait à lui, je n'en croyais pas un mot : un coeur n'était pas une boussole ni le bien-aimé recherché un aimant avec un pôle plus et un pôle moins. Et une fois arrivée, ç'aurait été pire, pour expliquer aux douaniers ma présence là-bas : « Je suis à la recherche de mon bien-aimé, Sauron, et je suis reine des ténèbres... » Imaginez le truc...

Je partais donc pour l'île de Tol-Sirion (drôle de nom pour une île) avec ma suivante et deux-trois orques seulement : il fallait bien de la main d'oeuvre pour ramer et je ne tenais pas à ce que la moitié de la population d'Angband me suive sur les traces de mon bien-aimé eunuque.

Nous avons descendu le fleuve jusqu'à la mer puis vogué pendant près de deux ans - on se trompait à chaque fois d'île. Enfin, un beau jour, nous étions en train de débarquer sur la fameuse île quand nous avons été assaillis par une armée d'orques, plus laids encore que ceux qui étaient dans la barque. Ils nous conduisirent dans une cellule vide au milieu des autres prisonniers et nous y enfermèrent sans ménagement.

- Et merde ! lâcha ma suivante.

- Eärwen, surveille ton langage.

- On aurait mieux fait de rester à Angband.

- Peut-être, mais bon, on ne peut plus retourner en arrière.

Je demandais à un prisonnier dans la cellule d'à côté :

- Est-ce que Sauron vient vous voir de temps en temps ?

- Oui, souvent. Il tient à nous rappeler notre condition de prisonniers et que nos vies sont entre ses mains. Croyez-moi, si vous comptez sur sa pitié pour sortir de là, vous espérez en vain. Son coeur est dur comme l'acier et il faut être très courageux pour oser prononcer son nom. Mais vous êtes qui, au fait ?

Je ne répondis pas, de peur qu'en apprenant mon identité, le gars nous fasse une crise cardiaque. Ce fut le moment que choisit Sauron Fidelion Castron pour venir. Il jeta un coup d'oeil sur les prisonniers entassés dans les cellules et qui le regardaient d'un air suppliant. Bien sûr, il était toujours aussi beau mais quelque chose en lui avait changé : il était distant, glacial et méprisant : par son attitude, il me faisait penser à Melkor. De toute évidence, il était soumis à son influence. Son regard glacial s'arrêta sur moi et il me dit :

- T'es nouvelle, toi. Tu veux tenter ta chance ? Si j'ai pitié de toi et que tu ne me sers à rien, je te libère. Sache aussi que là est ton unique chance de libération. Alors, ça te dit ?

J'acquiesçais. Un orque puant (c'est un pléonasme) vint ouvrir la porte de ma cellule et je suivis Sauron dans le labyrinthe de la forteresse construite sur cette île. Quelques heures plus tard, nous étions arrivés dans ce qui devait être son bureau. Il ferma la porte derrière nous.

- Alors, t'es qui ? demanda-t-il d'un ton glacial.

- Je suis Sulring, la Seconde Reine des Ténèbres.

- Ok, je ne veux pas savoir comment tu t'es échappée d'Angband et comment tu es arrivée ici. Je te libère sinon Melkor va m'étriper.

- Déjà qu'Il vous a castré.

- Comment tu le sais ?

- C'est à cause de moi.

- Attends, je pige pas. Je ne te connais pas et tu dis que c'est de ta faute si je suis eunuque !

- Il y a plus de 2000 ans, nous étions amants. Melkor l'a découvert et il vous a fait castrer et muté. Et là, je vous ai enfin retrouvé, mon amour.

- Très joli, comme histoire, mais je n'en crois pas un mot. Si on m'appelle le détesté, c'est parce que je le suis. Et arrête de me raconter des conneries. Tout le monde me hait, je le sais.

« Merde, je me disais. Melkor lui a fait subir un sacré lavage de cerveau. Bon, je vais tenter le tout pour le tout. »

- Sauron, nous avons eu un fils ensemble.

Il se contenta de rire, il ne me croyait pas.

- J'ai une tête à avoir un fils ?

- Ben oui : il s'appelle Eldarion.

- Bon, tu commences sérieusement à me gonfler, alors je te libère si t'arrêtes avec tes salades. Alors pars avant que je ne change d'avis.

C'était ma dernière chance. Sans prévenir, je lui sautais au cou (à Sauron, pas à la dernière chance) et l'embrassais comme du temps de notre folle jeunesse. Au début, il essaya de me repousser mais après, il se laissa faire et me serra contre lui.

- Je vous supplie de me pardonner, fit-il.

Si on m'avait donné un euro à chaque fois que je lui pardonne quelque chose, j'aurais fini millionnaire.

- Evidemment, je vous pardonne, mon chou, mon So-so chéri.

- J'étais soumis à la volonté de Melkor, je n'y pouvais rien...

- Je sais, mais c'est fini maintenant. Vous êtes libre.

Il me prit par la main et descendit jusqu'au reste des prisonniers. Un orque repoussant (je sais, c'est un pléonasme) s'inclina devant Sauron et lui dit :

- Monseigneur, je suis à vos ordres.

- Ouvre les portes des cellules, fais sortir tout le monde.

Il s'exécuta. Les prisonniers sortirent un par un, l'air pas rassuré, se disant : « et merde, il va nous flinguer ». D'un air calme, Sauron leur dit :

- Vous êtes libres, retournez là d'où vous venez.

Ils l'ont considéré d'un air ahuri. Ils ne bougèrent pas d'un poil.

- Vous êtes libres, répéta-t-il, vous êtes sourds ou quoi ?

- C'est une blague ? fit mon voisin de cellule. Ce n'est pas drôle.

Eärwen vint vers nous. Les autres la regardèrent comme si elle était folle.

- Eärwen, tu es libre, toi aussi, lui dis-je.

- C'est donc librement que je choisis de rester avec vous, ma Reine. Je ne retournerai pas à Angband. J'ai été forcée d'y rester pendant plus de 2000 ans.

Mon voisin de cellule s'avança lui aussi et me dit :

- J'ignore comment vous avez fait mais je vous remercie, qui que vous soyez.

Et il sortit, aussitôt suivi par les autres prisonniers. Les orques se lancèrent à leur poursuite. Sauron les arrêta.

- C'est vous que je vais enfermer, brailla-t-il.

- Monseigneur, fit l'un d'entre eux, si vous désobéissez au Maître, il vous tuera.

- C'est mon choix (sur France 3 : thème du jour : je désobéis au Seigneur des Ténèbres et j'assume). Je prends le risque.

Et il enferma tous les orques présents dans la salle.

Depuis ce jour, nous avons vécu heureux (sans avoir beaucoup d'enfants) sur cette île aux couleurs de paradis : avec un sable blanc et une mer turquoise, destination clé du Club Med. Eärwen s'emmerdait ferme alors elle s'est barrée à Valinor. De notre côté, mis à part les baignades quotidiennes dans la mer turquoise et la cuisson au soleil (« allez, on retourne la brochette toutes les heures »), on s'emmerdait ferme nous aussi (Sauron et moi), mais que voulez-vous, son devoir était de rester en Terre du Milieu, au cas où Melkor l'appellerait et je ne pouvais pas le quitter. Notre bonheur et ennui dura près de 500 ans. Ce qui nous pendait vraiment au nez, c'était de devoir faire voeu de chasteté.

Un beau jour, une immense chauve-souris repoussante (ça aussi, c'est un pléonasme) entra dans le bureau de Sauron et lui atterrit en pleine poire.

- Aïe ! se plaignit-il.

La bestiole prit la forme d'une femme et dit :

- Oignon !

- Echalote ! Thuringwethil, fais gaffe ! La prochaine fois, je te colle trois claques !

La Thuringwethil en question se mit à brailler aux oreilles de Sauron :

- Angband va être attaquée par les Elfes, conduits par un certain Eldarion. Le Maître a besoin de votre aide !

Elle reprit sa forme animale et s'envola de nouveau - genre pigeon voyageur, ancêtre du téléphone.

- Eldarion ? Mon fils ? Oh le traître ! se mit à gueuler Sauron, outré.

- C'est peut-être pas le même Eldarion. C'est courant, comme nom.

- Peu importe.

Il réunit aussitôt toutes ses troupes et nous fit quitter l'île pour toujours. Nous sommes arrivés six mois plus tard à Angband avec la moitié des troupes - l'autre moitié avait fait naufrage : Ulmo, le Seigneur des Eaux, avait déchaîné sa colère contre nous.

Nous n'étions pas assez nombreux : l'armée de Sauron fut défaite, de même que celle des enfants officiels de Melkor - au nombre de 200 000 quand même sauf que les trois quarts n'étaient pas de lui -, Angband fut réduite en poussière, les montagnes l'environnant abattues. Melkor disparut dans le néant et dans l'oubli pour toujours. La porte menant à cet endroit où logent toutes les âmes damnées fut, est et sera toujours gardée par les Elfes.

- Paix à votre âme, mon Maître, fit Sauron, une larme au coin de l'oeil. Puisse-t-elle trouver la paix. Mais en fait, pourquoi je dis ça, puisqu'il n'en avait pas ? C'est l'émotion...

C'est sur cette réflexion à la con que se termina le Premier Age du monde.