Second Age

Ce qui se passe quand l'amour de votre vie vous remplace par un anneau de pouvoir

Sauron, histoire de se racheter, alla voir Eönwë, également un maïa, le serviteur de Manwë. Enfin, s'était surtout pour se donner bonne conscience et bien se faire voir par les Valar - autant dire qu'il avait un casier judiciaire bien rempli.

- Eönwë, je te jure obéissance et j'abjure ici, devant témoins, toutes mes mauvaises actions, proclama solennellement Sauron, à genoux devant Eönwë.

- Tu as vraiment des remords ou alors tu as la trouille ?

Sauron ne répondit pas. En vérité, c'était plus par peur, il avait été terrorisé par la chute de Melkor et la colère des Seigneurs de l'Ouest (des Valar, quoi), que par remords. Le jour où Sauron aura des remords, il pleuvra des Hobbits, comme on dit chez nous...

- Je suis désolé, reprit Eönwë, mais je ne peux rien pour toi. Retourne à Valinor te faire juger par Manwë.

- Eönwë, tu m'emmerdes. Tu ne sais pas ce que c'est que la solidarité entre Maiar ?

- Sauron, va te faire ! Je sais ce qu'est la solidarité, je te remercie, mais tu n'as jamais pu me blairer alors franchement, je ne vois pas pourquoi je t'aiderais.

Sur ces mots, Eönwë le quitta, sûrement horrifié par son langage de charretier.

- Ok, je me tire en Terre du Milieu qu'il aille voir à Valinor si j'y suis pas. Je n'ai pas envie de passer l'éternité à servir les Valar, surtout que celui que je servais s'est fait descendre - paix à son âme, bis. Vous venez avec moi ? qu'il me demanda.

- Ben oui, où voulez-vous que j'aille, sinon ?

- Ben, à Valinor.

- J'imagine pas la tête des Valar s'ils voient qu'ils ont affaire à la veuve de Melkor. Et puis, je ne veux pas vous quitter. Mais que voulez-vous faire en Terre du Milieu ?

- Lui redonner un aspect normal. Les Valar l'ont dévastée en renversant Melkor et ils ne s'en soucient pas. Quelle bande d'irresponsables !

1000 ans jour pour jour après notre départ définitif d'Angband, Sauron décida sur un coup de tête de se faire construire une tour en Mordor : il devait en avoir marre de vivre en SDF et de dormir n'importe où. Il engagea un humain comme architecte pour lui faire les plans : ce gars-là était bénévole, car, d'après Sauron, trop con pour être payé. Il faisait des plans d'édifices invraisemblables tant et si bien que Sauron lui dit un jour :

- Comment veux-tu que ça tienne debout, c'te chose ? Tu veux pas non plus me construire une soucoupe volante pour que j'aille m'exiler sur Titan où il n'y a pas un péquenot et où on se les caille (« qu'est-ce que c'est que ce pays ? C'est pas possible, il fait au moins - 8000 ») ? Parce que c'est à ça que ça ressemble, ton truc. Je t'ai dit une tour, tu sais pas ce que c'est, une TOUR ?

- Pourquoi une tour ?

- Parce qu'on aura une belle vue d'en haut si elle est construite.

- Mais une soucoupe volante, c'est pas mal aussi. Si vous volez, vous aurez une belle vue.

- NON ! J'ai dit : une tour, bordel !

- Ah ! Vous voulez un bordel dans la tour, maintenant ? Il fallait me le dire plus tôt !

- Non mais c'est pas vrai. Qu'est-ce que j'ai fait à Iluvatar pour avoir un architecte aussi idiot ? Je suis maudit !

- Vous avez servi Melkor, mon chou. C'est un peu normal, que je lui dis.

- Ah merde, c'est vrai.

- Bon alors, vous voulez mettre un bordel dans la tour ou pas ? reprit l'humain con, genre Léonardo (de Vinci, pas di Caprio alias di Canivo) en plus con, futuriste mais pas doué.

- Non, je vais mettre une salle de torture. Ca sert parfois. Et c'est qui, ton prochain client ?

- Le Seigneur Elrond. Je dois lui faire construire son palais à Fondcombe.

- Je lui souhaite bon courage. Déjà que t'es pas foutu de me faire une tour. Pourtant, c'est pas compliqué, une tour, c'est des étages empilés avec un escalier au milieu - ou sur le côté, comme on veut ! Et si t'es tellement futuriste, mets-moi un ascenseur !

- Seigneur Sauron, vous m'emmerdez.

- Soit. Dans ce cas-là, barre-toi et va voir à Fondcombe si j'y suis pas.

Le gars s'exécuta et l'on ne revit jamais sa bouille dans ses parages. Peut-être qu'Elrond aura apprécié ses projets futuristes, qui sait ?

- Ne me dites pas que c'était le seul architecte de la Terre du Milieu que je viens de virer.

- Euh, si.

- Et merde. Bon, allez-y, vous.

- Moi ? Mais je ne sais même pas empiler trois briques !

- Ce sera déjà mieux que l'autre crétin qui fait un vaisseau spatial quand on lui demande une tour. Il aurait peut-être fait une tour si je lui avais réclamé un vaisseau spatial. Et puis, je voudrais juste les plans.

Je lui fis donc les plans de sa tour, comportant majoritairement des prisons et des salles de torture - avec des instruments importés des ruines d'Angband -, ce qui faisait de cette tour un endroit accueillant. Sauron recycla les armées de Melkor, du moins, les péquenots qui restaient, en ouvriers confirmés. Toujours est-il, ouvriers confirmés ou pas confirmés, il leur fallut 500 ans pour faire les fondations, c'est ce qui s'appelle des ouvriers rapides, fiables et rentables. Cela dit, ils travaillaient 3 jours par semaine avec une semaine de congé par mois et n'étaient pas très futés, comme tous les orques. Certains voulaient mettre le sommet de la tour en dessous des fondations. C'est ce qui s'appelle être logique. Une plaque fut placée au-dessus des fondations. Il y était écrit : « Ici s'élèvera probablement un jour la tour de Barad-dûr. Fin des travaux : la semaine des quatre jeudis ».

- Barad-dûr ? C'est un drôle de nom pour une tour.

- Ca veut dire la Tour Sombre. Je ne vais pas faire une tour claire sur une terre noire, quand même ! J'aurais l'air de quoi ?

- Pourquoi vous la faites dans ce pays ?

- J'aime bien le Mordor. Il n'y a pas un péquenot, c'est un pays tranquille. Il y a une mer au Sud et un volcan au Nord. Il y a de tout. Surtout, il y a des montagnes de partout, on n'a même pas besoin de construire une muraille, comme les Chinois.

- C'est quand même mort, comme pays.

- Ben comme ça, j'ai la paix. Cool, non ?

- Mouais, si on veut. Et puis une tour noire me permet de renouer avec mes origines. A Angband, je vivais dans une tour noire. Et je vais même faire construire une porte noire entre les deux chaînes de montagne.

- Pour renouer avec vos origines aussi ?

- Non, pour que ce soit assorti au reste du pays. Pourquoi ? Il y avait une porte noire à Angband ?

- Oui. Il y avait même une double porte.

- Oui mais là, une simple me suffira.

Ce fut aussi à cette époque que Sauron essaya de bien se faire voir par les Elfes. Il réussit à en entuber quelques uns et leur apprit à créer des anneaux de pouvoir. Pourquoi pas. Ma foi, créer des anneaux de pouvoir, quelle drôle d'idée. Il se fit appeler Annatar le donateur, parce qu'il en avait marre qu'on l'appelle Sauron l'abominable. Il se mit à distribuer des anneaux de pouvoir aux différentes populations de ce vaste monde. Il en donna 19 en tout : trois aux Elfes, sept aux Nains et neuf aux Hommes - et oui, c'est une addition compliquée : 3+7+919. A chaque bénéficiaire, il disait :

- Je vous offre un anneau de pouvoir parce que je vous aime bien. Je n'ai pas d'arrière-pensées, je vous le promets - enfin, ça se discute.

Pour cette raison, tout le monde l'appréciait et lui faisait bon accueil, quel que soit l'endroit où il allait. Ses conseils permirent à de nombreuses civilisations de se développer.

A début, j'ignorais encore la raison de sa reconversion en trafiquant d'anneaux de pouvoir mais je compris vite. Ce n'était pas seulement parce qu'il en avait marre qu'on l'appelle le détesté ou parce qu'il était pris d'un brusque élan de générosité.

En l'an 1600, il m'emmena sur le volcan Orodruin - la future Montagne du Destin -, le volcan au Nord du Mordor. Dedans régnait une chaleur insupportable et de la lave bouillonnait en contrebas. Je disais à mon chéri :

- Pourquoi m'avez-vous menée ici ? Vous voulez me tuer et me jeter dans la lave ?

- Mais non. Vous savez bien que jamais je ne ferais une chose pareille. Je vous aime trop.

- C'est gentil. Bon alors, qu'est-ce qu'on fout là, finalement ?

- Vous allez comprendre.

Il nous fit descendre en bas, près de la lave. Là se trouvaient trois petits chaudrons surmontés par trois petits panneaux écrits en elfique : de gauche à droite : « unique 1 », « unique 2 », « celui de ma femme ». Les chaudrons étaient vides mais à côté se trouvaient un couteau et une quantité phénoménale de métaux divers et variés, allant de l'or au zinc, en passant par l'argent, le cuivre, l'aluminium, enfin tous les métaux possibles et imaginables, tous ceux que l'on trouve dans la classification périodique des éléments chimiques, y compris un que je ne connaissais pas, nommé la sauronite (devinez qui l'a trouvé et lui a donné son nom). Sauron introduisit une pincée de cuivre en poudre dans chacun des chaudrons, et fit de même pour tous les autres métaux (même le mercure liquide, pourtant toxique, mais bon, mon saurounet d'amour adoré résistait à tout, même à la toxicité du mercure liquide), en mettant beaucoup plus d'or dans les trois. Puis il saisit le couteau et me dit :

- Il faut que nos sangs se mêlent.

- Mais qu'est-ce que vous foutez au juste ?

- Je vous expliquerai. Donnez-moi votre main. N'ayez pas peur.

- Je n'ai pas peur car vous êtes avec moi.

Cependant je hurlais quand il me saigna la main droite. Il fit de même avec la sienne, sans broncher. Il la mit dans la mienne et fit couler quelques gouttes dans chacun des chaudrons. Il prit celui intitulé « unique 1 », le posa à la surface de la lave. Son contenu commença à fondre. Il en préleva un peu et versa le liquide obtenu dans un moule. Puis il leva le moule au-dessus de sa tête, comme un prêtre inca faisant ses rituels et dit (pas comme le prêtre inca) :

- Trois anneaux pour les Rois Elfes sous le ciel, Sept pour les Seigneurs Nains dans leurs demeures de pierres, Neuf pour les Hommes mortels destinés au trépas, Un pour le Seigneur des Ténèbres sur son sombre trône, Dans le pays de Mordor où s'étendent les ombres. Un anneau pour les gouverner tous, Un anneau pour les trouver, Un anneau pour amener tous, Et dans les ténèbres les lier, Au pays de Mordor où s'étendent les ombres.

La terre trembla tandis qu'il parlait. On entendit des bruits de tonnerre dehors, la lave jaillit et nous évita de justesse. La montagne entrait en éruption mais Sauron s'en foutait.

Il fit de même pour le chaudron intitulé « unique 2 ». Enfin, pour le troisième, il remit un peu de mon sang dedans, le fit chauffer et versa également une partie dans un moule. Il leva le moule en l'air (façon prêtre inca) et me dit :

- Cet anneau sera le symbole de notre amour. Et c'est vous qui le porterez.

Je l'embrassais, ravie qu'il m'ait créé un anneau pour moi toute seule après en avoir créé 19 pour les autres et 2 pour lui. Il me dit :

- Si on se tutoie, ça vous dérange ? Non, parce que ça fait quand même plus de 4000 ans qu'on se connaît.

- Non, ça ne me dérange pas. Dis, c'est quoi, ces anneaux ?

- Nos alliances et il y en a une de rechange. Vois-tu, après une longue méditation, j'ai décidé de t'épouser. Ca te gêne ?

Je ne pouvais pas lui dire non. Je n'avais pas franchement le choix. Il avait déjà fabriqué les alliances.

- Non, pas du tout. Evidemment que j'accepte ta demande, mon amour.

- T'es pas une fille contraignante. C'est aussi pour ça que je t'aime. Bon on se tire, dit-il comme s'il n'avait rien fait de moins normal que de se faire cuire des oeufs.

Nous sommes sortis de la Montagne et sommes retournés sur les fondations de sa tour. Il a démoulé les anneaux. Sur les deux premiers était écrit en elfique « un anneau pour les gouverner tous, un anneau pour les trouver, un anneau pour amener tous et dans les ténèbres les lier ». Sur le mien était écrit « SMS ». Sauron me montra celui-ci et me dit :

- Si tu doutes de ce que je ressens pour toi, mets cet anneau dans le feu. Si « SMS » apparaît, cela veut dire que nous nous aimons encore.

- Tu doutes que notre amour ne soit pas éternel ?

- On sait jamais.

- Et ça veut dire quoi, SMS, au juste ?

- Short Message Sent.

- Hein ?

- Mais non andouille ! Ca veut dire Sauron aime Sulring et inversement.

- Ah... et les autres, ça ressemble à des anneaux de pouvoir, ces trucs-là, je me trompe ?

- Oups, tu m'as eu. On ne peut rien te cacher.

- Sauron, je te connais.

- Et oui, chérie, ceci, dit-il en en levant un en l'air façon statue de la liberté avec son flambeau, ceci sera le symbole de ma puissance et de ma domination de toute vie sur ce continent. Mon précieux, mon trésor. L'un des deux autres, c'est mon précieux de rechange et le troisième, c'est ton alliance. Ce n'est pas un anneau de pouvoir. Tu comprendras plus tard.

Il consolida les fondations de la tour avec le pouvoir de l'anneau et fit terminer la construction de la tour. Il engagea un chef maçon pour lui construire sa tour. Dès le début, il lui dit :

- Voilà. Ma tour s'élèvera ici. Les fondations s'étendent de là à de là (il montra deux directions).

- C'est sûr que c'est une tour que vous voulez ?

- Ben oui, en tant que Roi du Mordor, je ne peux pas me permettre de faire une minuscule tour. Elle doit être à la hauteur (c'est le cas de le dire) de ma grandeur. Elle s'élèvera à 1km de haut. Je vous l'ai dessinée, faites en sorte que ça y ressemble.

- 1km de haut ? T'as quelque chose à compenser ou quoi ? lâchais-je.

- Sulring, j'ai perdu ma dignité, me répondit-il d'un ton assez déçu et sec.

- Pardon mon amour, lui dis-je en m'enroulant autour de lui et en l'embrassant dans le cou. Mais sache que ça ne change en rien mes sentiments envers toi.

- Donc une tour de 1km de haut, ça te convient ?

- Ben oui. De toute façon, c'est toi qui la fais, c'est ta tour.

- Il y a quand même une marge entre une tour de 15m de haut et une d'1km de haut... poursuivit le chef maçon, même si vous avez une faiblesse.

- Pas un mot là-dessus sinon tu me le paieras. Et puis t'es là pour me juger ou pour construire ma tour ?

Contrairement à l'architecte que nous avions engagé il y a de ça 600 ans, le mec ne répondit pas : « seigneur Sauron, vous m'emmerdez » mais dit :

- Je ne suis là que pour vous servir et vous construire une tour, Seigneur Sauron.

Sauron se tourna vers moi et me fit :

- Franchement, chérie, tu trouves pas que ça pète comme titre ?

- Euh si... mais continue à expliquer au monsieur comment construire ta tour. J'en ai un peu marre de vivre en SDF.

- Ensuite, poursuivit-il, de là à la montagne, on va faire une grande allée avec plein de statues, qu'on appellera « la grande allée avec plein de statues ». Ici ma tour, avec des prisons et des salles de torture à tous les étages. Ne vous inquiétez pas, je vous ai tout mis sur un plan. Là bas, le jardin, luxuriant, magnifique avec des palmiers, des oliviers, des orangeades, des saules pleureurs, des soles meunières... et juste ici, un petit géranium. Ah, ça va être bien, ça va être très bien. Mais bien sûr faut imaginer...

- Bien sûr... euh, seulement, pour le jardin luxuriant, ça ne me semble pas très faisable monsieur Sauron... il n'y a pas de soleil ici...

- Et pour le petit géranium ?

- Pareil... les lumières artificielles, je ne sais pas les mettre en place, et vu qu'il n'y a pas de soleil pour faire pousser les plantes.

- Tu crois que c'est pourquoi que ça s'appelle le Mordor ici ? La terre noire... c'est normal qu'il n'y ait pas de soleil. Et puis débrouille toi.

- De combien de temps je dispose ?

- Trois mois.

- Trois mois, mais avec combien de temps de retard ? Parce qu'en trois mois maximum, on peut avoir les plans, ça c'est bon, j'en fais mon affaire ; les fondations, elles sont faites ; 3 x 4 9... En trois mois, cela ne me semble pas très faisable, monseigneur...

- Ah...

- Enfin, ça dépend de combien d'ouvriers je dispose...

- 500 000 orques confirmés (enfin, ça se discute). Faites les travailler autant que vous voudrez mais construisez moi cette tour.

- En deux ans, je devrais avoir fini.

- Très bien. Alors au boulot.

Le prenant au mot, le chef de chantier reprit les mêmes orques pour la finir mais les fit travailler 6 jours par semaine et 51 semaines par an. Heureusement, aucun syndicat ne s'est formé : les ouvriers n'auraient pas eu idée de poser des RTT ou d'appliquer les 35 heures - pas encore intégrées à la Constitution du Mordor - ou sinon, ils auraient fini dans la grotte, puis dans la toile, puis dans l'estomac d'Arachné, une sorte de forme indéterminée à pattes que Sauron présentait comme son animal de compagnie. Résultat : il fallut à peine deux ans pour achever la construction de la tour. Elle se dressait à plus d'1km de haut, comportait 300 étages, une cinquantaine de salles de torture, une centaine de cellules et un harem pour les orques, très utile à la survie de l'espèce, et donc pour éviter les ruptures de stock. Il nous fallait monter 3000 marches pour accéder à nos appartements au 300ème étage - autant dire qu'il fallait une raison valable de descendre en bas de cette tour. C'était vraiment la tour dont Sauron avait toujours rêvé. Comme quoi, je n'étais pas diplômée architecte mais je ne m'étais pas mal démerdée (pour les plans). Cela dit, empiler des prisons et des salles de torture, c'était à la portée de n'importe qui. Volta était plus pacifiste, il empilait des plaquettes de métal, lui. On a eu aussi une grande allée - sans plein de statues because of gouffre financier - de la tour à la montagne.

Un jour, je demandais à Sauron :

- Dis mon chéri, lui susurrais-je un jour, pourquoi sommes nous obligés de monter marche après marche cette tour ? Pourquoi n'as tu pas mis un sans-efforceur ?

- Ben, si tu veux, on pourrait en mettre un.

Je n'ai JAMAIS vu la tête de cet appareil. Un autre jour, je lui demandais :

- Pourquoi fais-tu un élevage d'orques ? C'est con et c'est laid, comme bêtes.

- Je ne te l'ai pas encore dit, mais je compte succéder dignement à Melkor sur le trône du Seigneur des Ténèbres...

- De l'Emmerdeur en Chef du monde, tu veux dire ?

- Si on veut. Souviens-toi, il y a longtemps, j'avais eu une vision : je m'étais vu en nouveau Seigneur des Ténèbres avec toi comme Reine.

- En gros, j'ai toujours la même fonction, quoi.

- Oui. Et les orques constitueront l'essentiel de mes armées. Je compte asservir tous les porteurs des anneaux de pouvoir grâce au pouvoir du Maître Anneau, le mien, quoi. Tu ne pensais tout de même pas que c'était par générosité que je distribuais des anneaux ? Vois-tu, la charité et moi, ça fait deux.

Je ne renonçais pas à lui pour autant, espérant qu'il retrouverait la bonne voie un jour. Je me fis moi-même ma robe de mariée : je n'avais que ça à faire. Elle était violette : Sauron la voulait noire, je la voulais blanche, finalement, on a tranché, on l'a prise en couleur. On s'est même engueulés sur la couleur :

- Pourquoi pas du jaune ? qu'il me disait.

- Ca me va pas au teint. T'as déjà vu ma touche dans du jaune ? C'est horrible !

- En bleu ?

- Voir réponse précédente.

- Du vert ?

- Ca fait écologiste !

- Du rose ?

- Ca fait petite fille modèle. J'en portais quand j'avais 6 ans ! Et encore !

- Mais, tu m'emmerdes, Sulring ! Prends la couleur que tu veux, sauf du blanc.

- Violet ?

- Va pour violet.

Lui devait être en noir, genre beau prince ténébreux - en fait, c'est ce qu'il était réellement. Le grand jour était à la fin de l'année 1602 du Second Age, le jour anniversaire de notre première rencontre.

La seule chose qui me préoccupait était en réalité la nuit de noce. En effet, comment faire la chose avec un eunuque. En effet, tout le monde sait qu'un mariage non consommé peut être considéré comme caduc. Cela, je dois l'avouer me convenait. En effet, si jamais il me les prenait trop, je pouvais l'envoyer se faire cuire 99 oeufs. Je vous explique, si vous ne comprenez guère mon dialogue. Alors, quand un mariage est non consommé (de poulet), les époux sont en droit de le dire pour divorcer. Understood ? Bon passons à la suite, j'ai l'impression que je vous gonfle...

C'est lui qui s'occupa des invitations. Il convia les propriétaires des 19 autres anneaux de pouvoir, c'est à dire trois Elfes, sept Nains et neuf Hommes, futurs RGM NHE AOC (Rois Génétiquement Modifiés en Nazgûls Hurleurs Enragés d'Appellation d'Origine Contrôlée, un grand titre pour des FI, formes indéterminées), ainsi que leurs conjoints, puis les cinq qui allaient devenir les Istari et les 14 Valar. Le tout évidemment sans leur dire qu'il les entuberait quelques siècles plus tard.

Il écrivit sur les faire-part : « Annatar et Sulring... ». Je protestais :

- Non mais ! On met les femmes d'abord !

- Qu'est-ce que tu me racontes ? On n'est pas sur un bateau qui coule !

- C'est pas une question de bateau, ça s'appelle la galanterie.

Il grogna et rectifia :

« Sulring et Annatar sont heureux de vous faire-part de leur mariage le 31 décembre de l'an 1602 du Second Age. Celui-ci (le mariage, pas le Second Age) se déroulera au pied de la tour de Barad-dûr, au Nord-Ouest du pays de Mordor. Réponse souhaitée rapidement. »

Les Valar refusèrent l'invitation. L'un d'eux s'écria :

- Aller au mariage de Sauron ? Ca va pas la tête ? Surtout que le Mordor, c'est mort, et Barad-dûr, c'est une tour sombre.

- C'est le nom de la tour, fit un autre.

- Enfin bon, un mariage dans une tour sombre sur une terre noire, excusez-moi, mais c'est d'un gai ! On aura intérêt à mettre de la couleur !

Les 13 autres Valar suivirent cette opinion et aucun ne daigna se pointer. Dans le fond, ça arrangeait Sauron : il n'y avait plus un rond dans les caisses du Mordor car le ministre des finances, un humain corrompu, faisait déjà des détournements de fonds. Iluvatar, le créateur du monde, refusa de « faire le prêtre » - il en avait sa claque de marier les Seigneurs des Ténèbres, après les 365 mariages de Melkor (paix à son âme inexistante). Nous avons donc pris un curé humain... fallait faire avec les moyens qu'on avait, même si Sauron n'était pas très chaud. Il me disait :

- Iluvatar nous aurait bénis comme il faut et nous nous serions aimés pour l'éternité.

- Mouais enfin, le fait qu'Iluvatar marie deux personnes ne garantit pas le mariage parfait et l'entente parfaite.

- Hein ?

- C'est quand même lui qui m'a collée avec Melkor et on ne peut pas dire que le mariage était réussi.

- Il était arrangé, c'est différent.

Ainsi fut clos le débat. L'humain curé avait une tête de hamster et louchait sans arrêt sur mon décolleté. A tel point que Sauron le menaça de lui faire inaugurer à sa façon les salles de torture de sa tour, toutes neuves et toutes belles - enfin, ça se discute -. Voyant qu'il ne blaguait pas, l'autre se calma.

Celeborn, le mari de Galadriel, l'une des heureuses propriétaires d'un anneau de pouvoir elfique, refusa lui aussi de venir : il n'avait jamais pu encadrer Sauron. Des 5 futurs Istari (magiciens) ne purent venir que Olorin et Curumo, à l'époque au stade de mômes braillards de 8 ans et que l'on connaîtra plus tard sous les noms respectifs de Gandalf et de Saroumane. Les nains acceptèrent mais ils n'avaient pas de conjoints à inviter. Quant aux hommes, seulement trois des femmes des neuf hommes sont venues avec leurs époux - les autres se disaient : « cool, je vais avoir la paix, et mon amant » - et les 6 autres hommes sont venus en célibataires (ils n'avaient pas de femme, ce qui n'exclut pas d'avoir une maîtresse ou une concubine).

Ce qui faisait 26 personnes en tout : même pour mon mariage avec Melkor, ils étaient plus nombreux. Je donnais mes instructions à Sauron pour répartir les invités :

- Sépare les Elfes et les Nains, sinon ils vont s'entre-tuer. Et sépare aussi Olorin et Curumo, ils passent leur temps à se chamailler.

Il revint quelques heures plus tard et me dit :

- J'ai un problème. On est 26 et je n'en ai que 25 sur les listes.

Je lui pris les listes des mains.

- Table 1 : Galadriel, Cirdan, Gil-galad, les trois elfes. Ensuite : Murazor, Khamûl (tête de moule), Akhorahil, Adunaphel, Dwar, Ji Indur, Ren, Uvatha et Hoarmurath. Qui sont-ils ?

- Les rois humains.

- Ils ont des noms à coucher dehors. Ensuite Olorin le môme et Annatar. C'est qui ?

- C'est moi, banane ! Tu sais bien ! Ce veut dire le donateur, parce que j'en ai marre qu'on m'appelle l'abominable.

- D'accord. Table 2 : Curumo le môme, femme de Murazor, femme de Khamûl, femme de Uvatha.

- Oui, je ne connais pas leurs noms. Au fait, Murazor, appelle-le Mumu, il aime bien.

- Ensuite : Simplet, Dormeur, Grincheux, Prof, Timide, Joyeux et Atchoum.

- Les sept nains, quoi.

- Et tu te maries avec qui ? Avec Curumo, Mumu ou Grincheux ?

- Euh... (il prit une teinte rouge pivoine)

- C'est moi que tu as oubliée ! Pôv'nouille !

Il a alors entièrement refait le plan d'organisation. Il mettait donc les trois elfes, les neuf hommes et Curumo à une table, et les sept nains, les épouses de trois des hommes, Olorin, lui et moi à une autre table.

- Mais tu as fait deux tables de 13 ! T'es pas superstitieux ?

- Mais non ! T'as fini avec tes bêtises ? J'ai une tête à être superstitieux ? Je suis déjà maudit alors ce ne sont pas deux tables de 13 qui vont changer quelque chose !

- Sauron mon amour, je t'en prie, arrête de me gueuler dessus. Et puis, débrouille-toi pour qu'il n'y ait pas de table de 13 personnes.

Il me prit dans ses bras et me serra contre lui.

- Pardonne-moi, mon trésor.

- Si on me payait à chaque fois que je te pardonne quelque chose, je finirais millionnaire. Et ton trésor, c'est pas ton anneau, normalement ?

- Si mais tu es un trésor bien plus précieux que tous les anneaux de pouvoir que j'ai pu créer. Tu es à moi, mon amour, pour l'éternité.

Je le regardais d'un air enchanté mais il changea totalement de sujet. Finis, les longs mots d'amour qu'il me disait au début.

- Mais si t'es superstitieuse, on peut faire trois tables : la première avec les elfes, les hommes et Curumo, la seconde avec les femmes, les nains et Olorin et la troisième avec nous deux.

- Il y aura toujours une table de 13.

- Ah bon ? Comment qu'tu sais ça toi ? Puis zut, je suis trop nul en calcul. Enfin, fais ce que tu veux mais je n'ai pas envie qu'ils s'entre-tuent le jour de mon mariage. Après, je m'en fous, ils feront ce qu'ils voudront, c'est leur problème.

Trois jours plus tard, tout était prêt. J'avais eu pour consigne d'appeler mon bien-aimé Annatar et plus Sauron. Logique, les elfes qui seraient présents le connaissaient de nom, à l'époque où Melkor était encore en service.

Les neuf rois furent les premiers à arriver avec les conjointes de trois rois seulement, suivis par les sept nains qui virent d'un oeil mauvais les elfes arriver. Galadriel se pointa en robe blanche tant et si bien que les rois la prirent pour la mariée et l'acclamèrent en disant : « vive la mariée ! ».

- Ca va pas, non ? J'ai une tête à me marier avec lui ? fit Galadriel, indignée.

- Ben, je sais pas, vous êtes en blanc, fit un des rois, assez gêné.

- Je suis déjà mariée, d'abord.

Là, mon bien-aimé s'avança et me montra à la foule - si 26 péquenots peuvent être considérés comme une foule - :

- C'est elle, ma promise. (la mariée, quoi) Elle est magnifique, pas vrai ?

- Qu'est-ce qu'elle fout en violet ? demanda Gil-galad, un des trois elfes.

- Je n'aime pas le blanc. Et puis, si ça te pose un problème, tu vas te faire cuire 100 oeufs.

- Et vous êtes qui exactement ? Fit Cirdan, le troisième elfe.

- Annatar. C'était marqué sur les faire-part. Une question dans le vent : tu sais lire mon pote ?

- Non, mais attends, il me tutoie, lui ? On a pas gardé les cochons ensemble !

- En effet, si ça avait été le cas, je m'en souviendrais. (toi, comme cochon et moi comme gardien)

- Enfin, vous êtes quoi plutôt ? Parce que je sais lire, voyez-vous.

- Je suis un maïa qui vous a fait livrer à domicile un anneau de pouvoir. Et si vous n'êtes pas content, vous me le rendez.

Pendant que Sauron s'effritait avec Cirdan - le début d'une longue amitié, quoi -, un des rois vint me voir.

- Je suis enchanté de faire votre connaissance, qu'il me dit.

- Moi aussi. Et vous êtes ?

- Murazor.

- Ah, c'est vous, Mumu ?

- Je n'aime pas quand on m'appelle Mumu.

- Ah bôôôôôôn ? Pourtant Sau... euh, Annatar m'a dit que vous aimiez bien qu'on vous appelle ainsi.

- Ah, et bien, il a raconté des bêtises. J'espère qu'il n'a pas fait de même pour mon anneau, que je ne me sois pas fait rouler avec la came, quoi.

- Il est garanti à vie, si cela peut vous rassurer. Je n'ai pas la garantie ici. Elle est tout en haut de la tour. J'irai vous la chercher.

- Non, ça ira.

- Mais voyez, si votre anneau est défectueux, vous pourrez venir l'échanger sans frais et sans délai, même si c'était un cadeau à l'origine. C'est pas « satisfait ou remboursé » (avec Carrefour, je positive), c'est « satisfait ou échangé ».

- Ouaich, Mumu mon pote, ça boume ? fit un des mômes qui venait d'arriver.

- D'abord, je ne suis pas ton pote, répliqua Mumu. Ensuite, j'ai horreur qu'on m'appelle Mumu, et enfin, qui es-tu ?

- Je m'appelle Curumo. Dis, c'est cool, c'est la première fois qu'on m'invite à un mariage. Je vais bien m'éclater. Dis, Mumu, ne drague pas la mariée, sinon Annatar ne sera pas content.

- Pôv'naze ! J'ai trois fois son âge ! lui dit Mumu.

- Vous êtes sûr ? que je lui dis. Je suis née en 100 du Premier Age. Je suis une elfe. Et vous ?

- Vous êtes bien conservée, commenta Mumu. Moi, j'approche la soixantaine.

- Et ben, il s'emmerde pas, Annatar ! lâcha Curumo. D'ailleurs, Mumu non plus s'emmerde pas, il lui demande son âge et lui avoue qu'il n'est qu'un vieux croûton.

La paire de claques jaillit, mais le mioche partit embêter Olorin en criant et en riant.

- Ah, les enfants, fit Mumu d'un air blasé, genre « j'ai eu ma dose ».

- Vous en avez ?

- Oui, mais je n'ai que des filles. Enfin, je n'ai pas besoin d'assurer ma succession, Annatar m'a dit que cet anneau me rendrait immortel.

Mouais, enfin entre ce qu'Annatar dit et ce qui est vrai, il y a souvent un écart.

- Non mais c'est pas vrai ! brailla un des huit autres rois un peu plus loin.

Celui-là était déjà prédestiné à devenir une espèce mutante de roi, appelé Nazgûl Hurleur Enragé (ou NHE pour les intimes). Pour le moment, il courait après l'un des mômes en criant :

- Rends-moi ma couronne ! Sinon, t'auras la fessée du siècle. (celle-ci demeura d'ailleurs célèbre)

- Viens la chercher, Khamûl grand nul ! répliqua le gosse.

C'était Curumo. Il était vraiment insupportable. Et dire qu'il était prédestiné à devenir un magicien sage, il était très loin de son but. La femme de Khamûl, ainsi que tout le monde présent - sauf Khamûl lui-même - pouffait de rire en voyant Khamûl, déjà sur l'âge, courir après Curumo l'idiot (du village). Jusqu'à ce que Curumo bute sur Sauron qui trouvait que la plaisanterie avait assez duré. Il arracha la couronne de Khamûl des mains de Curumo qui commençait à chialer et l'envoya (la couronne de Khamûl, pas Curumo) à Khamûl à la façon d'un Frisbee. Khamûl la rattrapa au vol et se la remit sur sa tête, par-dessus sa maigre toison capillaire. Sauron prit Curumo par le bras il lui mit son pied au derrière. J'ai émis l'hypothèse que ce gosse n'a pas pu s'asseoir pendant une bonne quinzaine ; la preuve est qu'il a mangé debout pendant toute la cérémonie, prétextant qu'il n'était pas fatigué. Khamûl était mort de rire et il ne perdait pas une occasion de lui taper (amicalement) le postérieur, l'air de dire : « tu n'a pas intérêt à toucher à nouveau à ma couronne, sinon je te bute ». Curumo grimaçait à chaque fois, mais se drapait de sa dignité pour ne pas montrer sa douleur.

Après s'être payée la tête de Khamûl (on devrait tous rire au moins une fois par jour) Galadriel, ma soeur, me dit :

- Pourquoi t'épouses ce con ?

- Ca me change de Melkor, et puis je l'aime, voilà tout.

- Moi, je ne peux pas le blairer. C'est bien parce que je suis ta soeur que je suis venue.

- Tu n'étais pas venue à mon mariage avec Melkor.

- Non, j'avais du boulot. Je préparais le mien avec Celeborn. Et entre Celeborn, Annatar et Melkor, y a pas photo.

- Je peux te faire une confidence ? Celeborn est laid comme un pou.

- Parce que Melkor était mieux ?

- Melkor était potable, dans son genre (Jafar couronné).

- Melkor était con comme un balai : Père avait honte de l'avoir comme gendre.

- C'est quand même lui qui m'a collée avec lui sous prétexte de faire des économies ! m'indignais-je.

- Oui, je sais. Toujours est-il que bon... t'aurais pu trouver mieux que ton ex.

- Là, je suis d'accord. Mais Annatar est mieux : il est beau et intelligent à la fois ! Et je l'èèèèèèmmmmmme. (dit de façon tragique ou façon Lara Fabian). Depuis si longtemps, je rêve de ce jour.

- Pense ce que tu veux, petite soeur. Mais ne viens pas te plaindre s'il te trompe.

- Ca risque pas. Il est eunuque.

J'aurais mieux fait de me taire.

- Alors après avoir eu un Seigneur des Ténèbres comme beau-frère, j'ai un eunuque, maintenant ! Elle est forte, celle-là ! fit Galadriel en éclatant de rire.

Galadriel le répéta à Cirdan et à Gil-galad qui se payèrent ma tête et celle de Sauron Fidel Castra par la même occasion. Mais ce qu'ils ignoraient c'est qu'en plus d'être eunuque, Sauron était aussi supposé devenir Seigneur des Ténèbres, ce qui ne m'enchantait pas des masses, je dois l'avouer.

Peu après, on attendait toujours le curé à tête de hamster et les nains se précipitaient déjà sur la bouffe. Ils ont fait une razzia dessus. Sauron examina les dégâts.

- Oh non ! brailla-t-il. Ils m'ont sifflé tout mon pinard !

- Ca prouve qu'il était bon, lui dis-je.

- Il y a intérêt ! Une cuvée de l'an 1000 du Second Age, vendanges tardives ! Il m'a coûté une fortune, ce pinard ! Ils me gonflent, ces nains ! Toujours portés sur la bouffe et la boisson !

Le curé se décida enfin à se pointer.

- Désolé, j'avais du boulot. Dites, c'est mort, ici.

La cérémonie commença. Enfin vint la question :

- Sau... enfin, Annatar, veux-tu prendre Sulring fille de Finarfin (et veuve de Melkor) ici présente comme pelouse légitime... euh, épouse légitime, lui être fidèle et l'aimer du plus profond de ton coeur - si t'en as un - jusqu'à ce que la mort vous sépare ?

- Bien sûr, pourquoi je me serais emmerdé à faire cette fête, sinon ? Et à acheter du pinard vendanges tardives de l'an 1000 que les nains ont déjà bu ? Entre nous, j'ai un coeur, sinon, je serais incapable d'aimer.

- Bon, ça t'emmerderait de répondre aux questions sans faire de commentaires douteux ? fit le curé. Si t'as pas compris, faut juste dire oui ou non, pigé ?

- Ecoute, mon pote, ici, je suis chez moi, je dis ce que je veux, toi tu es là pour célébrer mon mariage et pas pour me juger. Pigé ?

Le curé continua comme si de rien n'était :

- En espérant que cela te rendra meilleur. Bon, Sulring, fille de Finarfin et veuve... bon, on sait de qui, veux-tu prendre pour époux Sau... euh purée - je vais y arriver, oui ? - Annatar ici présent, lui être fidèle et l'aimer de tout ton coeur jusqu'à ce que la mort vous sépare ?

- Oui. (genre putain pourquoi il fait des histoires pareilles)

- Un peu plus d'enthousiasme, on dirait que je te maltraite ! (bon elle va pas me chier un cake)

- Tu vas peut-être t'y mettre. Pourquoi Mumu t'aurait-il offert un fouet en cadeau de mariage ? C'était pas sur la liste !

- Ne m'appelez pas Mumu ! dit l'intéressé d'un ton menaçant.

- C'est pour que tu sois sage. Mumu fouette peut-être sa femme.

- Oui, il me fouette ! hurla la femme de Mumu. Je veux divorcer !

- Ah, c'est nouveau, fit Mumu.

- Non, tu n'en as que pour ton anneau à la con et moi, je suis juste bonne pour faire la bouffe et pour le lit ! Tu m'emmerdes, Murazor ! On est plus au Moyen âge ! Il est fini le temps où les femmes étaient soumises ! Je me tire ! J'en ai ras le bol de toi ! Trouve-toi une autre femme à maltraiter ! T'es qu'un vieux schnoque de trois fois mon âge ! Et tu n'es pas un grand roi, tu es un grand con, alors démerdes-toi ! Et rends-moi ma dot ! Et en plus, on doit payer pour épouser des cons ! C'est quoi ce système de merde ? Vous, qu'elle me dit (c'est toujours la femme de Mumu qui gueule), vous avez payé une dot, vous aussi ?

- Non, c'est par amour que je l'épouse.

- Vous en avez bien de la chance, vous. Toi, Murazor, tu sais même pas ce qu'est l'amour - sauf pour ton anneau - alors va te faire ! Trouve-toi une elfe, elle ne risque pas d'être périmée après 40 ans, au moins !

- Tais-toi, je n'ai pas envie qu'on s'engueule pendant le mariage de notre bienfaiteur !

- Murazor, va te faire (deuxième édition) !

- Et bien divorce si ça te chante ! En plus, tu n'as même pas été foutue de me faire un héritier ! On dirait que ça aurait été trop dur pour toi !

- Bon, vous êtes gentils, mais on est à mon mariage, alors vous la fermez et vous réglerez vos problèmes ultérieurement ! gueula mon Saurounet d'amour, exaspéré.

Ca commençait à dégénérer, le curé trancha :

- Bon avant qu'il n'y ait des gueules et des bras cassés, je vous déclare punis, euh, unis par les liens sacrés du mariage. Vivez heureux, ayez beaucoup d'enfants.

« Eh couillon, je suis castré... pensa Sauron, assez frustré »

- Je ne sais pas ce que j'ai aujourd'hui, ça doit être l'air de ce pays, ça me rend malade, conclut-il, et visiblement, il n'y a pas que moi. Bon, je vous laisse.

Il se retira et mon bien-aimé me mit mon anneau au doigt. Aussitôt, tout le monde poussa un cri de stupeur. Tout ce que je voyais était flou, sauf Sauron et les hommes. Sauron avait sa trombine habituelle - beau comme un dieu - mais les hommes étaient bizarres, ridés comme des vieilles pommes, la face grise, le regard vitreux et vide, des immenses cheveux gris et fins jusqu'à la taille et de longues griffes à la place des ongles.

- Il a tué sa femme ! lança un nain.

- Non, elle a disparu tellement elle ne voulait pas l'épouser, fit un autre.

- Ca suffit, bande de nains de jardin ! brailla Sauron. Un mot de plus et je vous reprends vos anneaux !

- Donner, c'est donner. Reprendre, c'est voler, fit Olorin.

- Olorin, je t'ai demandé ton avis ? Non ! Alors ferme-la ! Et quel est le con qui a inversé les alliances, que je lui colle une baffe ?

Il le repéra tout de suite. C'était Curumo. Il était le seul à pouffer de rire.

- Chérie, enlève ton alliance, c'est la mienne, me dit Sauron.

- C'est quoi la différence ?

- C'est un anneau de pouvoir, me dit-il à voix basse en le retirant de mon doigt. En plus je te l'ai déjà dit dans la montagne.

Je réapparus et ma vision redevint claire. Les hommes avaient leurs têtes habituelles et pas des allures de spectres ou de momies.

- Tu ne l'as même pas reconnu ?

- Non, je te contemplais. Ta beauté à elle seule suffit à illuminer cette terre noire.

- T'es trop mignon, mon chou.

- Merci, mais je ne suis pas un chou. Et toi, Curumo, si je t'attrape... Je te remets mon pied au cul. Et cette fois-ci, tu pourras plus t'asseoir pendant deux mois.

Tout rentra dans l'ordre et Curumo se prit une torgnole (comme promis, il n'a pas pu poser ses fesses sur un siège pendant 2 lunes). Murazor se battit avec sa femme : elle eut le dessus : elle était ceinture noire de karaté (vive la femme libre). Sauron m'embrassa longuement - sous les yeux envieux des rois sauf Murazor qui avait un oeil au beurre noir - et me mit la bonne alliance au doigt mais ne mit pas la sienne. Dans le cas contraire, les elfes se seraient rendus compte de sa tromperie et il aurait été incapable de les soumettre à sa volonté.

Peu après - revenons à l'instant présent - tout le monde se jeta sur la bouffe qui avait survécu à la vague des sept nains - qui depuis, évidemment, n'avaient plus faim. Mumu n'avait rien trouvé à manger ni à boire, il vint me voir avec une tête de déterré.

- Désolée, ce sont les nains qui ont épuisé les stocks, lui dis-je.

- Dommage, surtout que l'année 1000 était une très bonne année pour des vendanges tardives. Mais bon, ce n'est pas trop à propos de la nourriture. Je me suis engueulé avec ma femme.

- Ben ça, on a entendu. Racontez-moi tout.

- Ah, vous êtes conseillère conjugale ?

- Euh non, mais allez-y.

- J'ai épousé une idiote.

- C'est emmerdant, je vous l'accorde. Mais dans ce cas, pourquoi l'avoir épousée ?

- Ben, je sais pas, pour la dot, et puis mon père m'a comment dire ? Obligé de me faire cette salope. Excusez moi, je ne suis pas dans mon état normal, elle me fait tourner en bourrique. A chaque fois qu'on se réconcilie, elle se retrouve enceinte. Vous comprenez maintenant mes 56 filles ! Et pas un seul mâle !

- Sauf votre respect, comment cela est-il possible ? Parce que, si vous avez trois fois son âge et que vous avez la soixantaine... Comment est-ce possible que vous ayez autant de filles ? Je vous crois volontiers sur le fait que vous vous soyez disputé 56 fois, mais bon, cela dépasse mon entendement. (tout le monde sait évidement que l durée de gestation de la femme normalement constituée est de 9 mois et des poussières).

- Oh, mais c'est tout simple à chaque fois, elle me pond entre 2 et 6 enfants ! Et toujours des gamines ! si cela n'est pas quelque chose ! En plus, on a le même âge, elle fait juste plus jeune que moi, car elle s'est fait faire au moins 10 liftings ! Rien que sa dot n'aurait pas été suffisante pour payer tout ça !

Je le consolais du mieux que j'ai pu. Finalement, j'ai rencontré sa femme, lui ai expliqué qu'il était fou d'elle. Ils se sont remis ensemble. Deux mois plus tard, nous avons appris qu'elle attendait des triplés (des triplés à 60 balais ? C'est bien un monde imaginaire...). Toujours est-il que depuis ce jour, je suis devenue la psy attitrée de Mumu. Il ne venait pas souvent me voir parce que monter 300 étages à pied était crevant - Mumu n'était plus tout jeune non plus - et il fallait vraiment une bonne raison de le faire.

Pendant les années qui suivirent, les elfes réalisèrent qu'ils s'étaient faits baiser avec leurs trois anneaux et qu'Annatar le donateur n'était autre que Sauron l'abominable eunuque (et pas homme des neiges), l'ancien serviteur de Melkor le noir ennemi. Dès lors ne cessa jamais la guerre entre Sauron et les elfes. Les trois possédant les anneaux les enlevèrent pour éviter d'être soumis au pouvoir de l'Unique et à la volonté de Sauron par la même occasion. Sauron eut une courte période de gloire pendant laquelle il occupa entièrement la Terre du Milieu. Il avait pété un plomb. Il avait complètement changé.

D'un autre côté, et il l'avait prévu depuis longtemps, il pervertit les 16 autres anneaux, d'autant plus facilement qu'il avait pris part à leur fabrication et tous furent maudits et trahirent en fin de compte ceux qui les avaient utilisés.

On ignore ce qu'il advint des nains - du moins, Sauron ne me l'a jamais dit. Quant aux hommes, ils devinrent les puissants de leur époque : rois, sorciers ou guerriers d'antan (ou les trois à la fois), il gagnèrent la gloire et la richesse, du moins au début. Car cela se retourna contre eux. Il semblait que leurs vies n'avaient pas de fin, mais la vie elle-même leur était devenue insupportable. Ils pouvaient parcourir le monde invisible à tous, même sous le soleil et voir ce qui restait invisible aux mortels. Mais ils ne voyaient trop souvent que des illusions. Un par un, l'un après l'autre, selon leur force première et le bien ou le mal qui les avait poussés au départ, ils devenaient esclaves de l'anneau qu'ils portaient et tombaient sous l'emprise de l'Unique. Ils devenaient invisibles à jamais et pour tous, sauf pour le porteur du Maître Anneau, et ils entraient au royaume des ombres. Ils devenaient les Nazgûls, ou Spectres de l'Anneau, les plus terrifiants serviteurs de Sauron. La nuit marchait avec eux et la mort criait par leur bouche.

Ce qui peut nous amener à nous poser la question suivante : l'immortalité, oui, mais à quel prix ? Jusqu'où iriez vous - pas avec l'ADSL - avec un anneau de pouvoir ?

La convoitise et l'orgueil de Sauron ne connurent plus de limites : il voulut devenir le maître de tout ce qui vivait en Terre du Milieu. Il ne souffrit plus rien de libre ni aucun rival et se proclama Roi de la Terre. Il régnait par la force et par la terreur. C'est là qu'on l'appela Seigneur des Ténèbres, l'Ennemi, digne successeur de Melkor. Il rassembla les créatures de Melkor et imposa son règne de terreur.

Presque tous les humains à l'est et au sud du Mordor étaient sous son emprise. Ils devinrent forts et puissants, construisirent maintes cités et remparts de pierre, et ils étaient nombreux, ardents à la bataille et leurs armes étaient d'acier. Sauron était pour eux un roi et un dieu et ils en avaient peur donc lui obéissaient aveuglément.

Sur toutes les portes de toutes les villes étaient placardées des affiches avec un portrait-robot de Sauron. En dessous était écrit :

« Wanted. Sauron (nom de code : Annatar), trafiquant d'anneaux de pouvoir, entubeur professionnel ceinture noire 7ème dan, futur dictateur de la Terre du Milieu, dangereux criminel, ancien serviteur de Morgoth (ou Melkor). 1 000 000 000 euros de récompense. Mort ou vif. Rendez-vous à Fondcombe. Demandez Elrond. ».

En fait, presque tout le monde savait où Sauron se trouvait, mais ils en avaient tous peur donc ne l'ont jamais amené à Elrond de Fondcombe sur un plateau doré.

Nous ne nous parlions presque plus à cette époque. Un soir, Sauron se coucha dans notre lit et ferma les yeux. Je n'en pouvais plus. Je devais briser le silence. Je pris mon cher et tendre époux dans mes bras pour m'endormir (comme un doudou). Seulement le doudou improvisé ne semblait pas très ravi. Il me dit :

- Laisse-moi dormir, Sulring, je suis crevé.

- Tu ne m'aimes plus, affirmais-je.

Avant, il aurait été très ravi que je le serre dans mes bras, mais ce soir-là, comme tous les soirs, il ne l'était pas.

- Mais si je t'aime encore, soupira-t-il, genre « quand elle aura fini, je pourrai dormir en paix ».

- Non et depuis longtemps. Sache que la seule chose qui pourrait raviver notre amour serait que...

- Bon, je suis eunuque, et alors ?

- Je ne parlais pas de ça. Pour moi, ça ne change rien, je pourrais t'aimer quand même. Mais la seule chose qui nous en empêche est ton anneau. Il faudrait que tu le ranges dans ton coffre. Tu n'en détaches pas ton regard, tu dors avec. Ce truc t'a complètement transformé. Il te contrôle.

- Tu parles ! Je suis seul maître de mon anneau et non l'inverse. C'est moi qui l'ai créé.

- Mais parfois la création surpasse le créateur.

- Moi, je me sens tout à fait normal. Maintenant, je te prie, laisse-moi dormir.

Il s'endormit en me tournant le dos. Je fis de même. Par la suite, je ne disais presque plus rien, ne cherchais en rien à intervenir dans les affaires de mon mari. La journée, je remuais des sombres pensées et la nuit, je dormais du mieux que je pouvais. Il ne s'en plaignait pas. Mais il me sembla qu'un beau jour, c'était la nuit, quelques mois plus tard, il avait des sortes de remords. En plein milieu de la nuit - à croire que l'on ne se parlait que le soir tombé -, je le sentis me caressant le visage. Surprise, je lui dis :

- Tiens, c'est nouveau. Qu'est-ce qu'il te prend ?

- Je t'aime.

- T'as fumé un Ent ?

Je me retournais et regardais le mur d'en face, noir comme le reste de notre demeure et du royaume. Sauron n'insista pas. Il ne pipa mot, et je pense, se rendormit. J'entendis s'élever un ronflement sonore à un mètre de moi, d'où cette déduction. Je retenais mes larmes. Jamais mon époux adoré ne redeviendrait comme avant. Ce moment-là n'était qu'un éclair d'humanité chez mon mari, une sorte de vieux souvenir du Premier Age remontant à la surface, mais étant aussitôt noyé dans le reste de ses sombres pensées. Je le haïssais pour tout le mal qu'il faisait mais l'aimait encore malgré tout, en souvenir de nos jeunes et belles années. Sauron avait été un ange quand il avait bossé pour le Seigneur des Ténèbres - qui lui était, par contre, un vrai connard, un Seigneur des Ténèbres, quoi - mais depuis qu'il travaillait à son propre compte, il était devenu invivable : il n'avait plus que deux expressions en tête : « Anneau Unique » et « Conquête du monde », qu'il réunissait toujours en : « conquête du monde grâce à l'Anneau Unique ». Depuis le début, il avait perdu plus que sa dignité : il avait perdu son coeur : ce qui lui avait permis de m'aimer et d'avoir un semblant de pitié. Et tout ça à cause d'un objet de 2cm de diamètre que l'on mettait au doigt. Même la plus petite chose pouvait tout changer, et même détruire un amour supposé éternel. (voyez un peu ce que peut être votre vie si votre chéri de toujours se met à forger des anneaux)

Je continuais à faire comme si de rien n'était, m'ennuyant à mourir et n'adressant jamais la parole à mon mari, n'osant même plus le regarder, de peur que son regard, à geler un volcan en éruption – il n'y avait pas de demi-mesure avec lui -, ne tombe sur moi. Je ne me risquais à le regarder que la nuit, quand il dormait profondément, de façon à ce qu'il n'en sache jamais rien. Mes yeux se remplissaient de larmes à chaque fois, tandis que je le voyais endormi, avec son visage d'ange... il était un démon monstrueux dans un corps d'ange.

Ce soir-là, il s'était donc endormi, comme d'habitude, avec l'Unique au doigt. Il ronflait allègrement - Sauron, pas l'Unique -. Je décidais de le lui enlever. C'était le seul moyen de sauver notre amour et le monde par la même occasion. J'allais le remettre au coffre et en changer le code, pour que plus jamais cet objet maudit ne retourne au doigt de mon bien-aimé qu'il avait privé de coeur.

Le plus discrètement possible, je m'emparais de l'objet doré, me levais et me dirigeais vers la porte quand soudain, les ronflements cessèrent. J'entendis s'élever la voix furieuse de Sauron :

- Sulring, rends-moi mon anneau.

Pétrifiée par la peur, je restais plantée devant notre porte. Il réitéra sa demande.

- Je préfère mourir que de te le rendre.

J'ouvrais la porte quand je sentis son épée sous ma gorge. Il me dit :

- Tu veux vraiment te battre pour ça ? Et qu'en feras-tu, une fois qu'il sera à toi ?

- Je me remettrai dans le coffre et en changerai le code pour que tu ne l'aies plus jamais.

- Essaie toujours, me lança-t-il d'un air de défi.

Il fondit sur moi et j'esquivais toutes ses attaques. Puis je me souvins que son anneau, même s'il était maudit, rendait invisible. Je le mis donc sans attendre au doigt. Sauron ricana en me disant :

- Tu ne pourras pas te cacher, je te vois. Tu ne m'échapperas pas.

Alors, comme gouvernée par une volonté supérieure, je tendis mes mains vers lui et il me retira son si précieux anneau. Il le remit au doigt et retourna se coucher comme si rien ne s'était passé. A la limite, il valait mieux qu'il en reste là. Il aurait très bien pu m'assassiner lâchement. Je savais qu'il en était capable. Durant le reste de cette nuit-là, je me jurais de ne plus jamais toucher à cet anneau maudit. Ceci s'avérait aussi inefficace que d'essayer de raisonner son créateur.

Les siècles qui suivirent ne furent pas joyeux non plus. Là aussi, je m'abstenais de commentaires et vivais indépendamment de mon mari, de son si précieux anneau et de sa quête folle et inutile, car personne avant lui, et personne après lui n'avait jamais réussi et ne réussirait jamais à gouverner le monde. Tel que Sauron était parti, il ne finirait que par gouverner un monde vidé de tous ses habitants. Y régnerait alors un seul peuple : le sien.

Ce que j'essayais un jour de lui faire comprendre Je pris la chose qui me servait de mari entre quatre yeux et lui dis :

- Sauron, arrête un peu. Tu veux vraiment zigouiller tout le monde ?

- Je veux gouverner le monde. Je ne m'arrêterai pas en si bonne voie.

- A quoi ça t'avancera ? Tu agis exactement comme Melkor. Lui aussi voulait diriger le monde.

- Et alors ? Ca te pose un problème ?

- Rappelle-toi comment il a fini.

- Je m'en fous. Je suis suffisamment puissant pour que personne ne s'oppose à moi. L'Unique me rend invincible. Donc personne ne pourra m'empêcher de diriger ce monde, même pas toi.

- Et après tu t'étonnes que l'on continue à t'appeler l'abominable, le détesté, l'ennemi, le seigneur des ténèbres. Cette dictature que tu as mise en place sera renversée comme toutes les dictatures. Je le sais. Ou alors ta volonté de dominer toute vie sur ce continent conduira à la fin du monde. C'est ce que tu veux ?

- Ce n'est pas à toi de décider ce que je dois faire.

- N'as-tu pas une conscience ?

- Non, j'ai un anneau. J'en ai même un deuxième. Je l'ai mis dans un coffre-fort au cas où, avec la lettre que tu m'avais envoyé dans des temps reculés. Le code, c'est Pi.

- Pourquoi t'ai-je épousé ? Tu n'es qu'un monstre, un tyran sanguinaire et sans scrupule. Je te hais, Sauron le détesté !

- Mon amour, tu fais chier.

Il me sauta dessus et essaya de m'étrangler. Je m'efforçai de rester stoïque, tant et si bien qu'il crut qu'il m'avait tuée et me laissa pour morte. Il m'adressa ces derniers mots :

- A présent, tu ne peux plus rien pour moi, ni contre moi. Adieu mon amour.

En souvenir de l'époque révolue où il m'aimait encore, il m'embrassa une dernière fois.

Il me déposa sans vie sur le sol, du moins le croyait-il. Puis, sans regret et sans non plus avoir réalisé la gravité de l'acte qu'il croyait avoir commis, il quitta la salle et retourna dans son bureau, situé à côté. Je pleurais de toutes les larmes que mon corps pouvait fournir. La folie du pouvoir avait conduit celui que j'aimais à commettre les pires crimes, allant même jusqu'à tuer sa propre femme. J'en suis arrivée à regretter l'époque de Melkor. Lui au moins n'avait jamais essayé de me tuer : en fait, c'était parce que je ne lui avais rien dit sur ses manières de procéder, ce n'était pas mes oignons.

Puis un orque entra sans frapper dans son bureau, ce qui acheva de mettre mon mari hors de lui, mais qui m'arrangea quand même. Il lui dit :

- Non mais, tu vois pas que je suis occupé ! Dégage !

- Seigneur Sauron, on vous demande en bas.

- En bas ? En bas, tu veux dire, 1km plus bas ?

- Oui. C'est cela même.

- Ils n'ont qu'à monter pour leurs revendications. Ca me gonfle de descendre. Ce sont encore vos confrères qui font grève, n'est-ce pas ?

En vérité, les orques du Mordor étaient connus pour être le peuple le plus mécontent du monde. Ils faisaient tout le temps grève, pour des revendications diverses et variées, ce qui se comprenait aisément : ils étaient traités comme de la vermine. Même s'ils s'en approchaient, ce n'était pas une raison. Mais cette fois, ce n'était pas des revendications.

- Pas vraiment, non. Il s'agit de Ar-Pharazôn, le 25ème roi de Numénor.

- Ah quand même... mais qu'est-ce qu'il fout au pied de ma tour ?

- Il vous a lancé un défi.

- Ce type est complètement barge.

- C'est un roi, il est un peu mégalo... il ne faut pas lui en vouloir.

- Tu parles pour moi, là ?

- Du tout, Seigneur Sauron.

Ce type-là paraissait plus terrifié que convaincu... mais Sauron descendit quand même de sa tour, histoire de renvoyer le roi de Numénor sur son île au milieu de l'océan.

Cette île était connue pour abriter un peuple d'humains très évolués, descendant des elfes. Ils vivaient très longtemps, environ cinq fois plus que les humains normaux. Ils étaient très évolués au niveau scientifique et étaient censés avoir à leur tête un roi sage et raisonnable, ce qui n'était apparemment pas le cas de celui-ci. Défier Sauron en bas de sa tour... il fallait vraiment être complètement idiot ou inconscient.

Je me dirigeais vers la fenêtre pour observer la scène avec une longue-vue. En vérité, j'espérais que Sauron se prenne une raclée par le roi de l'île. Mais bon, ce roi était un vrai gringalet à côté et il commençait à être un peu sur l'âge. Je l'entendis dire à Sauron :

- Vous en avez mis du temps !

- Ecoute mon vieux, ma tour compte 3000 marches alors c'est normal qu'il faille un certain temps pour en descendre. Et il me faut vraiment une bonne raison pour en descendre alors j'espère que t'en as une sinon ça va chauffer pour ton matricule.

- Je vous prierais de me parler sur un autre ton, Seigneur Sauron.

- Je parle comme je veux, je suis sur mes terres. Ce qui n'explique toujours pas ce que tu y fais aussi.

- Servez-moi.

- P-pardon ? bégaya Sauron, surpris par la question et surtout l'arrogance de ce type.

Non mais ! Ce n'était pas parce qu'il venait d'une île paradisiaque et très évoluée qu'il pouvait se permettre de demander une chose pareille à Sauron, roi de la terre (du moins, comme il s'était autoproclamé).

- Servez-moi, répéta le roi d'une petite voix.

Sauron le regarda et un sourire méchant apparut sur sa bouche. Il lui dit :

- Comme tu voudras...

- C'est vrai ? s'écria l'autre, tout content.

- Si tu arrives à me vaincre en duel.

Je savais bien qu'il préparait un sale coup. Le roi le regarda d'un air paniqué : Sauron faisait une tête de plus que lui et était beaucoup plus musclé et beaucoup moins gras que lui. Evidemment, il ne passait pas ses journées à se prélasser dans son palais et à manger trois fois par jour pendant trois heures trente plats différents.

- Pourquoi n'irions-nous pas dans votre tour ? bredouilla-t-il.

- Parce que je viens d'en descendre et ne veux pas troubler le repos éternel de ma femme.

- Toutes mes condoléances. De quoi est-elle morte ?

- De mes mains.

L'autre avait quelques problèmes de transition cérébrale. Sauron lui traduisit :

- Je l'ai assassinée.

- Que vous avait-elle donc fait ?

- Elle voulait s'opposer à ma volonté.

- Je relève le défi, fit le roi, quelque peu blanchissant - et pas qu'au niveau des cheveux -, en tendant une épée à mon époux.

Lequel le regarda, l'air de dire « t'es complètement détraqué mon pauvre : ça manque de psys sur ton île ».

Le combat commença et dura quelques heures. Les deux dirigeants se battaient à armes égales. Puis, contrairement à toute attente, Sauron se cassa la figure. Il le fit sans doute exprès, mais je ne sais pour quelle raison. Il sourit au roi et lui dit :

- Je m'avoue vaincu, votre Altesse, Ar-Pharazôn, roi de la plus belle île du monde. Je serai votre humble et fidèle serviteur, jusque dans la mort.

L'intéressé le crut : il était manifestement trop idiot pour comprendre que ce n'était pas normal que Sauron se soumette aussi vite : il n'avait par ailleurs jamais été soumis, pas même à son ancien maître. Alors de là à jurer obéissance à un roi humain régnant sur une minuscule île de 500km de long, il fallait vraiment être inconscient pour y croire. Ar-Pharazôn était inconscient et trop arrogant pour un roi. Il emmena Sauron sur son île et signa par là l'arrêt de mort de son peuple tout entier et la chute de son empire.

Peu après, je reçus la visite d'une forme indéterminée que devait avoir été un homme auparavant. Il ressemblait plus à une momie qu'autre chose.

- Vous êtes qui, vous ?

- Avant, j'étais un roi des hommes, et maintenant, je ne suis plus rien. J'ai oublié jusqu'à mon propre nom mais je me souviens de vous.

- Mumu ? (j'avais une chance sur neuf)

- C'était ainsi que vous m'appeliez dans le temps. En effet, c'est moi, Mumu.

- Que vous est-il arrivé ?

- Le pouvoir de mon anneau m'a consumé. Nous sommes neuf à avoir été piégés de la sorte. (il regarda un instant dans le vague) Où est Sauron ?

- Vous le manquez de peu. Il est parti pour Numénor.

- J'y vivais. Qu'est-ce qu'il est allé y foutre ?

- Entuber ses habitants, comme il sait si bien le faire. Il est devenu fou. Le pouvoir de son anneau l'a complètement changé. Son goût du pouvoir le corrompra jusqu'à ce que ce monde soit détruit par sa faute. Rien ne pourra l'arrêter, sauf s'il se croûte.

Mumu lui aussi semblait résigné et admit cette évidence... que se passerait-il si ? Il remarqua des marques violettes sur mon cou.

- C'est quoi, ça ? dit-il en me les montrant.

- Ca ? C'est Sauron qui a essayé de m'étrangler. J'ai fait semblant de mourir alors il m'a lâchée et s'est barré.

- Alors personne, même plus vous, ne pourrez l'influencer pour qu'il arrête ça ?

- Rien ni personne, sauf celui qui lui arrivera à lui enlever l'Unique. Vous voulez essayer ?

- Je ne peux pas. Je suis soumis au pouvoir de l'Unique. Sauron, à travers cet anneau maudit, m'a fait commettre d'horribles choses. Le monde a beaucoup changé depuis la dernière fois que je vous ai vue. J'ai fondé un royaume dans le Nord : l'Angmar.

- J'y ai vécu. Je vivais là-bas, à Angband, dans la forteresse de Melkor. C'est un trou paumé, l'Angmar ! En plus, ça caille, là-bas !

- Nous avons tué tout le monde qui s'y trouvait avant. Sauron m'a fait fonder ce royaume au nord ouest alors que lui vit au sud-est pour que ses ennemis aient à combattre sur deux fronts, et soient donc, ainsi, plus faciles à neutraliser.

Il semblait que, maintenant que Sauron était éloigné et le monde libéré provisoirement de son influence néfaste, celui que l'on appellerait désormais Roi-Sorcier d'Angmar devenait conscient de ses actes passés et il les regrettait.

- Mais si l'Anneau est détruit, nous, les Neuf, disparaîtrons car notre survie est liée à l'existence de l'Unique.

Je saisissais le dilemme qui l'obsédait : trucider Sauron en lui détruisant son anneau signifiait également condamner les Neuf qui n'y étaient pour rien et que Sauron avait piégés.

- Je vais vous faire une confidence, Murazor, lui dis-je.

- Comment m'avez-vous appelé ?

- Murazor. C'était votre nom autrefois.

- Ah bon, je l'avais oublié. Bon, allez-y, je ne le dirai à personne, pas même à mes huit confrères - du syndicat des Nazgûls.

- Il n'existe pas un Unique, mais deux. L'autre est dans un coffre-fort dans les sous-sols de cette tour. Seul Sauron en connaît le code. Ce que je veux dire par là, c'est que lui enlever celui qu'il a sur lui ne mettra pas fin aux conflits, ni ne vous tuera, vous et vos confrères.

- Alors il faut détruire les deux.

Je regardai Mumu d'un drôle d'air. Il essaya de se justifier :

- Nos vies n'ont pas de fin, mais la vie elle-même nous est devenue insupportable.

- Ces anneaux ont été créés dans les flammes de la Montagne du Destin, ils ne peuvent être détruits que là.

- Vous pourrez trouver le code ?

- Inutile, il suffira de jeter le coffre dans la Montagne.

C'est sur ces mots de complot que se termina notre entretien. Mais ni Mumu ni moi n'avons mis nos menaces à exécution. Mumu était trop soumis à la volonté de Sauron pour pouvoir la contrer et encore moins apporter l'Anneau au Mont du Destin. Quant à moi, non seulement j'étais soumise à sa volonté mais le pire était qu'un partie de moi, malgré tous les crimes qu'il avait commis et continuerait toujours à perpétrer, l'aimait encore et je ne pouvais rien contre ça. J'étais à lui pour l'éternité, comme il avait dit. Quoi qu'il puisse faire, je lui appartenais et nos destins étaient liés. Il s'étaient liés depuis longtemps, depuis le jour où il était venu dans mon palais et m'avait sauvé la vie. Ce jour-là, il m'avait volé mon coeur et ne me le rendrait jamais. Et ce qui s'était passé pendant la suite de cet Age, même le temps ne pouvait l'effacer ni me libérer de ces souvenirs.

Mumu resta à Barad-dûr quelques temps. Sauron étant parti, nous étions enfin libres de son influence. J'étais maintenant seule maîtresse à bord. Je m'installais dans le bureau de Sauron que j'avais tant rêvé d'occuper, en tant que première reine pacifique du Mordor - les deux n'étaient pas incompatibles -. Et j'allais commencer par enfin faire la paix.

Mon peuple, ne se doutant de rien, commençait à se poser des questions : tous se battaient aux quatre coins de la Terre du Milieu et n'avaient plus reçu d'ordre depuis lurette. La rumeur courait que Sauron était parti et que sa femme - moi - était morte. Ne se sentant plus dirigés de quelque manière que ce soit, ils se mirent en grève - ça faisait longtemps - et envoyèrent un messager à Barad-dûr aux renseignements. Il partit avec un confrère et arriva quelques semaines plus tard. Il leur fallut encore quelques jours pour monter en haut (montée des marches et adaptation à l'altitude) et se poster derrière mon bureau. Je le entendis causer :

- Je ne comprends pas pourquoi on nous envoie chez le roi. Il s'est barré depuis longtemps ! disait l'un.

- Mais t'as rien compris. Il n'y a pas que Sauron qui dirige ce pays, répondait l'autre.

- On est en dictature et seul le dictateur commande. Or ici, il n'est pas là. Il nous a lâchement abandonnés.

- La reine est là.

- Mais non ! Elle est morte.

- T'es qu'un gros boulet ! Sauron n'aurait pas pu assassiner sa femme !

Exaspérée, j'ordonnais à mon Nazgûl syndiqué de compagnie, me faisant office de garde du corps et de suivant, de faire entrer les râleurs. Une fois qu'il me vit, l'un dit à son pote :

- Ben tu vois, je te l'avais dit !

- Bouclez-la. Vous ne parlerez que quand je vous l'autoriserai, dis-je d'un ton déterminé.

Ils se prosternèrent devant moi. Je les empêchais en revanche de me baiser les pieds... mes pauvres pieds auraient été traumatisés à vie par cette abomination.

- Bon, qu'est-ce qui vous amène ici ? Vous faites grève, comme d'hab ?

- Pardonnez-nous.

- On mais ça ne me dérange pas du tout. A partir de maintenant, vous rentrerez tous ici. Vous aurez vos jours de congé tellement attendus.

L'autre me regarda d'un drôle d'air et dit :

- Des jours de congé ! Trop bien ! Mais jusqu'à quand ?

- Jusqu'à ce que Sauron revienne.

J'espérais qu'il ne reviendrait jamais et que le roi de Numénor le fasse assassiner, s'apercevant enfin qu'il s'était fait avoir, et faisant, par là, une bonne action pour la terre tout entière. Je haïssais mon mari autant que je l'avais aimé auparavant. Je haïssais celui qu'il était devenu. Et comme rien ne pouvait le faire revenir sur le droit chemin - rappelons qu'il était parti à Numénor persuadé d'avoir assassiné sa femme qu'il avait, entre nous, juré d'aimer éternellement - il me fallait ne plus jamais le revoir. Je me libérerais ainsi de lui et libérerais par la même occasion le monde tout entier.

Mon garde du corps résidu d'homme me sortit de ma réflexion :

- Ma reine... commença-t-il.

- Hein ? (un temps de réadaptation fut nécessaire) Oui, donc, les jours de congé, et bien, vous les avez. Mais dernière condition : pendant tout ce temps, il vous sera interdit de quitter le pays et d'attaquer quiconque qui ne soit pas de votre espèce. Vous pouvez disposer.

Ils quittèrent la salle et transmirent mes ordres. C'était une première pour eux : le gouvernement du pays les autorisaient à faire grève... autant dire qu'ils étaient contents...

Quelques jours plus tard, je décidais de me rendre à Fondcombe dans le palais d'Elrond, roi des elfes afin de lui annoncer la bonne nouvelle et d'essayer de signer une sorte d'armistice. Je laissais mon suivant - et oui, dans des endroits normalement constitués, les reines avaient des suivantes, mais que voulez-vous, ce pays n'était pas normalement constitué - dans la tour et lui laissais le soin de diriger le pays. Je ne savais pas si je pouvais lui faire confiance. Mais il me semblait qu'il restait un peu d'humanité en lui et surtout, la volonté de ne plus jamais faire de guerres. Finalement, il ne m'a jamais trahie. Durant tout le temps où j'étais absente, il a appliqué à la lettre mes ordres.

J'arrivais à Fondcombe quelques semaines plus tard. J'avais dû en route m'arrêter plusieurs fois pour demander mon chemin : j'avais un sens de l'orientation sous-développé. A l'entrée de la cité, on me fit remplir une fiche de renseignements puis je pus enfin voir à quoi elle ressemblait. Des écrits divers et variés en vantaient la beauté mais je n'avais jamais rien vu de tel - évidemment, vivre dans une tour noire sur une terre noire embrume les esprits -. Des jardins luxuriants entouraient des palais non moins beaux et d'une finesse extrême. Tous semblait léger et aérien. Cet endroit était rempli de bonté, à l'image des gens qui y habitaient, mon peuple, le vrai. Il était pur et vide de tout mal. Il méritait d'être préservé, comme un joyau au milieu de ce monde vide et mauvais. Sauron pouvait même y venir en personne, jamais cette cité ne tomberait entre ses mains. Même si le monde était au bord de la destruction, la cité des elfes, réunissant toute leur magie et tout leur pouvoir, tiendrait.

Je me rendis au palais d'Elrond, mon neveu par alliance. Il était en pleine discussion avec sa belle-mère, ma soeur. Celle-ci, me voyant, se jeta dans mes bras, ravie de me revoir après tant d'années. Elle me dit :

- Sulring, ma chère soeur, qu'est-ce que tu deviens ?

- Pour l'instant, reine du Mordor...

- Vous êtes la femme de Sauron ? percuta Elrond.

- Bien raisonné. Et oui, Galadriel ne vous a jamais dit que Sauron était son beau-frère. Ne nous ne voulez pas, notre famille est très compliquée...

- Vous qui étiez donc dans le secret de notre ennemi, connaissez-vous l'explication à la paix soudaine ? Non pas que ça me dérange, mais ça me surprend.

- Je vous comprends aisément, fis-je.

- Sauron prépare un sale coup ?

- On peut dire ça.

Je lui racontais le peu de choses que je savais. Elrond conclut comme moi que le roi actuel de Numénor était un vrai con.

- Il va mener son peuple à la ruine, conclut Elrond. (ce type était très déductif)

- Reste à savoir comment.

- Juste une précision... qui dirige votre royaume ?

- Le Roi-Sorcier.

Elrond arrondit les yeux et s'écria :

- Mais vous êtes dingue, ma parole ! D'accorder une confiance aveugle à ce type-là !

- Il en veut à mort à Sauron. Il a tout perdu à cause de lui : son honneur, ses titres, son royaume, sa famille et même son corps. Ce n'est plus qu'un résidu d'homme, une momie ambulante et ça empire de jour en jour. De plus, il a donc été roi, donc sait diriger un royaume. Et nous pouvons avoir confiance en lui.

- Oui, enfin, faut voir quand même... me dit Galadriel, sceptique elle aussi.

- Il n'est mauvais que quand Sauron le commande. Sinon il aurait déjà essayé de m'assassiner depuis longtemps pour poursuivre en paix la tâche de son maître et être bien vu par celui-ci quand il reviendrait, s'il revenait un jour. Et puis, on ne va pas philosopher là-dessus. Ce qui compte pour l'instant, c'est de savoir ce que Sauron peut bien raconter comme bobards au roi.

- Vous disiez qu'il avait été emmené comme prisonnier...

- Il ne le restera pas longtemps. Y aurait-il un moyen de savoir ce qui se passe là-bas ?

- Et bien ici, pas vraiment non, soupira Elrond.

- Si je trafique mon miroir, ça pourrait aller, dit Galadriel.

- De quoi parles-tu, chère soeur ?

- J'ai un miroir qui permet de montrer l'avenir.

- Pratique, ça, commenta Elrond.

Je restais quelques années à Fondcombe, histoire de respirer de l'air frais. Je savais que de toute façon, si Sauron préparait un sale coup, il le ferait sur un bon nombre d'années, comme avec les anneaux. J'avais encore le temps. Je voulais profiter de ma nouvelle liberté et de la paix dans le monde qui se réalisait enfin.

Puis je partis vers la forêt de Lorien où vivait ma soeur afin de voir dans son miroir ce que mon mari inconscient pouvait bien manigancer sur cette île.

Ce que je vis était au delà de mes pires craintes. En dix ans, Sauron était passé du stade de prisonnier de guerre à celui de conseiller du roi. Mon mari était toujours aussi beau mais il avait pris du ventre... il devait bien s'empiffrer avec le roi, qui lui non plus, n'était pas vraiment svelte. Je ne savais rien de ce qu'ils se disaient mais le roi semblait d'accord avec tout ce que Sauron pouvait lui faire croire. Puis l'image se brouilla et montra un gigantesque raz-de-marée ensevelissant l'île. Puis plus rien. Je n'en saurais pas plus. Ma soeur me dit :

- Je sais ce que tu as vu. C'est aussi dans mon esprit. Mais sache que le miroir montre parfois des choses qui peuvent se produire, mais qui ne sont pas obligatoirement obligées de se produire.

- Tu veux dire que l'on peut changer le destin des habitants ?

- Oui.

- Je voudrais juste savoir comment une telle chose pourrait arriver. Je dois me rendre sur cette île.

- Tu es folle. Ton mari te reconnaîtrait et il te ferait assassiner !

- Je veux tout savoir, Galadriel, et je veux aussi, empêcher tant que je le pourrais que cette île soit ensevelie.

- Ok, puisque tu le veux... mais laisse-moi t'accompagner.

- Je ne voudrais pas que tu sois mêlée à cette histoire.

- Je n'y tiens pas non plus mais sache que si tu t'aventures sur la mer, avec ton sens de l'orientation sous-développé, tu n'iras pas loin.

- Merci Galadriel... grinçais-je entre mes dents.

Elle disait la vérité. J'étais déjà incapable de me repérer sur la terre ferme, alors en mer... je me demandais d'ailleurs comment j'avais fait pour arriver à Fondcombe entière...

Son mari nous tira de notre réflexion. Je lui fus présentée par ma chère soeur.

- Alors c'est vous la malchanceuse qui avez dû épouser l'ex-Seigneur des Ténèbres ?

- Oui, et l'actuel aussi. A croire que j'y suis abonnée.

Ma soeur vit mon alliance au doigt, le seul anneau forgé par Sauron et qui ne soit pas un anneau de pouvoir. Elle me demanda si c'était bien mon mari qui l'avait forgé. Je lui répondis que oui et la rassurais. Ce truc ne servait qu'à orner mon doigt, et pas à imposer ma domination sur le monde entier.

- C'était fait exprès, ajoutais-je. Sauron devait se dire que dans le cas contraire, cette chose m'aurait transformée à jamais en monstre avide de pouvoir, comme pour les Neuf, d'ailleurs. Il voulait me préserver. N'était-ce pas une preuve d'amour de sa part ?

- Peut-être... fit Celeborn, le mari de Galadriel, assez sceptique.

Puis Galadriel prit la parole :

- Nous partons pour un long voyage.

- Mais où allez-vous ?

Elle lui expliqua tout. Il dit, d'un air pas content du tout :

- Ta soeur ne peut pas y aller toute seule ?

- Elle a un sens de l'orientation sous-développé.

- Bon, alors je viens avec vous.

- Reste ici, au cas où Sauron reviendrait. Tu défendras cette forêt. Je te fais confiance, mon amour...

Celeborn râla mais se plia quand même aux ordres de sa femme... ah, si seulement j'avais eu un mari aussi obéissant...

Galadriel fit aussitôt préparer un bateau et nous partîmes le lendemain pour un long voyage dont nous ignorions encore qu'il allait durer cinquante ans.

Il nous fallut d'abord une bonne année afin de trouver la bonne île... Nous ne pouvions cependant pas nous tromper : celle-ci était immense et magnifique. Elle était une copie, certes pâle, mais quand même réussie, de Valinor, l'île des dieux. Ces humains qui vivaient là-bas se croyaient vraiment supérieurs aux autres espèces. En un sens, ils l'étaient car ils vivaient très longtemps et étaient très évolués au niveau inventions, ce qui les rendaient très arrogants, et leur roi l'était encore plus.

Dès mon arrivée, je demandais à le voir. Je me rendis au palais. Celui-ci était immense, comme toutes les constructions de cette île. Mais le garde à l'entrée refusa, sous prétexte qu'il ne me connaissait pas et se méfiait quelque peu. Il me dit :

- Il n'y a qu'une personne qui peut décider de qui peut voir le roi : son conseiller, Sauron de Mordor... et sachez qu'il ne sera pas ravi d'être dérangé en plein milieu de son repas. Voulez-vous que je le fasse venir ?

- Non, c'est bon. On reviendra plus tard.

Je partis avec ma soeur le plus loin possible du palais. il fallait à tout prix que j'y entre, si possible sans croiser Sauron, car dans le cas contraire, il me tuerait. Je m'en voulais d'avoir entraîné ma soeur dans cette histoire mais sans elle, j'avoue que je serais encore en train de ramer sur ma barque à 4000km de là.

Nous nous sommes arrêtées dans un hôtel, histoire de prendre un repos bien mérité.

Le lendemain, je mis un certain temps à piger ce que je faisais ici - mon cerveau avait toujours été lent au démarrage -. Comme rien d'anormal ne se produisait pour le moment, je décidais d'attendre quelque temps. Et j'attendis. Je fis du tourisme avec ma soeur pendant quatre ans, tellement il y avait à voir. Puis nous avons pris du bon temps, avons fait de la thalassothérapie pendant deux ans, en renouvelant à chaque fois notre forfait. On ne se lassait pas de se faire chouchouter, masser et de prendre des bains dans des eaux bouillonnantes qui faisaient tellement de bien à nos pauvres dos. Cette île était vraiment le paradis. Seule ombre au tableau : elle était dirigée par un crétin conseillé par mon psychopathe de mari. Mais bon, personne n'est parfait.

Puis je prévoyais à nouveau d'essayer de me rendre au palais, et cette fois, sans ma soeur. Je la pris à part dans une petite rue et lui faisais part de mon projet.

- C'est trop dangereux, Sulring, tu le sais, me disait-elle. Si Sauron te voie, il te tuera.

- Je veux pourtant savoir ce qu'il raconte au roi. J'irai de nuit, comme ça Sauron ne lui collera pas aux basques. Je l'interrogerai cette nuit.

- Ecoute, c'est quand même un roi, ce type. Il a tout de même une certaine sagesse.

- Lui ? Il est arrogant comme pas deux. Et le fait de faire passer Sauron de prisonnier à conseiller royal montre qu'il complètement fou et inconscient. Ce type n'a rien à faire sur le trône.

- Baissez le son, je vous prie, fit une voix derrière nous.

Je me retournais et vis un homme d'une vingtaine d'années, assez beau gosse, je dois l'avouer. Il continua :

- Les espions de Sauron se faufilent partout. Il vaut mieux rester discrets, surtout pour vous, deux si belles femmes elfes.

- Et qu'est-ce qui nous dit que vous n'êtes pas un espion ? demandais-je.

- Si c'était le cas, je vous aurais traînées de force devant Sauron qui vous aurait mises à mort. Il ne supporte pas qu'on insulte son roi.

- Et pourtant, il y a de quoi, affirma ma soeur.

L'autre ne le nia pas. Je lui dis :

- Il est en train de se faire avoir. Et ça se finira mal, croyez-moi.

- Mais je vous crois. Seulement, il vaudrait mieux parler de tout cela dans un endroit plus sûr. Suivez-moi.

Il nous conduisit à travers diverses rues, tandis que ma soeur me demandait :

- Peut-on lui faire confiance ?

- Nous n'avons pas le choix.

Il nous fit entrer chez lui, dans une maison assez grande et belle. Ce mec-là devait être issu d'une lignée prestigieuse. Tandis que ma soeur commençait la visite, le mec me dit :

- Veuillez me pardonner. Je ne me suis pas présenté : j'étais tellement troublé par votre beauté que j'en ai oublié de décliner mon identité.

- Arrêtez alors de me draguer et dites-moi qui vous êtes.

- Isildur, fils d'Elendil, lui-même fils d'Amandil, frère du roi.

- Il aurait mieux valu que votre grand-père aille sur le trône.

- Pour l'île, sûrement que ça aurait été mieux. Il n'aurait jamais importé Sauron. Or si vous êtes là, c'est à cause de lui. Mais en vérité, j'ai eu tort de vous emmener ici.

- Pourquoi donc ?

- Rien ne me dit que nous poursuivons la même cause. Je vous ai fait confiance et j'ai peut-être eu tort. Qui êtes-vous donc ?

- Sulring fille de Finarfin, femme de Sauron.

L'autre blanchit et voulut me chasser. Je l'en empêchais.

- Ce n'est pas parce que je suis sa femme que je partage les mêmes idées que lui, lui lançais-je avec mon regard le plus charmeur. Ce type est un psychopathe de tyran sanguinaire irresponsable.

Un homme plus âgé, sans doute le père, fit irruption dans la pièce et dit :

- Vous lui avez taillé son costard pour l'hiver. Mais qui est donc votre mari pour mériter une telle appellation ?

- Le conseiller du roi, votre oncle.

- Bon... Isildur lâche-la, elle est de notre côté. Et puis, on en maltraite pas les femmes elfes, je te l'ai pourtant dit plusieurs fois ! gronda-t-il.

Isildur obéit à son papa. Un autre homme, sûrement son frère, entra alors, traînant ma soeur et s'écriant :

- J'ai trouvé une espionne ! J'en fais quoi ?

- Tiens, Galadriel, d'habitude c'est moi, la soeur qui a des ennuis, dis-je.

- C'est votre soeur ? me demanda le père.

- Oui. Ma soeur, Galadriel, épouse de Celeborn, venant de la forêt de Lorien.

- Cette forêt est-elle aussi belle qu'on le dit ? interrogea le père.

- Ben oui. Maintenant, lâchez ma soeur, je vous prie.

L'autre obéit. Le père s'excusa et se présenta. Il s'appelait Elendil et était, comme je l'avais deviné, le père d'Isildur. Quant à l'autre homme, il s'agissait de son frère, nommé Anarion. Puis le doyen de la famille, le grand-père - pas si vieux que ça, d'ailleurs - fit son apparition. Il se nommait Amandil. Il y avait vraiment un air de famille entre les quatre. Les autres lui résumèrent en deux mots la situation. Je leur assurais une nouvelle fois ma loyauté. Ils nous proposèrent de nous héberger quelques temps car il devenait trop dangereux pour nous de nous balader seules dans les rues. Notre discussion en est restée là car le soir commençait à tomber. On nous installa dans deux chambres séparées.

Je commençais à m'endormir quand j'entendis frapper à la porte. La tête dans le seau, j'allais ouvrir. C'était Isildur. Il me dévisagea, l'air de dire : « putain, quelle canon cette poupée ».

- J'ai le regret de vous informer que je sait lire dans les pensées, dans les vôtres également. Je vous informe que je ne suis pas une poupée. Que me voulez-vous ? demandais-je en réprimant un bâillement.

- Ben... euh... mais je... (je crois que je l'avais déstabilisé le pôv' pitchoune)

- Je vous écoute, Monsieur Points de Suspension...

- Voilà (il frotte le bout de ses souliers sur le plancher), je suis fou de vous (ouf, c'est dit)

- Ah...

A ce moment précis, il s'approcha de moi, pris mes mains dans les siennes, elles étaient douces et chaudes. Et puis, il m'embrassa. Et puis, bon voilà quoi... ce qui devait suivre suivit. Je me laissais aller. Ca faisait tellement longtemps.

Le lendemain, je me réveillais et lui dit :

- Franchement, vous y êtes allé un peu fort, là...

- Pourtant vous ne semblez pas regretter, ma belle...

- Je vous conseillerais de retourner dans votre chambre avant que votre père se lève...

- Il est vrai qu'il est très strict sur ce point.

Il quitta ma chambre. Et quelques heures plus tard, ma soeur vint me sonner.

- Galadriel, s'il te plaît ! Je dors ! râlais-je.

- Il est quand même 11h du matin.

- Comment tu fais pour savoir ?

- Avec la position du soleil... car ici, contrairement à chez toi, on peut voir le soleil...

Je me résolus à me lever, courbaturée de partout, avec un mal de crâne horrible. Je descendis jusqu'à la salle de réunion, pris mon petit déj.

Voyant qu'il n'y avait rien d'intéressant à faire, je remontais et roupillais un coup. Le soir, Isildur revint me voir et me dit :

- J'ai un plan.

- Ah, je vois. Passer la nuit avec moi, n'est-ce pas ?

- Après oui... mais je peux vous faire entrer au palais.

Je me relevais d'un bond, façon diable qui sort de sa boîte et dis :

- Comment ?

- Mon grand-père, le frère du roi, a conservé les plans. Il existe une entrée secrète, que apparemment, seul le roi connaît. Il s'en sert pour faire venir ses différentes concubines, qui changent tous les jours.

Je souris, pensant à Melkor mon ex, qui lui en avait également une par jour. Isi poursuivit :

- Vous vous ferez passer pour l'une d'elles.

- Ca me paraît un bon plan.

Il me mena alors dans la salle de réunion où se trouvaient réunis son frère, son père, son grand-père et ma soeur. Celle-ci me dit :

- Alors, tu es sûre de vouloir y aller ?

- Oui. J'en ai l'occasion alors je ne vais pas la laisser passer.

Je pris congé et Isi m'amena jusqu'à l'entrée de service. Profitant que l'obscurité nous cachait, il m'embrassa longuement. Jusqu'à ce que je lui dise :

- Bon, vous voulez que j'y entre, dans ce palais, oui ou non ?

- Il va falloir alors que je vous laisse, se résigna-t-il.

Il me laissa alors entrer. A peine j'eus fait dix pas à l'intérieur que je fus arrêtée par un garde. Celui-ci me demanda :

- Qui êtes vous et que faites-vous ici ?

- Je suis Sulring, princesse elfe et je viens voir le roi.

- Ah, je vois. (l'autre me regarda de haut en bas) Au fond à droite. Et ne faites pas trop de bruit.

Ce type était trop naïf. Cela dit, ça m'arrangeait. J'allais dans les appartements du roi et trouvais celui-ci affalé sur son lit. Il était encore plus gros que la dernière fois que je l'avais vu. Ce mec me répugnait profondément. Il me dit :

- A qui ai-je l'honneur ?

- Sulring du Mordor.

Je réalisais mon erreur. Lui non. Il ne pigea pas, fort heureusement, et continua :

- Faites vite, je suis crevé. En fait, j'ai été tellement éprouvé par l'aller-retour que j'ai dû faire entre mon lit et mon trône que je ne réponds plus de rien ce soir.

- Pouvez-vous au moins parler ?

- Moui, fit-il, assez étonné.

Il ne devait pas être habitué à parler avec les nanas qu'il croisait. Je m'assis sur son lit et commençais mon interrogatoire.

- Qu'est-ce que Sauron vous a exactement dit ?

- Euh... tellement de choses que je ne sais plus vraiment. Il m'a dit que j'étais le plus grand roi de la plus belle île du monde.

- Ca se peut, effectivement. Je ne sais pas si vous êtes un grand roi mais je peux vous confirmer que votre île est une des plus belles du monde.

- Que ma vie est morne, soupira-t-il, complètement à la masse.

- Evidemment, faire des aller-retour entre votre lit et votre trône doit être assez ennuyeux à la longue. C'est pourquoi certains jours, vous partez défier Sauron en bas de sa tour.

- Ca m'occupait. Surtout qu'il m'avait l'air sympa et poursuivant le même but que moi... et puis, ça me fait de la pub... j'ai réussi à avoir les services du type qui passait pour être le plus dangereux du monde. J'ai du mérite.

Je me retins de dire ce que je pensais, à savoir : « vous êtes complètement barge, mon pauvre ».

- A quoi pensez-vous ?

- A rien de spécial. Mais je me disais que vous ne devriez pas toujours suivre à la lettre tout ce que Sauron vous raconte.

- Pourquoi donc ? C'est à ça que ça sert un conseiller !

- Oui mais... un conseiller ne doit pas vous empêcher de penser par vous-même, même s'il peut prétendre le faire à votre place.

- Vous êtes trop philosophique comme nana. Je crois que je vais en faire venir une autre pour cette nuit.

- Mais vous êtes pire que Melkor, ma parole !

- Pourquoi ?

- Lui avait 365 femmes : une par soir.

- D'après Sauron, c'était un mec bien...

Je faillis m'étouffer. Melkor un mec bien ? Et puis quoi encore ? Et moi, je suis l'impératrice de Chine pendant qu'on y est !

- Vous vous foutez de moi là ?

- Du tout. Je n'oserais pas. Pourquoi ?

- Pour rien. Ce type était juste Seigneur des Ténèbres. Mais à part ça, c'était un mec bien.

- Ah bah tout va bien.

Là, je compris : ce roi était tellement à la masse qu'il comprenait une phrase sur deux. Je ne pouvais plus espérer tirer quoi que ce soit de lui à cette heure tardive. Il réprima un énorme bâillement et me dit :

- Sauron m'a conseillé de lui vouer un culte. Je le ferai. Cela me permettra de devenir roi du monde et être respecté par tous.

Là, il semblait plutôt avoir un avenir moins glorieux. Il était plus roi des cons qu'il était futur roi du monde. Je mis ça sur le compte de l'heure tardive, espérant qu'il reviendrait à la raison le lendemain. Pour le moment, il lâcha un énorme bâillement et me dit :

- Vous pouvez disposer. Navré, mais vous n'aurez pas cet immense honneur.

- Lequel ?

- Passer la nuit avec moi.

- Oh vous savez, ça ne me dérange pas. D'abord, je suis dans mes mauvaises périodes et ensuite, je suis moi aussi très fatiguée, mentis-je, tout en m'efforçant de ne pas montrer mon dégoût face à cette montagne de graisse et d'imbécilité qui se prenait pour un roi.

- D'accord. Bon ben à la prochaine alors.

- Avant de partir, j'aurais encore une question. En quoi le culte de Melkor pourra vous faire devenir maître du monde ?

- Euh, faudra que je demande à So-so. Je crois qu'il me permettra d'arriver jusqu'aux terres immortelles donc de devenir immortel et invincible... enfin, m'en voulez pas mais j'ai pas tout suivi dans son raisonnement.

- En même temps, ça ne m'étonne pas.

- Pourquoi donc ?

- Parce que c'est toujours très difficile au commun des mortels de suivre Sauron dans ses raisonnements abstraits et tarabiscotés, qui sont d'ailleurs à l'image de son esprit.

Je quittais la salle et retournais à l'entrée secrète. Sur le chemin je rencontrais le gardien qui me dit d'un air étonné :

- Déjà ?

- Je reviendrai demain. Il était trop fatigué ce soir.

Il me laissa partir. Je retrouvais Isildur à l'entrée et lui racontais tout.

- Mais c'était qui au juste, Melkor ?

- Ben... pour faire court, c'était Sauron, mais en pire.

- La vache...

J'entendis des voix se rapprocher dangereusement. J'attirais Isi vers moi en lui faisant signe de ne pas bouger, espérant que l'absence de lumière nous cacherait. Je vis venir une nana assez potable au bras d'un mec dont je ne pus distinguer le visage. La nana était collée à lui et l'embrassait dans le cou tout en lui disant :

- T'inquiète pas, chéri. Mon mari est trop con pour pouvoir soupçonner quoi que ce soit. Il a une totale confiance en nous. Et puis il est bien trop occupé avec ses autres concubines temporaires.

Je détestais cette expression : « concubines temporaires ». Comme si une femme pouvait être utilisée et jetée après usage.

- Sauf votre respect, je suis d'accord. Votre mari est vraiment des plus idiots. Le roi le plus idiot que j'aie jamais rencontré.

Je frémis. Je reconnaissais sa voix. C'était Sauron qui draguait la femme de son chef - une manie chez lui... -. La réflexion suivante me confirma mon hypothèse :

- Même ceux à qui j'ai fourgué des anneaux étaient moins bêtes.

Pas de doute, c'était lui. Il entra dans le palais par la sortie secrète.

Isi me regarda d'un drôle d'air. Il me dit :

- Mais avec qui elle le trompe, la reine ?

- Avec Sauron.

- Non ?

- Mais vous savez, ce n'est pas étonnant. Sauron est assez beau gosse.

- Et moi, je ne le suis pas ? me demanda-t-il avec un sourire charmeur.

- Mais siiiiiii... seulement, je me demande comment elle fait : il est eunuque.

- C'est son problème, fit Isi en se retenant de ne pas pouffer de rire.

Je le laissais là et allais apprendre la nouvelle au roi. J'espérais ainsi qu'il réalise à quel point Sauron le menait en bateau. Mais apparemment, cela ne suffit pas. Il me dit juste :

- Ah ? Ben vous savez, comme il fait beaucoup de choses, il a quand même le droit à quelques compensations. Surtout que je lui laisse prendre certaines décisions à ma place.

- Mais savez vous qu'un conseiller et fait pour conseiller et pas pour régner ?

- Mais, voyez, il y arrive mieux que moi... bon c'est tout ?

Quel boulet...

Je pris congé. Il fallait à tout prix que je trouve un moyen d'éloigner Sauron de là.

Je retrouvais Isi (pil) et retournais chez lui. En plein milieu de la nuit me vint une idée lumineuse. Je racontais tout le lendemain.

- Décidément, mon frère est encore plus bête que je ne le pensais, lâcha Amandil.

- Et peut-être plus gros aussi... ajoutais-je, ce qui eut pour conséquence de faire rire tout le monde. Bon trêve de plaisanterie. J'ai trouvé un moyen d'éloigner Sauron d'ici. Cela prendra du temps mais j'y arriverai.

- Quel genre de moyen ? demanda ma soeur.

- Tu saurais retourner seule en Terre du Milieu ?

- Euh oui. Pourquoi donc ?

- Parce que moi, non. Et j'aurais un message à faire passer au Roi-Sorcier.

- Parce que tu lui fais confiance, à ce résidu de mec ?

- Oui. Il est digne de confiance, je le sais. Il faudrait que tu le fasses venir ici, pour qu'il fasse croire à Sauron que son pays est envahi et qu'il doit à tout prix y retourner pour rétablir l'ordre.

- Et tu crois que Sauron va gober ça ?

- T'as une autre idée ?

- Euh, là non...

- Ca paraît faisable, marmonna Elendil. Enfin, au stade où on en est...

Galadriel soupira :

- Qu'est-ce que je ferai pas pour toi...

- Tu sais, c'est pas par plaisir que je consens à ramener cette momie ambulante ici...

Elle me regarda d'un drôle d'air. Mais elle partit quand même le lendemain.

Elle revint quelques six mois plus tard avec la momie ambulante. Celle-ci me dit :

- Je suis assez ravi de revenir ici.

- Ah bon, pourquoi ?

- J'y ai vécu.

- Et vous vous en souvenez ?

- Un peu.

Il me montra ce qui restait de son visage. Il n'était plus qu'un squelette ambulant, ce que Galadriel ne s'empêcha pas de me faire remarquer (« j'ai eu la peur de ma vie quand je l'ai vu »).

Le lendemain, je l'accompagnais au palais et demandais une audience. Le même garde que la dernière fois nous accueillit :

- C'est pourquoi ?

- Nous aimerions parler au roi et à son conseiller, dis-je. (logique quoi)

- Ils mangent.

Je regardais l'heure sur le cadran solaire pas loin. Il était trois heures de l'après-midi.

- Mais ma parole, ils bouffent tout le temps, sur cette île ! lâcha le Roi-Sorcier. Purée, ça a pas beaucoup changé.

- Ah parce que vous êtes déjà venu ? questionna le garde.

- C'est une histoire compliquée. Bon, on peut y aller oui ?

L'autre nous laissa entrer (ils en étaient au dessert). Nous sommes arrivés à la salle d'audience où nous avons trouvé le roi et mon cher et tendre époux en train de se bâfrer. Ils nous regardèrent d'un drôle d'air, genre « laissez moi finir de manger en paix ». Sauron nous lança :

- A qui avons nous l'honneur ?

Pour la première fois depuis vingt ans, je croisais le regard de Sauron. Celui-ci ne me reconnut pas, même quand j'ai dû décliner mon identité :

- Sulring, princesse elfe.

- Ah... j'avais une femme du même nom, lâcha-t-il. Elle est morte tragiquement. Et qui vous accompagne ?

- Le Roi-Sorcier d'Angmar, dit l'intéressé en se prosternant devant lui.

- Mais qu'est-ce que tu fous ici ?

- Des choses terribles se produisent en Terre du Milieu. Votre pays est occupé.

- QUOI ?

De surprise, le roi lâcha son morceau de charlotte au chocolat qui alla faire une immense tache sur sa robe.

- Ne t'avais-je pas dit de t'en occuper ? grogna Sauron, de mauvaise foi.

- Euh, non... je n'étais au courant de votre départ qu'il n'y a pas longtemps. J'ai tenu à vous prévenir.

- Mais comment as-tu su que j'étais ici ?

Je commençais à flipper. Pourtant il continua à mentir comme si de rien était :

- Les gardes de votre tour me l'ont dit.

- Ah... ouf, ça prouve qu'elle tient encore debout.

- Vous seul pouvez ramener l'ordre, ajouta-t-il.

- Je partirai dès demain, fit Sauron en se levant brusquement.

Le roi, venant à peine de piger ce qui se passait, s'exclama :

- Vous n'avez pas le droit de quitter cette île, Sauron de Mordor !

- Mais merde ! Il s'agit d'un cas de force majeure. Je serai de retour dans six mois au plus. Continuez ce que vous faisiez avant. Cette charmante dame elfe, continua-t-il en me montrant, prendra ma succession à vos côtés. Puis-je disposer ?

- Vous pouvez.

Je poussais un soupir de soulagement. Car non seulement Sauron se tirait, mais en plus, je prenais sa place auprès du roi, afin de lui apprendre enfin ce qui était bon pour son peuple et de remettre de l'ordre sur cette île de barges.

Sauron se retira de la salle d'audience et me prit à part, au détour d'un couloir. Il me colla contre le mur et me murmura à l'oreille :

- Je compte sur vous. Je sais que vous ne me trahirez pas. Continuez comme j'avais commencé. Je l'ai presque converti.

Tout ceci paraissait louche. Sauron essayait de me séduire à nouveau. Je décidais de le tester, pour savoir si vraiment, il m'avait oubliée, ou s'il faisait semblant.

- Excusez-moi, mais pourquoi me faites-vous confiance alors que vous ne me connaissez pas ?

- Vous êtes complètement sous mon charme, me dit-il en me caressant le visage.

Pendant qu'il parlait, je voyais à son doigt l'Anneau Unique, cette chose qui l'avait complètement transformé. Il ne s'en aperçut pas et continua :

- Et puis quelque chose me dit que vous et moi poursuivons les mêmes buts.

« Ah ben elle est forte, celle-là ! pensais-je. Gouverner le monde serait donc notre but commun ? »

- Ah oui ? Lesquels ?

- Vous ne vous l'êtes pas encore avoué. Mais cela viendra. Vous me rejoindrez bientôt.

« Cause toujours ! » pensais-je.

Il m'enserra dans ses bras puissants. Ce n'était pas la première fois, mais j'espérais - en vain - que ce serait la dernière. Ses lèvres effleurèrent à peine les miennes. Je fermais les yeux, cela me rappelait de trop doux souvenirs. Puis il prit congé, croyant qu'après ceci, je serais évidemment à lui pour l'éternité. Il pouvait toujours se brosser.

Il repartit dans ses appartements faire ses bagages. Je pris à part le Roi-Sorcier pour lui donner les dernières consignes avant l'épreuve - si je puis dire - :

- Faites semblant de vous perdre en mer. Occupez-le le plus longtemps possible. Il y va de notre survie à tous.

- Je sais ce que j'ai à faire. Je ferai tout ce que je pourrai pour sauver mon ancien royaume. Je vous le promets. Mais si par malheur, nous arrivons en Terre du Milieu et qu'il se rend compte de la tromperie ?

- Euh... j'avais pas pensé à ça. Et bien, arrangez-vous pour que ce ne soit pas le cas. Au pire, ramenez-le ici. J'essaierai de m'arranger pour que le roi n'en veuille plus et le bannisse pour toujours.

- Compliquée, votre histoire...

- C'est de la politique mon cher...

Il me regarda avec sa tête de mort, tout en pensant : « ça ressemble plus à un plan foireux qu'autre chose, mais au moins, c'est un plan ».

Sauron et lui partirent le lendemain. Je pris aussitôt la place libre de conseillère royale. Cette place me plaisait. Car en vérité, ce n'était plus le roi qui gouvernait, c'était moi. Enfin, il exprimait son opinion certaines fois, mais toujours en ma faveur. Comme j'aurais aimé avoir un mari aussi obéissant... peut-être moins potiche aussi... mais bon, on ne peut pas tout avoir dans la vie.

Je m'arrangeais pour faire stopper la construction du temple dédié à Melkor et faire raser ce qui avait déjà été construit. Un jour où le roi et moi étions apparus en public sur le balcon du palais, j'entendis dans la foule un gars s'exclamer :

- Il sait pas ce qu'il veut, le roi... il nous fait construire un temple et le fait raser après.

Son voisin, mauvaise langue, expliqua avec l'accent italien :

- Ma, tu vois, c'est parce qu'il a changé de conseiller.

- Est-ce que ce roi a un jour régné par lui-même ?

- Ma je crois que non... il a toujours été manipulé : d'abord par sa femme, ensuite, par Sauron et enfin, par cette fille.

- Tu sais que la rumeur dit que ce serait la femme à Sauron ?

- Non. C'est un scoop, ça.

Leur roi se tenait à mes côtés et avait encore grossi à tel point qu'il avait dû faire agrandir son trône. Il n'entendit pas un mot de leur conversation. Il s'imaginait déjà dans les bras de sa énième concubine de l'année. Il ne fallait pas lui en vouloir, son cerveau avait été atrophié à la naissance. Je me disais qu'il aurait mieux valu que son frère monte sur le trône. Mais celui-là était l'aîné. Et vu qu'ici, on ne choisissait pas le plus intelligent, mais le plus vieux, voyez le résultat. Enfin, j'essayais tant bien que mal de réparer les pots cassés.

Mon manège dura une quinzaine d'années. Durant les dix dernières de cette période, l'île avait retrouvé sa splendeur d'avant, sa culture et son raffinement d'avant et surtout sa dignité.

Mais c'était trop beau pour être vrai. Il fallut qu'un malheureux concours de circonstances ramène Sauron sur l'île.

En effet, celui-ci en avait marre de se faire mener en bateau - c'est le cas de le dire - par le Roi-Sorcier. Il lui fit clairement savoir qu'il se fichait de ce qui se passait dans son pays et qu'il y retournerait bientôt, vu qu'il aurait causé la ruine de Numénor avant. Il avait en fait compté sur moi pour poursuivre sa tâche. Ce que je n'avais pas fait.

Aussi quand il apprit la vérité, bien qu'il ignorait encore ma vraie identité, il entra dans une colère noire et redevint le conseiller du roi, qui entre parenthèses, s'en foutait royalement - c'est le cas de le dire -. Il apprit ma trahison et me fit bannir de l'île. J'osais lui dire avant :

- Vous n'avez aucun pouvoir ici, Sauron de Mordor.

- Cet ordre ne vient pas de moi, mais du roi.

Il sortit une feuille de sa poche et la lut d'un air triomphant :

- Sur ordre de sa majesté Ar-Pharazôn, 25ème roi de Numénor, la dénommée Sulring, appartenant à l'espèce des elfes, est bannie de l'île sous peine de mort.

Je lui lançais un regard haineux tandis qu'il me montrait le papier avec la signature du roi en bas. Le roi, le jour où il avait signé, devait avoir, comme à son habitude, la tête dans le seau. Il acceptait tout et n'importe quoi de la part de tout le monde. Ce type était un vrai boulet.

- Malgré tout ce que tu as pu essayer de faire, cette île sombrera dans le néant et dans l'oubli, continua Sauron. Ce royaume humain sera anéanti pour toujours, et quand je reviendrai en Terre du Milieu, je ferai de même avec les derniers qui oseront s'opposer à moi. Je serai alors le maître du monde, sans aucun rival.

Tout ce que j'avais fait n'avait servi qu'à retarder l'échéance.

Je partis alors le lendemain pour la Terre du Milieu, après un bref « adieu et bonne chance » à ma famille d'accueil - celle d'Isi -. Ma soeur et le Roi-Sorcier m'accompagnaient. Eux aussi n'avaient plus de droit de séjour là-bas - leur visa était arrivé à expiration -.

Je rendis ma soeur à son époux, en Lorien, qui lui fit promettre de ne plus jamais partir en expédition avec moi. Pour ma part, je retournais dans mon pays. Celui-ci était bien plus clair que quand je l'avais quitté. Il avait même refleuri par endroits, sur la plaine séparant Barad-dûr du Mont du Destin. Je remontais en haut de ma tour et congédiais le Roi-Sorcier, à l'état de squelette ambulant, de peur que Sauron ne me fasse une crise.

Comme je l'avais prévu, Sauron revint - il n'allait pas rester là-bas jusqu'à la fin de ses jours, quoique, ça m'aurait fait des vacances. Je l'attendais, l'air de rien, en haut de sa tour.

Je sentais sa présence mais il n'était plus qu'un esprit errant - au moins, il ne risquait plus de m'étrangler. Il reprit une forme visible en utilisant le pouvoir de son anneau. Cette forme était terrifiante et n'avait rien à voir avec ce qu'il était avant : il s'élevait à trois mètres de haut et son corps - si toutefois il avait encore quelque chose dans ce genre-là - était entièrement recouvert d'une masse d'acier appelée plus communément une armure à pointes, pour tout vous dire, qu'est ce que je le trouvais moche dans cette chose... Mais bon, le temps où il était beau est révolu, faut s'y faire quoi, je suis à présent mariée avec une mocheté de tyran sanguinaire psychopathe irresponsable.

A son index droit, comme seule lumière au milieu de cette masse sombre, brillait l'Anneau Unique et ses écritures, comme enflammées, s'étalaient sur le contour de l'Anneau. Je me demandais comment il avait bien pu faire pour le ramener.

Ce fut seulement lorsqu'il eut achevé sa reconstitution 3D qu'il me repéra :

- Sulring ? Tu es vivante ?

- Comme tu peux le voir, oui. Ce n'est pas à mon clone que tu parles.

Il me prit dans ses bras et me serra, ou plutôt m'écrasa contre lui.

- Pardonne-moi mon trésor, pour tout ce que je t'ai fait. Je t'aime, Sulring, depuis toujours. Et rien n'y changera. Nous resterons unis quoi qu'il arrive, je te le promets.

- Je veux bien te pardonner, dis-je en suffocant à moitié, mais évite de m'étouffer. (comme si m'étrangler n'avait pas suffi). Et je te signale au passage que t'as franchement l'air con dans ton armure à pointes.

- Ah, bon ben je t'expliquerai.

- Tu sais, t'étais mieux dans celle qui te donnait l'air très beau et très musclé...

- Elle m'en donnait seulement l'air ?

- Non non, tu l'étais aussi... alors pourquoi t'as changé ?

- Je vais t'expliquer.

Je n'étais pas encore disposée à lui pardonner complètement les crimes qu'il avait commis. Il me raconta son séjour à Numénor, non pas au Club Med, mais dans le palais du roi. Il me raconta comment il avait corrompu les numénoréens, les avait poussés à vouer un culte à Melkor puis plus tard, à attaquer Valinor, comment l'île de Numénor avait finie par disparaître sous les eaux (l'Atlantide avant l'heure) et comment lui aussi, surpris par l'ampleur de la colère des Valar, avait été enseveli. Mais je savais tout ça. Le pire était qu'il en était fier. Non, je n'étais pas décidée à lui pardonner : j'avais épousé un tyran sanguinaire et sans coeur, prêt à tout pour dominer ce monde, surtout au pire. Et dire que j'ai cru à un moment qu'il avait un coeur, et que celui-ci ne battait que pour moi. SNIFF ! BOUUUUUUUUH !

La preuve arriva neuf ans plus tard (et pas neuf mois : je n'étais pas enceinte, mon imbécile de mari ne m'avait pas touchée depuis belle lurette... cela dit, il ne pouvait pas trop) : Sauron attaqua le Gondor, royaume fraîchement fondé par les exilés de Numénor : il prit Minas Ithil, déclarant ouvertement la guerre aux peuplades libres de cette vaste terre. Ces peuplades ne pouvaient résister seules et chacune de leur côté : elles formèrent un an plus tard l'Ultime Alliance. Ma vengeance prenait forme, en même temps que ce nouveau syndicat des peuples libres.

Un beau jour, peu après, un homme vint nous voir : il se tapa les 3000 marches, ça devait être important. Cet homme répondait au nom d'Isildur, fils d'Elendil. Je le connaissais depuis bien longtemps. Cependant je n'en montrais rien. J'avais appris qu'il avait vécu à Minas Ithil avant qu'elle ne soit prise. Mais il n'était pas venu à Barad-dûr pour qu'on lui rende Minas Ithil : si cela avait été le cas, Sauron l'aurait envoyé balader, il lui aurait dit : « va te faire, je l'ai, je la garde ». Sa requête était d'une toute autre nature.

- Si je suis venu ici, c'est pour vois demander quelque chose... commença-t-il.

- Je m'en doute. Vous ne vous êtes pas tapé 3000 marches juste pour voir ma tronche. Je sais que je suis beau, mais quand même...

- Non, t'as l'air con dans ton armure à pointes, lui dis-je.

- Bon d'accord, admit-il, j'étais beau. (et encore avant, il n'était pas castré non plus)

- J'aurais un service à vous demander...

- J'ai une tête à rendre service à mes ennemis ?... Dites, je vous ai déjà vu. C'était vous, le proprio de Minas Ithil. Enfin, si vous voulez que je vous la rende, rêvez toujours, je l'ai, je la garde ! (bingo, j'avais gagné)

- Pardonnez-moi, je ne souhaitais pas vous offenser, ô Sauron le Grand, fit Isildur avec une voix mielleuse de lèche-cul professionnel.

- Oh, ça va. Accouchez, j'ai pas la journée.

- J'attends pas d'enfant, désolé, je laisse ce dur labeur à ma femme.

- Non, mais c'est qu'il fait de l'esprit le gamin en face de moi, pour qui il se prend ? Bon, motif de ta visite, et si tu te grouilles pas, je te fous dehors. Alors, tu notera sur un bout de papier l'objet de ta visite et les dates pour lesquelles tu es libre. Mais attention, j'examine toujours à posteriori ce genre de document (environ 3 ans après)

- Vous emballez pas, c'est bon... (l'autre commence à sentir l'eau bouillir). Bon, je vais vous dire l'objet de ma visite. Vous devez peut-être le savoir, mais je déteste mon père.

- Tiens, moi aussi, je ne peux pas encaisser le mien, dis-je. Et alors ? En quoi ça nous regarde ? C'est un cas courant, faut pas croire que vous êtes seul au monde... mon petit coco.

- Vous êtes sa femme ?

- Oui.

Je lui en étais reconnaissante de faire comme s'il ne me connaissait pas. Dans le cas contraire, Sauron m'aurait passé un savon.

- Ah ? Il est marié ? (L'intéressé lui lança un regard noir, genre pour qui il me prend ?)

- Oui, je suis marié.

- Je n'ai pu résister à son charme légendaire.

L'autre regarda Sauron, du genre : « qu'est-ce qu'elle a pu lui trouver ? »

- Elle a été attirée par mon magnétisme animal comme un aimant sur un frigo…

- Ah, je vois, fit l'autre, ne sachant ni ce qu'était un aimant, ni ce qu'était un frigo.

- Et puis, dites-lui bonjour, elle va pas vous mordre.

- Bonjour, elle va pas vous mordre.

« Laisse tomber, mon vieux », se dit Sauron. Puis il dit :

- Donc, vous détestez votre père Elendil - entre nous, moi non plus, je ne peux pas le sentir - et ? Je repose la question de ma femme...

- Est-ce qu'il serait possible pour vous de le tuer ?

- Je suis Seigneur des Ténèbres, pas tueur à gages. Le tueur à gages se trouve au rez-de-chaussée. Bon, qu'est-ce qu'il vous a fait ce brave gars (qui à l'occasion vous sert de père) ?

- Il m'a déshérité. Je voulais épouser une femme de basse condition qui était folle de moi... une trop belle meuf (ça rime avec boeuf), jardinière de son état. (ce qu'on ne peut reprocher à Isi (pil) c'est qu'il pratique le mélange des genre avec une facilité impressionnante).

- Qu'est-ce qu'elle pouvait vous trouver ? fit Sauron.

- So-so, cesse d'être mesquin, veux-tu. Continuez, Isildur.

- Mon père voulait que j'épouse une vieille reine moche (qui n'est pas belle quoi), pour avoir une grosse dot - il n'y a que le fric qui l'intéresse. J'ai refusé. Il m'a déshérité, m'a fait épouser la vieille, a emmené ma bien-aimée au loin et a dépensé la dot. Je ne l'ai jamais retrouvée et je n'ai jamais cessé de l'aimer (ma bien-aimée, pas la dot, ni la vieille, d'ailleurs). Vous me suivez ?

- Bien sûr, pour qui tu me prends Petit ? Mis à part cela, vous me payez combien ? Enfin, de toute façon, l'Ultime Alliance s'est formée et vous n'allez pas tarder, vous et vos potes (au feu), à venir assiéger ma tour. Je me trompe ?

- Non, vous avez tout à fait raison. Remarquez, faites ce que vous voulez, je ne vous oblige rien. Vous êtes libre de vos décisions. Si vous ne voulez pas vous engager...

- Qu'est-ce qu'il me raconte, lui ? Il a fumé un Ent ? J'entends bien faire ce que je veux. Ce n'est pas vous qui allez me donner des ordres. Autre chose, avant que je ne vous mette à la porte ? Parce que l'envie me démange de plus en plus... (il tapa nerveusement sur son bureau).

- Allez-vous le faire ?

- Je vais voir, cela dépendra de mon humeur et de ta rapidité pour sortir de mon bureau... Vite, si t'as autre chose à me dire !

- Euh, pour Minas Ithil, n'y aurait-il pas moyen de... (genre, je la prends un week-end sur deux)

Isildur aurait mieux fait de se la fermer. Sauron se mit à hurler si fort que Barad-dûr trembla de ses fondations à son sommet (2 sur l'échelle de Richter).

- DEHORS ! MINAS ITHIL EST A MOI ! Pigé ? Je vais même y foutre les Neuf, comme ça, personne n'osera la reprendre !

Isildur s'enfuit sans demander son reste. Je le rattrapais dix étages plus bas.

- Isildur, fils d'Elendil ! Bon sang ! Ca fait 20 fois que je vous appelle !

Il se retourna et me regarda, l'air de dire : « punaise, je me suis déjà fait engueuler par le mari, et v'là que la femme me crie dessus. C'est pas mon jour ».

- Oui ? fit-il d'un air encore plus idiot que d'habitude. Je remarque que cela n'était pas bien difficile.

- Merci de n'avoir rien dit.

- Ah mais on se connaît ?

- Vous vous foutez de qui, là ? Oui, on se connaît très bien. On a même couché ensemble. Purée, vous n'êtes pas physionomiste.

- Ah donc, c'était vous... je suis parti à votre recherche dès le jour où je suis arrivé en Terre du Milieu. Je suis ravi de vous avoir enfin retrouvée. Mais que me voulez-vous ?

- Vous l'ignorez peut-être, mais je déteste mon mari.

- Ah bon ? Vous ne pouvez pas divorcer ? Parce que dans certains pays - mais pas en Gondor et malheureusement pour moi - les femmes peuvent divorcer.

- Non, ce n'est pas le cas ici. Ce n'est pas dans la Constitution mordorienne. Vous savez, Sauron est moins bête qu'il n'en a l'air : il sait que s'il créait une loi permettant le divorce, je serais la première à l'appliquer. C'est pour ça qu'il ne le fait pas.

- Bon, qu'est-ce que vous me voulez ?

- Je suppose que cela ne vous arrangerait pas si l'on apprenait que vous avez prémédité avec votre ennemi juré le meurtre de votre père.

- Euh, non. Si vous pouviez être discrète là-dessus.

- Laissez-moi finir. Vous avez toujours vécu dans l'ombre de votre frère Anarion ?

- Euh oui, mais vous me voulez quoi au juste ?

- Vous serez obligé d'accepter ce que je vais vous demander, sinon, j'apprendrai au monde que vous êtes venu ici et avez demandé à Sauron de tuer Elendil.

- D'accord, je veux bien être infidèle à ma femme cette fois-ci. Vous êtes pas mal, en plus. Ca nous rappellera quelques bons souvenirs...

Je me suis retenue de pousser un hurlement. Isildur n'avait décidément rien compris. J'avais dépassé ce stade, mais lui non.

- Ce n'est pas ce genre de chose que je vais vous demander, triple abruti ! Vous pensez qu'à ça ma parole ! J'aurais une mission à vous confier. Si vous réussissez, vous apparaîtrez comme héros libérateur de la Terre du Milieu. Si non, vous apparaîtrez comme le premier imbécile de cette terre, qui plus est, vous serez mort... pas de bol pour vous.

- Quelle est cette mission ? (du thon : putain faut pas que je me loupe si j'accepte)

- Ne soyez pas si pressé, on dirait un citron. Votre mission, si vous l'acceptez, serait d'enlever l'Anneau Unique de la main de Sauron et d'aller le porter à la Montagne du Destin pour le détruire.

Isildur me regarda d'un air presque déçu, signifiant : « et merde, je ne pourrais pas me faire la femme de Sauron pour la rajouter à ma collection ; mais bon, je me la suis déjà faite, alors... ». Ah, c'était un humain avant d'être un prince, qu'est-ce que vous voulez...

- Et comment puis-je faire pour le lui enlever ?

- Rien de plus simple : vous prenez une épée et vous lui coupez la main droite.

- C'est un piège.

Avant qu'il ne puisse en rajouter, je le fixais droit dans les yeux, pensant : « non, ce n'est pas un piège, Sauron n'en sait rien et si vous lui enlevez l'Unique, vous lui empêcherez de recouvrir le monde de ténèbres ». La télépathie fit le reste. Ces mots résonnèrent dans sa tête - ça s'entendait, sa tête était creuse : trois neurones maximum - jusqu'à ce qu'il dise :

- Marché conclu. J'aurais quoi en échange ? Vous ?

Il était certes très idiot et complètement inconscient mais il avait le sens du commerce, mais fallait tout de même pas pousser le bouchon trop loin...

- Le titre de libérateur du monde, mais rien d'autre ! Pour qui vous vous prenez ? Je ne suis pas une femme à tromper son mari, même si celui-ci me gonfle.

- Alors qu'avez-vous fait exactement, il y a quelques cinquante ans, sur mon île ?

- C'est du passé, d'accord ? Et puis cessez de me faire des avances, je vous prie. Au fait, j'y pense, vous avez une assurance tous risques ? (le barde)

- Une quoi ?

- Je présume que non. Vous n'êtes vraiment pas évolués, vous, les Gondoriens. Vous n'êtes même pas assurés. Car, je vous assure, c'est une mission à haut risque. La modernité et vous ça fait deux, non ?

- Ca tombe bien, j'aime prendre des risques. Et puis, oserez-vous me reprocher de ne pas avoir voulu obtenir des plaisirs inutiles ?

Je n'osais répondre. Puis il me proposa de rentrer avec lui en Gondor. J'allais quand même demander l'autorisation à mon cher et tendre - enfin, parfois - époux qui me répondit :

- Pourquoi pas, ça te changera. Ca te fera voir du pays.

Il pensait intérieurement : « au moins, elle me fichera la paix ». Je pensais intérieurement qu'il me jetait comme une vieille serpillière dont il n'avait plus l'usage. Avant mon départ, il m'embrassa tout de même, histoire de sauver les apparences, mais le coeur n'y était pas.

Je partis donc pour Minas Anor, (la future Minas Tirith et ville jumelle de Minas Ithil), la cité blanche. Dans le fond, ça me changeait de la tour sombre : c'était plus clair, quoi.

Le voyage dura cinq jours. Nous nous sommes arrêtés à Osgiliath (elle était pas encore en ruines à l'époque). Isildur en avait marre de voyager. Nous nous sommes paumés dans la ville (Isildur était très doué, en tant que Gondorien de naissance, se paumer dans une ville qu'il fréquentait souvent...). Durant la visite de la ville, l'autre m'avait fait une série d'avances, toutes plus osées les unes que les autres. Complètement crevés, nous nous sommes arrêtés dans une petite auberge perdue dans la ville. Il n'y avait pas un chat (botté), et nous prîmes deux chambres séparées. Le soir, il frappa à ma porte. Je mis en hâte ma robe de chambre (histoire d'être présentable) et lui dis d'entrer. Il me dévisagea, l'air de dire : « putain, quelle canon cette poupée ». Pas varié le mec...

- J'ai le regret de vous informer que je sait lire dans les pensées, dans les vôtres également. Je vous informe que je ne suis pas une poupée. Que me voulez-vous ?

- Ben... euh... mais je... (je crois que je l'avais déstabilisé le pôv' pitchoune)

- Je vous écoute...

- Voilà (il frotte le bout de ses souliers sur le plancher), en fait, vous le savez depuis longtemps, mais mes sentiments envers vous n'ont pas changé.

- Ah...

Le lendemain, je me réveillais à ses côtés, après une nuit merveilleuse. Il m'apporta le petit déj' au lit : il savait vraisemblablement ce qui me plaisait par dessus tout. Il est vrai que cela n'était pas du genre de Sauron de m'apporter le déjeuner au lit... Après cet encas, il m'aida à m'habiller (genre logique), et nous partîmes pour Minas Anor, là où vivait sa famille. J'étais en quelque sorte devenue la maîtresse officielle d'Isildur. En plus, ça faisait tellement longtemps que je n'étais pas passée à l'acte (c'est le cas de le dire), en plus, c'est une bête au lit.

Pour faire le reste du chemin, mon nouvel amant me trouva une sorte de calèche fermée dans laquelle nous prîmes place. Nous ne cessâmes de nous bécoter durant tout le trajet. Avant notre arrivée, il me dit : (nous avions d'un commun accord décidé de nous tutoyer)

- Bon, écoute Sulring, je suis marié, mais c'est toi que j'aime. Ma femme est d'une jalousie maladive. Dès qu'elle va te voir arriver, elle va me faire une crise. Alors, si elle te pose des questions, tu affirmes tout ce que tu veux, mais pas que nous sommes amants, sinon, elle me castrera.

- Il est vrai que cela serait compromettant... lui fis-je avec un sourire coquin. Ne t'inquiète pas mon chou, j'ai déjà trompé mon mari (mais c'était pas le même) !

Arrivés, je fis la connaissance des proches d'Isildur : son père Elendil (le Grand, comme Napoléon), son frère Anarion, sa seconde femme (la pouffe de service, mon ennemie quoi), la vieille nouvellement épousée - elle n'était pas si vieille que ça, finalement - et ses quatre mômes (respectivement de 17,20,22 et 24 ans : il avait pas chômé avec sa première femme). Ce qui contrastait beaucoup entre les deux frères était qu'Isildur était bête comme ses pieds et marié deux fois, quatre enfants, et Anarion restait le solitaire incompris mais intelligent avec un seul enfant.

Ce sont eux qui nous ont fait passer la douane : depuis la prise de Minas Ithil, on vérifiait toujours les importations de plèbe pour éviter les incursions ennemies. Je suis donc passée à l'inspection de l'immigration. Isildur voulait me doubler, sous prétexte d'être non seulement un habitant du cru, mais aussi, un pur-sang royal. Le douanier lui dit :

- Non mais, il faut apprendre à être galant ! Les femmes d'abord, espèce de mal élevé !

Je pouffais de rire et lançais un regard tendre à mon nouvel amoureux. Elendil rit aussi, mais ne lui lança pas de regard tendre, contrairement à ce que j'aurais pu penser (bien qu'il soit son père), ainsi que toute la famille d'Isildur.

- Nom, pays d'origine, date de naissance, espèce et profession, fit le douanier, aimable comme une porte de prison. (genre qui rit quand il se brûle)

- Vous voulez ma carte d'identité ? Ce sera plus simple.

- Votre quoi ?

Les Gondoriens ne connaissaient pas non plus le système des cartes d'identité. De ce côté-là, le Mordor était plus avancé, mais la plupart des Mordoriens ne possédaient pas de carte : la mortalité était trop importante et la population se renouvelait sans cesse : ça aurait été trop compliqué de donner une carte d'identité à chaque péquenot, surtout que la plupart ne savaient pas lire, c'était des orques.

Je lui posai ma carte sur son bureau. Il la lit.

- Dictature du Mordor ? Pourquoi pas. Ca nous change. Sulring, née en 100 du Premier Age ? Vous êtes bien conservée... (je manquais de lui coller une baffe) Ah, vous êtes une elfe, ça explique tout. Profession s'il vous plaît ?

- Femme au foyer, on va dire.

- Mais encore ?

- Epouse de Sauron.

Le douanier ne poussa pas un cri d'horreur digne d'un Nazgûl mais dit simplement :

- Il a bon goût. Motif de la visite ?

- Changer d'air. J'en ai ma claque de la Tour Sombre : il y a des salles de torture de partout, on ne dort pas de la nuit tellement ça crie.

La femme d'Isildur n'avait pas non plus imprimé le truc - son ordinateur cérébral était quelque peu rouillé -, elle brailla à son mari :

- Espèce de crétin ! J'en étais sûre, tu m'a encore trompée !

Isildur pensa : « Eh oui, on dirait que ça te pose un problème, parce que toi et tes maux de tête, hein ... ».

- Mimine, calme-toi. Ce n'est pas ce que tu crois. Elle n'a pas voulu !

La claque partit sans même qu'on eut vu (vu ?) le point de départ. Elle retentit dans le silence général comme si on avait sonné du gong.

- Donc tu lui as fait des avances ! Espèce d'enfoiré !

Je décidais d'intervenir avant que cela ne se gâte :

- Madame, écoutez, je n'ai pas voulu de lui, et lui ai vivement conseillé de vous rester fidèle !

Si elle avait su...

Elle se retourna vers Isildur et lui dit :

- OK ! Ca va pour cette fois, mais si je te reprends ou si je trouve une preuve à ta culpabilité, je te castre !

Le plus jeune des fils mit fin à cette mini-dispute en s'esclaffant :

- Purée, elle est trop bien, c'te meuf ! Ou tu l'as dégotée ?

- Valandil, surveille ton langage ! ordonna « Mimine ».

Isildur passa la douane par la force et dit pour se justifier :

- Je suis allé en repérage pour préparer l'assaut contre le Mordor.

- Très bonne initiative, mon fils, le félicita Elendil. Et donc ?

- Nous pourrions tenter une incursion par la plaine d'Udûn entre les deux chaînes de montagnes. Là, nous arriverions direct sur la tour de Barad-dûr pour l'assiéger.

- Bonne idée, mais l'ennemi s'attend à nous voir arriver par là. C'est la seule région non fortifiée du pays. Bon, je demanderai à Elrond.

- Comment voulez-vous faire autrement ? Escalader les montagnes ?

- Il existe un passage, j'ai vu ça sur une carte, fit un autre fils.

- Oui Elendur, vas-y.

Isildur ne s'était vraiment pas foulé pour le prénom. Il avait mélangé celui de son père et le sien : Elendil + Isildur Elendur. Ils sont forts, ces Gondoriens ! Le début du père, la fin du fils, et on simplifie au milieu. L'autre choix possible était Isildil, mais bon, ça sonnait mal.

Pour l'heure, Isildur était furieux que son fils lui ait volé la vedette.

- Il se situe à la hauteur de Minas Ithil : il y a un escalier, un tunnel et on arrive en Mordor.

- Ca va pas la tête ! criais-je. Vous voulez faire passer une armée par Cirith Ungol ? Vous êtes fous, les Gondoriens.

- Et quel est le problème avec ce passage ? fit Elendil, ne comprenant pas ma réaction.

- Il y a une araignée géante dans le tunnel.

- Comment le savez-vous ? fit Mimine, sceptique.

- La chose qui me sert de mari lui envoie trois orques cinq fois par jour. Dans ses moments de sentimentalisme, il l'appelle sa chatte et il m'a dit un jour que c'était une araignée géante.

- Et c'est qui, votre mari ? Un des Neuf ?

- Pire, c'est Sauron.

Elendil arrondit les yeux et se mit à hurler à l'attention d'Isildur, son idiot de fils :

- Espèce d'IDIOT ! Tu pars faire du repérage en Mordor alors qu'on ne t'a rien demandé et qu'est-ce que tu nous ramènes ? La femme de Sauron ! T'es con ou quoi ? T'as quoi dans le chou ? Tu veux que Sauron prenne Minas Anor aussi pour compléter sa collection ?

- Ben, non. (Euh, oups, j'ai fait une gaffe)

Mais il ajouta :

- Quoique, il restera toujours Osgiliath.

- Pôv'naze ! beugla Mimine.

- Gûl ! Et encore, c'est insultant pour les vrais ! (dit Isi to open)

Isildur se prit deux claques de la part de Mimine et Elendil se mit à me crier dessus :

- Et vous ? Qu'est-ce que vous foutez mariée à Sauron ?

- Je n'y peux rien, c'était un mariage arrangé.

- Ah, les mariages arrangés, quelle plaie, fit Elendil, dépité.

- Au fait, ce n'est pas vous, Père, qui m'avez choisi ma femme à tout hasard ? hasarda Isildur.

C'était un thème à ne pas aborder. Isildur se reprit deux baffes, aller et retour (récit d'un hobbit par Bilbon Sacquet).

- Alors ça, c'est le pompon ! brailla Mimine, outrée. Si je t'emmerdes, dis-le moi, je me tire ! J'irai épouser Sauron, ça me fera des vacances.

- Sauron n'est pas sociable, ce n'est vraiment pas un type à marier, lui dis-je. Croyez-en ma vieille expérience. Et en plus, il est eunuque, et entre nous, il a vraiment l'air con dans son armure à pointes avec son anneau au doigt.

- De toute façon, même lui ne voudrait pas de toi, lança Isildur.

Il se prit une nouvelle paire de claques, de la part de sa femme - c'est beau, l'amour - et elle continua à le frapper (elle aussi était ceinture noire de karaté, comme la femme de Murazor). Un des fils pointa un doigt accusateur sur moi et dit :

- C'est de votre faute ! Sauron vous a envoyée ici pour que l'Ultime Alliance soit dissoute !

- Mais cela n'a rien à voir avec l'Ultime Alliance ! Ce que vos parents vivent là, c'est une scène de ménage. Je le sais, j'en vivais tous les jours.

- Aïe ! se plaignit Isildur. Vous avez fini, oui ? Je ne suis pas un punching-ball.

- C'est quoi un punching-ball ? (aucune réponse ne vint...)

- C'est vrai, calmez-vous un peu. Vous savez, les divisions vous affaiblissent. L'union fait la force. Unissez-vous contre le même ennemi commun au lieu de vous taper dessus entre vous. Faites l'amour, pas la guerre ! dis-je.

C'était un discours digne de mai 68 : « faites l'amour, pas la guerre ». J'aurais pu avoir le prix Nobel de la paix. Mais c'est l'existence d'un ennemi commun qui pousse les peuples de différentes cultures - ici, les Elfes et les Hommes - à s'unir et à combattre ensemble pour la liberté des peuples. Le monde ne pourrait jamais être en paix, même si Sauron était HS. Car il est de la nature de l'homme d'en vouloir toujours plus, et les elfes s'en fichent, ils sont pacifistes. En fait, Sauron a contribué indirectement à unir les peuples de cette terre en voulant imposer son empire (qui ne contre-attaque pas encore). Il reste à espérer que son empire s'effondrera car dans le cas contraire, il conduirait à une dictature, à l'oppression des peuples et à la disparition des libertés ; et avec un empereur n'ayant plus toute sa tête, ce serait pire encore.

Au milieu de la bataille familiale, Elendur cherchait toujours la réponse à sa question (le bougre) :

- C'est quoi un punching-ball ?

Je restais quatre ans en Gondor, jusqu'en l'an 3434, année où Mimine nous surprit Isildur et moi, au détour d'un couloir. Il m'embrassait (Isildur, pas le couloir) furieusement, En effet, nous n'avions pas pu passer la nuit ensemble car Mimine le surveillait de près ce soir-là... (snif)

- J'en étais sûre ! qu'elle nous gueula à la figure. Tu me trompes avec cette vache depuis le début !

- Je vous prierais d'avoir un autre langage vis à vis de moi, Madame, lui dis-je.

- Oh, toi la pouf, la ferme !

Je renchérissais :

- Personnellement, je comprends facilement pourquoi il va chercher ailleurs l'amour, vu comme vous êtes fagotée... Grosse, laide (il est vrai qu'elle n'avait pas vraiment minci durant mon séjour), conne... tout pour plaire quoi !

Mimine s'assit par terre et se mit à pleurer comme une madeleine (ça pleure beaucoup une madeleine ?). Elle hoquetait :

- En en en plu-plus, tu tu tu m'as ja-ja-jamai-mais em-embra-brassée com-comme ça ! OOOOOOUUUUUIIIINNNNNNN !

Elle fit un tel tintouin qu'Elendil me convoqua dans son bureau et me dit :

- Ecoutez, Sulring du Mordor, je vous conseillerais vivement de partir. Vous avez tout de même semé la zizanie dans ma ville ! Euh, juste une question, vous vous le faites depuis combien de temps ?

- Vous vous attendez peut-être à ce que je vous réponde ? Allez vous faire cuire 102 oeufs ! Ca ne vous regarde même pas. Mais je vais partir, ne vous en faites pas, je partirai...

Je fis mes bagages, et dis adieu à Isildur. Celui-ci refusa que je parte. Il me dit :

- Reste, chérie, je t'êêêêmmme ! (Lara Fabian bis)

- Si ça ne tenait qu'à moi, je resterais. Mais c'est ton père qui me fout dehors. Ne t'en fais pas, mon chou, je reviendrai.

Je partis dans la baie de Belfâlâs, à la mer. Au bout d'un mois, j'en eus marre de voir les mouettes et les marées. Je décidais donc de retourner à Minas Anor. Je retrouvais Isildur. Ensemble, nous décidâmes d'un commun accord de ne plus nous fréquenter.

Je restais jusqu'à la fin de l'année 3435, pendant laquelle les elfes vinrent à Minas Anor pour préparer l'invasion du Mordor et le siège de Barad-dûr. Je reconnus Cirdan et Gil-galad, possédant respectivement les anneaux Narya et Vilya, du feu et de l'air, que Sauron leur avait fourgués. Il paraît qu'Elrond se pointa lui aussi, mais bon, je n'avais encore jamais vu sa bouille.

Elendil, déjà sur l'âge, Isildur, Anarion et leurs enfants respectifs Elendur, Aratan, Ciryon et Meneldil écoutaient, voire même buvaient les paroles d'Elrond qui leur expliquait la stratégie à adopter. Finalement, ils allaient passer par la plaine d'Udûn. Heureusement, s'ils étaient passés par Cirith Ungol, ils auraient perdu la moitié des armées. (et encore, je suis pas généreuse !)

Valandil, le quatrième fils d'Isildur, franchement pas intéressé, n'écoutait pas. La femme d'Isildur - alias Mimine et dont j'ai toujours ignoré le nom - faisait du tricot, elle n'avait que ça à faire. Elle avait enfin pigé que je ne cherchais plus à lui piquer son mec, donc elle ne m'en voulait plus. Je ne lui avais pas encore avoué que c'était par amour que j'avais épousé Sauron sinon elle aurait fait construire un asile psychiatrique et m'y aurait mise dedans. Pour l'heure, je n'étais pas internée et je tricotais aussi - qu'est-ce que c'est passionnant, la vie de reine... Je faisais une gigoteuse pour le fils à naître de Meneldil et futur petit-fils d'Anarion - la famille s'agrandit. Valandil vint nous rejoindre.

- Tiens, Valandil, tu n'écoutes pas les discours d'Elrond ? fit Mimine.

- Non, je compte être pacifiste plus tard si Sauron est vaincu. Dites, les meufs, vous tricotez maintenant ? C'est nouveau.

- Ca se voit tant que ça ? On n'a rien d'autre à glander, dis-je, l'air morose.

- Quel langage ! fit Mimine, indignée.

- Sauron aussi a un langage de charretier. C'est contagieux. Et puis, occupez vous de vos fesses !

Elle ne releva pas, heureusement, sinon, je l'aurais baffée.

Enfin, au bout de quelques heures de tricotage - spectacle donné pour Valandil ; on aurait dit qu'il n'avait jamais vu deux meufs tricoter -, Isildur se pointa avec son père, son frère, ses fils etc. et il dit :

- Nous allons en guerre. Valandil, je te laisse la charge de garder le trône.

Valandil était d'accord. De toute façon, garder le trône signifiait poser ses fesses dessus toute la journée, se cailler les miches dans la salle glacée du trône au septième niveau de Minas Anor, et aussi, avec une couronne sur la tête, faire tapisserie, juste faire style : « il y a un roi sur le trône du Gondor ».

- Voulez-vous venir avec nous ? me demanda Elendil.

- Oui, je veux bien, répondis-je, assez surprise d'être ainsi invitée sur un champ de bataille.

Nous sommes alors partis le lendemain avec leur grande armée, dont la plupart des hommes ignoraient s'ils allaient revenir. Mais ils avaient appris à surmonter ces craintes et allaient sur le champ de bataille (à l'abattoir) comme des machines. A vrai dire, que ce soit dans les armées des hommes, des elfes ou celles de Sauron, les soldats étaient recrutés et engagés et on ne leur demandait pas leur avis. Ils n'avaient aucun droit, mais avaient le devoir de suivre les ordres et de combattre jusqu'à la mort pour sauver leur pays.

Nous sommes arrivés devant le pays de Sauron. Comme s'il s'attendait à cette attaque, Sauron avait laissé la Porte Noire ouverte, sûrement pour tous nous attraper et nous piéger en même temps.

Dans le fond, le fait que cette porte soit ouverte nous facilita la tâche. Nous sommes parvenus non loin de la tour de Barad-dûr. Contrairement à son ancêtre le roi de Numénor, Elendil ne prit pas le risque de défier Sauron en bas de sa tour. Il n'en eut en vérité pas le temps. L'armée de Sauron se déversa sur nous comme une vague noire ensevelissant tout sur son passage. Nous avions l'impression que le monde entier se dressait sur nous.

Alors nous n'avions plus qu'un seul choix : se battre ou mourir. Contrairement à ce que je craignais, nous n'étions pas submergés. Notre armée était grande, puissante et intelligente. Tous les peuples libres de ce vaste monde ayant le courage de se battre s'étaient unis pour la même cause : libérer la Terre du Milieu. Puis alors que la victoire semblait être à portée de main, les armées ennemies se retirèrent. Elles revinrent sur place le lendemain. Ce manège se poursuivit pendant quelques années. Sauron refusait de se rendre et nous envoyait tout le temps des nouvelles armées, comme s'il y avait une génération spontanée d'orques dans sa tour.

Jusqu'au jour où enfin, il commença à être en rupture de stock. Nous nous battions depuis déjà quelques heures. La victoire était proche... plus qu'elle ne l'avait jamais été. Mais le pouvoir de l'anneau ne pouvait être vaincu.

- Oh merde ! brailla Isildur, ce qui m'étonna de lui. Il ne m'avait pas habitué à un tel langage.

Mais j'en compris vite les raisons.

Sauron, l'ancien amour de ma vie, ce grand dadais de trois mètres de haut façon rugbyman, venait de se pointer avec son anneau au doigt et une masse d'armes à la main.

Un des hommes devant lui dit d'une petite voix :

- On peut discuter peut-être ?

- Sauron le Grand ne pactise pas avec l'ennemi, répliqua l'intéressé d'un ton sec avant d'envoyer valser l'homme qui avait osé le défier.

Il leva sa masse et abattit les hommes et les elfes par douzaines.

Il arrivait à ma hauteur mais j'étais incapable de bouger. Il leva sa masse sur moi et je l'arrêtais dans son geste.

- Qui crois-tu être pour prétendre m'empêcher de te tuer ? me demanda-t-il.

J'osais enfin lever les yeux vers lui. Il me reconnut et hésita. Finalement, il descendit à ma hauteur, posa sa masse sur le sol et me prit dans ses bras. Il me serra si fort que je crus qu'il allait m'étouffer pour de bon. Il me dit :

- Quitte ce champ de bataille. Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit, mon amour.

Emue par son éclair d'humanité, je me mis à pleurer contre lui.

- Pars maintenant. On se retrouvera, je te le promets, continua-t-il.

Il me libéra, se releva et je partis le plus vite que j'ai pu. Le reste de l'armée me regardait d'un drôle d'air. Je me retrouvais à côté d'Anarion, le frère d'Isildur, qui lui aussi me jeta un regard on ne peut plus soupçonneux. Je refusais de donner une quelconque explication tandis que celui qui avait été mon mari poursuivait son massacre.

Jusqu'au moment où Elendil essaya de l'arrêter. Sans succès. Il se fit tuer. Isildur, l'air désolé, se précipita sur le corps de son père. Mais Sauron n'en avait pas fini. Il se dirigea vers Isildur, histoire de zigouiller le dernier roi du Gondor. Isildur voulut s'emparer de l'épée d'Elendil, tombée pas loin. Sauron marcha dessus et la brisa : l'épée, du nom de Narsil, entra dans la légende, en même temps que son propriétaire. Dans un dernier effort désespéré, Isildur leva le bout qui restait à la poignée et coupa net la main de Sauron.

Les cinq doigts se détachèrent, dont celui avec l'Unique. Le doigt portant l'Unique tomba, encore fumant, sur le sol, tout près d'Isildur.

- Qui veut du Sauron grillé ? lâcha mon voisin de combat. Oups, je ne vous ai pas offensée ?

- Non, il l'avait cherché.

Sauron se désintégra, entraînant une sorte d'onde de choc qui zigouilla tous les orques présents. Je sentis son esprit me traverser. Je savais qu'il n'était pas mort. Mais pour le moment, les bons avaient gagné. Je poussais un soupir de soulagement.

Je retournais vers Isildur, qui avait ramassé l'Anneau et le fixait intensément comme s'il n'avait jamais vu un anneau de toute sa vie. Là, Elrond arriva. Il me regarda d'un drôle d'air, genre « elle est encore vivante, elle ? » et ordonna à Isildur de le suivre. Ce qu'il fit.

Je tombais à genoux sur le sol et ramassais les cendres, ce qui restait des doigts de mon bien-aimé. Je me dis à voix haute, plus pour me convaincre qu'autre chose :

- Je te retrouverai mon chéri. Je te le promets. Et rien ne sera comme avant.

L'un des elfes de notre armée, un des rares qui étaient encore en vie s'approcha de moi, comprit que je tenais entre les mains les restes de Sauron et me dit :

- Evitez de le ramener tout de suite, même si vous l'aimez beaucoup.

- J'attendrai que le monde s'en remette.

Je conservais ainsi les cendres de Sauron comme des reliques, comme un genre de promesse que je le retrouverai un jour.

Isildur revint vers moi. Il me dit :

- Qu'est-ce que vous foutez avec les cendres de Sauron à la main ?

- Et vous, qu'est-ce que vous foutez avec son anneau au cou ?

Il ne répondit pas. Il constata que son père, son frère et le roi des elfes étaient morts au combat. Il retrouva alors ses fils aînés et celui d'Anarion, qui avaient survécu.

Les armées de Sauron s'étaient dispersées. Isildur fit raser la tour. Il reprit Minas Ithil, vira les Nazgûls qui y étaient et replanta l'arbre blanc. Cela lui prit quelques années. Puis il s'apprêta à retourner à Minas Anor, je l'en empêchais.

- Je veux rentrer chez moi, me disait-il.

- Et qu'est-ce que vous faites de l'anneau de mon mari ?

- Vous le voulez ? Vous ne l'aurez pas. Il est à moi et à moi seul.

- Il n'y a qu'une personne à qui il appartient.

- Vous voulez que je lui rende ou quoi ?

- Surtout pas ! Vous êtes dingue ou quoi ?

- Ben alors ! Arrêtez de me les prendre !

- Détruisez-le.

- Non.

- Isildur ! Détruisez cet anneau ! ordonnais-je.

- Vous n'avez aucune autorité sur moi, Sulring, reine du Mordor. Cet anneau est à moi et je le garderai. Il sera l'héritage de mon royaume. C'est pourquoi je ne chercherai pas à lui faire du mal. Il m'est très précieux, bien que je l'ai acquis dans la douleur.

- Gros boulet ! lâchais-je, exaspérée.

Il nous fit repartir vers Minas Anor, et retrouva sa femme qui l'engueula :

- Qu'est-ce que tu as foutu pendant tout ce temps ? Cela fait deux ans que la bataille est finie ! Tu te fous de moi ?

- Mimine, tu m'emmerdes. Nous avons repris Minas Ithil, viré les Nazgûls qui y étaient et prié pour le salut des âmes d'Elendil, d'Anarion et de Gil-galad le roi des elfes.

- Toutes mes condoléances. J'aimais bien ton père et ton frère - quant au roi des elfes, je ne le connaissais pas. Ils étaient plus futés que toi en tous cas !

- Ce ne sont pas eux qui ont vaincu Sauron, je te signale.

Il montra l'Anneau suspendu à son cou par une chaîne.

- Vise le trophée de guerre ! fit-il d'un air supérieur.

- TRIPLE CRETIN ! hurlais-je. Je vous avais dit de le détruire !

- Ah bôôôôôn ?

- Non mais, je n'y crois pas. C'est pas vrai ! Faites pas celui qui s'en souvient plus ! J'avais déjà un mari qui me faisait le coup...

- Elrond m'a emmené dans la Montagne du Destin, je n'ai pas eu le coeur à le détruire.

- Qui ? Elrond ou l'Anneau ? fit Mimine d'un air idiot.

- Ben, l'Anneau, triple crétine !

- Elrond aurait dû te jeter dans la lave en même temps que l'Anneau !

- Mais, Mimine, qu'est-ce que je t'ai fait ?

- Tu m'emmerdes à m'appeler Mimine ! Tu n'es qu'un crétin, infidèle, supérieur...

Isildur préféra changer de conversation.

- J'ai replanté l'arbre blanc devant Minas Ithil. J'ai ramené l'Anneau ici. Il sera l'héritage de mon royaume. C'est pourquoi je ne chercherai pas à lui faire du mal. Il m'est très précieux, bien que je l'ai acquis dans la douleur. Les écritures sur son contour commencent à s'effacer. Que signifient-elles ? me demanda-t-il.

- Un anneau pour les gouverner tous, un anneau pour les trouver, un anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier. Il n'empêche, vous n'auriez pas dû le garder.

- J'ai ôté cet anneau de la main du Seigneur des Ténèbres, comme vous m'aviez dit, vous vous souvenez, dans la tour.

- Ah parce qu'en plus, tu la connaissais avant ? brailla Mimine, outrée.

- Si tu veux tout savoir, je l'ai connue sur l'île de Numénor...

Il aurait mieux fait de se la boucler à ce moment-là.

Je quittais Isildur et sa femme et les laissais s'engueuler. Le pauvre Isildur a combattu pendant 7 ans et mis 2 ans à revenir. J'ignore si Ulysse a dû subir aussi la colère de sa femme à son retour de la guerre de Troie : 10 ans de bataille et 10 ans pour revenir. Enfin, le fait qu'Ulysse et Pénélope s'entendaient mieux qu'Isildur et Mimine a une forte probabilité. Enfin, seul Homère (d'alors) peut nous le dire.

Et c'est sur cette engueulade mémorable que se termina le Second Age du monde.

Précisons que si Mimine avait zigouillé Isildur, ça aurait fait un con de moins sur terre. Ce n'est pas si mal, après tout.