Central
" Alors ?" demanda Roy en entrant dans la bibliotèque.
Edward et Alphonse y étudiaient depuis des jours, recherchant comment ouvrir la Porte et permettre à Riza de rentrer.
" Alors ... je crois qu'il n'y a pas d'autre moyen." répondit Ed en le regardant.
Roy soupira. Les frères Elric lui avaient parlé de la Porte, et de quelle manière l'ouvrir. Par transmutation humaine. Ce qui était inconcevable, pour eux comme pour le militaire. Alors, Ed avait eu l'idée de chercher dans les livres, qui lui avaient apporté des réponses jusqu'ici. Hélas, il semblerait que ce soit la seule et unique façon d'y avoir accès.
" Ce n'est pas possible. Être obligé d'en arriver là ..." dit Roy.
" Je sais, c'est horrible. Mais même si on le voulait, il y a un autre problème. " dit Al.
" Lequel ?" interrogea Roy.
" Comment être sûr que l'on va rejoindre le lieutenant ? Et si on y parvient, combien de temps la Porte va-t-elle rester ouverte ?"
" Et si elle se referme, pourrons-nous l'ouvrir à nouveau ?" ajouta Ed.
Roy sentit son moral faire un plongeon spectaculaire. Déjà que depuis la disparition de Riza, il était au plus bas ... là il touchait le fonds et creusait. Roy se laissa tomber sur une chaise, accablé de chagrin. Il commençait à croire qu'il ne reverrait jamais son cher lieutenant. Cette constatation lui était insupportable.
Ed le regarda, un peu étonné de le voir montrer à ce point ses sentiments. Le blond se leva, et s'approcha de lui.
" Vous en faites pas, on va trouver une solution. Je vous promets qu'on va la ramener." dit-il.
" Merci Ed, merci beaucoup." répondit Roy.
Il se leva, lui donna une claque sur l'épaule et sortit de la bibliothèque. Roy se dirigea vers les toilettes. Là, il entra dans une cabine, rabattit la lunette et se laissa choir. Les larmes lui picotèrent les yeux, et sa gorge le serrait douloureusement. Mais Roy refusait de pleurer. Les hommes ne pleuraient pas.
Le colonel lutta donc comme il pouvait contre son chagrin qui menaçait de le submerger à tout instant. Au bout de longues minutes, il parvint à se calmer. Roy sortit de la cabine, et alla se refraîchir le visage. Il observa son reflet quelques instants. Ses yeux dévoilaient une infinie tristesse.
" Hawkeye ..." murmura-t-il.
France.
Riza ouvrit les yeux. Elle était blottie contre Roy, endormi lui aussi. Depuis combien de temps étaient-ils là ? Puis la vérité lui revient en mémoire :
" OO ! J'ai ... couché ... avec ... Roy Mustang. Wow."
Bon d'accord ce n'était pas son supérieur dans ce monde, mais quand même ! Riza décida de se lever et de s'habiller. Dehors, les villageois avaient repris leurs activités normales. C'était comme s'il ne s'était rien passé d'extraordinaire. Le lieutenant passa devant l'horloge de la mairie. Trois heures de l'après-midi. Son ventre lui fit savoir qu'elle avait très faim.
" Super ! J'ai pas un rond et je crève la dalle !" songea-t-elle.
Chez le docteur, Roy sentit à travers son sommeil qu'il lui manquait quelque chose.
" Riza ?" appela-t-il en levant la tête.
Vite il s'habilla, et chercha la jeune femme. Elle n'était plus dans le cabinet. L'inquiétude commença à le gagner. Elle n'était pas déjà partie tout de même ? Roy sortit, et observa chaque passant. Pas de tête blonde. De plus en plus inquiet, il marcha d'un pas vif dans les ruelles. Il la trouva enfin, plantée devant la mairie, regardant l'horloge comme si elle n'en avait jamais vu. Roy s'approcha de Riza et la prit par la taille.
" Tu es là ! J'ai eu peur que tu soit partie !" di-il en enfouissant son visage dans la chevelure blonde.
" Hein ? Ah non, pas encore." répondit Riza.
" Ne me refais plus jamais ça d'accord ?" reprit-il en la faisant pivoter vers lui.
Le ventre de Riza répondit à sa place.
" Tu meurs de faim on dirait. Allez viens, j'ai un ami ici qui nous offrira sûrement le couvert." dit-il en la prenant par la main.
" Non merci, je digère mal les assiettes." fit Riza.
Roy éclata de rire, et la serra contre lui. L'ami de Roy leur offrit bien volontiers le déjeuner. Riza observa la petite famille en souriant. C'était là ce qu'on pouvait appeler un foyer chaleureux : un petit garçon et sa soeur jouant avec le chien, pendant que les adultes discutaient gaiement entre eux. Mais cette scène de bonheur lui rappela bientôt qu'elle n'était pas à sa place ici. Son foyer à elle se trouvait dans un autre monde, et même si elle n'avait qu'un chien il lui manquait.
Riza se demanda soudain qui s'occupait de Black Hayate. Kain Fuery probablement.
" Ca va ma puce ? Tu es bien sombre tout à coup." demanda Roy à mi-voix en lui prenant la main.
" Oh ce n'est rien, j'étais perdue dans mes pensées." répondit Riza en souriant.
L'arrivée du plat principal fit diversion. La jeune femme repartit donc dans ses songes. Malgré qu'elle se sente bien avec Roy, surtout qu'ils entamaient une relation, Riza voulait rentrer chez elle.
" Mon Roy, le vrai pour moi, se trouve de l'autre côté de cette porte. Tout ce que je connais est là-bas. Mais comment y retourner ? " se demandait-elle.
Le repas terminé, Roy ramena Riza à son Q.G. Mais cette dernière savait qu'il ne valait mieux pas qu'elle reste.
" Je sais oui. Mais que va-tu trouver comme excuse ?" demanda Roy.
" Je dirais que vous m'avez capturée. Il va falloir rendre ça crédible c'est tout."
" C'est-à-dire ?"
" Quelques bleus par-ci par-là, des vêtements déchirés et le tour est joué."
" ... question : qui va te faire ces bleus ?" questionna Roy.
" Avis aux âmes charitables !" lança-t-elle.
Mouais. Mais c'était nécessaire, autrement les nazis la soupçonnerait et sa vie serait en danger. Toutefois, Roy refusa catégoriquement de lever la main sur elle, même si c'était pour la bonne cause. Riza eut du mal à convaincre un des gars de le faire. Finalement, elle arriva non sans mal à persuader Kain de le faire.
" Pardon." dit-il.
" Ce n'est rien, puisque je te le demande." répondit Riza.
" Oui mais quand même ..."
" Vas-y te dis-je !" coupa-t-elle.
Kain déglutit, et lui flanqua un coup de poing après moult hésitations.
" Recommence." demanda Riza en revenant.
Kain soupira, et la frappa à nouveau. Le lieutenant se regarda dans un miroir, et fronça les sourcils, insatisfaites du résultat.
" Tu cogne comme une fillette ! Je vais te montrer."
Elle lui flanqua un coup qui l'envoya au tapis.
" Pigé ? A ton tour." dit-elle.
Cette fois, plus d'hésitation de la part de Fuery. Quelques instants plus tard, elle avait le visage couvert de bleus. Riza déchira ses vêtements, et les tacha de sang.
" Parfait. Je peux y aller." dit-elle en contemplant le résultat dans un psyché.
" Sois prudente d'accord ?" fit Roy derrière elle.
" Si je ne l'étais pas je ne serais pas dans cet état." répliqua-t-elle en faisant volte-face.
Roy l'embrassa, et la laissa partir à contrecoeur. Riza regagna donc la caserne nazie. Vu son état, son histoire passa comme une lettre à la poste. En plus, ils la félicitèrent d'avoir réussi à s'échapper. Black Star s'occupa de la soigner.
" Alors ? Ton plan a marché ?" demanda-t-elle.
" Impeccable." répondit Riza en esquissant un sourire.
Quand l'adolescente eut terminé ses soins, Riza reprit le dossier traitant de la pierre philosophale pour faire le point.
" Récapitulons. Chez moi je suis tombée nez-à-nez avec le créateur de ce truc. On s'est bagarré, il l'a activée et j'ai atterri ici. Donc, c'est grâce à cette pierre que la Porte s'est ouverte. Si je veux pouvoir rentrer, il faut que j'utilise celle qu'ont créés les nazis. Mais elle mieux gardée qu'un coffre rempli d'or, ça va être coton de l'approcher, même pour moi." se dit-elle.
Riza soupira. Elle n'aurait jamais pensé que ce serait si dur de rentrer chez elle.
Elle continua à lire le dossier, espérant y trouver une solution. La blonde songea que si les Allemands venaient à apprendre l'existence de son monde, ils voudraient certainement l'envahir. Hors de question qu'elle leur dise quoi que ce soit. Riza n'eut pas le loisir de tout relire : elle devait se rendre dans le bâtiment secret où la pierre philosophale était en cours de fabrication.
Etant connue de toute la bâtisse, Riza passa le barrage de sécurité sans problème, Black Star ne la quittant pas. Le lieutenant avait décrété qu'elle serait son garde du corps. Personne n'y avait vu d'objection. Riza arriva en face du rubis. Il avait bien grossi depuis son arrivée. Mais ce n'était pas encore suffisant au goût des Allemands.
" Il manque encore quelques dizaines de centimètres avant que l'on passe à la phase activation." déclara Archer.
" L'alchimie ... j'ai toujours pensé que ça n'existait pas." dit Riza.
" Moi aussi. Mais cette pierre en est la preuve contraire. Je suis sûr en tout cas que vous trouverez comment la faire fonctionner."
" Je l'espère. Sinon je suis mal." pensa la jeune femme.
Riza se dit également que ses essais pourraient lui servir de couverture pour trouver comment ouvrir la Porte. Si elle était la seule affectée à cette tâche ce serait parfait. L'espoir était revenu.
Central.
Si Riza avait retrouvé un espoir de rentrer chez elle, ce n'était pas le cas de ses amis. Eux ne voyaient pas comment ouvrir le passage sans transmutation humaine. Et puis, pour être sûr de pouvoir la ramener, il faudrait qu'elle soit à proximité de l'ouverture. Encore un problème, sans parler de celui qu'Ed venait de se rappeler. Un détail et non des moindres.
" De quoi s'agit-il ?" interrogea le colonel.
" Ca s'appelle le droit de passage, ou le prix à payer pour sa transgression. Vous savez déjà ce que j'ai dû payer pour la transmutation ratée de ma mère, et pour reprendre mon petit frère." répondit Ed en touchant sa prothèse métallique.
Roy pâlit. Mon dieu ! Riza avait-elle été mutilée lors du passage ? Et si c'était le cas, devait-il lui infliger la même souffrance pour la ramener ? Lui se sentait prêt à payer pour qu'elle lui revienne. Il pensait que c'était de sa faute si Riza avait disparu. Mais qu'elle paie pour son erreur ... pas question.
" Est-ce que ... Riza ... doit payer pour passer elle aussi ?" demanda-t-il.
" On l'ignore. Elle n'a pas demandé à traverser la Porte. Ce n'est pas elle non plus qui l'a ouverte. Donc, on peut supposer qu'elle n'a pas subi de dommages. Mias ça reste du domaine de la supposition." répondit Al.
Roy se sentit un peu mieux. Que Riza soit saine et sauve était le principal. Seulement, le problème n'était pas réglé pour autant. En effet, s'ils voulaient la ramener ils allaient devoir verser un tribut à la Porte. Un tribut de sang qui plus est. Edward avait déjà tant versé, et Al aussi, Roy ne pouvait pas les laisser souffrir encore plus.
" Bon voilà ce qu'on va faire : si un ... paiment est nécessaire, je m'en chargerais. Je vous demande simplement de m'aider à ouvrir la Porte." annonça-t-il.
" Quoi ? Non mais vous plaisantez ! Vous ne savez pas de quoi vous parlez !" s'exclama Alphonse.
" Je ne peux pas vous laisser payer avec moi. Vous l'avez assez fait." répondit Roy.
" Sauf que tous ceux qui sont impliqués dans la réalisation d'une transmutation paient, qu'ils le veulent ou non." souligna Edward.
" Non: si j'ai bien compris votre histoire, les payeurs sont ceux qui lancent la trasnmutation." rectifia Mustang.
" Non non non. Sachant ce que ça nous a coûté, on ne peut décemment pas vous laisser vous occuper de ça." reprit Ed.
" Mais on a pas le choix. C'est la seule façon de ramener Riza chez nous. Et puisque c'est de ma faute si on en est là, il est normal que ce soit moi qui paye."
" Ce n'est pas de votre faute, et vous le savez." fit Al.
" Bien sûr que si. Si je ne l'avais pas laissée s'éloigner, rien de tout ça ne serait arrivé." contredit Roy.
" Colonel, je comprends votre point de vue, je suis bien placé pour savoir ce que vous ressentez. Tout comme je le suis pour savoir que le prix à donner est trop lourd pour que je reste là les bras croisés." continua Edward.
" Et que dois-je faire selon toi ? Laisser tomber ?" s'énerva Roy.
" Bien sûr que non ! Nous avons besoin d'un peu plus de temps pour trouver la meilleure solution possible !"
Roy soupira, fatigué de toute cette histoire. Plus le temps passait et moins il voyait comment retrouver la femme qu'il aimait. L'espoir s'amenuisait jour après jour, quoi qu'en disent les frères Elric.
